T. II, 1. II, ch. h
d'eux réclamait depuis longtemps une certaine autonomie, quelques-uns se croyaient toujours à la veille d'y arriver ; ils y tendaient par le prestige des services rendus, par les traditions, parla constitution ou tout au moins par l'ébauche de conseils à eux où il fallait bien qu'on les écoutât sur ce qu'ils sont seuls à connaître à fond. Qu'advient-il de ces espérances? Le clergé subsiste, il subsistera dans la persécution ; mais s'il a encore des évêques choisis par la bureaucratie, il n'a plus d'épiscopat. Quant à ces auxiliaires nécessaires, les congrégations, ai-je besoin de redire quel sort leur est préparé? Cependant la magistrature, elle aussi, attend toujours le grand conseil qui devrait lui donner des règles fixes d'admission et d'avancement, et son inamovibilité ne cesse pas d'être menacée. Le conseil supérieur de la guerre a vu ses attributions entamées ou méprisées. Tout y passe.
Serait-il donc vrai qu'il fût le dernier, cet asile déjà forcé, déjà violé, de la force libre et organisée, de la force régulatrice et réparatrice de notre vie nationale? Ne peut-on espérer, ne peuton essayer d'en créer un autre? Il est un art difficile entre tous, mais utile et glorieux aussi entre tous : c'est celui qui consiste à tirer un heureux effet des difficultés mêmes imposées par les circonstances et par la matière contre laquelle on est obligé de lutter. Ceux qui nous gouvernent actuellement n'ont légèrement augmenté la liberté de quelques-uns qu'à la condition de ruiner celle
de beaucoup d'autres. A ceux auxquels on ne peut refuser ni le titre, ni les droits ni même (ce qui importe grandement, paraît-il) l'aspect de simples citoyens, de reconstituer des groupes combattant pour la cause outragée ! Ils accueilleront peut-être, pour le bien de tous, plus d'un soldat dépouillé de son ancien costume et de ses armes préférées. En tout cas, ils auront bien ouvert, cette fois, le dernier asile. En dehors d'eux, tout sera compromis, je ne dis pas pour toujours, mais pour longtemps, par toutes les causes de corruption que nous venons d'analyser : la haine de toute liberté mise au service d'une croyance, l'esprit d'accaparement et de monopole qui n'a de suite et de constance que pour le mal, la manie de divorcer d'avec tout ce qui est stable et traditionnel, la bureaucratie de plus en plus irresponsable envers le public et de plus en plus esclave du pouvoir du jour.