I. — Époque hiitùrique
On a pu yoir, par tout ce qui précède^ que les temps dont Moise a parlé, peuvent être divisés en trois principales périodes.
La pi'emière ou la plus ancienne, dont la durée a été indéfinie, nous l'avons nommée universelle, afin de rappeler que toute la matière qui compose les corps célestes et planétaires fut alors créée; la seconde période, celle où les corps célestes et planétaires ont reçu leur forme et leur disposition actuelles, devait, par cela même , être considérée à la fois, comme céleste et comme terrestre.
Cette période, pendant laquelle la lumière a éfé mise
en action et notre globe a reçu ses diverses modifîca- 11. 1
lions, comprend plusieurs époques, qui correspondent aux sept jours de la création.
L'avant'dernière époque de cette période a vu Ihomme, le dernier créé entre les êtres vivants, apparaître svr la terre ; bientôt après ont commencé les temps historiques. Ces temps, géologiquement parlant, ne peuvent être divisés en époques distinctes; car rien, dans les dépôts récents , ne permet d^établir quelque intervalle ni de préciser qaelque date.
Telle est la manière dont nous avons partagé ces diverses périodes. On trouve uniquement dans la Genèse, la mention de la création primitive de TUnivers, qui eut lieu au commencement des temps, avant Tépoque où les corps célestes et planétaires reçurent leurs harmonies respectives.
La seconde période qui comprend les sept époques, ou si Ton veut, les sept jours de la Genèse, aurait pu être nommée géologique; c*est pendant les temps qu'elle embrasse, qu'ont été produites les différentes modifications dont les témoins sont dans les entrailles de la terre. Quoique les traces des anciennes et diverses générations qui se sontsuccédées sur la snrface du globe, soient empreintes d'une manière ineffaçable dans les vieilles couches terrestres, il ne faut pas en inférer que Ton puisse attacher le dépôt de ces différentes couches, à chacune des époques dont il est parlé dans la Genèse. Essayer d'établir une pareille concordance^ c'est mé«
connaître le but qui a porté Moise à nous donner le court récit de la création.
Nous avons démontré que, dans sa généralité, ce récit est d'accord à la fois avec les faits historiques et physiques, ainsi qu^avee les recherches géologiques. En effet, dans les temps actuels, il existe pour la terre une lumière et une chaleur tout-à-fait indépendante du soleil, il devait à plus forte raison en être de même avant Fépoque où cet astre fut disposé pour répandre la lumière. Il n'est pas étonaant que l'écrivain sacré nous ait dit que la lumière avait jailli à la voix de Dieu, avant que le soleil Teut mise en action.
Il serait possible que, comme antérieurement à celte disposition nouvelle du soleil, Teau répandue dans Fat* mosphère s'était précipitée sur le globe et y avait cous-» titué les mers, les rayons lumineux aient ensuite tra« versé plus facilement cette atmosphère.
Les faits géologiques nous apprennentencore^ comme la Genèse , que Tapparition des êtres vivants a eu lieu en raison directe de la complication de l'organisation. Aux deux premières périodes signalées dans la Bible, a succédé la période actuelle ou historique.
Depuis cette époque postérieure au déluge, les hommes partis de TOrient se sont répandus dans les diverses contrées de la terre, où chacune de leurs tribus a en sa langue, ses mœurs, ses usages et ses lois. Les causes auxquelles sont dues les principales modifications que
lions, comprend plusieurs époques, qui correspondent aux sept jours de la création.
L'avant-dernière époque de cette période a vu rhomme, le dernier créé entre les êtres vivants, apparaître svr la terre; bientôt après ont commencé les temps historiques. Ces temps, géologiquement parlant, ne peuvent être divisés en époques distinctes; car rien, dans les dépôts récents , ne permet d^établir quelque intervalle ni de préciser quelque date.
Telle est la manière dont nous avons partagé ces diverses périodes. On trouve uniquement dans la Genèse, la mention de la création primitive de TUnivers, qui eut lieu au commencement des temps, avant Pépoque où les corps célestes et planétaires reçurent leurs harmonies respectives.
La seconde période qui comprend les ^ept époques, ou si l'on veut, les sept jours de la Genèse, aurait pu être nommée géologique; c^est pendant les temps qu'elle embrasse, qu'ont été produites les différentes modifications dont les témoins sont dans les entrailles de la terre. Quoique les traces des anciennes et diverses générations quisesontsuccédées sur la surface du globe, soient empreintes d'une manière ineffaçable dans les vieilles couches terrestres, il ne faut pas en inférer que l'on puisse attacher le dépôt de ces différentes couches, à chacune des époques dont il est parlé dans la Genèse. Essayer d'établir une pareille concordance^ c'est mé«
connaître le but qui a porté Moïse à nous donner le court récit de la création.
Nous avons démontré que, dans sa généralité, ce récit est d'accord à la fois avec les faits historiques et physiques, ainsi qu^avee les recherches géologiques. En effet, dans les tenips actuels, il existe pour la terre une lumière et une chaleur tout-à-fait indépendante du soleil, il devait à plus forte raison en être de même avant Tépoque où cet astre fut disposé pour répandre la lumière. Il n^est pas étonaant que Técrivain sacré nous ait dit que la lumière avait jailli à la voix de Dieu, avant que le soleil Teut mise en action.
11 serait possible que, comme antérieurement à celte disposition nouvelle du soleil, Teau répandue dans Fat* mosphère s'était précipitée sur le globe et y avait cons« titué les mers, les rayons lumineux aient ensuite tra« versé plus facilement cette atmosphère.
Les faits géologiques nous apprennent encore^ comme la Genèse , que l'apparition des êtres vivants a eu lieu en raison directe de la complication de Torganisation. Aux deux premières périodes signalées dans la Bible, a succédé la période actuelle ou histo.rique.
Depuis cette époque postérieure au déluge, les hommes partis de l'Orient se sont répandus dans les diverses contrées de la terre, où chacune de leurs tribus a en sa langue, ses mœurs, ses usages et ses lois. Les causes auxquelles sont dues les principales modifications que
la surface du globe a subies, sont rentrées dans des bornes plus restreintes et plus en harmonie avec la marche que devaient prendre les phénomènes physiques. Devenues constantes dans leur action, elles n^ont plus opéré ces perturbations violentes , qui pendant les temps géologiques ont anéanti tant d'êtres vivants.
Les mêmes effets qui se sont manifestés à ces anciennes époques, se produisent encore de nos jours, seulement avec une moindre intensité. Rien n'est changé à l'égard de ces causes, sice n*estqueleur action a perdu de plus en plus de son étendue et de son énergie, par suite de la stabilité vers laquelle le globe a tendu dès le principe de sa formation. Tout ce qui s'y est passé, semble avoir été une suite et une condition inévitables de In constitution de notre planète , qui devait arriver à ocltc stabilité et à celte harmonie nécessaires à la durée et au bien-être des végétaux et des animaux.
Depuis lors enfin , Thomme sorti des plateaux de l'Asie, a irradié de ce point le plus favorable à sa dispersion, et a successivement couvert la plus grande partie de la surface de la terre. L'homme s*y est d'autant plus étendu, qu'il a eu à surmonter moins d'obstacles pour pénétrer dans des contrées nouvelles. Plus tard, et par suite des progrès croissants de la civilisation, ses tribus se sont propagées à peu près partout; dominaleur du monde, il n'y a plus eu pour l'homme d'asile inexploré, ni de terres inconnues. Heureuse et douce
influence qui a mis de Tliarmouie dans le monde moral, de même que se sont établis peu à peu cet ordre admirable et cet accord merveilleux que nous voyons r^er dans le monde physique et Tensemble des choses créées.
Nous avons suivi jusqu'à présent Tétude des faits physiques qui peuvent nous éclairer sur Tépoque à laquelle les causes actuellement agissantes ont commencé à produire leurs effets. La plupart de ces faits nous ont appris que leur origine ne remontait pas audelà de 4000 ou 5000 ans, ce qui fixe à la fois Tépoque du déluge et celle du renouvellement du genre humain. Gomme d'après les traditions les plus certaines , ce cataclysme aurait eu lieu environ 2000 années après l'apparition de rbomme, il en résulte que Tancienneté du genre humain , ne dépasserait guère 6000 ou 7000 ans.
Il nous reste maintenant à examiner si cet espace de temps est suffisant pour se rendre compte de l'ancienne civilisation des peuples de TOrient, ainsi que de Térection de leurs villes et de leurs monuments. Pour résoudre cette question, nous interrogerons les annales his« toriques, afin de nous assurer si les dates qu'elles nous donneront s^ accordent avec les &its physiques qui ne sauraient nous tromper.
Si nous trouvons de Taccord entre des dates obtenues par des moyens aussi différents, elles devront avoir quelque chose de réel et de certain.
On objectera peuUétre que ces représeutalions ne sont point exactes, et qu'elles sont l'effet du caprice des statuaires de Tantiquité. Sans doute. Timagination des peintres et des sculpteurs a créé une foule d'êtres imaginaires. Mais ces êtres fantastiques ne sont fabuleux que dans Tassemblage des parties qui les composent et nullement dans chacune de ces parties. On doit supposer que les artistes , notamment ceux du beau temps de l'aotiquité, avaient une tendance remarqua-ble vers le vrai ; car cet amour de la vérité s'est fait ressentir jusques dans leurs compositions les plus bizarres. Ce qui le prouve, c'est qu'ils avaient fort bien distingué les deux espèces d'élépbant, bien avantLinné et Buffon. Ces naturalistes n'ont jamais su discerner l'éléphant d'Asie de l'éléphant d'Afrique. {Note A .)
Les espèces figurées sur les monuments antiques uè sont pas les seules qui paraissent éteintes. Nous ne trouvons nulle part, les deux crocodiles recueillis par M. Geoffroy-Saint-Hilaire, dans les catacombes de l'Egypte; cependant toutes les espèces que l'on découvre dans ces tombeaux sont loin d'être perdues. Une musaraigne, trouvée récemment à l'état de momie, en %ypte, n'a pas paru* différer d'une autre qui vit maintenant en Afrique, et particulièrement en Egypte, dans les envi« rons de Suez. Tels sont encore les bœufs, les chats, les chiens , les ibis et tant d'animaux que Ton y découvre en si grand nombre.
