II. IB
Cette fluidité n'a pu . être produite par Teffetd^un Kquide, quelque aclif ou quelque énergique qu'on le suppose; car l'eau forme à peine la cinquante millième partie de la masse totale de la terre* Ainsi, en supposant à la portion fluide une température eaitrémement éleTée, elle serait encore tout à fait impuissante pour opérer une pareille dissolution , puisqu^aucun liquide ne peut dissoudre une quantité de matière solide de ^ueoup supérieure à son poids.
Nous avons déjà vu que, ponr expliquer la fluidité primitive de la terre, il fallait avoir recours à TactiôD de la chaleur ou du feu. La terre a donc eu une ebaleur excessive, et par conséquent elle possédait une température propre, indépendante de celle qui lui est èontinuellement fournie par lés rayons solaires. L'expérience confirme à cet égard nos théories. L'accroissement de la température se manifeste à mesure que l'on s'enfonce dans les entrailles de la terre^ ao-delà du terme où les effets de la chaleur solaire se font res* sentir. La température au lieu de s'abaisser, comme on aurait pu le supposer, augmente et s'accroit dans des rapports qui ne sont jamais moindres de 4^ par 50 ou 40 mètres.
Ainsi, soit jque Ton détermine la température des mines les plus profondes, soit que Ton plonge des thermomètres dans les eaux souterraines, ou dans celles qui jaillissent des puits artésiens, partout on arrive au
même résultat, c'est-à-dire que partout elle se montre supérieure à la chaleur moyenne de la surface où de pareilles expériences sont tentées.
Comment ne pas admettre dès-lors avec Buffon que ces phénomènes dépendent d'un feu central ou d'une source principale de chaleur, dont TaccroisBement est si rapide que l'incendie du noyau terrestre ne peut être loin de nous. L^incandescenoe primitive de la terre, qui en a fait une masse entièrement liquide, est dono un point acquis dans la connaissance de notre planète, et nous devons nous représenter le globe aux premières époques de sa formation, comme une masse énorme entièrement liquéfiée par le feu. (Noie 28.) . Tel a été l'état primitif de la terre, jusqu'à l'époque où les lois de l'équilibre de la chaleur ont rendu habitables ces régions incandescentes, et cela par suite de la succession des temps; car dans l'univei^s le temps n'est jamais plus compté que l'espac/e.
On sedemandera, peut-être, ce qu'est devenue cetténorme chaleur, qui faisait des matériaux terrestres les plus denses et les plus fixes, comme une vaste mer are dente bouillonnant sous une atmosphère orageuse. Elle s'est dissipée à travers les espaces stellaires, abime immense, dans lequel sont semés à de prodigieuses dis-^ tances, les astres qui composent le système de l'univers; c'est la le vaste réservoir où les feux de la terre ont été absorbés, Ce$feux sont venus s'y perdre et s'y
amortir comme les ruisseaux se perdent dans l'immensité de l'Océan, (iVo/e 29.)
Qui nous dira la longueur de ces périodes traversées par notre planète^ jusqu^au moment où les substances terrestres peu à peu refroidies, se sont rapprochées et ont formé une mince écorce, bouleversée plus tard par d^effroyables convulsions? Pour répondre à une pareille demande, il faudrait savoir sur quels éléments on pourrait appuyer de semblables calculs. Serait-ce sur la chaleur qu'il a fallupour tenir en fusion la masse des corps solides et sur le temps nécessaire, pour que cette chaleur se perdit à travers les espaces stellaires, de manière à arriver à la température actuelle? Mais dans ces calculs est-il possible d'évaluer avec quelle rapidité devait s'opérer le refroidissement aux premières époques, par suite de la différence qui existait entre la chaleur de l'espace et celle de la terre? Or cette base ne pouvant pas être saisie, la science est impuissante pour arriver au résultat que nous cherchons.
