‹ De la corruption de nos institutionsChapitre 12 sur 33 · Il était exactement de 333 en · texte numérisé non relu

Il était exactement de 333 en

supprimé, et on a bien fait !. On l'a remplacé par ce qu'on appelle le bureau ouvert, où toutes les mesures ont été prises, bien largement, pour faciliter l'abandon — sans déclaration ni explications obligatoires — de tout enfant légitime ou illégitime.

De là la définition officielle donnée des enfants abandonnés y qui forment une seconde catégorie : « Ceux qui, nés de père et de mère connus et d'abord élevés par eux ou par d'autres personnes, à leur décharge, en sont délaissés sans qu'on sache ce que les père et mère sont devenus et sans qu'on puisse recourir à eux. » — Ici, ce n'est plus par centaines que nous comptons, c'est par milliers, car, dans les dernières années, le total annuel de 4.000 était généralement dépassé.

C'est donc ici surtout que le département de la Seine a une clientèle considérable ; et on le comprendra bien facilement quand on saura que son Conseil général, au lieu de diminuer les facilités laissées par la loi à ceux qui veulent abandonner leurs enfants, n'a travaillé qu'à les étendre. Qu'on lise, en effet, les explications suivantes, empruntées à un document administratif:

« Depuis l'année 1887, et en conformité d'une délibération du Conseil général, en date du 24 décembre 1886, la production du bulletin de nais-

1. Ceux qui voudraient connaître plus en détail le caractère de cette institution pourront lire mon livre : Le Combat contre le crime, ch. m.

sance, au moment de l'abandon, n'est plus obligatoire, le système d'admission à l'hospice de Paris est celui du bureau ouvert; aucune formalité ne précède l'abandon; tout enfant présenté à l'hospice est admis sans difficulté 1 ; l'employé du bureau d'admission consigne dans un questionnaire les renseignements qui sont fournis par la personne qui dépose l'enfant, sans jamais insister pour qu'elle réponde si elle s'y refuse expressément.

« Les précautions prises à cet égard n'ont pas paru encore suffisantes. Assurée de l'assentiment du Conseil général, l'Assistance a voulu qu'un avis affiché dans le bureau d'admission, rendît publiques les mesures ayant pour objet d'assurer la discrétion la plus absolue 2.

« Cet avis est ainsi rédigé : « Toute personne « qui présentera un enfant en vue de l'abandon, « est avertie que des questions vont lui être posées « dans l'intérêt de l'enfant, mais qu'il lui est loi- « sible de ne pas répondre ou de ne fournir qu'une « partie des renseignements demandés. La pro- (( duction du bulletin de naissance ne sera pas non « plus obligatoire. »

Ainsi, ajoute avec raison le document que nous consultons, tandis que la plupart des départements

1. Il faut cependant qu'il soit vivant. Or, dans le tour, on pouvait déposer un enfant mort, ce qui était l'impunité pour les infanticides.

2. Les mères qui se réfugient dans ce secret absolu sont peu nombreuses, de 2 à 4 pour 100, en moyenne.

cherchent ouvertement à diminuer par de multiples restrictions le nombre des enfants abandonnés, le département de la Seine ouvre généreusement les portes de son hospice dépositaire aux enfants légitimes ou naturels, aux enfants âgés de plus de 12 ans, aux enfants de la province et même de l'étranger.

Cette différence de pratique explique l'énorme disproportion qui existe entre le chiffre des admissions d'enfants abandonnés dans la Seine et le chiffre des admissions dans les autres départements. Paris est, en effet, le refuge des filles-mères qui, de toutes les parties delà France, viennent y faire leurs couches et y abandonnent leurs enfants. L'espoir d'être facilement hospitalisées et le désir de cacher leur grossesse suffisent sans doute à déterminer beaucoup d'entre elles à quitter leur pays natal ; mais la plupart sont surtout attirées à Paris par la facilité d'y opérer l'abandon d'un enfant qu'elles n'auraient pas réussi à faire admettre dans leur département. \

Ce qui est assez triste, c'est que le nombre des enfants légitimes ainsi remis et abandonnés à l'Assistance grossit beaucoup. Sur 5.210 enfants admis dans le cours de l'année 1898, on en comptait 1.398 qui étaient authentiquement légitimes, sans compter 147 enfants naturels reconnus par le père et par la mère. L'état civil de 2.661 enfants n'avait pas pu être constaté, et peut-être tous ceux-là n'étaient-ils pas des enfants illégitimes.

En troisième lieu, viennent les orphelins, « ceux

qui, n'ayant plus ni père ni mère, se trouvent dénués de tout moyen d'existence ». Ici, le contingent baisse beaucoup : il est environ de 300 chaque année. Qu'onne croie pas que les orphelins soient si peu nombreux Mais ici la famille avait existé normalement; elle n'avait point abdiqué ses devoirs, elle n'a été probablement dissoute que par la mort. Les grands-parents, les oncles et tantes, les parrains et marraines, des personnes charitables ont suppléé aux pères et mères : ils ont recueilli les petits malheureux pour les faire élever dans l'un ou l'autre des deux mille orphelinats privés, religieux pour la plupart, que compte la province. Voilà pourquoi la Ville de Paris en a relativement aussi peu.

Elle se dédommage avec une quatrième catégorie, qui est nouvelle, et qu'on appelle la catégorie des moralement abandonnés. Celle-ci devrait comprendre presque uniquement les enfants dont les parents ont été déchus de la puissance paternelle en vertu de la loi de 1889. Depuis 1881 jusqu'en 1898, la Ville de Paris en a, sous cette rubrique, recueilli et placé plus de 11.000. Je dis : depuis 1881 — bien que la loi qui régit la matière et qui resta longtemps en souffrance n'ait été votée qu'en juillet 1889. La Ville de Paris et le département de la Seine l'avaient devancée dans la création de ce service. On peut ajouter qu'après l'avoir devancée, ils l'ont notablement dépassée. Au lieu de se borner à prendre des enfants de parents indignes, signalés par la police ou les tribunaux, ils

accueillent des enfants proposés et amenés par les parents eux-mêmes, pour cause d'indigence. C'est de cette source que sont venus, dans les dernières années, les trois quarts au moins des admissions. Si on y ajoute un très petit nombre d'enfants dénommés à part « enfants vicieux de parents honnêtes », on voit que le service des moralement abandonnés de la Seine s'est considérablement élargi. Il s'est élargi surtout, on peut le craindre, pour satisfaire trop d'électeurs désireux de ne pas garder la charge de leurs enfants. Que parmi eux beaucoup soient hors d'état de les élever convenablement, par suite des conditions de la vie parisienne, on ne peut pas le nier. Mais que beaucoup aussi soient tentés, par les facilités qu'on leur offre, de se faire déchoir eux-mêmes et comme de se destituer personnellement de leur mission, de leurs obligations, de leur dignité paternelles, c'est ce qui est encore plus difficile à contester. Nous voyons ici la suite continue de ce mouvement qui, déjà, nous l'avons vu, porte tant d'enfants légitimes au service des matériellement abandonnés.

Viennent maintenant deux groupes, qui sont comme des prolongements du précédent.

L'un comprend des enfants dont les parents ont abandonné volontairement leurs droits à l'Assistance publique en se substituant celle-ci par délégation de l'autorité judiciaire l. L'autre

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