‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques (volume 2)Chapitre 48 sur 61 · II · texte numérisé non relu

II

fondés 8Ur les premières époques historiques, d'autant qu'on est naturellement porté à admettre, dans un sens absolu, les expressions qui noussont les plus familières.

Pour certains peuples, l'année était un intervalle d'un mois, tandis que pour d'autres elle se composait de quatre ou de six mois. Il en est qui formaient leur année d'un été ou d'un hiver, en sorte qu'a leurs yeux il y en avait autant qu'il y avait de saisons. D'un autre côté, tandis que quelques'uns ne comprenaient que dix mois dans leur année, les plus éclairés voyaient dans cette période le même nombre de mois que nous y admettons maintenant.

Les uns supposaient qu'il fallait suivre le cours de la lune pour régler la durée des mois et des années; et les autres , au contraire , des années solaires , dont le commencement et la fin^ loin d'être uniformes, suivaient la diversité des croyances.

La manière de partager l'année a également éprouvé de grandes variations. Ainsi » tandis que les uns la divisaient en quatre saisons, d'autres n'en admettaient que trois , ou deux au plus. Les diverses parties du jour et de la nuit ont été également prises dans des sens différents. La nuit, selon certains peuples, était divisée en trois ou quatre veilles , tandis que les parties du jour l'étaient par rapport aux progrès du soleil sur Tborizon.

11 est facile de comprendre quels embarras jettent sur

la chronologie des premiers âges des manières au8si arbitraires d'évaluer le temps. Ainsi les. Égyptiens, en prenant pour une année le faible espace de deux mois , se sont attribué , au dire de Pline, une antiquité mensongère. D'ailleurs ils avaient des dynasties contemporaines que quelques historiens ont regardées comme successives. Des idées aussi imparfaites ne régnaient déjà plus en Egypte à Tépoque de Moiae. Du moins ce législateur, qui sortait de cette contrée, compte toujours les années par 42 mois et les mois par 30 jours. L'année égyptienne était déjà formée. C'est seulement è partir de cette époque que la chronologie de ce peuple commence À prendre un certain degré de probabilité. Il en est de même de celle des Cbaldéens, en y comprenant la chronologie des Assyriens, des Mèdes et des Perses; car avant Moïse , rien n'est certain dans leur histoire , ainsi que Ta si judicieusement fait remarquer Bossuet. La diversité que nous venons d'observer entre les dates fournies par les différents textes de TÉcriture , et qui jelte tant d'incertitude sur les données historiques des livres saints , n'intéresse nullement ni la foi ni les doctrines religieuses. L'Église n'a jamais entendu proscrire Us discussions propres à éclaircir les difficultés qu'elles font naitre. Elle a non seulement permis la controverse à cet égard , mais elle l'a même autorisée. Ces discussions n'offrent de l'intérêt que pour rhistoii:^; elles sont tout à fait étrangères au dogme et à la foi.

Aussi ont-oUes élé abandonnées aux recherches de rinlelligence. Ici , comme en bien d'autres matières, elle a livré cet objet à la dispute et à la controverse. ( Tradidit mundum dàputationi eorum. ) Les plus consciencieux n'auront donc pas à s'effaroucher des discussions auxquelles nous allons nous livrer.

L'événement sur la réalité duquel toutes les nations s'accordent y et que les faits physiques attestent de la manière la plus puissante, est peut-étre celui dont la date est la plus difGcile à préciser. Cependant cette date est de la plus haute importance ; car sur elle est fondée la fixation de Tépoque de Tapparition de l'homme et du renouvellement du genre humain. La tradition d'un déluge , d'une famille sauvée et d'une arche merveilleuse, a élé généralement répandue chez la plupart des peuples anciens. Josèphe assure que tous les historiens de son temps en ont parlé , entre autres saint Jérâme rÉgypIien , qui avait écrit sur les antiquités phéniciennes, ainsi queMnazias et Nicolaûs de Damas, Le récit de Berose , auteur chaldéen de Tépoque d^Alexandre , semble en quelque sorte calqué sur la Genèse. D'après les prêtres égyptiens, avant les inondations ou les déluges des Grecs » il y en avait eu un autre plus général. Les Chinois, les Persans et les Brahmes ont tous admis des déluges, dont les effets ont produit Tanéantissement presque total de Tespèce humaine.

La réalité d'un ou de plusieurs déluges est donc un fait historique certain. On peut dire encore que cet événement ne l'est pas moins sous les rapports physiques. D'après Tobservation des faits, il est incontestable que la surface de la terre a été ravagée par une violente inondation , dont la date ne remonte guère au-delà de cinq ou six mille ans au plus avant Tépoque actuelle.

C'est ce que nous apprend la marche des dunes qui s^élèvent le long des mers, poussées par les flots, celle des atterrissements qui s^accumulent à Tembouchure des fleuves et des rivières, enfin le progrès des talus qui se forment au pied des hautes montagnes. Tousces phé« nomènes ont dû commencer immédiatement après le grand déluge dont nous cherchons- à déterminer la date, et se continuer avec plus ou moins de régularité. L'observation fournit le moyen d^évaluer leur augmen* tation annuelle et par là d'apprécier Tépoque où ces phénomènes ont commencé à s'opérer. D'après les faits qui en résultent, ce grand événement ne saurait être fort éloigné de l'époque actuelle, ce que viennent confirmer les débris osseux et les autres restes organiques ensevelis dans des foimations antérieures aux dépôts diluviens, et dont la fraîcheur et la parfaite conserva*» tion attestent assez la nouveauté.

Ces circonstances naturelles , plus ou moins suscep* tibles d'appréciation positive et certaine, s'accordent pour confirmer l'exactitude des tradition? huinçines

sur la noOTeauté du déluge ; elles offrent même une étonnante conformité, à quelques siècles près.

Nous avons suivi avec soin Texamen de toutes les causes dont Faction a dû commencer immédiatement après le déluge , et nous avons vu que cette action ne remontait pas à des temps fort éloignés de Tépoque actuelle. Les difficultés qui s^ élèvent sur la date d'un événement qui a changé la surface du globeet anéanti la presque totalité de Fespèce humaine , tiennent principalement à en circonscrire Fépoque entre des limites aussi précises que la plupart des grands faits de rhistoire.

L'observation des faits physiques nous fournit à cet égard des données bien autrement certaines que Thistoire, puisqu'elle s'appuie sur des documents naturels qui ne peuvent nous tromper. Mais ces documents , quelque grande que soit leur certitude , ne sauraient non pins nous donner des dates aussi positives que les monuments historiques , ou les traditions écrites qui les déterminent, non d'une manière relative , mais bien absolue.

Les faits physiques ainsi que les traditions de Thîs^ toii*e conduisent donc à la même conséquence, c*est*à direà la nouveauté d'un événement suivi du renouvelle* ment du genre humain.