Quant au cerf à bois gigantesques^ considéré à tort comme une des races fossiles les plus remarquables , quoique des temps historiques, il n'est pas moins tout à fait perdu. Ce cerf existait en Prusse et en Italie, à une époque peu éloignée de nous, au quinzième siècle, d'après les témoignages unanimes de Sébastien Munster» de Jouslon et d'Âldrovande. On vient même d'en découvrir tout récemment les débris , à Bonne, en Allemagne, dans des tombeaux romains.
Depuis lors , il est complètement perdu, comme le sont, depuis des temps plus éloignés de nous , les crocodiles des catacombes de TÉgypte. On en conçoit facilement la raison, pour les cerfs à bois gigantesques ; la grandeur de leurs bois, ne leur permettant pas d'échapper, surtout dans les forêts , à la poursuite des chasseurs. Ce cerf a donc été anéanti depuis peu de temps; cependant, comme l'homme lui-même, il a été contemporain des anciens éléphants, des rhinocéros, de l'hippopotame et des hyènes, dont les espèces n'ont plus de représentants sur la terre.
D'un autre côté, ce ruminant a été fort bien décrit par Oppien , et signalé par Julius Capitolinus, comme un des animaux les plus remarquables, parmi ceux que l'on envoyait d'Angleterre en Italie. Aussi le cerf à bois gigantesques est il représenté dans les peintures et les sculptures de Rome antique , et l'on en découvre des ossements dans les alluvions du val d'Arno. Ils
présentent même des calus, suite de blessures opérées par un instrument tranchant et acéré.
Mais, faut-ii des causes bien extraordinaires pour faire périr des espèces vivantes , et ne voyons-nous pas ^ les plus simples produire ce résultat. Il suffit que la mortalité d'une race soit hors de proportion avec sa naissance, pour la faire disparaître. Ainsi, le Droute ou Dodo, dont nos musées renferment quelques débris, ne se trouve plus à TIle-de-France et à l'Ile-Bourbon , où, au dire d'Herbert, il vivait encore en >I626. Dans ce moment le Bouquetin (Capra Ibex) ne se rencontre presque plus sur les hautes sommités des montagnes de la Suisse , où il était naguère assez abondant. Il en est à peu près de même des ours dans les Pyrénées , dont les individus deviennent si rares qu'on ne les y voit presque plus. (Note^.)
On ne peut donc pas conclure du mélange des débris humains avec des animaux perdus , regardés par les . meilleure observateurs comme fossiles, que Tantiquité de rhomme soit plus grande que celle que lui assignent les monuments et les traditions historiques.
L^observation qui annonce que des espèces inter* tropicales ont jadis vécu dans les régions polaires , est loi de prouver le contraire. Elle se rapporte évidemment aux temps géologiques . où la température de la surface de la terre était assez élevée, pour perni^ttre aux animaux et aux végétaux, dont les analogues ne se
rencontrent que dans les régions les plus chaudes , de vivre jusque dans les contrées aujourd'hui glacées des environs des pôles. Ces faits, antérieurs à Texistence de rhomme, ne peuvent rien nous dire sur la date de son apparition.
Il en serait encore de même, si au lieu de la cause si simple et si bien confirmée par l'ensemble des faits, que le changement des climats terrestres a été une suite nécessaire de rabaissement de la chaleur centrale, on voulait admettre que ces changements ont été produits par un déplacement de Taxe du globe.
inobservation des étoiles fixes qui correspondent aux régions polaires, nous apprend .bien qn*i1 s'opère dans Taxe de la terre un déplacement; mais il est si léger, qu'il n^est que de neuf secondes , et fait sa révolution dans environ dix-neuf ans. En vertu de ce mouvement. Taxe de la terre trace un cercle de dix-huit secondes de diamètre, dont le centre est le lieu moyen du pôle. D'après Laplace,'il y a 24 ,400 à parier contre un, que ce déplacement n'est ni au-dessomde 9", 34 ni an-dessus de 9", 34. Cet effet est loin de répondre au déplacement qui devrait se produire dans Taxe de la terre, pour opérer l'instabilité des climats les plus opposés et échanger les glaces du pôle contre les feux de Téquateur.
La comparaison des observations anciennes, avec les modernes , nous montre aussi que Fantiquité de Técliptiqne, sur Téquateur terrestre, n'est pas, aujourd'hui,
ce qu'elle a été autrefois. Sans doute, cette obliquité ne peut varier sans entraîner un changement correspondant dans les climats ; mais ce déplacement, dont les causes sont connues et appréciées , est borné entre des limites tellement étroites , que les effets qu'il peut produire sont à peu près insensibles. Il ne s^élève qu'à quarante-huit secondes par siècle, et ne dépassera eertainement jamais un degré et demi. Il est facile de comprendre , d'après cette évaluation, que cette cause est tout à fait insuffisante, pour transporter au pôle le climat des régions équatoriales. Lors même qu'il serait possible, se rapportant aux époques géologiques, il serait tout à fait indifférent, pour la détermination de la date de l'apparition de l'homme.
Le déplacement de l'axe de la terre, indiqué par l'observation des étoiles circompolaires» n'est qu'un changement, par rapport aux étoiles et non par rapport à la terre. Celle-ci ne cesse pas de tourner^ autour du même diamètre, ou si l'on veut, l'axe autour duquel elle fait sa révolution, passe constamment par le même point de sa surface. Une pareille variation, quelque grande qu'elle puisse être *ne saurait faire que les régions polaires actuelles deviennent les régions équatoriales, et réciproquement. Elle n'a d'autre effet que de rendre plus égale la répartition de la chaleur entre divers points de la terre, et plus inégale la répartition de la chaleur, au même point, pour les divers temps de
Tannée. Le déplacement de Técliptique produit des ef* fets absolument pareils ; il ne saurait donc expliquer le transport du climat équatorial aux pôles. Pour opérer cette inversion, il faudrait que la terre tournât autour d^un autre diamètre, et on ne connaît pas de cause qui puisse opérer une semblable inversion , excepté pourtant le choc d^un corps étranger*
Encore faudrait-il que ce corps eût une certaine masse et qu'il frappftt la terre dans une certaine direction. Or, parmi ceux qui pourraient exercer unepa* reille action, nous ne voyons guère que les comètes* Mais pour cela il faudrait supposer à ces astres bien plus de masse que n'en présentent ceux qui ont été observés jusqu'à présent.
Ce choc ne pouvant être qu'instantané, ne permettrait pas mieux que les autres causes astronomiques de concevoir comment il se fait que les mêmes espèces fossiles , ou des races analogues, se trouvent à la fois dans les mêmes formation^ des différentes régions delà terre, c'est-à-dire, au milieu des houillères des contrées polaires des régions équatoriales.
' Sans doute, les terrains carbonifères que Ton doit rapporter à une même époque géologique , n'ont pas été déposés partout d'une manière simultanée. 11 est cependant difficile de supposer que les différentes CoU" ches qui composent ces terrains ont été précipitées à de grands intervalles les unes des autres^ quoiqu'elles
aient du mettre un certain temps entre leurs dépôts. Dès-lors y les causes astronomiques comme celles résultant du choc d'une^vomèle, ne sauraient nous rendre raison d'un pareil phénomène. Elles seraient du moins impuissantes pour nous faire comprendre comment les mêmes végétaux, dont les analogues vivent uniquement aujourdlmi dans les riions les plus chaudes de la terre, se rencontrent aussi bien dans les contrées voisines des pôles que dans celles situées sous Téquateur.
Cette uniformité dans la végétation de pays aussi différents que le sont les pôles et les régions équatorialea a nécessairement exigé que les premières aient passé par une température égale à celle des secondes. De pareils faits ne peuvent s'expliquer par le choc d'un cwps étranger, ei encore moins par un changement dans l'axe de U terre. Ces diverses causes produiraient des eff^ violents et subits ; tandis que ceux dont il s'agit ici ont dû s'opérer avec une certaine lenteur , sans convukîon ni désordre.
D'un autre côté, les pyramides d'Egypte, construites il yadé|à près de trois mille ans, ne sont-elles pas, eraime à Tépoque de leur fondation, dans le sens même des méridiens? Toujours debout, toujours à la même place , ces monuments peuvent bien témoigner des vicissitudes humaines; mais ils sont impuissants pour nous dire celles de la nature.
Les astronomes français ont vcriGé la direction méridienne des pyramides d'Egypte, lors de Texpéditioa qui nous a valu un si beau et si excellent ouvrage sur celte contrée. Bâties dans le sein du méridien, leur position n^a pas été altérée depuis Tépoque de leur fondation. Les pyramides bien orientées lors de leur construction, le sont encore maintenant quoiqu'elles remontent à plus de trois mille ans avant les temps actuels.
Si les Égyptiens ont opéré par les ombres au solstice, ils devaient savoir que les quatre ombres solstieiales opposées deux à deux, formaient «ne ligne droite très exactement Ils n'ont pu découvrir ce fait astroDOmiq«ie, que par des obeervationa attentives long-temps continuées et répétées avec une extrême patience. Une fois les directions de ces oinbrea assurées sur le terrain, il ne leur a pas fallu moins d^attention pour trouver sor le sd les quatre lignes des £icesdu monument, sans déviation sensible, et dans une longueur de 2S4 mè-* très. Ayant pris des points à égale distance du gnomon, ils ont dû mener des parallèles et des perpendiculaires aux lignes joignant ces points, et par conséquent mesurer ces bases avec une grande justesse.
Les deux ombres équinoxiales, d'après les calculs de Delambre, font entr' elles un petit angle qui peut produire, sur la direction de la ligne méridienne, une différence d'environ 7 a 44, ou moins encore. Ainsi
Tune et Tautre méthode a pu fournir avec exactitude, aux Égyptiens, la direction cherchée.
Mais ce qui est plus remarquable, le type d'une ancienne mesure de la terre existe réellement sur les pyramides. La grandeur du degré terrestre est, pour ainsi dire, écrite dans la grande pyramide, et les mesures nationales de longueur et de superficie sont conservées dans ses dimensions. Il semblerait, d'après ces faits, que le système de ces mesures a été fondé sur une base invariable, prise dans la nature.
La base de la grande pyramide contient précisément 400 fois la coudée égyptienne actuelle, dont la valeuc est de 577"" 50. En outre, cette base correspond a 60 cannes agraires. Elle a donc 234 mètres et se trouve la 480^ partie du degré propre à PÉgypte. Ce degré étant égal à environ 140,833 mètres, il en résulte en^^ core que la hauteur oblique de la pyramide ou 4 84 mètres 4/2 en est la 600^ partie, très exactement. Or« ce qu'il y a de certain, c'est que le stade le plus connu de l'antiquité, était de 000 au degré.