Franchissons donc ce chaos et ces temps dont nous n^aurons jamais aucune idée, et dont nous sommes séparés par un incroyable passé; arrivons au moment où la vie dans les organes est devenue compatible avec la chaleur du globe. A cette époque, où les premiers êtres vivants commencèrent à animer la terre, apparurent des fougères gigantesques et des équisitacées en
arbre dont les débris existent dans les anciennes couebes du globe. Ces végétaux ont plus tard formé les houillères, preuve à jamais irrécusable de leur vigueur , et de leur développement. (iVo/e 50.)
Cette végétation était alors entretenue par la chaleur propre du globe et une proportion plus considérable d'acide carbonique répandue dans Tatmosphère. Cet excès était nécessairement peu favorable aux animaux terrestres ; aussi ont-ils été des plus rares aux plus anciennes phases de la terre. Â ces végétaux, dont nous cherchons en vain les analogues , succédèrent les plus étranges animaux qui aient jamais existé , et dont les formes bizarres semblent presqu' aussi fantastiques que celles des êtres fabuleux de la mythologie. Des reptiles plus extraordinaires les. uns que les autres, soit par leurs formes, soit par leurs habitudes, furent les com« pagnons et les contemporains d'une végétation toute nouvelle et très différente de celle qui avait brillé d'abord. Précédant en quelque sorte les mammifères, soit marins , soit terrestres , qui arrivèrent beaucoup plus tard, ces immenses sauriens n^eurent, pour ainsi dire, qu'une vie éphémère ; leurs races , bientôt anéanties , furent à leur tour remplacées par de nouvelles espèces qui n'y vécurent aussi que quelques instants. ÇSote 5+.)
Devon&-ndus attribuer leur anéantissement à leur organisation imparfaite, ou h leurs habitudes çarnfis^
sières, i|ui les portaient à so Jcvoi^r les uns les autres; ou n'en fut-il pas d'eux coirune des premiers'végétaux, qui durent leur destruction à Taffaiblissement progressif de la chaleur? Probablement cette cause a été plus puissante sur ces races anciennes que cellos qui dépendaient de leur organisation ; elle a sans doute opéré leur anéantissement et fait jaillir la vie nouvelle qui leur a succédé.
Ainsi notre planète, d'abord impropre à Texistence d^aucun être vivant, est devenue, par suite des lois do l'équilibi'e de la chaleur, susceptible de recevoir des v^étaox et des animaux. Depuis leur apparition jusqu'à nos jours, les conditions de la vie ont changé plu« sieurs fois , et des forces tout-4-fait inconnues ont fait naitre, à diverses reprises, des êtres différents de ceux qui rhabitent aujourd'hui. D'autres forces non moins puissantes et non moins actives ont anéanti les générations qui so sont succédées jûsqu^au moment où Tordre actuel a été établi. (ISoie 52.)
Mais qui a donné à cette terre , primitivement vide d'habitants, le mouvement et la vie? Car la vie est aussi une force, 6t une force d'un ordre tout différent de celle qui régit la marche des corps célestes ou les phénomènes du monde physique; ses mystères sont même plus dif(iciles à pénétrer que rimmensitédes espaces et les lois de l'univers. Produite par une puissance dont la cause est en dehors d'elle, la vie n'a pu
— ar« -
étee donnée que par TÉtre iiilini qui a opéré toutes les merveilles de lu nature, et qui seul peut la faire n^Ure par Teffel de sa volonté.
Cet ancien monde, dont les débris animés sont conservés dans les entraillesde la terre , devak être soumis à desoonditions bien différentes de celles qui sont établies sur notre planète , où chaque climat, chaque région ont leurs espàees particulières et distinctes. Rien de semblable ne parait s'être passé dans ce monde, qui n'a eu aucun homme pour témoin. Le globe a vu , ea dlet, se succéder sur son écorce , qui se solidifiait d« plus^n plus, des périodes distinctes, caractérisées au« tant par des températures parliculièros que par des êtres constamment nouveaux et d'autant plus différents des races actuelles , qu'ils appartenaient à des époques plus anciennes.
Si nous nous transportons par la pensée à une de ces périodes , quelle physionomie singulière ne nous présentera-t-«lle pas, quand ce ne serait que par runtformité des êtres répandus sur les diverses contrées. Tout , dans ce monde , nous paraitrait différent de ce qui existe maintenant : plantes , animaux , aspect du ciel, étendue des mers , grandeur des fleuves et des rivières y tout serait un objet de surprise et d'étonné^ ment pour nous, accoutumés à contempler une nature dont les productions varient pour ainsi dire à chaque pas.