Examinons ces traditions , afin de nous assurer de leur accord avec cd que nous ont appris à cet égard les

faits physiques. Nous Yerrons d'abord que Thistoire peut nous permettre de déterminer, a quelques siècles près, la date du déluge. Les annales des peuples anciens nous parlent de cette catastrophe, et toutes la fixent à des époques plus ou moins rapprochées les unes des autres.

Le texte hébreu place le déluge l'an 4 656 après Tap* parition de l'homme et en 2556 avant F ère chrétienne, ce qui donne le total de 5992 années pour Tespace écoulé entre Tapparition de Thomme et la naissance de Jésus- Christ. Ce dernier nombre est loin de s'accorder avec celui qui a été adopté par les Septante, Ceux-ci admet* tent en effet 2262 années pour le premier de ces inter* valles , et 2986 pour le second , ce qui donne un total de 5248 années \

Il existe entre ces deux chiffres une différence de 4256 années, différence trop grande pour que nous n'en cherchions pas la cause, Les uns ont supposé que les Hébreux, qui n'admettaient guère plus de si^ mille ans depuis la création du monde jusqu'à nos jours, avaient , par des motifs qu'on ne sait pas expliquer, raccourci le temps écoulé depuis le déluge jusqu'à Tère chrétienne. D'après eux aussi , les Septante auraient au contraire allongé cet intervalle , afin de se rapprocher

* Voyez à cet égard le Traité de la vraie religion, par Tabbé Bergîer, tome V, page 595, et le Dictionnaire de théologie du même auteur. Nouvelle édition, iQme lli. PtfiSi Crtulbier frèret , 18^.

de 1 opiDion des Egyptiens qui se plaisaient à se donner une haute antiquité.

S'il fallait se prononcer entre ces deux opinions, on serait enclin y d'après l'exactitude portée par les Septante dans leur version, à adopter les données qu'elle nous fournit. On peut du moins faire rentrer dans Tintervalle de S248 années tout ce que les anciens nous ont appris de la civilisation et de la prospérité des pre-* miers habitants de l'Egypte. Ce nombre suffit également pour y placer Téreclion de leurs lourds monuments et la construction de leurs villes, aussi florissantes que magnifiques. Ce chiffre s'accorde beaucoup mieux avec celui adopté par le texte samaritain , qui admet un intervalle de 4295. années entre le premier homme et la venue de Jésus-Christ. Par conséquent, au lieu de différer de celui donné par les Septante de 4256, comme le nombre admis par le texte hébreu , il en diffère seulement de 955 ans , c'est-à-dire, d'un quart de moins.

Voyons si nous ne pourrons pas démontrer par une toute autre voie, que la date des Septante doit être préférée à celle du texte hébreu. Écoutons ce que nous diront à cet égard les peuples de l'antiquité, qui ontaussi cherché h régler leur chronologie sur les années de la création de rhomme. Pour ne nous occuper que des anciens écrivains qui nous ont fourni à cet égard des données exactes, nous commencerons par l'historien Josèphe.

Cet historien compte, depuis Adam jusqu'à la ruine du second temple, c'est-à-dire jusqu'à la 76« année de l'ère chrétienne, 4255 ans; d'où il résulte que, dans son calcul, cette ère a pourépoque 44 65,lequel nombre ajoulé à 4844 donnerait 6004 années d'existence à l'homme.

Mais poursuivons ; Clément d'Alexandrie attribue aux Juifs Hellénistes de son temps une autr^ manière de supputer ces époques, avec lesquelles il fait concou^ rir la mort de l'empereur Ck>mmode, vers 5848. Il assigne lui-même cet événement à Tan de Jésus-Christ 494. Cest donc un espace de 5624 ans que ce calcul met entre l'apparition de Thomme et Flncarnalion. Ces 5624 années ajoutées à celles écoulées depuis l'ère chrétienne ou à 4844 , font un total dé 7465 qui comprendrait l'intervalle entre la venue de l'homme et l'époque actuelle. Théophile d'Ântioche donne un peu moins d'étendue à cet intervalle. Ainsi, il rapporte la mort de l'empereur Maro-Aurèle à l'an du monde 5695, événement qui parait être arrivé Tan 480 de l'ère chrétienne, c'est-à-dire en 554 5*. D'un autre coté, Jules l'Africain, qui acheva sa chronique , comme il le dit lui-même , sous le consulat de Gratus et de Séleucus, l'an du monde 5499, fait commencer la première année de Tlncarnation avec 5500; en sorte que, d'après cette opinion , l'âge du monde serait, en 4 844 ,

* Lib. I, ab Autolycum.

de 7341 années , nombre bien supérieur à celui du texte hébreu.

Quoique la supputation d'Eusèbe de Césarée varie dans les différents exemplaires , il existe cependant une version qui parait plus authenliqueet qui a été plus généralement suivie. Cette vei^ion place en 5200 la naissance de Jésus-Christ. Cette époque, adoptée par plusieurs écrivains du moyen-àge, a été également préférée par le Martyrologe romain. Elle donne encore à Texistence de l'homme 704^ années , ou ^208 ans de plus que le texte hébreu, qui adopte le chiffre de 3992 entre Tapparition de l'homme et la naissance de Jésus-Christ.

La différence serait plus grande si nous prenions une moyenne entre les quatre nombres précédents : savoir, 5624, 55>l 5, 5500 et 5>l 99 ajoutés k^SU. La moyenne de ce nombre est 7298 » ce qui donne un excédant de >I295 années sur 6005 du texte hébreu, préféré pourtant par un grand nombre d'écrivains , et entre autres par le pèrePétau.

Or celte moyenne se rapproche singulièrement de la diflVrence qui existe entre l'intervalle de temps que ce dernier texte admet entre le déluge et l'ère chrétienne, et celui qu'adoptent au contraire les Septante. Le premier suppose que le déluge est arrivé en 2349 avnnt Père chrétienne, et les seconds le placent vers Tan 5617 avant cette même époque; d'où il résulte la différence de >I268 années, nombre bien rapproché de >I295 au-

qqel nous Bomines arrivés par une toute autre voie. On doit donc préférer au texte hébreu la version des Sep* tante. Ce calcul prouve encore que les premiers ont bien moins allongé l'intervalle de temps qui s^est écoulé entre le déluge et Père chrétienne que ne Tout fait les divers écrivains dont nous venons de citer le travail* Des hommes aussi consciencieux que les Septante , qui ont apporté tant de soin à la confection de leur traduc* tion , faite sous les yeux de Démétrius de Phalère, d^a-* près les ordres de Ptolémée Philadelpbe » ne sauraient être accusés d'avoir tronqué les faits.

Gomment supposer que de pareils hommes , et en aussi grand nombre, auraient pu s'entendre d'après des idées préconçues, telles que celles qui leur auraient été inspirées par les Égyptiens, jaloux de leur haute an* tiquité, pour tromper sur cette date les siècles à venin On aurait pu trop facilement les convaincre de fausse* té, à Taide même du texte qu'ils ont fait passer dans une autre langue. Cela n'est nullement probable '^.