Le périmètre de la grande pyramide ayant une demiminute du degré terrestre propre ù l'Egypte, en faisant le tour de ce monument douze fois, on parcourait l'étendoe du schœne égyptien , et on le faisant cent vingt fois celle du degré égyptien. Le stade d'Egypte se déduit également des dimensions de la pyramide. Il forme
la hauteur de la face, d^où l'on peut conclure avec précision la longueur de la coudée.
Les pyramides ne sont pas les seuls monuments de Tantiquité qui, bâtis dans le sens du méridien , aient été retrouvés avec leur orientation primitive. Pietro délia valle^ en visitant à Babylonie les ruines du temple de Bélus, a reconnu que les murs de cet édifice regardaient les quatre parties du monde, et étaient encore parfaitement orientés. Cependant son origine paraîtrait plus ancienne, que celle des pyramides. Construit avec tout autant de solidité et d'aussi lx>ns matériaux que ces deirniers monuments , ce temple tombe tout à fait en ruines. {Noie Â.)
 la vérité, la durée d^un édiGce ne dépend pas uniquement du mode suivi dans sa construclion, ni de la nature des matériaux qui y ont été employés; mais encore de Tétat babituel de sécheresse et d'humidité de Talmosphère. Cette durée tient encore beaucoup à Tinfluence de l'homme, plus puissante que celle des agents atmosphériques. Dès^lors, si le temple de Bélus est maintenant en ruines, ce n^est pas parce qu'il est plus ancien que les pyramides d'Egypte, restées inaltérables, mais peut-être à raison des pluies plus fréquentes en Babylonie qu'en Égj'pte, ou de toute autrecirconslance. Il n'y a donc pas eu de changement dans Taxe de la terre, et le fameux puits de Syène mentionné dans
Lucain, où on lit : Umbras nusquamjkcteme Syene, II. 2
prouve daus quelles limites restreintes s^opèrent les variations de Tobliquité de Técliptique. Ces variations annoocent bien un léger changement dans son inclinaison; niais il est trop faible pour opérer des effets marqués sur les climats terrestres , et surtout pour transporter aux pôles le climat de réqu6teur.(iVb/e 5.) Ces faits et la destruction de plaeienrs , espèces vivantes depuis les temps historiques , ne peuvent leur faire supposer une plus haute antiquité que celle que nous leur avons attribuée. Voyons si nous n'arriverons pas au même résultat, en coasidérant les diverses modifications de Tespèce humaine, d'où sont résultées des races nombreuses et en quelque sorte constantes.
III. — Les modifications de l'espèce humai$u donnent-' eUes à ces temps une haute antiquité ?
Uespèce humaine, par suite des causes diverses dont elle a éprouvé Faction , a subi de nombreuses et importantes modifications , non-seulement dans ses formes extérieures , mais encore dans Tensemble de son oi^uisation. On a donné le nom de races aux variétés principales qui en ont été le résultat ; certains observateurs ont plus fait encore , ils ont considéré ces races comme autant d'espèces distinctes. A leurs yeux , le genre humain n^est point simple. 11 est composé d'environ une vingtaine d^espèces.
Deux opinions diamétralement opposées ont été émises par les zoologistes de notre époque smr cette knportanto qvestkm. H s'i^it de savoir quelle est la plus probable.
Avant tout , nous ferons observer que par suite des croisements , de Tinfluence des milieux etdutemps^ rhomme a dû éprouver de notables modifications , desquelles seraient résultées en définitive les races actuelles. Les monuments et les traditions historiques nous apprennent que différemment des animaux , l'homme a été placé sur un point duquel il a irradié et s'est répandu peu à peu et par degrés sur toute la surface de la terre.
Cette condition particulière à Thomme qu'aucun autre être vivant n'a partagée avec lui , et tout à fait exclusive de la multiplicité de l'espèce humaine, ne pourrait être réelle qae si Thonme avait été placé, à son origine, dans tous les lieux où nous l'observons aujourd'hui. Le contraire étant à peu près démontré, il est difficile d'admettre qu'il existe phisiturs espèces d'hommes, par cela seulementque ses races présentent entr'elles de grandes différences; careiles sont moindres que celles qu'on observe chez les espèces domestiques les mieux déteiminées.
En effet, les races qui habitent les continents les plus récents, tels que TAmérique et la Nouvelle-Hollande, sont évidemment plus jeunes que celles de l'ancien
continent, puisqu'elles en sont dérivées. Si ces métis distingués par des caractères particulière sont des va* rîétés et non des espèces, puisqu'on peut remontera leur souche , il doit en être de même de ceux dont ils sont provenus. Mais n'anticipons pas sur la question (le Tunilé du genre humain. Voyons si Tensembledes t'.'iits ne nous permettra pas de donner une solution sa^ tisinisaule à celle question.
Nous nous demandons d'abord ce que l'on doit enh'udrc par espèce et par variété; car pour décider, s'il y a eu ou non plusieure espèces d'homme , il faut déiiair avec précision le sens de ces deux expressions. Peut-être si Ton a tant discuté sur l'unité du genre humain , c'est qu'on ne s'est ppint préalablement iixé sur le véritable sens à donner aux mots espèce et ^ariéié.
La génération quelqu en soit le mode ou de quelque manière qu'elle s'exerce , semble être le type et le seul fondement sur lequel on puisse établir ce premier point de départ. Ainsi , tous les individus qui peuvent se reproduire et se perpétuer indéGniment les uns avec les autres, sont d'une seule et même espèce.
Les différences qui distinguent ces individus, quelque grandes qu'elles puissent être , ne sont, en définitive, que des variations d'un même type. Ainsi, tant que CVS différences n'altèrent pas le type essentiel , et que 1rs individus chez lesquels elles existent, peuvent se
perpétuer par leur réunion, elles constituent uniquement des variétés. Seulement, diaprés la constance où la fugacité de ces caractères différentiels, on distingue les variétés en deux ordres. Les premières ou les principales sont celles où Ton observe une permanence presque constante dans le type des individus auxquels elles se rapportent. Les secondes ou les dérivées , se lient au contraire à Tinfini dans leurs traits distinclils, qui disparaissent et s'effacent par Teffet des causes les plus simples. Les unes sont des variétés du premier ordre ou fondamentales : et les autres sont des variétés du second ordre ou passagères.
On peut citer comme exemple du premier ordre de ces variétés , les races blanches, jaunes et noires, et pour le second ordre, les races qui en sont dérivées, comme les races américaines , colombiennes et finoises, etc. , qui tontes trois peuvent se rapporter au même tronc, ou au même type.
Toute la question se réduit donc à savoir si les races humaines peuvent se reproduire les unes avec les autres d'une manière indéfinie. L'expérience nous ap-. prend que les plus abâtardies donnent des individus féconds , réunies avec les races les plus parfaites. Cette expérience que nous invoquons n'est point fondée, comme on pourrait le supposer, sur quelques faits isolés, mais sur Tensemble et l'universalité des observations de tous les jours.
Cependant M. Geoffroy SaintHilaire ayant va le pelage des ebeveux altéré par un séjour prolongé dans les mines de liège , a pensé que Tespèee organique n était point immuable.
Les poils de ces animauK y àont devenus plus touffus, d*un noir partout uniforme, singulièrement moèUenx» produisant au toucber la même sensation, que eeux de la peau des taupes , comme cela arrive par Teflet de la cessation de la lumière.
Mais cette observation suffitr^lle pour renverser rédifice zoologique et prouver la fausseté du principe de rimmutabilité de Tespèce organique?
Nullement» car tout ce qu^on a voulu indiquer par ce mot d'immutabilité y c'est que si les espèces sont susceptibles d^éprouver un grand nombre de variations, toujours proportionnées à l'action des causes qui les produisent y ces causes ne sont jamais assez puissantes pour les faire passer les unes dans les autres.
Or, l'observation des chevaux i^tés pendant treize années , à mille pieds de profondeur , prouve uniquement que ces chevaux ont varié dans leurs cara^ères les plus fugaces et les moins constants, ce qui n'est nullement étonnant.
Il n'y aurait donc qu'une seule espèce d'homme, si la définition donnée à cette expression est fondée. A la vérité, plusieurs espèces, reconnues comme différentes, donnent par leur accouplement, des individus féconds.
tandis que chez d'autres, un seul accouplement suffit à plusieurs générations. Mats ces diversités dans le mode de reproduction s'expliquent facilement, ainsi que nous le verrons plus tard.
L'homme, par suite de son influence, a &it accoupler plusieurs animaux différents ; ces aecouplemenls qui n^ont jamais lieu dans les espèces livrées à elles* mêmes, donnent souvent des produits qui tiennent plus ou moins de la forme de leurs parents ; quelquefois même ils tiennent le milieu entre le père et la mère. A raison de cette circonstance , on a nommé métis ou mulets ces produits de deux races différentes.
L'homme seul a donc le pouvoir de forcer les ani« maux à se soumettre à de pareilles réunions, et encore, pour 1^ y contraindre , il faut qu'ils se trouvent sous Tempire de certaines conditions. Ainsi un des sexes au moins doit être en état de domesticité. Si la cbmesticité n'est pas une condition absolue, il est pourtant nécessaire que tous deux soient privés de leur liberté.
Les produits forcés de ces accouplements contre nature sont si peu dans leur état normal qu'ils sont presque généraleineiit stériles et inféconds. Lorsqu'ils sont aptes à la génération , ce qui est fort rare , ce pouvoir, loin d'être indéfini, comme chez les véritables espèces , s'arrête à la troisième ou au plus à la quatrième génération. D'après cela, les métis résultant de l'association de deux animaux différents , ne possèdent pas cette faculté
génératrice dont jouissent seuls les véritables types. Dès*lorSy ils n'altèrent en rien Torganisation , puisque ces métis ne sont pas durables, ne pouvant se propa* ger ni perpétuer leurs races.
Quaut à Tobjection tirée de ce qu'un seul accouplement suffirait quelquefois à plusieurs générations, elle ne parait pas avoir une grande valeur pour faire changer la définition de Tespéce. Cette particularité que pré< sentent quelques insectes , spécialement les pucerons , ne modifie pas les espèces où elle a lieu ; elle tend uniquement à en assurer la durée. Ainsi, ce mode peut être considéré comme une sorte de perfectionnement; car 'avant tout, la conservation et la perpétuité de Tétre vivant sont le point le plus important.