En vain le voyageur se serait-il transporté dans les diverses régions de cet ancien monde , pour y trouver des sensations ou y chercher des tableaux variés et pi* quants , partout ses regards auraient été frappés par une triste monotonie produite par une similitude dans les végétaux et dans les animaux. Cette similitude était si grande, que non-seulement les mêmes familles se retrouvaient dans les deux hémisphères y mais , contrairement aux lois de la nature actuelle , les mêmes espèces se retrouvaient presque partout. Cette loi 8em« ble avoir été la loi la plus générale de la nature ; car elle n^est pas moins évidente chez les animaux qui ont vécu sous les ombrages de celte ancienne végétation.
Une pareille uniformité en annonce de non mobs grandes dans les lois de l'organisation des anciennes espèces et dans celles des conditions d^existence auxquelles elles avaient été soumises. Mais qui ne voit dans les caractères communs aux êtres des régions les plus diverses, une preuve d'une distribution plus égaie de la chaleur et d^une plus grande similitude dans les climats de ces anciennes périodes?
Simple dans son organisation, gigantesque dans ses proportions, peu variée dans ses formes, cette antique végétation n'a jamais vu, à aucune période, la totalité des classes des végétaux actuels briller à la fois sur un seul point du globe. Loin de présenter ces formes élégantes et pittoresques qui surprennent et étonnent le
peintre au milieu des forêts vierges du Nouveau-Monde ou de la Nouvelle-Hollande y la végétation monotone des temps d^autrefois aurait fatigué les regards , si un pareil monde avait jamais pu être fait pour Thomme. (Noie 55.)
Où ti*ouver la cause d^une aussi grande et d'une aussi étonnante différence, si ce n^est dans Funiformité de la température des anciens climats? Mais ces climats ne pouvaient éprouver d^importanles modifications sans qu'il n^en fût de même des êtres qu'ils avaient vu naitre et qu^ils devaient voir mourir. Eh quoi 1 Tastre briU lant du jour n^envoyait sur cette terre que des rayons dont elle n^avait nul besoin, et ses feux , amortis par les feux plus puissants de la terre elle-même , ne réglaient ni Tordre des saisons ni celui des climats? Monde étrange et singulier, où les convulsions du globe menaçaient à chaque instant la vie des êtres bi* zarres qui y avaient pris naissance! Comment redire ton histoire et y voir des preuves de la régularité et de la constance de Tordre nouveau qui s^y est peu à peu établi?
Cependant, a Taide de la comparaison des variations des anciens climats avec la fixité des climats actuels , la science peut prévoir en quelque sorte Tavenir phy* sique de notre globe et le sort rései*vé à nos descèn* ' dants? Étudions ces anciens climats; voyons si les poètes de Tantiquité avaient placé avec raison Tàge d'or
ou le printemps perpétuel à l'origine du monde. Les tableaux poétiques dont ils onl embelli les premiei-s âges semblent avoir quelque ehosede réel, si Ton considère la température de la terre bien avant les temps historiques, et surtout si Ton fait attention à l'universalité des anciens climats, qui donnait à toules les régions une chaleur égale, mais bien supérieure à celle des étéh les plus brûlants.
Pour nous en faire une idée précise, examinons si nous ne parviendrons pas, à Taide de la flore qui a brillé dans les temps géologiques et des animaux qui Tout accompagnée, à déterminer quelques-uns des anciens climats.
Choisissons d'abord an de ceux qui, moins éloigné de nous, semble pouvoir être mi^ux saisi, à oause des analogies qu'il parait offrir avec certains des clinaats actuels. Prenons pour exemple ceiai de Pans, è Té* poque tertiaire ou à celle des terrains marins rapé^ rieurs. A cette é|K>que les fougères arborescentes et les cycadées, qui jadis avaient peuplé nos continents, el dont les formes se trouvent encore de nos jours entre les tropiques, avaient totalement disparu des régions tempérées. On n'y voyait pas non plus les polypes ou lesarchitectÊs des nombreux récifs madréporiqueS) qui pendant la période de transition, ctpcul-étre même peiH dant Tépoque liouilléi'e, avaient peuplé les mers jua-*
qu'au nord de rÂmérii]uo, et s'étaientétendus jusqu'à Tépoque jurassique dans nos parages.