Les calculs précédents n^ont pas cependant fait loi ; il en est un, celui de Jules TAfricain, qui a reçu la sanction générale. On l'adopta particulièrement à Alexandrie. C'est aussi le motif qui a valu à la date dom née par cette version le nom d'ère d'Alexandrie. Mais

* La version des Septante est une traduction grecque du texte hébreu, faite par Septante deux Hébreux, sous le règne de Ptotéoiée- Philadelphe, d'après la proposition faite à ce prince par le garde de wbibliotlièque, Déméthuft-Pbalérus. Cette traduction aurait été faite, selon Âristée^ dans Tile de Pliaros ; saint Jérôme semble avoir ajouté une grande confiance à ce dire, quoiqu'il soit fort douteux.

pour la bien entendre, il est nécessaire d'entrer dans quelques développements, qui, pour n'avoir pas été saisis par d'habiles cbronologistes» les ont jetés dans des difficultés qu'ils n'ont pas pu surmonter.

La première remarque que Ton peut faire à cet égard tient à ce que, dans ses calculs, Jules l'Africain avançait Tépoque de l'incarnation de trois années sur Fère vulgaire. Ainsi, au lieu de la faire concourir avec la première année de la cent quatre-vingt-quinzième olympiade, il la faisait correspondre à la seconde de la même olympiade; en sorte que, d'après ses calculs, Tannée 5503 du monde, quatrième de Jésus-Christ, répond, selon lui, à l'ère vulgaire de l'incarnation.

Cette différence s'accrut encore par le retranchement de dix années que l'on fit subir au calcul de Jules TAfricain » ce qui eut lieu au commencement du règne de Dioctétien. Au lieu de compter Fan du monde 5787 à l'an de Jésus-Christ 287, on ne compta plus que 5777 pour la première de ces deux périodes et 277 pour la seconde. Dans l'un et l'autre de ces calculs, la création du monde remontait toujours à plus de sept mille ans, avant les temps actuels, ce qui confirme encore la version des Septante ; car il n'y a ici d'autre difficulté que relativement à ce nombre de dix années. On en a la preuve dans la chronologie de Théophane, laquelle s'appuie sur Tère d'Alexandrie. Aussi cette chronologie qui parait assez exacte réunit ces deux époques au

— ^57 — commencement de Tempire de Dioclétien par où elle débute. Telle est la vérilable solution des difficultés qui ont embarrassé tant de cbronologistes dans la lecture des anciens écrivains. Parmi ces derniers , nous citerons particulièrement Saint^Maxirae et Théopbane, qui ont constamment suivi Tare d'Alexandrie.

La réforme que les Alexandrins avaient faite au calcul chronologique de Jules TAfricain ne fut pas la seule qu'il subit. Panodore, moine égyptien qui vivait vers la fin du iT* siècle, entreprit de le remanier, et son travail produisit une ère nouvelle qui parait avoir été en usage dans Téglise d'Alexandrie.

La méthode que ce moine adopta est aussi simple qu'ingénieuse. 11 recula de dix ans la date de Thommo et de trois Tépoque de rincarnatiun. 11 en résulta qu'on comptait 549 1 ans, jusqu'à la seconde année de la cent quatre-vingt-quatorzième olympiade et la première de l'olympiade suivante en commençant à la manière des Orientaux, Tannée en automne.

Par la son année du monde 5494 correspondait à Tan 5500 des Alexandrins, qui était pour eux la première de l'incarnation : son année 5492 à leur année 5504 et son année 5495 à leur année 5502, quatrième selon eux et première suivant lui de Tère chrétienne; Ainsi, plus de différence pour les années du monde entre Panodore et les Alexandrins, depuis le retranchement que ceux-ci firent de dix années dam leur ère, au

commencement du règne de Dioclétien. Il n'en exista que pour l'époque de l'incarnation , que Panodore retardait, comme ces derniers, de trois années. Ceci prouve que le père Pétau a commis une erreur, lorsqu'il a supposé queTèrede Panodore rentraildans celle d'Alexandrie pour la supputation des années de Tincarnalion, et ne s'en éloignait que pour celles de la création ; car c'est précisément le contraire.

L'ère de Constantinople, qui, comme celle d'Alexandrie, commence à l'apparition de l'homme, s^aocorde également beaucoup mieux avec la version des Septante qu'avec celle d\x texte hébreu. D'après œs supputations, la première année de l'Incarnation ou de l'ère chrétienne répond a 5509, comme dans l'ère vulgaire, ce qui donne à l'espèce humaine une existence de 7550 années.

La même époque correspond également à la dernière de la cent quatre-vingt-^uatorxième olympiade et à la première de l'olympiade suivante. L^église grecque n'en connaît point d'autre aujourd'hui. Les Moscovites, qui l'avaient reçue des Grecs avec le Christianisme, Font de même conservée jusqu'au règne de Pierre-le-Grand.

EnGn appliquons à la recherche de cette date si essentielle à bien déterminer, la règle posée par Jules Scaliger pour faciliter la réduction des années de l'époque de la période Julienne, ou de cette ère fictive, imaginée par ce savant, avec celle des années d'une toute

autre époque. La période Julienne résulte, comme on le sait, du produit des cycles de la lune, du soleil etdes indictions multipliées les unes par les autres. Ainsi, en multipliant 49 ou le cycle lunaire par le nombre 28 du cycle solaire, le produit sera 532 ; lequel multiplié à son tour par 45, qui est le cycle des indiclâons, donnera la somme de 7980 années qui compose la période Julienne.

La première année de Tère vulgaire est placée à l'an 4745 de la période Julienne, d'où il suit que pour trouver une année quelconque de Jésus-Christ dans cette période, il faut ajouter 4745 à cette année. En additionnant ce nombre avec 4 844 ,on a pour la somme des deux 6556, qui est Tannée de la période cherchée.

Comment^ après cfe tels faits, pouvoir adopter les <lates admises par le père Pétau,. d'après lesquelles le déluge aurait eu lieu Tan 4656 du monde, seulement 2356 années avant Fère chrétienne. Cette date ne ferait supposer à rejûstence. de l'homme que 5833 années. €e temps est beaucoup trop court pour y faire entrer tous lesévénements historiques qui se sontsuccédés sur la terre depuis la venue de Thomme, ainsi que touë les faits physiques qui y ont eu lieu depuis le déluge. *

Nous devons donc nous en tenir à la date qui nous

*Petavix rationarium temporum. EdMio ultima Farisiis, i74i, pag. 5.

~ ^«0 — a éié donuéepar les Septante comme la plus exacte et la seule qui rallache les faits physiques aux monuments et aux traditions historiques.