Ces arguments ainsi écartés, il s'agit de savoir com* ment, s'il n'y a qu'une seule espèce d'homme, elle a pu produire un si grand nombre de races, aussi distinctes parleurs caractères extérieurs que par l'ensemble de leur organisation.
Pour concevoir, autant qu'il est possible, comment ces diverses races ont été formées, eiaminons ce qui s'est passé chez les animaux dont nous pouvons suivre ehaquejour les variations. Nous produisons à chaque instant de nouvelles races dans les animaux , en les transportant avec nous dans les climats les plus divers, en leur distribuant la nourriture à notre gré, enfin en les forçant à se croiser de mille manières différentes.
 Taide de toutes ces influences, nous tendons sans cesse à détruire le type invariable des espèces; mais lorsque libres du joug de Thomme, elles retournent à la vie indépendante, on les voit reprendre, pour ainsi dire, instantanément leur type primitif et normal.
Les variations des animants sont aussi, par suite de la puissance que nous exerçons sur eux, beaucoup plus considérables et plus nombreuses que celles que présente Fespèce humaine. Pour s'en assurer, il suffit de comparer, sous le rapport de leurs variations, Thomme avec ranimai dont il a le plus complètement fait la conquête, le chien.
Le chien varie singulièrement par Teffet de notre influence, soit dans son instinct, soit dans son naturel, 8oit même dans son intrépidité. Il varie beaucoup également dans ses qualités physiques ; par. exemple, dans sa taille, il diffère comme un à cinq dans les dimensions linéaires, ce qui fait plus du centuple de la masse.
Cette différence est plus grande que celle que Thomme présente. Les Lapons, les Esquimaux et les Boschimans n'ont guère moins de 4 pieds, et les Patagons n'arrivent presque jamais au-delà de 6 pieds. Ainsi la plus grande diversité dans la taille de Thomme, rentrerait danslerapportd'unàunetdemi; par conséquent, elle serait de trois fois et demie moins considérable que dans le chien. Enfin la masse du corps, comparée dans
les diverses races , resterait à peu de chose près , dans les plus dissemblables :: 4 : 4 ; A/2.
Si nous examinons les mêmes dimensions chez les nains et les géants, que nous ne saurions regarder comme étant dans Tétat normal, nous trouverons eacore que les extrêmes de leurs différences sont moindres que celles des races des chiens. Ainsi, la hauteur des plus petits nains est à celle des plus grands géants, presque :: 4 : 4; et en les supposant bien proportionnés, la masse du corps des premiers est à celle des seconds :: >! : 64.
Les chiens varient en outre beaucoup dans leurs autres caractères ; la forme de leurs oreilles , de leur nez , de leur queue, ainsi que la hauteur relative de leurs jambes, éprouvent de nombreuses et importantes différences. Il en est de même de la couleur et de T'abondance de leurs poils, qu'ils perdent quelquefois entièrement. Le développement progressif du cerveau , d'où résulte la forme mêmede leur tête, tantôt grêle, à museaueffilé, à front plat^tantotà museau court, àfront bombé, éprouve aussi de grandes modifications qui ne sont pas sans quelque influence sur Tinstinct de ces animaux.
Par suite de ces variations, les diiCérences d^un matin et d'un doguin sont plus fortes que celles que Ton reconnaît entre les espèces sauvages d'un même genre Balurd. Enfin y certaines races de chiens offrent un
doigt de plus aux pieds de derrière avec les os du tarse correspondaot à peu près , comme dans i^espèce humaine , nous Yoyons des familles sexdigitaires. Ce développement d^un sixième doigt est le maximum de variation connu jusqu^à ce jour dans le règne animal.
11 n'est pas moins constant que ces modifications qm ont produit des variétés si diverses , sont toutes parties d'uue seule et même souche. A la vérité, on s'est long* temps demandé où était cette souche primitive du chien, de laquelle sont provenues les races domestiques. D'après M. Hogdson , ce type, duquel seraient dérivées les nombreuses variétés du chien, se trouverait dans le Népaul, où il est connu sous le nom dieBuansu,
Les caractères du Buamu sont les mêmes que ceux des chiens ordinaires, et il en a toutes les habitudes. On n'a donc plus à se demander, si les chiens de berger on le chacal sont ou non les souches des races domestiques. Cette souche se trouve dans les anciennes cou* trées de l'Asie, berceau du genre humain , là où rhomme a fait ses premiers pas vers la civilisation.
Si les animaux que Thomme a le plus rapprochés de lui, ont éprouvé des variations plus grandes et plus nombreuses que l'espèce humaine, nous pouvons con-* oevoir plus facilement celles que nous avons nous-mêmes subies. On ne pcul pas supposer que toutes ces variations aient été produites par Tinfluence du temps ; ear elles sont de beaucoup postérieures à notre exis-
tence. Aussi voyons-nous les espèces sauvages i*ester immuables dans leurs formes, quelques divers que soient les pays qu'elles habitent. Au milieu des nombreux exemples que nous pourrions citer, il nous suffira de rappeler ceux que nous fournissent le loup et le renard^ qui s^étendent depuis la zone torride jusqu'à la zone glaciale, et n^éprouvent dans cet immense intervalle, qu'un peu plus ou un peu moins de beauté dans leur fourrure.
Ainsi, les animaux sauvages, soumis à des causes modificatrices moins nombreuses et moins puissantes que celles qui agissent sur les animaux domestiques, ne présentent pas ordinairement dans leurs dimensions des variétés distinctes ni très constantes. Chaque espèce ne forme qu'une seule race composée d^individus presque tous semblables entr'eux.
Après ces faits, dont la vérification est faite, essayons de nous rendre compte, comment d'une seule espèce d'homme ont pu provenir tant de races diverses, dont certaines rappellent si peu le type primitif dont elles sont sorties. On peut remarquer en premier lieu que les variations de Tespèce humaine devraient être plus étendues et plus nombreuses que celles que Ton observe chez les animaux; c'est pourtant tout le contraire. L'homme présente^ de plus que les animaux, un instrument perfectible, son intelligence. En faisant d*im* menses progrès chezcertains peuples^elle adù entraîner
dans son mouvement les formes extérieures qui Texpriment. Cette cause étant éminemment variable , les caractères des différentes races ne peuvent être , par cela même, permanents, ce que prouve l'observation directe.
Le résultat de ces modifications est dans Torgane matériel de l'intelligence bien supérieur aux climats, et qui plus ou moins développé a produit, par son inlluonce, les nombreuses variations de l'espèce humaine-. En se perpétuant, elles ont produit à leur tour les diverses races qui en font partie. Le système nerveux encéphalique, différent pour chaque peuple, a ainsi gouverné les formes extérieures, en même temps qu'il a présidé à la répartition des forces vitales, dont l'intervention a enfin modifié les effets des agents extérieurs.
Le travail intellectuel doit avoir nécessairement pour résultai, de faire de la tête un centre de fluxion et d'y faire prédominer l'énergie vitale. L'effet d'un pareil phénomène est de donner à la portion de la tête où il se passe^ un plus grand développement, et d'attribuer au système pileux une plus grande activité, qui coïncide avec la plusgi*ande complication du cuir chevelu.
Tels sont les effets qui ont eu lieu chez la race blan^ clie; plus parfaite au moral , elle ne Test pas moins au physique. Tel est celui qui s'effectuera également par le perfectionnement de rinlelligence chez toutes les
races humaines, même chez la plus dégradée de toutes ^ la race nègre.
Le fait seul d^uD travail intellectuel prolongé amenant un surcroit de sang vers la tète , a pour effet d'allonger et d'amollir la laine grossière et rabougrie dont elle était couverte et qui manquait d\'iliment. Comment pourrait-il en être autrement, puisqu'il y a identité entre le pigmenium sons-épidermique et la matière des poils. Le développement de la chevelure ne sauraitavoir lieu qu'aux dépens de la couleur noire ; à mesure que les cheveux s'allongent, la coloration devient moins foncée , l'angle facial de plus en plus rapproché de l'angle droite signe d'un plus grand degré d'intelligence.
Ce que nous venons de dire de la race nègre s'effectuera également chez toute autre et, par exemple, chez la race mongole, par l'influence des progrès de la civilisation. Ici , comme ailleurs, nous verrons les formes du crâne suivre les variations du système encéphalique. Les pommettes cesseront d'être proéminentes lorsque les lobes antérieurs du cerveau élargiront le front. Le visage cessera aussi dès ce moment d^étre coupé en losange et les yeux regarderont directement en avant.
La prééminence des plus nobles instincts fera également disparaître la saillie du menton et la grandeur de la bouche. Les cheveux puisant dans les matériaux plus ou moins abondants qu'amène Tactivité cérébrale , deviendront fins et moelleux et la barbe ornera le visage^
siège des mouTements expressifs. Enfin , recevant par contre-coup la loi du système nerveux , la coloration de la peau disparaîtra de plus en plus et le sens du toucher deviendra plus parfait.
Si ces effets se continuent et si les progrès de l'intelligence s'éiendent de plus en plus, on verra ces hommes à teint coloré , à cheveux crépus ou laineux , ou à cheveux courts, tendre d'une manière manifeste vers la race blanche , celle dont l'angle facial est le plus rapproché de Tangle droit et où les cheveux sont les plus longs et la peau la moins colorée.
Le développement du systèmener veux encéphalique, instrument de Tâme dans les opérations intellectuelles, suffit donc pour produire le passage d'une race à une autre; car tous les caractères spécifiques gravitent autour de ce premier système et en suivent les mouvements. Il est facile de concevoir quelle instabilité existe dansée développement , et combien doivent être nombreuses les variations qui en sont la suite. 11 ne faut donc pas s'étonner d'observer un si grand nombre de variétés dans Tespèce humaine et de reconnaître le peu de permanence de leurs caractères. On doit d^autant moins en être surpris, qu'à Tinfluencedu système nerveux vient s'ajouter une foule d'autres causes dont l'action est aussi sensible sur l'espèce humaine qu'elle Test sur les animaux.