Nos régions avaient donc vu disparaître à la fois les fougères arborescentes, les cycadées qui y avaient naguère prospéré, et avec elles s'étaient également anéantis les nombreux zoopIiytes,qui, dans les périodes précédentes, s'étaient groupés en récifs et avaient construit des lies nouvelles au milieu du sein de l'ancienne mer^ Une autre végétation et de nouveaux animaux avaient succédé à celte population et étaient venus s'établir sur un sol que celle-ci aVait abandonné.
Si nous descendons jusqu'aux couches les plus an-* cieunes des terrains tertiaires ^ au lieu des espèces que nous venons de signaler, de nombreux débris de palmiers, des crocodiles et de grands pachyd^mes vien-* dront s'offrira nos regards.' La température du bassin de Paris, et eo paréieulier celle des hivers, était alors assez élevée pour permettre è ces végétaux de s^y déve" lopper et aux crocodiles, ainsi qo'aux pachydermes, de se plaire sous leurs ombrages. On peut même sup-. poser que cette température aurait pu s'abaisser jusqu'à un certain point sans les faire disparaître.
En rapprochant ces circonstances, on obtient deux limites entre lesquelles semble avoir été comprise la* température des contrées tempérées a l'époque des dépôts tertiaires. Elles paraissent assez rapprochées, comme il est facile de s'en convaincre^ en consultant
les latitudes 9 où s^arrétent les fougères en arbre et les cycadées d^une part, et de l'autre, les palmiers, les crocodiles et les grands pachydermes.
Ces limites ainsi fixées, si nous cherchons sur la terre un point quelconque où la température des hivers tombe précisément entre ces deux termes, nous trouverons que TÉgypte, et particulièrement le Caire, offrent cette double condition. La végétation des palmiers y est florissante, et les crocodiles se plaisent encore, comme du temps des Pharaons, à se jouer au milieu des eaux du fleuve qui fertilise cette contrée. D^un autre côté, de grands pachydermes, et entr'autres les hippopotames, foulent le sol marécageux des vastes plaines de l'Egypte, rappelant les formes lourdes et massives de leurs ancêtres dessinées sur les monuments de Tantiquité.
En vain cherchons-nous dans les plaines fécondées par le Nil, des fougères en arbre et des cycadées. Les unes et les autres en ont disparu à jamais, pour faire place à une végétation nouvelle, plus en harmonie avec un climat également nouveau. Cependant des récifs de Polypiers bordent encore les rivages d^une grande partie de la Mer-Rouge, mais ils s^arrétent au port de Thor en Arabie, à près de deux degrés de latitude au sud du Caire.
D'après ces faits, la température des hivers et celle des étés devait' être à Paris ce qu'elle est aujourd'hui
dans la Basse-Egypte, à l'époque où les palmiers ombrageaient de leur feuillage les crocodiles et les pachydermes qui furent leurs contemporains. Ainsi se trouve Cxé Tancien climat de Paris, dont la température moyenne devait être au moins égale à celle qui règne maintenant AU Caire^ c'est-à-dire, d'environ 22 degrés. Or, la température moyenne du iiassin de Paris se trouvant actuellement entre >i>i et >i2 degrés, elle a dû baisser d^environ 4 0 degrés.
Cet abaissement parait bien faible encore, lorsqu'on le compare à celui qu'ont dû subir les anciens climats. Ceux-ci, bien interrogés, nous disent et nous apprennent que r affaiblissement de la température a été d'autant plus considérable, que Ton étudie les climats des périodes les plus anciennes. Celte loi remarquable nous donne en quelque sorte la clef des premières créations qui ont été caractérisées par la présence des mêmes espèces, à peu près partout.