Nous voudrions bien trouver, dans les annales des autres nations, des moyens de résoudre les questions que fait naitre Tépoque du dernier événement qui a ravagé la surface de la terre. Mais les monuments que nous pouvons consulter à cet égard, ont des dates si incertaines , qu'elles ne sauraient éclaircir des questions aussi difQciles et aussi graves.

Les Grecs ont admis deux déluges, Tun qu'ils ont nommé d'Ogygès, et dont la date s'accorde tellement avec celle qui a été attribuée au déluge universel par le texte hébreu, qu'elle parait avoir été puisée à cett^ source. En effet, Varron et Censorinus ont placé le déluge d'Ogygès, qu'ils ont appelé le premier déluge, quatre cents ans avant Inaehus, ou 4600 avant la première olympiade , ee qui le porterait à 2576 ans avant l'ère chrétienne. * Le déluge de Noé est fixé, par le texte hébreu, à 2536; toute la différence qui existe entre les deux nombres, se réduit donc à quarante ans en plus pour le premier.

Le second déluge des Grecs ou celui de Deucalion, n'est peut-être qu'une tradition du premier, altérée et placée par ces peuples à Pépoque où ils supposaient qu'avait existé ce personnage réel ou fictif; et cela

* De die nataiif cap. XVI.

parce qae, regardé comme Fauteur de la nation des Hellènes, on confondait son histoire avec celle de tous les chefs des nations r^oovelées. Il paraîtrait plutôt que le déloge deDeucalion, loin d'avoir eu la généralité du premier, était une inondation partielle* Qnant h Tépoque à laquelle se rapporterait cet événement, elle n'a pas été fixée par les auteurs anciens, dont le plus grand nombre ne nous ont rien dit,. ni du déluge de Deucalion, ni de celui d'Ogygès, tels sont particulièrement Homère, Hésiode, Hérodole, Thucydide et Xénophon.

Pindare parle du déluge de Deucalion, * et Platon «n a dit également quelques mots dans le Timée, ainsi qu'Aristote et plus tard Apollodore/'^ Les uns et les au-^ très semblent Tavoir considéré comme un fait général, un vrai cataclysme, et le seul qui soit réellement arrivé. 11 se pourrait bien que ces auteurs eussent confondu le déluge de Deucalion avec celui d'Ogygès. Il existe tellement de doutes sur cet événement dans les écrivains que nous possédons sur la Grèce antique, que d'après . Aquilinus et Eusèbe, il aurait eu lieu Tan 4 796. Ce qui, en admettant la fixation du déluge à 2576 avant Tère chrétienne, ne supposerait à Texistence de l'homme que 6Q42 années, nombre trop d'accord avec celui qui nous est fourni par le texte hébreu, pour ne pas en provenir.

• Oê. Olymp. IX. — *• Méléor., t. U, et Bibl. 15, 7. u. ' Il

— >lfâ —

Nous trouvons également des traces du déluge dans les écrits des Indiens, dans leurs Vedas ou livres sacrés, révélés, selon eux, par Brnlima lui-même. L'antiquité de ces livres ne saurait remonter au-delà de l'année 3200 avanl les temps actuels, ce qui est à peu près Tépoque de Moise. * Si nous faisons attention que les époques des tables astronomiques des Indiens ont été calculées après coup et mal calculées, et que leurs traités d'astronomie sont modernes et antidatés, on est naturellement porté à diminuer do beaucoup cette antiquité prétendue à&è^Vedas.

Cependant au milieu de toutes les fables dont ces livres sont surchargés, il échappe quelques traits dont la concordance avec ce qui résulte des monuments occidentaux, est faite pour étonner. Ainsi leur Mythologie consacre les destructions successives, ou les inondations violentes que la surface du globe a essuyées et doit essuyer à Ta venir; c'est à un peu moins de cinq mille ans qu^ils font remonter la dernière. L^une de ces révolutions, que Ton place à la vérité inGniment plus loin de nous, est décrite dans des termes presque correspondants à ceux de Moïse. Du moins, le personnage de Satyavatra y joue le même rôle que Noé ; il s^y sauve avec plusieurs couples de saints. On voit également dans un autre événement de cette Mythologie, figurer

* Voyez les mémoires de M. Colebrocke , sur les Vedas. Mémoire de Calcutta, tome Vil de l'édit. in-S, p. 49».

— >I63 — un personnage assez semblable à Deucalion, par Forigine, le nom, les aventures, et par celles qui sont aUri« buées au père du même personnage \

D'un autre côté, d'après Caligen, les Indiens font commencer le quatrième âge du monde par Tâge de la terre, celui où nous vivons, et cela par un déluge dont ils fixent Tépoque à Tan 3>i02 avant notre ère. Si nous ajoutons à ce nombre le chiffre adopté par les Septante (2262 années), et enfin, le temps écoulé depuis l'ère chrétienne, nous aurons 7205 années pour la date de Thomioe, nombre assez d'accord avec celui des Septante, ce qui confirme encore leur chronologie.

Voyons maintenant quelle date les Chinois, ces peuples si différents de tous les autres par leurs mœurs, leur religion et leur langage, ont assignée à ce grand événement de la terre. Si nous consultons leur Chou- King, leur livre le plus ancien, rédigé, à ce que Ton assure, par, Confucius , nous y verrons un des plus anciens empereurs de la Chine, Yao, faisant écouler les eaux de TOcéan qui s^étaient élevées jusqu'au ciel et baignaient encore le pied des plus hautes montagnes. Ces eaux couvraient également les collines moins élevées et rendaient les plaines impraticables. D'après ce livre, le déluge serait arrivé, selon certains commentateurs vers 4^196 ou 4>i77 avant l'ère chrétienne, et

* Aboyer Will Johnes, Mém. do Calcutta, 1. 1, in-S, p. âSO.

sielon d'nulres, seulement 5958 années avant les temps actuels. La variété des opinions sur cette date va môme jusqu'à 284 années en plus. Or si nous ajoutons ces 284 années avec le chiiTre 4496, nous aurons 4480 pour la date de cet événement avant Tépoque actuelle. En adoptant ce calcul fondé sur celui de Confucius, et supposant avec les Septante que le déluge est arrivé 1 an du monde 2262 d'après les Chinois eux-mêmes, riiomme n'existerait sur la terre que depuis 6742 ans. Ce simple calcul détruit d'une manière évidente la haute antiquité qu'on s'est piu à supposer à ces peuples.

Les détails, dans lesquels nous venons d'entrer, auront certainement suffi pour lever tous les doutes sur

a date du déluge, relativement à Tépoque actuelle. S'il règne sur cette date bien des incertitudes, celles qui existent sur l'&ge du monde sont plus grandes encore. Comment pourrait-il en être autrement? Un épais nuage doit nécessairement couvrir le berceau du genre humain. Les efforts des historiens qui ont cherché à déchirer ce nuage, pour marquer nos premiers pas sur la terre, ressemblent assez à ceux d'un homme, qui voulant se rappeler les actions de son bas ftge, adopte les illusions de son esprit pour des souvenirs réels.