Sans vouloir entrer dans l'examen de ces dificrentcs causes , il nous suffira de rappeler l'effet du croisement
des diverses races hupiaines qui ont éprouvé en sens contraire Taction de la civilisation. On pourrait également y comprendre celles qui dépendent de la diversité des climats, des milieux et de la pression barométrique et même Tinflueuce des diverses sorles de nourriture dont les hommes font usage. Toutes ces causes agissant d'une manière constante et par cela- même exerçant leurs effets sur les hommes qui y sont soumis , ont dû produire a la longue los nombreuses variétés de l^'cspèce humaine.
Si Texercice d'un organe en accroît le développement , une cause contraire oe peut que le diminuer et finir même par en annihiler les effets, si sa cessation dure long-temps. L'instabilité des races est donc un fait nécessaire ; aussi peut-on la reconnaître en observant les peuples qui ontabandonné la civilisationcomme en étudiant ceux qui ont fait tous leurs efforts pour en accélérer les progrès. Cette vérité n'est pas une pure théorie; la terre est là avec ses nombreux habitants, pour justifier Texactitude et la justesse de ces aperçus.
S'il était nécessaire de citer des exemples de cette marche rétrograde dans le chemin de la civilisation , nous pourrions en signaler uu bien frappant, c^est celui que nous offre la race finoisc qui parait se rapporter a la rucc blanche ou caucasienne. La taille des Lapons cl des Groënlandais qui en font partie est petite ; leur corps est grêle et leur front étroit comme chez
tous les hommes dont rintelHgenee est peu avancée. Lears cheveux sont courts , leurs pommettes saillantes et leur teint d'un brun sale.
Uabondante chevelure de la race blanche a disparu ici avec l'activité cérébrale. Les poils, et à leur défaut, le pigmentum ont dû se montrer sur le reste du corps , en sorte que la peau est devenue plus colorée et les cheveux plus courts qu'ils ne Tétaient primitivement.
Tous ces effets dépendent de Taffaiblissement de la civilisation des peuples qui ont ainsi perdu la beauté de leur type primitif. 11 ne faut donc pas assigner un berceau différent aux diverses races humaines et s^ap* puyer à cet égard sur l'incompatibilité de leurs caractères; car toutes se fondent les unes dans les autres ^ parce qu^elles proviennent d'une même source. Il ne nous a pas été donné , il est vrai ^ de suivre pas à pas de pareilles métamorphoses. Les historiens arrivent lorsque le genre humain est déjà loin du point de son départ; les consulter sur ces temps éloignés, c'est demandera Fhomme mur l'histoire de son enfance.
Après ces faits , qui oserait dire que les hommes de couleur dont la civilisation fait tous les jours de nouveaux progrès , ne remonteront pas au point où nous sommes parvenus maintenant. Par l'effet du développement du système nerveux encéphalique, nous verrons la coloralion de leur peau s'affaiblir par degré , II. Z
en même temps leurs cheveux s'allonger et Leur angle facial devenir beaucoup plus ouvert.
Ces peuples qui déjà se 8ont réunis en corps de nation, sous une forme de gouvernement régulier, et qui se sont créé une civilisation, n'auront bientôt plus rien des nègres, dont ils tirent leur origine. Bien différents de leurs ancêtres , qui n'ont pas su se faire une écriture, ni construire le moindre monument , ni enfin avoir une histoire propre à les éclairer sur leur origine et leur destinée, ces peuples transplantésdans un monde nouveau, y prendront, par suite des progrès de leur civilisation, des formes nouveUes, fruits heureux de cette même civilisation dont leur perfectionnement physique ne sera pas un des moindres bienfaits.
Ainsi , comme semble Tavoir démontré M. Georges Gaidon, les traits du visage de l'homme et son angle facial sont subordonnés à son état intellectuel. Cet état gouverne également la coloration de la peau d'une manière indireete, par Tinfluence qu'il exerce sur la distribution du système pileux. Aussi voit-on dans chaque race , l'ensemble des caractères spécifiques être constamment en harmonie avec l'état de leur civilisation.
L'anthropologie a donc fait un véritable progrès , lorsqu'elle a rapporté à trois types principaux toutes les variétés humaines. Ce qui prouve la justesse de cet jQperçu , c'est que l'on y est arrivé par les voies les plus différentes. Les naturalistes à la tête desquels nous de-
vons ci 1er Guvier , par leurs études comparatives sur le règne animal; les géographes , tels que M. Valkcnaer par leurs recherches géographiques et les navigateurs par TobservatioB directe de TenBemble des traita et des habitudes des peuples divers. Enûn l'étude des langues ainsi que* la comparaison des traditions et des monuments des peuples semblent Clément le eonfirmer*
Tout récemment M. Dumontd'Urville» à l'exemple de Forster et de Chamisso , n'a vu que deux races distinctes dans les peuples de TOcéanie; V la race mélanésienne blanche de la race éthiopique d'Afrique; 2^ la raee polynésienne basanée ou cuivrée^ qui n^est qu'un rameau de la race originaire d'Asie.
La race malaise se trouve ainsi effacée du nombre des races primitives; or, si elle est secondaire, on conçoit que la loi du croisement des races humaines devra subir à son égard une modification importante.
£n elfet , dans le mélange du Malais et du Nègre, le premier étant supérieur, le métis doit reproduire en plus ses propres caractères , si la race à laquelle il appartient est primitive. Si au contraire elle n'est que secondaire , son mélange avee une race pure devra les ramener vers cette dernière; c'est aussi ce qui arrive chez les Métis n^o-malais sur lesquels prédomine la race nègre.
La race éthiopique t)U noire a donc donné aux lies de rOcéaoie ses habitants primitifs et Ton peut en sui-
— sevré l'origine au moyen des croisements qui s'y opèrent. Celte race noire est la souche-mère sur laquelle sont venus se greffer par la marche du temps et des événenements, les Indous^ les Mongoles ^ les Chinois, les Arabes.
La fusion s'est opérée en ces divers peuples d'une manière graduelle et successive. Les Indous ont agi dV bord sur les Mélanésiens , et ont préparé, pour ainsi dire, les peuples à recevoir les Arabes , comme à leur tour, les Arabes les ont préparés à la civilisation européenne, si supérieure à la leur.
Cette marche concomitante des caractères physiques et moraux des peuples deTOcéanie, est d'autant plus intéressante pour la philosophie de l'histoire de Thom* me , qu'elle semble dégagée en partie des causes qui la masquent , chez les peuples de la race caucasique.
Celle-ci a éprouvé elle-même de nombreuses modi-* fications, ainsi que le prouvent assez les innombrables variétés de l'espèce humaine. Mais au milieu d'elles on en distingue deux principales dont les formes, moins perfectionnées que celles qui caractérisent la race blanche, indiquent assez qu'elles en dérivent. Ces deux ra* ces, la mongolique et l'éthiopique, montrent par leur tendance à retourner à leur type primitif , qu'elles ne sont que des temps d'arrêt de la race caueasique. Ainsi se justifle ce que nous venons de faire observer relativement à l'unité de l'espèce humaine , question qui est
en quelque sorte toute Tbistoire de rhumanité, et que Ton ne peut guère résoudre autrement que nous l'ayons fait.
Du reste, les Yariations des différentes races humaines eont bien moindres que celles des races les plus complètement soumises à notre influence, tels que le cbien^ le bœuf, le mouton, et même le cheval, où Ton distingue au moins jusqu'à trente variétés principales. Dans tous ces changements, le type spécifique essentiel change si peu, que les individus d^une même espèce se reconnaissent toujours entr^eux, et sont, par cela même, généralement susceptibles de se perpétuer à rinfini.
Ces changements ne portent jamais que sur les caractères les plus variables et les moins essentiels. Ainsi leurs effets se font ressentir sur la taille et les proportions des diverses parties et sur la distribution des couleurs, ainsi que sur la finesse^ Tabondance et quelques autres caractères des poils. Il en est de même du développement de la taille ou de telle aptitude qui ressort de l'organisation et des caractères mêmes de Tespèce.
Les variétés, en se mêlant indistinctement entr'elles, produisent également des races mixtes ou semblables à l'un des types, selon le degré de différence qui existe entre leurs parents. Les nouvelles races qui en résultent, toujours susceptibles de fiie reproduire d'une ma-
nière indéfinie, ont donc conservé le caractère te pIUs essentiel de l'espèce.
Si Ton applique ces faits aux races humaines, on reconnaît aisément que les différences qui les distinguent, n'ont rien de spécifique. Les traits qui les earactérisent et les séparent n'ont même rien d'excluaÎTeBMnt pro» près à Tune d'elles.
Ainsi le nègre n'a pas seul et n'a pas toujours la peau noire ; car Flndou, TÂbyssin, tous deux de race cauca*sique , sont aussi noirs que les plus beaux nègres^ D'un autre côté, le Hottentot que ses formes rattachent à la race éthiopienne, n'offre qu'une teinte brune peu foncée.
Les variétés de couleur de la peau de la race caucasienne, sont également innombrables; en effet, quelle distance nV a-t-il pas, sous ce rapport, entre les Indous et les Abyssins que nous venons de citer, et les hommes du nord de l'Europe. Elles sont aussi grandes, que celles de leurs formes, de la finesse et de rabondance et des nuances des poils, ou enfin des teintes de l'iris.
La frisure des cheveux, si caractéristique chez les nègres de la côte d'Afrique, se perd peu à peu chez ceux du Sénégal; elle reparait plus ou moins dans l'Océanie, et même individuellement ehez quelques européens. On peut en dire autant des formes et des proportions ^e la tête et des traits du visage. Buckingham n'a-t-il pas trouvé au-delà du Jourdain une famille arabe, qui
tout entière, le chef excepta, offrait les traits, la couleur et les cheveux de la race nègre , bien qu'il fut constaté qu'aucune alliance n^avait eu lieu entre cette famille et des individus de souche étrangère.
Ces faits annoncent combien les caractères des races «^éloignent de la fixité des différences spécifiques qui subsistent toujours, nonobstant les variations qu'éprou* vent les premiers. Comme les différentes causes de ces variations agissent depuis, long-temps, Thomme étant déjà bien éloigné de Tépoque de sa venue sur la terre, on ne doit pas s'étonner qu'elles aient produit à la longue les nombreuses races que nous apercevons dans l'espèce humaine. Comme ces causes exercent encore leur action, elles produisent chaque jour de nouvelles altérations dans ces types secondaires. Quoique moins profondes et moins intenses, elles ne diffèrent pas, du moins par leur nature, de celles qui ont opéré les anciennes races. Ces variations qui ont lieu, pour ainsi dire, sous nos yeux, nous servent de guide pour remonter jusqu'aux temps où l'homme, sorti des plateaux de l'Asie, s'est répandu sur la terre avec la pureté de son type primitif, altéré plus tard par suits des influences nouvelles auxquelles il a été successivement soumis par sa dispersion.
