‹ De la corruption de nos institutionsChapitre 11 sur 33 · LES ENFANTS ASSISTES · texte numérisé non relu

LES ENFANTS ASSISTES

Dans les congratulations réciproques des séances d'apparat, dans les discussions et même dans les vœux des congrès, l'Assistance publique et la bienfaisance privée se mettent assez facilement d'accord. En est-il de même dans la pratique, actuellement du moins, et dans notre France si déprimée? Deux faits qui s'imposent à notre attention sont de nature à nous inspirer quelques doutes. D'un côté, nous voyons grandir, sinon le prestige, au moins les attributions, le personnel et le budget de l'Assistance publique. D'autre part, la liberté de la charité est gravement menacée. Déjà la loi contre les Associations lui a porté des coups redoutables. D'autres projets sont annoncés, rédigés, recommandés par le Conseil d'État pour assurer, sous prétexte d'inspection,

l'asservissement des institutions privées. On veut pouvoir ou les fermer ou leur enlever les moyens d'existence par de simples mesures administratives. Ce n'est pas une raison, cependant, pour ne pas regarder de près aux relations que ces deux groupes d'institutions ont entretenues et à celles qu'elles auraient pu consolider, améliorer, rectifier. L'avenir est là, qui nous attend; et les fragiles combinaisons des sectaires les plus haineux ne prévaudront jamais bien longtemps contre les exigences des misères humaines. Nous sommes à un moment où il est bon de noter l'expérience acquise et d'en recueillir les enseignements en vue de l'œuvre réparatrice dont l'heure sonnera tôt ou tard.

Ne pouvant passer en revue toutes les tentatives d'accaparement universel de l'État, prenons, à titre d'exemples, les services de l'enfance; et, pour ne pas trop nous disséminer, étudions-les surtout dans ce département de la Seine où aboutissent, d'où partent et où passent tant de variétés de l'infortune et du désordre. Le nombre de ce qu'on appelle « les enfants assistés de France », pour le pays tout entier, dépasse 136.000 i. (En 1887, il n'était que de 84.000.)

1. A consulter : Rapports sur le service des enfants assistés et moralement abandonnés du département de la Seine. Voir notamment celui de 1898, qui est précédé dune revue rétros-

Plus du tiers appartient à Paris et à sa banlieue. Le nombre prévu d'enfants assistés à la charge du département de la Seine, en son budget de 1900, est, en chiffres ronds, de 50.000 (au lieu de 28000, en 1886).

Comment se subdivise cette petite armée ? Qu'en fait-on?

On y distingue six catégories d'inégale importance.

En premier lieu, viennent les enfants trouvés, c'est-à-dire ceux qui ont été positivement ramassés dans une maison abandonnée, dans la rue, dans un ardin public, ou qui ont été portés à l'hospice, sans que le père ou la mère puissent être connus. Le chiffre, pour le département de la Seine, n'atteint pas 350 4. Il était autrefois bien plus considérable, puisqu'on y comprenait les milliers d'enfants déposés dans les tours. Mais le tour a été supprimé. On aurait voulu tout à la fois le fermer au crime et le tenir ouvert au malheur. Le problème était insoluble : car, non surveillé, le tour s'ouvrait au premier; surveillé, il se fermait au second. Donc, on l'a

spective et d'ensemble. — Projet de loi sur le service des enfants assistés. Imprimerie du Sénat, 1892. — Les Enfants assistés de France, par Henri Monod, directeur de l'assistance et de l'hygiène publique au ministère de l'Intérieur. Melun, imprimerie administrative, 2 vol. in-4°, 1898. — Discussions du Conseil général de la Seine, au Bulletin municipal officiel des 22 et 29 novembre et 6 décembre 1900.

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