Ce reproche peut être adressé avec fondement aux historiens profanes ; mais il n'en est pas de même des historiens sacrés, auxquels nous devons trois principales

chronologies sur les premiers âges : celles des Septante, des Samaritains et des Juifs. MalLieureusement ces chronologies s'accordent peu entre elles.

En effet, diaprés les Septante il se serait écoulé, depuis Tapparilion de Thomme sur la terre jusqu'au déluge, 2262 années ; tandis que les Hébreux samaritains ont réduit cet espace de 953 ans, et Tout fixé par conséquente 4507. Quoique les Hébreux juifs aient un peu plus allongé ce terme, puisqu'ils ont admis qu'il s'était écoulé 4636 années depuis Adam jusqu'au déluge, ils sont cependant encore de 606 années au-dessous du nombre adopté par les Septante.

Les mêmes raisons qui nous ont fait préférer le calcul adnns par ces derniers, relativement à la date du déluge, nous portent également à admettre le chiffre qu'ils nous ont laissé sur l'époque à laquelle la surface de la terre a été ravagée par un grand et violent cataclysme.

Les temps antérieurs au déluge intéressent peu, sans doute, l'histoire de la société humaine ; ils n'en sont pas moins importants ; car ils doivent s'accorder avec les faits physiques qui se sont passés sur notre planète. Aussi avons-nous mis le plus grand soin à fixer, autant que possible, la date de Tiolervalle qui s^est écoulé entre la première apparition de l'homme sur le globe, el le déluge. A partir de celte époque, le^cavis<»s î^rtuolles

ont dû suivre la marche régulière et peu active que nous leur connaissons.

La première n^est pas moins essentielle, puisqu'elle donne la mesure du temps depuis lequel Thommeest sur la terre. Cet intervalle serait bien plus grand, si au lieu d'adopter, comme nous Pavons fait, le nombre des Septante, nous admettions celui qui nous est fourni par les tables Alfonsines. Ces tables supposent que depuis Tapparilion de Phomme jusqu'à Père chrétienne, il s'est écoulé 6934 années, ce qui porterait à 8775 cet espace de temps en >I84>I .

La préférence que nous avons donnée à la version des Septante, lui avait été également accordée bien avant nous, par Eusèbe*, et beaucoup plus tard par le père Pezron dePOratojre, qui a ajouté de- savants développements à Popinion d'Eusèbe'^'^. Ce dernier, en rapprochant les trois textes de la Bible, a fait remarquer les différences qu'on y trouve dans la supputation de Pintervalle entre Adam et la naiasance d'Abraham.

En effet, les Septante et les Saàiaritains ont placé la naissance dJAbraham 942 ans après le déluge; tandis que d'après les Juifs, il ne se serait écoulé, entre ces deux époques, qu'un intervalle de 292 ans,|c'est-à-dire,

^ Eusèbe, évéque de Césarée, a écrit en grec une chronologie générale; elle a été traduite en latin par saint Jérôme. C'est dans cette chronologie qu'il est question de la version des Septante, f'oyez Téd ition de,Venise publiée en 151S, â vol. in-4o.

** Antiquité des temps rétablis, et défendue contre les Juifs et les nouveaux chronologistes. Paris, 1687, in-4.

moins des deiKX tiers du temps admis par les premiers. Eusèbe nous montre ensuite quels sont les points où ces textes s'accordent, comme, par exemple, le samaritain avec le grec, relativement à T intervalle du déluge à Abraham. 11 examine également les nombres du texte hébreu, tel qu^il était de son temps et tel qu'il est encore , et il n'hésite pas à le considérer comme erroné.

D'après cet évéque, la version des Septante a été faite sur ce texte hébreu , mais avant qu'il fût corrompu , et par cela même, elle doit être préférée a toutes les autres versions. Aussi œ docteur Tadopte^tril dans sa cbronographie, parée que l'Église la suit généi*alement et enfin parce que les apôtres et les disciples de Jésus* Christ ont cité TAnden Testament, selon la version des Septante. Cette version était, dans la primitive Église, admise et connue dans TOrient; par cela même elle était la règle suivie pour la détermination des époques relafti?es à Adam, au déluge et à Abraham, ou aii calcul des temps historiques écoulés depuis Torigine des sociétés humaines. C'estaussi à celte chronologie, qu'a* vec Eusèbe, le père Pezron, ChampoUion et une foule d'autres commentateurs, nous donnerons la préférence, comme celle qui concilie le mieux les faits historiques et les faits physiques "^^

* Voyez Jlésumé de chronologie^ par ChampoUion. Paris, 1850, pag. iOS el iO».

Les recherches de la critique moderne, ainsi que le fait observer ChampoHion, confirment de plus en plus la date admise par les Septante. Aucun des monuments antiques de Phistoire profane, encore subsistant de nos jours et remontant à une époque certaine, ne contredit la date assignée au déluge par cette version. Ces mêmes monuments ne peuvent, au contraire, se concilier avec la date assignée au déluge par le texte hébreu de la Bible et de la Vulgate qui en est la traduction. La version des Septante est donc la seule qui éclaire les premiers temps de l'histoire sacrée et profane. Aussi doit-elle être préférée relativement à ces dates.

Nous voilà donc fixés sur Tintervalle de temps qui a séparé la création de Thomme, du déluge. Cette première époque constitue ce que les chronologistes ont appelé le premier ftge du monde.

Quant au second âge, ils^étend depuis le déluge jusqu'à Abraham. Ce patriarche termine la vingtième génération d'hommes, dont Adam forme le premier dialnon. Du moins, c'est ainsi que Ta réglé Eusèbe, et nous adopterons encore sa chronologie sur ce point, sans discuter les opinions diverses qui ont été émises sur cette époque importante. La naissance d^ Abraham se lie d'une manière plus intime avec Thistoire profane, que celle des patriarches qui Font précédé. S'il pouvait eutrer dans noire plan d'étublir le synchronisme entre celle époque et celle du règne des divers souverains de

l^Orieot, nous aurions beaucoup à profiler des lumières de l'évéquede Césarée. Mais celte discussion nous entraînerait beaucoup trop loin.

Aussi nous ne perdrons pas de vue, que les opinions les plus opposées sur ce second âge, intéressent principalement Thisloire profane; ce sera dans la seconde partie de ce travail que nous y donnerons toute notre attention.

La diversité des versions de TÉcriture est grande, sur ces intervalles et sur la durée totale de ce second àjge^ quoiqu'elle soit moindre, cependant, que pour la première époque de l'histoire sacrée.