L'unité de l'espèce humaine est donc démontrée par l'ensemble de ces faits , ainsi que l'avaient depuis long-temps reconnu Camper^ Buffon , Blumen-
bach, Kant, Pallas, SœmmeriDg et Guvier ; il sem* blQ dès-lors, qu^à tort. Desmoulins et Bory de Saiot- Yiocent , ont supposé qu^il existait au moins quinze ou seize espèces distinctes dans le genre humain. Us n'ont pas été plus fondés , lorsqu'ils ont voulu les faire sortir des principales régions ou des diverses cour trées de la terre. Les faits physiques, aussi bien que les faits historiques , s'opposent à l'admission de pareilles suppositions ; car s'il y a quelque chose de démontré, c^est que Thomme, bien différent en cela des animaux, n'a pas été placé simultanément en différents points, mais sur un seul lieu. Il a ainsi peuplé successivement diverses parties du globe, dont ses descendants devaient plus tard embrasser l'ensemble.
L'Asie semble avoir été cette patrie primitive et le premier berceau du genre humain. Cette contrée , la mieux placée pour favoriser la dispersion des hommes, se trouve, pour ainsi dire, comme au centre des continents. Elle compose une des principales parties de la terre qui est sortie la première du sein des eaux, et offre à la fois les plateaux et les pics les plus élevés. D'un autre côté, le soulèvement des chaînes centrales de l'Asie, a eu lieu avant la dispersion des dépôts diluviens et par conséquent antérieurement à la dispersion du genre humain. Les faits géologiques annoncent même que la haute chaîne de THymalaya qui constitue le plateau central de l'Asie, du même âge que le Mont-
Blanc, a été soulevée, lors de la précipitation des dernières couches tertiaires , c^est-à-dire antérieurement à l'apparition de Thonime. Cette cbaine existait donc sous sa forme actuelle à cette époque; bien différente en cela de la Cordilière des Andes, dont le soulèvement tout nouveau parait avoir été postérieur ou tout au moins contemporain de la dispersion du dUuvium; ce qui semble annoncer que le continent d'Amérique vla été habité qu'après cette grande catastrophe.
Le Nouveau-Monde a dû à cette circonstance d'avoir été peuplé si tard. D'après les observations de M. de Humboldt, les Américains proviennent du mélange des races Circassiennes et Mongoles. Ces peuples sont donc plus jeunes que les races dont ils descendent; en effet les traditions et les monuments des peuples de l'Amérique sont loin de remonter aussi haut que l'histoire des nations qui tour à tour se sont succédées sur l'ancien continent.
D'après le célèbre observateur que nous venons de citer, les monuments des Péruviens ne sont pas antérieurs à l'ère vulgaire; quant à ceux des Mexicains , quoique plus anciens, ils ne remontent pas à plus de cinq ou six siècles avant la même époque.
Tous les faits s'accordent donc pour démontrer que les vastes plateaux de l'Asie centrale ont été soulevés au* dessus des eaux, bien avant une grande partie des terres de l'ancien continent. Peut-être out-ils dû à cette cause
leur élévation , et même les nombreuses mer& înté' rieures qui se trouvent à leurs pieds et sont] aujourd'hui le trait le plus saillant de leur retraite.
Quoiqu'il en soit, le centre de TAsie, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, est le point du globe le plus favorable à la dispersion du genre humain; c'est aussi de ee point c[ue Thomme semble s^ètre répandu sur la terre par irradiation. Cette marche que parait avoir suivie l'espèce humaine, n'a du reste rien d'arbitraire. Elle est fondée sur les documents les plus certains et sur l'histoire, qui lui donne un caractère de précision tout particulier. Les plus anciens monuments et les premières traditions historiques n'onl-ils pas été élevés , ou ne se rapportent-ils pas à cette partie de l'ancien continent où Phomme a essayé ses premiers pas et a vu de loin cette aurore de civilisation qui devait être, pour ses descendants, une source toujours nouvelle de bonheur et de prospérité?
En résumé, soit que l'on étudie les différentes causes dont l'action modifie sans cesse la surface du globe, afin de fixer l'époque à laquelle elles ont commencé d'agir, soit que l'on considère les progrès de la civilisation chez les diverses nations qui tour à tour se sont succédées sur cette terre ; soit que l'on apprécie les différentes varia* tions que l'espèce humaine a éprouvées, on arrive toujours à la même conséquence. Toutes ces causes, aussi bien que leurs effets, nous représentent l'homme comme
fort nouveau sur cette terre ; patrie fugitive de notre espèce, qui dans les désirs de son intelligence aspire sans cesse à un monde plus durable.
Sans doute, une longue série de siècles s^est écoulée, depuis que la terre, sortie du néant , a été lancée dans rin)menstté de Tespace, jusqu'au moment où l'homme en a foulé pour la première fois le soh Mais cela ne fait point que notre espèce remonte au-delà des temps fixés par TÉcriture. Lors même que les monuments historiques et physiques n'établiraient pas une balance égale entre la nouveauté etrancienneté de l'homme sur la terre, il faudrait encore se décider en faveur de la première de ces opinions.
En effet , malgré les sept mille ans que nous avons déjà passés sur notre planète, la majeure partie du globe est encore sans habitants , et il y a peu de siècles que ce manque de population était encore plus marqué. La raison générale de l'espèce humaine ne brille que fai« blemenf , même dans les lieux où elle est la plus avan* cée, et il y a peu de siècles qu'elle pouvait être comptée presque pour rien. Eh quoi ! ces faits positifs ne prouveraient pas la nouveauté de Thomme ! Il faut bien le reconnaître , si Ton ne veut pas désespérer de l'humanité.
Ainsi se trouve justifiée la date que noys avons donnée à l'apparition du genre humain et les conséquences qui s'en déduisent. Cette date suffit pour expliquer les
progrès que la civilisation a faits depuis lors , conime tous les effets physiques.
Cependant plusieurs nations ont voulu reculer singulièrement leur origine. Mais lorsqu^on examine avec attention ces traditions, on n^estpas long-temps à s'apercevoir qu'elles n'ont rien d'historique. On est bientôt convaincu y en discutant les preuves sur lesquelles on a cherché à les appuyer, qu'elles n'ont rien de réel, et qu'au contraire, la véritable histoire et les documents qu'elle a conservés sur les premiers établissements des Dations , confirment ce que les monuments naturels , qui ne sauraient nous tromper, nous apprennent et nous certifient.
Si tant de voix se sont élevées pour repousser une conséquence aussi juste , nous ne devons pas nous en étonner. Le plus grand nombre des observateurs ont ignoré toutes les données du problème qu'ils se sont proposé de résoudre ; ensorte que tout en raisonnant juste f relativement à leurs connaissances , ils s^ sont pourtant égarés, lorsqu'ils ont voulu en donner la solution. Les termes de leur équation ne représentaient pas toute la valeur de l'inconnu.
Telle est la cause des nombreuses variations de l'esprit humain. Chaque siècle ajoute un terme à l'équation que nous cherchons à résoudre, et la valeur de l'inconnu change sans cesse. Ainsi s'accroît, d'une manière constante , l'édifice majestueux de la science ;
mais à cause de Timmensité des objets sur lesquels elle porte ses regards , il ne peut être donné à riioinme d'achever ce monument , preuve de son impuissance ^ mais aussi de sa perfectibilité.
Âpres ces faits précis , est-il nécessaire de discuter cette supposition gratuite du passage des espèces les unes dans les autres, à Faide de laquelle on a voulu faire admettre une antiquité plus grande à Tespèce humaine. Nous le devons, non, parce que les arguments sur lesquels on a voulu Tappuyer sont sérieux, mais à raison de la célébrité de ceux qui ont proposé et soutiennent cette hypothèse. D'après elle , les espèces actuellement vivantes ne seraient qu'un développement ou une transmutation des races anciennes, et pour les produire des temps bien considérables auraient été nécessaires. Avant d'entrer dans Texamen des faits qui se rattachent à cette question, on peut remarquer que lors même que de pareilles transformations auraient eu lieu y elles ne sauraient reculer l'époque que nous cherchons à bien apprécier, c'est-à-dire , celle de la venue de l'homme sur la terre.
Mais cette fusion des espèces anciennes dans les nouvelles , est-elle aussi réelle qu'on a voulu le faire supposer? Cette hypothèse ne serait-elle pas née de ce désir de quelques naturalistes de se passer de Tinterven* tion répétée d'une cause première, dans l'apparition successive des anciennes et des nouvelles générations.
Si de poreils passages avaient eu lieu et s'ils avaient été possibles, nous devrions trouver dans le sein des couches terrestres quelques traces de cette singulière généa» logie, et nous y verrions des individus intermédiaires entre les nouvelles créations et les races des temps géologiques. Cependant rien de semblable n^a été jusqu'à présent observé, parce que de pareils effets ne se sont jamais opérés.
Sans doute, la vie a marché du simple au composé , etgénérolement les espèces se sont succédées ici-bas , en raison directe de la complication de l'organisation. Mais cette grande loi de la nature a eu lieu sansqull se soit effectué dans la même dasse ou dans le même ordre de végétaux ou d'animaux, un véritable passage des formes organiques plus simples, aux formes compliquées. En effet, les genres ou les espèces d'une même famille, dont les débris se trouvent dans les couches fossilifères les plus anciennes, quoiqu'essentiellement différents dans leurs types et dans leurs formes des races vivantes, présentent dans leur organisation une per« fection de détails et d'ensemble tout aussi grande que celle que Ton observe dans les espèces de nos jours.
Nous avons donné des preuves trop multipliées de cet ordre de faits, pour devoir y revenir de nouveau. Nous examinerons seulement si les états transitoires par lesquels passent certains animaux , états d'autant plus divers qu'ils sont placés au plus bas degré de Té-
clielle, sont assez considérables pour faire admettre que les espèces les plus différentes peuvent se transformer les unes dans les autres, par suite de ces variations exigées par le perfectionnement de l'organisation?