La version des Septante et celle des Samaritains, font naître Abraham 942 ans après le déluge, tandis que le texte hébreu n'admet qu'un intervalle de 292 années entre ces deux événements. Il suit de ces nombres dérivés de la succession des générations qui ont eu lieu depuis Noé jusqu'à Abraham, que leur différence n'est pOs moindre de 650 ans. Cette différence, entre les Hébreux d'une part, les Septante et les Samaritains de Tautre, relativement au second ftge, affecte sensiblement la durée générale des temps, depuis Adam jusqu'à la naissance d'Abraham.

On peut comprendre les temps historiques qui se sont écoulés depuis la première apparition de l'homme jusqu'à la naissance d'Abraham, dans les termes suivants : D'après les trois textes principaux de l'Écriture,

cette supputation nous donne Clément la date de l'apparition de rhomme, à l'époque où parut ce grand patriarche.

SeptMta« SanariUtai. Te&te hébreu.

Âge du monde au déloge 2262. . . 1507. • . 1656

Du déluge à Abraham 942. . . 942. . . 292

Total de Tàge du monde à Abraham. 5204. . . 2249. . . 1948

Le texte des Septante assigne diaprés ces nombres, à la durée des temps antérieurs à Abraham, 955 ans de plus que les Samaritains, et 4256 de plus que les Hébreux.

Cette différence n'existe pas pour les temps postérieurs à Abraham; car après ce patriarche , tous les textes marchent d^accord; tous mettent le même intervalle entre lui et le commencement de Tère chrétienne, D'après ces textes, i'interyalle de la venuo de Thomme à Tère chrétienne serait , suivant les Septante, de 5248 années , de 4295 selon les Samaritains, et de 5992 d'après le texte hétu^eu.

Or, si Ton soustrait de ces nombres le total des années, è partir de la création de l'homme à Abraham, adtiiis par les trois textes, on aura pour tons le même chiffre 2044, qui répond à rintenralle écoulé entre ce patriarche et Jésus-Christ.

On peut encore le prouver d'une autre manière; nous avons déjà vu que les Septante donnent à Texistence de l'homme à Tépoque d'Abraham, 955 ans de

plas qae les Samaritains , et 4256 de plus que les Hébreux. Maintenant si l'on soustrait de 5248 Tintervalte d'Adam à Jésus-Christ, d'après les Septante, 4295, nombre adopté par les Samaritains pour le même intervalle, la diiférence est de 955. On arrive également au même chiffre, car après avoir additionné 2262, époque du déluge, avec 942, naissance d'Abraham, on obtient en totalité 5204. D'un autre côté» si on soustrait 2249, nombre résultant de Taddilion des chiffres 4507 et 942, admis par les Samaritains, pour le déluge et la nais« sance d'Abraham , on obtient par cette soustraction le nombre 955, que l'on avait déjà eu dans le premier cas. Relativement à ces deux textes, celui des Septante et celui des Samaritains, il n'y a de dissidence que pour les temps antérieurs à Abraham.

Il en est de même entre les deux versions des Sep* tante et des Hébreux. Si l'on retranche 5992 , nom*bre adopté par les derniers peur l'intervalle écoulé d'Adam à Jésus*Christ» de 5248 admis par les Septante, on trouve une différence en moins de 1256 années. Si nous répétons à l'égard de ces nombres la même opération que nous avons faite dans la compa** raison des autres versions, nous arriverons toujours au même résultat.

On serapellera que les Septante admettent 5204 an* nées d'Adam à Abraham, qui ajoutées à 2044, depuis ce patriarche, donnent bien 5248, nombre admis par

eux depuis l'homme jusqu'à Tère chrétienne. Si de ce nombre 3204, on soustrait celui de >I948, somme de 4656 et292, admis par les Hébreux, pour le déluge et la naissance d'Abraham, on aura toujours 4256 années, nombre trouvé par Tautre mode de calcul. Ainsi il n^ a désaccord entre les différents textes, que pour les époques antérieures à Abraham, car tous placent la naissance de ce patriarche 2044 années avant Tère chrétienne.

L'époque d'Abraham intéresse moins directement rhistoire profane que celle du déluge. Cette dernière époque est en effet liée d'une manière immédiate aux progrès de la civilisation qui ont été si rapides après cet événement. Ces progrès pourraient même paraître prodigieux, quoiqu'ils ne doivent jamais être calculés sur le temps, si des traditions anté-diluviennes ne s'é* talent conservées et avec elles la pratique des arts. Aussi rÉcriture en nomme tous les inventeurs, dès les premières générations qui suivirent le renouvellement du genre humain. Ce serait un beau travail de remonter, par elles, jusqu^aux arts que Thomme, guidé par le besoin autant que par son intelligence , inventa dès Tenfancede la civilisation.

On arriverait ainsi aux premières ébauches de Tinduslrie naissante, et on pourrait démêler quelques traits de cette arcbéologieanté-diluvieune, dont les premiers pas se perdent dans la nuit dos temps.

Quelqu'intérét que puisse avoir un pareil travail, il est trop au-dessus de nos forces et trop étranger ù nos occupations habituelles pour que nous osions Tentreprendre. Sansdoute, rinlérétd'un pareil sujet éveillera inattention des savants de notre époque, et nous leur devrons ainsi quelques lumières sur des temps dont riiomme a si peu gardé de souvenirs.

Il ne nous reste plus maintenant qu^à donner le résumé de toutes nos observations, et pour qu^il soit plus clair, nous le présenterons sous forme de tableau.

IntervtUles principaux écoulés depuis f apparition de lliomnie jusquà F époque actuelle (1841 ).

Seloo les Septante.

Du premier homme aa déluge. . . . S36S .

Du déluge à Abraham 942 .

D'Abraham à Tère chrétienne. . • . 9014 . Du déluge à l*ère chrétienne 89S6 .

Quant aux nombres totaux qui résultent de ces dates, nous trouvons les chiffres suivants :

Du premier homme à l'ère chrétienne. tf24S . . . 4895 . . • 599SI Age du monde en lS4i 70S9 . . . 6154'. « . 5855

Moyenne entre ces trois nombres. • 655â années.

Tel est le résumé des dates que Ton peut assigner aux principaux événements qui se sont passés sur la terre, depuis que Thomme y a posé le pied. Parmi les trois dernières de ces dates, dont nous avons pris la

Selon lei Semaritaloi.

Selon lei Hébreux.

moyenne, cette dernière nous parait encore trop faible pour y faire entrer les principaux faits historiques et même les faits physiques qui se sont succédés depuis le déluge. Dès-lors il est facile de comprendre que la date donnée par les Septante, est la seule qui puisse se concilier avec ces faits.

Pour terminer ce que nous avons à dire sur Fhistoire sacrée, il ne nous reste plus qu^'à faire mention de la troisième époque historique dont parle TÉcriture.

Sans doute les faits relatifs à cette époque n'ont pas une relation bien directe avec la question que nous nous sommes proposé d'éclaircir , mais comme ils nous permettront de bien fixer la date de Moïse et de la délivrance des Israélites, ils ont dès-lors une grande importance pour l'objet de notre travail. Ces dates bien déterminées nous donneront celle du PentcUeuque, livre dans lequel nous avons puisé tous nos documents. Cest là le motif qui nous a porté a nous occuper quelques instants de cette troisième époque.

Elle comprend l'espace de temps qui s^est écoulé depuis la vocation d'Abraham jusqu'à la sortie des Israé* lites d'Egypte. Sa durée a été fixée par Moïse lui-même et par saint Paul à 430 ans.

Nous avons vu que la naissance d'Abraham se rapportait d'après les trois textes à 2044 années avant l'ère chrétienne. En admettant que sa vocation eut eu !leu quarante-quatre ans après sa naissance, cela porterait

la délivrance des Israélites vers l'an 4570 avant Jésus- Christ. D'un autre côté, si Ton admet que Moïse était pour lors dans sa soixantième année, ce calcul fixerait la naissance de ce grand législateur vers Tan 4 650 avant l'ère chrétienne, en sorte que Moïse serait antérieur à l'époque actuelle d'environ 5474 années, nombre qui a été le plus généralement adopté.

Cependant ce calcul n'a pas été admis par tous les commentateurs de la Bible. Ainsi, par exemple, Dom Calmet, auquel nous devons un si grand nombre d'excellentes dissertations sur l'Écriture sainte, rapporte la vocation d'Abraham à l'an du monde 2257 et à 4924 années avant l'ère chrétienne,

La différence est ici peu considérable, car elle n'est que de 79 ans en moins, relativement à la date de 2000 avant Jésus-Christ, que nous avons adoptée. Comme tous les commentateurs ont admis qu'il s'était écoulé 450 années entre la vocation d'Abraham et la déli« vrancedes Israélites , ce nombre sert à fixer la date de la naissance de Moïse; il s'en suit que si l'on regarde comme exacts les nombres 2257 et 4924, cette déli* vrance aurait eu lieu vers 2667 ans après Adam, et 4494 avant l'ère chrétienne. Mais ces dernières dates, qui nous sont données par Dom Calmet, s'accordent bien peu avec celles que nous devons aux Septante; eilos fixent l'époque du déluge à 2262 ans après la création du promier homme et portent la délivrance

(les Israélites à 5546 années après la même époque.

La date que nous venons d ^assigner à la naissance de Moïse, n'a pas été adoptée par MM. Poirson et Cayx. Ces deux historiens ont avancé la naissance de ce grand législateur; ils l'ont placée Tan '1725 avant Jésus- Christ, 95 années plus tôt que nous ne Tavons fait, d V près un calcul fondé sur deux données principales : la première, celle de la naissance d'Abraham, suivie par les trois versions de rÉcrilure sainte , et la seconde qui se rapporte au troisième âge du monde, dont la durée a été Cxée par Moïse lui-môme, à 450 ans, ainsi que Font admis dans la suite saint Paul» et, de nos jours, Dom Calniet.

La date de À 650 avant Tère chrétienne, pour la naissance de Moïse, semble donc plus d'accord avec les faits historiques qui servent à la déterminer, que la date suivie par MM« Poirson et Cayx, qui font naître et mourir Moïse en 4 725 et 4 605. Aussi ces diverses dates sont loin de s'accorder ; il en est de même de celles que ces historiens ont admises pour rétablissement du gouvernement des juges, J 554 ans avant Tère chrétienne.

L'institution des juges a été nécessairement posté* rieure à Moïse; si Ton convient que la date de 4 650 est la véritable pour la naissance de ce législateur, il faut convenir aussi que sa mort a eu lieu en 4 54 0 avant l'ère chrétienne. Elle aurait été de 44 années postérieure au gouvernement desjuges^si cette date importante de4 554

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é(ait réellement exacte, ce qui évidemment ne peut être admis. Le plus grand nombre des historiens s'accordent à dire que la Genèse a été écrite il y a déjà près de 35 siècles, date qui coïncide assez bien avec celle que nous avons adoptée.Elle diffère également fort peu de celiequi résuite des calculs de MM. Poirson et Cayx. En effet , d'après eux , Moïse aurait composé le Pentateuque entre 4 695, époque de la délivrance des Israélites, et sa mort, qu ils rapportent à Tan ^l 605 avant Tère chrétienne. Ainsi , en admettant qu'il Tait écrit Tan 4655, antérieurement à cette dernière époque, ce livre aurait, en 4841 , 5496 années , date à peu près la même que celle à laquelle nous sommes parvenus par une toute autre Toie.

D'après T Écriture, les événements qui ont eu lien sur la terre depuis Tapparition de Thomme , et que nous avons compris dans deux grandes périodes, em« brasseraient cinq espaces de temps , tous caractérisés par des faits historiques dont l'importance est assez grande à ses yeux.

Le premier âge s'élend depuis l'apparition de Tbomme jusqu'au déluge ; sa durée la plus longue a été fixée par les Septante à 2262 années.

Le second Âge comprend le temps qui s'est écoulé

depuis le déluge jusqu'à la vocation d'Abraham , ou un

espace de 942 années, ou 986 ans jusqu'à la vocation

de ce patriarche.

Le troisième Age comineDce à la TOcation d^Âbraham, et s'élend jusqu'à la sortie d'Egypte ou jusqu'à la délivrance des Israélites. Moïse, et plus tard saint Paul, ont filé la durée de cet Age à 430 années.

Le quatrième âge embrasse un espace de temps plus considérable ; commençant à la délivrance des Israélites y il se prolonge jusqu^à Tère chrétienne , et com« prend un intervalle de 1570 années.

Enfin le cinquième Age du monde, le plus récent de tous , commencé lors de la naissance de Jésus-Christ y n'a encore duré que 4844 années.

Telles sont les divisions admises par l-Écriture et dans lesquelles elle a fait rentrer les temps qui se sont écoulés depuis Favénement de Tbomme. Si nous avons insisté sur ces divisions , c'est afin de faire saisir les motifs qui ont guidé les écrivains sacrés dans leurs calculs €t leurs supputations.

On a vu d'après ce qui précède que nous avons uniquement porté l'attention dans ce précis d'histoire sacrée sur plusieurs dates importantes, telles que Fapparitionde l'homme, le déluge, la naissance d'Abraham et de Moise. Nous sommes entrés à ce sujet dans des détails assez circonstanciés pour faire saisir combien il est difficile de se fixer sur ces époques dont Timportance est cependant si grande pour la précise détermination des faits que nous avons cherché à élucider ; mais en même temps ils doivent avoir fait comprendre

que d^aulres détails auraient été inutiles relativement au but que nous nous sommes proposé. On ne sera donc pas surpris de ne trouver dans ce précis aucune mention des événements même les plus remarquables de rhistoire des Hébreux. Ces événements n'avant aucune espèce de liaison avec notre sujet, nous avons dû les passer sous silence et diriger essentiellement notre examen sur les faits qui avaient avec lui un rapport évident.