Nous commencerons Tétude de ce phénomène par Thomme , puisque c'est sur lui que nous avons porté l'attention dans ce chapitre. L'homme a été considéré comme un exemple remarquable de oes transformations et on a cru qu^elIes rendaient probable la fusion ou le passage des espèces les unes dans les autres. Il faut donc s'assurer , avant tout, si réellement Tembryon humain retrace dans ses développements les divers états permanents des espèces inférieures, c'est-à-dire de celles qui sont placées le plus bas dans la série animale.
Cette question a beaucoup occupé les physiologistes modernes, et la plupart d'entr'eux Tout résolue d'une manière affirmative. M. Serres^ entr'autres, a formulé ainsi sa pensée, en disant « que l'organogénie est une c anatomie comparative transitoire, et Tanatomie com- « parative, une organogénie permanente. »
L'opinion qui considère l'agrégat ou l'embryon bumain, le plus compliqué entre les êtres vivants, même sous le rapport organique , comme passant successivement par les degrés représentés par les animaux inférieurs , pourrait être acceptée dans la science, si on se bornait à la considérer comme une vue intéressante et
une conjeclure qui paraîtrait assez fondée dans sa généralité. Mais on a été beaucoup trop loin, ce semble, en érigeant en loi, ce qui ne devait être admis que comme une hypothèse; l'on a ainsi singulièrement exagéré l'imporlance et la signification de cette idée
synthétique.
Il est d'abord évident qu'il ne peut exister entre l'embryon humain et les divers animaux que de simples ressemblances, et jamais une identité parfaite, comme l'ont donné à entendre ceux qui ont voulu faire servir les termes de cette comparaison à la démonstration de l'unité de plan et de composition organique. Tant il est dangereux de n'observer les faits qu'à l'aide ou sous l'influence d'idées préconçues.
Ceci est d'autant plus sensible dans la question qui nous occupe, que les ressemblances que nous venons de rappeler, sont purement transitoires; elles le sont à tel point que l'embryon humain ne rappelle plus, dès le troisième mois, que le type de l'espèce humaine , et ne peut plus alors être comparé à l'état permanent d'aucun autre animal.
Aussi le principe sur lequel on a fondé les analogies contre lesquelles tant de faits s'élèvent, est loin d'être arrêté et bien défini. En effet, tantôt on a eu recours à la configuraUonou à la consistance, tantôt on n'a eu égard qu'à la disposition de tel ou tel système d'organes. Ainsi, lorsqu'on a voulu comparer l'embnoi) ha-
main à un mollusque, on a invoqué la mollesse de ses tissus dans les premiers moments de sa formation. Lorsqu^on a youlu Tassimiler ou le rapprocher d'un insecte, on a fait remarquer la disposition primordiale linéaire du cœur et des vaisseaux principaux. Enfin , quand on a entendu indiquer les analogies de Tembryon humain avec les poissons , on a parlé des branchies ou des apparences de pareils organes qu'il parait montrer aux premiers instants de sa formation.
Il faut bien remai*quer qu^un être n^est pas mollusque, parce que sa structure est lâche et sa consistance molle. Il Test en vertu d'un type particulier d'organi* sation, mais non sous un tout autre rapport. De même, un animal n^est pas poisson parce qu'il a des branchies à une époque quelconque de sa vie , car ces organes ne forment pas le seul caractère essentiel du poisson. II est en effet une foule d'autres animaux qui ont un pareil système respiratoire et qui cependant ne sont pas pour cela de véritables poissons.
Dans tous les cas , il est sensible que ce ne peut pas être par une circonstance isolée comme est celle de la disposition d'un organe ou d'un système d'organes que Tembryon humain retrace telles ou telles espèces inférieures. Des transformations aussi limitées et aussi fugaces ne peuvent nullement justifier, et encore moins démontrer, la généralité et la justesse de la proposition que nous combattons.
D'ailleurs, les analogies dont nous avons fait connaître le peu de fondement, n'ont été établies quejsur des organes d'une existence douteuse, malgré les assertions de ceux qui en ont signalé Timportance. Les branchies ou les apparences branchiales de l'embryon humain , de l'aveu même de Rahké qui les a découvertes sur les côtés du cou, disparaissent quelques jours après leur formation. Dès4ors, qui pourrait assurer qu'on n'a pas été victime de quelque illusion dans la détermination de parties dont la réalité est ai incertaine et la durée si courte.
Le système nerveux étudié dans son développement par Tiedemann et Serres , a fortifié l'opinion de ces analomistes, touchant la comparaison à établir entré les divers états de l'encéphale dans l'embryon humain, et celui des poissons, des reptiles , des oiseaux et des mammifères inférieurs. Mais en supposant qu'il soit prouvé que la prédominance successive des lobes optiques, du cervelet, des lobes cérébraux, etc., rappelle l'état des classes que nous avons citées , on conviendra que les ressemblances appréciables n'existent que chez les animaux vertébrés, il est du moins démontré qu'à aucune époque de la vie embryonnaire, il n'existe de disposition organique qui soit analogue ou qui retrace celle du système nerveux des animaux invertébrés.
Ajoutons que la succession des ressemblances de
Tembryon humain avec les diverges espèces animales n'est pas rigoureusement en harmonie avec réclielle zoologique. Loin de représenter tour à tour un zoophyte , un articulé ou un mollusque, Fétre humain vers la première moitié du second mois est à la fois mollusque par sa consistance , reptile par son système vasculaire, poisson par ses branchies , mammifère inférieur par son prolongement caudal, et réellement homme par la prédominance de Tappareil cérébral ou de la substance qui en tient lieu.
On ne saurait donc voir une gradation rigoureuse dans les diverses phases de la vie embryonnaire. Ainsi , c^est une idée presque aussi ridicule qu'absurde, que celle qui nous a représenté une monade placée dans Tovaire d^une femme, se transformant par suite de métamorphoses plus ou moins nombreuses, en homme, après avoir passé par toutes les formes animales.
Si le principe par lequel on a voulu considérer les phases de l'évolution des êtres supérieurs, comme la traduction temporaire de Tétat permanent des animaux inférieurs était entièrement vrai, il faudrait que ces derniers, dans leur développement successif, ne présentassent aucun des traits propres au développement des animaux qui occupent le haut degré de la série. Le contraire est cependant démontré parles faits qui sont en opposition avec cette marche.
En effet, les larves de beaucoup d'insectes respirent par des branchies , tandis que les individus parfaits exercent la même fonction au moyen des trachées. Néanmoins, ce système respiratoire est inférieur au premier. 11 s'en suit donc qu'il n'est pas toujours nécessaire que toutes les parties de l'organisation animale se perfectionnent pour faire arriver un être à son plus grand degré de complication. L'exemple des insectes, des mollusques et d'une foule d'autres animaux invertébrés y est une preuve trop formelle du contraire, pour insister plus long-temps à cet égard.
Sans doute, il arrive souvent qu'il en est l'inverse; ainsi, par exemple, les têtards qui dans leur jeune âge sontde véritables poissons dont ils ont d'ailleurs les habitudes aquatiques , perdent leurs branchies pour acquérir des poumons, c'est-à-dire, des organes propres à respirer Tair en nature. Avec ce perfectionnement de leurs organes respiratoires, ces animaux en éprouvent* une infinité d'autres par suite des nouvelles conditions auxquelles leur vie aérienne va les soumettre. En conséquence du progrès de son organisation, le têtard en perdant sa nageoire caudale et ses branchies, acquiert, en même temps, quatre organes locomoteurs et des poumons. De poisson qu'il était aux premières époques de sa vie, il devient grenouille ou reptile. De même, son appareil digestif qui dans le principe était organisé pour l'alimentation végétale,perd son premier
caractère et prend celui qui convient à ralimentatiou animale.
Ici, le perfectionnement de l'organisme est complet ; il résulte, en quelque sorte , de la transformation d^un animal à formes et à organisation zoologique inférieure à une supérieure, dans laquelle le nouvel être doit vivre et engendrer. Cette transformation , quelque considé rable qu^elle puisse paraître, ne va pas jusqu'à faire passer Télre qui réprouve, de grenouille à la forme de lézard , genre de reptile dont l'organisme parait plus avancé. Le perfectionnement du têtard en grenouille , s'arrête en ce point; il ne s'étend pas au-delà, preuve évidente et sensible que ces transformations sont toujours limitées, et ne vont jamais au-delà du but pour lequel elles ont été établies dans les desseins de la nature.
Si ces changements successifs sont plus fréquents et plus marqués chez les êtres inférieurs que chez les supérieurs, cette circonstance tient probablement à ce que les premiers ont plus de distance à franchir que les ' seconds pour arriver à un summum de complication qu'il leur a été donné d'atteindre. Mais les êtres les plus simples, comme les plus élevés dans la série animale, ne peuvent, par suite des variations que leur organisation éprouve aux diverses phases de leur vie, se fondre et se transformer les uns dans les autres, de manière à former une chaîne non interrompue dans \{\ série des êtres.
Du reste, les divers genres de transformalioo ou de métamorphoses sont toujours en rapport avec les nouvelles conditions d'existence auxquelles Tanimal va être soumis. Ainsi , la parturition ayant lieu constamment à terre chez plusieurs espèces de salamandres, ces reptiles naissent parfois sans branchies et avec la queue non comprimée, conique, arrondie et sans nageoires membraneuses ; par conséquent à peu près dans Tétat de développement le plus avancé.
Lors donc qu^on fait l'opération césarienne à des salamandres pleines, on trouve que les fœtus ont leurs branchies d'autant plus apparentes qu'ils sont plus éloignés de l'époque de leur naissance. Ces fœtus une fois éclos et sortis du sein de leur mère, qui les abandonne, devant vivre loin des eaux et en général forcément privés de ce liquide, n'avaient nul besoin des branchies. Ils devaient donc naître dans un état d'accroissement assez avancé pour exercer de suite la vie aérienne , par une anomalie remarquable, mais qui n'est qu'apparente dans Tordre des batraciens.
Ces mœurs n'étant pas générales chez les salamandres, cellesqui, comme la salamandre tachetée, habitent au moment de leur naissance le sein des eaux , ont des branchies, une queue comprimée, comme celle des poissons, avec des meoibranes ou nageoires verticales. Cette espèce reste des mois entiers dans Teau ; elle y grossit et acquiert en longueur deux tiers en plus de
celle qu'elle avait lorsqu'elle est venue au inonde, sans cependant changer de forme. Peu à peu, ses poumons intérieurs se développent , ses branchies s'affaissent et disparaissent insensiblement. La queue s'arrondit et perd ses membranes ou ses appendices. Les trous qui permettaient à Teau introduite dans le gosier, de sor^ tir sur les parois latérales duoou s'oblitèrent épilement. L'anima) dinûme senmblement de voteme et peut tnfin sortir/le l'eau ; il reseemble pour lora à ses p«renta adul teS; mais il n'a pas encore acquis le quart de sa groa seur, il reste pluade deui annéesavant de Tavoir atteint.