Nous avons donc voulu démontrer que les véritables données bistoriques» celles qui ne sont contrariées par aucun monument authentique et dont Taccordavec les faits physiques est non moins remarquable, nous apprennent que si la terre est fort ancienne, Thomme y est fort nouveau. En adoptant la date historique la plus reculée, celle des Septante, Tapparition de l'espèce humaine ne remonterait pas au-delà de 7090 années. Sans doute cette période a paru bien courte aux faiseurs de systèmes du siècle passé. Elle suffit cependant pour expliquer les progrès de la civilisation de la société humaine. Elle suffit même pour renfermer tous les événements physiques qui se sont accomplis sur la terre depuis que sa surface a été le théâtre d'une grande ré- Tolution , rapportée par les mêmes monuments histo^ riques a plus de 5000 ans avant l'époque actuelle.

Si nous consultons à cet égard les phénomènes de la nature, qui ne peuvent et ne sauraient nous tromper^ ils

nous tiendront tous le même langage. Ils nous diront queFordre actuel des choses ne remonte pas très haut et que Tactiondes causes maintenant agissantes ne s'exerce dans le degré d'intensilé que nous leur voyons que depuis des temps peu éloignés de nous. Ce qui n^est pas moins remarquable, partout l'homme nous parle comme la nature, soit que nous consultions lesvraies traditions des peuples , soit que nous examinions leur état moral et politique, et le développement intellectuel qulls avaient atteint au moment où ils ont élevé leurs monuments.

Ainsi s'évanouissent ces longues séries de siècles que certains peuples s'étaient plu à s'attribuer sur de prétendues observations astronomiques dont la science moderne est venue nous démontrer la fausseté. D'un autre côté, une critique sévère a renversé toutes ces traditions d'une antiquité fabuleuse , qui , ne reposant sur rien de certain , n'ont aussi rien de commun avec la véritable histoire. Le progrès de nos connaissances a détruit d'un seul mot tous ces calculs d'une ancienneté indéfinie; et à l'aide du flambeau des lumières nouvelles , ces données sans base ont été reconnues inexactes et exagérées. En un mot , les découvertes récentes ont établi de la manière la plus luconteslable que la présence de l'homme sur la terre ne remonte pas auMlelà de 7500 à 7708 années.

La science humaine est donc ici d^accord avec la

science révélée , et Fane conduit à Taiitre; c'est la le plus beau triomphe de Tinteiligence. Dieu, en envoyant dans le monde sa vérité , a permis à l'homme de remonter jusqu'à elle et d'élever le majestueux édifice des sciences qui doivent lui servir d'aide et d'appui. Sans doute nos connaissances ne sont pas nécessaires à la gloire du Créateur , mais cependant elles lui rendent hommage. En effet , elles nous font mieux comprendre ses œuvres et arriver jusqu'à la vérité, dont il est la source et l'essence.

Après le précis d'histoire sacrée que nous venons de tracer, il ne nous reste plus qu^à examiner si Thistoire des peuples idolâtres de l'antiquité contrarie la date que nous avons assignée à l'origine du genre humain. Si nous avons exposé les faits relatifs à la chronologie de l'histoire sacrée , en nous fondant à peu près uniquement sur les livi*es saints qui en sont la seule base, nous en ferons de même à Tégard des chronologies profanes. Ce sera eu effet sur les écrivains anciens les plus accrédités et sur les monuments que nous en éta« bJirons les fondements, rejetant avec soin tous les récits fabuleux et les témoignages mensongers à l'aide desquels certains peuples de l'antiquité ont voulu se donner une origine indéiuiie que rien ne justifie et qu'aucune tradition n'établit d'une manière précise. Nous les écarterons comme indignes de la véritable histoire qui ne vit point de fables et de chimèreS) mais

seulement d^événemenU réels et positivement établis.

Nous nous occu|)erons en premier lieu de Thistoire des Égyptiens, des Grecs et des Romains. Nous en examinerons avec soin les principaux éléments, et nous distinguerons parmi eux les suppositions inhérentes aux systèmes que ces différentes nations avaient embrassés, des certitudes réellement historiques. Nous Terrons combien ces suppositions s'évanouissent à mesure que Ton arrive à des temps sur lesquels il existe des données précises et certaines. Aussi les seules difficultés que présentent les chronologies de Fanliquité , se rapportent aux premières époques de Phistoire. En dépouillant leurs traditions des événements fantastiques dont ils ont voulu environner leur origine, on arrive pour toutes à des dates qui frappent par leur accord et leur harmonie*

Nous ramènerons ainsi Thistoiredes Indiens et des Chinois aux mêmes proportions que celles qui régissent les traditions fondées et raisonnables des autres nations. Leurs annales nous prouveront, comme celles des autres peuples de Pantiquité, que les vrais monuments historiques, loin de contrarier la date donnée à Tapparition de I homme par les Hébreux, la confirment d'une manière puissante lorsqu'on fait disparaître de leurs traditions ce qu'elles ont de chimérique et de fabuleux.

JHiirsTomis PMOifAH]!:.

GHAPIT&E II.

1® HISIOmS DBS PEUPLES IDOIiATEES DE l'aNTIQUITÉ MISE EN RAPPORT AVEC CELLE DU PEUPLE HEBREU.

Pour l'intelligence de ce que nous avons à dire sur rbistoire des peuples idolAlres, nous avons dressé un tableau synchronique de cette même histoire. Ce tableau comprend neuf colonnes qui se rapportent aux différents peuplesde Tantiquité.Âu premier rang, nousavons placé les Hébreux, parce que, les plus anciens, ils sont aussi les seuls qui puissent nous fournir des données positives snr des temps antérieurs au déluge.

Nous avons mis les Égyptiens à côté des Hébreux , à cause de leur ancienneté el du long séjour que les enfants d^Israël ont fait en Egypte. Quant aux autres nations, nous les avons classées d'après leur proximité et leurs relations politiques. Nous avons enfin mis au dernier rang les Indiens et les Chinois , ces i>euples n'ayant eu que peu de rapports avec les précédents.

LesRomainSyles peuples les plus moderaes de oelte

série, qui précède dans noire tableau les Indiens et les Chinois , ont fini par porter leurs armes , non seulement en Grèce et en Macédoine, mais encore en Egypte, où, bien des années auparavant, avaient gémi les Hébreux, qui durent leur délivrance autant à la sagesse qu'au courage de Moïse.

Llnde et la Chine ne paraissent pas avoir attiré Tattention des Romains ; du moins, ces dominateurs du monde n^ont eu , avec ces deux contrées , que des rapports fort éloignés. Ces diverses considérations nous ont porté à placer les Indiens et les Chinois dans les dernières colonnes, quoique ces peuples aient évidem* ment une plus haute antiquité que les Romanis, qui les précèdent pourtant dans ce tableau.

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