Commeat aarait-il possible de douter en suivant pas à pas ces diverses transformations» qu'elles sont toutes établies en vue de la vie aérienne que œs reptiles doivent suivre dans leur état parfait. C'est ainsi que l'on doit envisager les différentes modifications que suint Tembryon huuiain dans le sein de sa mère.
£n effet, on ne peut fwmuler les ressemblances Iransiloirea de cet fmbryiui avec les états permanents des autres animaux que oomme une vue de l'esprit it non comme uHe vérité de f^it. Les analogies que Ton a pu dioisir peiir établir de pareils rapports , sont trop fugitives et trop peu nombreuses pour qu'on puisse fonder sur elles la démonstration de l'identité du typie animal. Chaque être nait ce qu'il est ou ce qu'il doit être ; et vouloir trop demander à l'analogie et lui faire dire au-delà de ce qu'elle peut faire présumer; c'est
coDfoudic les sujets d^observaliaiis ou liea d éclairer leur connaissance par celle de leurs rapports réels et positifs.
Du reste, en supposant Texistence des fissures branchiales aussi certaine que le prétend Rahké , on serait toujours en droit de se demander si elles ne dépendent pas d'un état pathologique ou d^une sorte de développement, et non d'une condition anatomique de cette phase de la vie embryonnaire. Pour affirmer que ces fissures sont permanentes dans une certaine période de révolution fœtale, il faudrait les avoir rencontrées dans des fœtus humains à peu près de la même époque ; on devrait également être certain qu'elles ne tiennent pas à un état morbide de la mère ou de Tembryon.
Or, l'observation à cet égard est extrêmement difficile ; heureusement pour Thumanité qu'il est fort douteux qu'on n'ait pas été victime de quelque erreur. Du reste, si ces prétendus organes branchiaux étaient réellement essentiels et exerçaient quelque influence sur la vie du fœtus, ils ne devraient pas durer si peu et être aussi limités qu'ils le sont. Du moins la permanence des organes parait assez constamment liée à celle de leur nécessité et de leur importance lors de la vie embryonnaire ou lors de la vie fœtale.
Les connaissances sont encore si peu avancées sur le mode même de la respiration 4u\fœ(u6, qu'il règne le plus grand désaccord à ce sujet- entre les auteurs les
plusiuodernes. Ainsi, d'à près M. Geoffroy Saiut-Uilaire, le fœtus absorbe de Tair ou tout autre gaz vivifiant, par toute la surface du corps , au moyen des espèces de tra* cbées analogues à celles des insectes. Il se pourrait encore, d'après ce zoologiste, que cette absorption eut lieu par de petites fissures placées sur les côtés du cou des jeunes embryons, fissures qu'il a nommées bran* chiales.
Cette alternative ne peut évidemment avoir été proposée que parce que l'existence des trachées chez le fœtus, n'y est pas plus démontrée que celle des fissures branchiales ; ces deux modes de respiration s'excluant, pour ainsi dire, l'un l'autre.
Du reste , il est maintenant reconnu que le fœtus, tant qu'il est dans le sein de la mère, n'absori)e nulle* ment de Tair ni aucun gaz quelconque. Il vit seulement au moyen du sang oxigéoé qu'il reçoit de sa mère et qui vivifie celui qu'il envoie au placenta. C'est par cette absorption que sa vie est entretenue et qu'il pro* fite de la respiration dont jouit celle qui Ta engendré.
Dans ces derniers temps, M. Serres, cherchant à expliquer le mode de respiration propre à l'embryon humain, a cru qu'il s'opérait par un appareil d'organe provisoire , et en second lieu par un organe définitif. D'après lui, pendant les quinze ou vingt premiers jours de la vie embryonnaire , les villosités du chorion perçant la caduque réfléchie et plongeant dans le liquide
contenu dans cette dernière membrane , constituerait un véritable appareil branchial. Le placenta se chaîne de cette fonction à mesure que l'appareil branchial perd de son importance. Ainsi , d'après le même anatomîs* te , le sang du fostus arrivant au placenta par les artèree ombilicales, est vivifié par le contact médiat du sang de la mère, aussi bien que le sang des artères pulmonaires Test par Tair atmosphérique dans le poumon de raduHe.
Enfiu trois ctrconstancea essentielles paraissent confirmer cette modification imprimée au sang du fœtus dans le placenta; 4^ la rapidité avec laquelle le fœtils succombe , lorsque la tige ombilicale étant aplatie par la compression, la circulation est interrompue dans le cordon ; 2^ les phénomènes patholc^iques de Tasphyxie que l'on constate toujours à Fautopsie; 5* Tantagonisme qui existe entre le placenta et le poumon.
L^enfont nouveau né peut en effet se passer de la resjMratièn pulmonaire tant que la communication entre lui et le placenta n^estpas interrompue.Mais cette communication peut être interceptée sans danger lorsque le fœtus respire par les poumons. Enfi'n» on peut citer commedernière confirmation de la modification que le sang du fœtus reçoit dans le placenta , la différence que présente ce liquide dans les veines et les artères. Cette différence est sans doute peu sensible à une simple inspection; mais les expériences chimiques et physi*r
ques les plus délicates ont constaté son importance.
D'après ce que nous venons de faire observer^ il est évident que, quoique MM. Geoffroy Saint-Hilaire et Serres aient adopté le même principe d'évolution embryonnaire, ils sont loin d'être d'accord sur le siège de Tappareii branchial et même sur sa réalité. Dès-lors , Texistence de ces prétendus appareils branchiaux étant tout au moins douteuse, il est difficile d'asseoir sur elle la théorie des transformations que subirait l'embryon humain. Les faits sur lesquels on Ta appuyée sont donc loin de justifier cette proposition fondamentale de M. Geoffroy Sainl-Hilaire, qui Ta formulée en ces termes : c Les êtres inférieurs sont comme des embryons € permanents des êtres supérieurs et réciproquement; € les êtres supérieurs^ avant de présenter les formes dé* € finitives qui les caractérisent, ont offert transitoire- « ment celles des êtres supérieurs. >
M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a tenté d- appuyer cette proposition sur quelques faits de ressemblance que Ton peut reconnaître entre T homme et certains animaux inférieurs. Dans des questions de ce genre , il ne faut pas seulement avoir égard à quelques stmilita* des, mais porter son attention sur Tensemble de Tor^ ganisme et sur tous les appareils qui concourent à Texercice des fonctions. Autrement, on s'exposa à con* sidérer des faits isolés sans relation avec la généralité de
rorganisalion , comme ayant une importance plus grande que celle qu'ils ont réellement.
Peut-être, par suite de cette circonstance , on a cru pouvoir avancer que tous les êtres étaient formés sur un même plan y ce qui n'empêchait pas cependant que certains animaux eussent des anomalies produites , les uns par défaut ou arrêts dans tel ou tel système d'organes , et les autres par suite d'un excès de développement ou par déviation oi^anique.
La raison de ces anomalies qui ne sont, du reste , qu'apparentes , ne parait pas tenir à ces circonstances , mais dépendre des conditions d'existence auxquelles sont soumises les espèces.
Aussi y lorsque ces conditions éprouvent quelques différences notables ^ Torganisation liée à elles d'une manière nécessaire, se conforme constamment aux changements et aux modifications qu'elles subissent.
Si donc l'organisation est en rapport avec la nature des milieux, dont les êtres vivants ressentent l'influence, ces milieux n'ayant pas été les mêmes à toutes les époques, pas plus qu'ils le sont maintenant dans les diverses contrées de la terre, les végétaux et les animaux ne peuvent pas tous être formés sur un plan unique , quoique les lois de l'organisation soient et aient été constamment les mêmes. Ce plan change et se modifie avec les circonstances et les conditions nouvelles , et
produit des êtres totalement différents de ceux qui n^en ont pu supporter les changements.
Cestce qui est arrivé aux anciennes générations qui n^ont presque rien de commun avec les générations actuelles , si ce n'est que les unes et les autres ont été formées d'après les mémesi lois d'organisation qui, depuis l'origine des choses, ont présidé à l'harmonie générale des étres#
Cette constance du type primitif des êtres vivants est le fait le plus remarquable de la nature animée* Elle tient peut-être aux modes de propagation qui ont été donnés à chacun d^eux pour se perpétuer, et enfin à ce que la génération est le moyen à peu près unique dont la Rature s'est servie pour la transmission des mêmes formes et des mêmes caractères. Aussi , cette importante fonction est-elle, en quelque sorte, comme lecrùeriam des espèces.
En effet, on n'observe plus chez aucun être organisé de véritables métamorphoses, du moment qu'il a acquis la facultéde perpétuer sa race.Les animaux n'engendrent jamais qu^à l'état parfait, d'oà il suit que ce dernier état est le seul qui caractérise réellement l'espèce. Tous les états qui le précèdent ne peuvent être rapportés à aucune espèce particulière , quelque ressemblance qu'ils puissent présenter d'ailleurs avec certaines d'entre elles. Si les transitions qui caractérisent le développement d'un être, représentaient autant d'états spécifiques , il
faudrait que ce même être put reproduire ces états d'une manière permanente. Or, le contraire résulte précisément des observations précédentes , ce que Ton peut très bien prévoir par le raisonnement et l'analogie.
Tous les iaits Inen appréciés concourent donc à faire admettre que Tespèce est la collection des individus qui ont les mêmes caractères ou des caractères analogues, et le pouvoir de se perpétua d'une manière indéiinie par des individus semblables ou très rapprochés. L'espèce ainsi conçue a une existence réelle dans la nature, et diacune d'elles parait avoir été douée au momentdesa création, des attributs deToiiganisationqui la distinguent encore aujourd'hui « Dès-lors, comme il est bien constant, que jamais et à aucune époque, les e^>èces n'ont passé les unes dans les autres, on ne peut pas, sur cette prétendue transmutation, supposer à l'apparition de l'homme » une date beaucoup plus ancienne que celle que lui attribuent les phénomènes physiques, les traditions et les monuments historiques»