N'est-ce pas à cette cause qu'il faut attribuer la disparition des palmiers, des crocodiles et des grands pachydermes qui furent leurs contemporains,, dans ce même bassin de Paris, lors du dépôt des formations supérieures des terrains tertiaires? En vain en cherchonsnous des traces dans les couches qui surmontent les gypses à ossements ; pour en trouver des vestiges, il faut aller fouiller un sol plus jeune, celui des terrains tertiaires des contrées méridionales.
Quelle cause B été assez puissante pour les faire disparaître des lieux où naguère ils Irouvaieut à remplir les conditions de leur existence? La même qui avait déjà anéanti tant de générations ; rabaissement de la température terrestre ou un pur effet thermométrique. Suivant sa marche progressive, celte cause a détruit certains êtres, et a permis à d'autres de vivre et de prospérer dans des lieux où ils n'avaient point encore à redouter les effets d'une pareille influence. Ce que l'observation nous apprend, un raisonnement bien simple le confirme. Lorsque la température moyenne du midi de la France était égale à celle du Caire, par suite de son abaissement, elle était devenue inférieure dans le nord, lors du dépôt des couches supérieures des terrains tertiaires. Ces faits nous font concevoir comment les espèces qui prospéraient dans les climats méridionaux ne pouvaient plus vivre dans le bassin de Paris.
Il suflit qu^un abaissement d^environ 5 ou 6 degrés ait eu lieu à la fois dans le nord et dans le midi de la France, pour qu^un pareil résultat ait été produit. En efiely n^existe-t-il pas maintenant entre les temperiatures moyennes des deux régions une semblable dif« férence? Ainsi, lorsque celle de Paris n'avait plus que 46 ou 48 degrés, la température moyenne des provinces méridionales n'était pas moindre de 22 à 25 degrés, c'est-à-dire, égale ou supérieure à celle du Caire,
sous l'influence de laquelle vivent encore les palmiers, les crocodiles et les hippopotames qui ont aussi habité les diverses contrées de la France.
Ces faits sont à Tabri de toute contestation ; si les bippopolames et les crocodiles ont vécu à Paris sous les ombrages des anciens palmiers,c'est quMIs devaient y trouver une température favorable à leurs conditions d'existence.
Est-il donc si difficile de comprendre Tinfluence de la chaleur centrale sur les anciens climats? Est-il plus difficile de se rendre raison de Tinfluence de l'action solaire, à mesure que ces climats arrivaient a leur état actuel? N'est-il pas d'abord évident que les effets solaires ont dû être d'autant plus sensibles qu'ils ont exercé leur action dans les temps les moins éloignés de la période historique? Ne l'est il pas également que toutes les régions de la terre ont dû éprouver une chaleur, non-seulement égale à celle des climats équatoriaux, mais encore infiniment supérieure? Eiïfîn, il ne l'est pas moins que par suite de l'abaissement successif de la température et de l'établissement des climats nouveaux, les régions polaires et les sommets les plus élevés des montagnes, les premiers refroidis ont dû être aussi les premiers à recevoir des êtres vivants ; car alors seulement la vie est devenue possible dans ces riions aujourd'hui glaoées, dont la température avait été si long-temps incompatible avec elle.
Cette conséquence tout extraordinaire qu^elle puisse paraître, est démontrée par les végétaux analogues à ceux de la zone torride que Ton découvre néanmoins dans les houillères des régions glacées des pôles. Or, si comme les observations les plus positives nous Tannoncent, ces végétaux y ont vécu, ces contrées devaient avoir une température moyenne, tout au moins égale à celle que possèdent aujourd'hui les régions équatoria* les. L'expression de cette dernière température étant entre 25 et 28 degrés, celle des pôles devait être de 44 degrés supérieure à celle qui les caractérise maintenant.
Mais lorsque les pôles avaient une pareille chaleur, quelles espèces auraient pu résister à celle qui brûlait les régions équatoriales. Elle ne devait pas être moindre de 74 degrés, c'est-à-dire , bien au-dessus de celle que peuvent soutenir les êtres les plus robustes et les plus vivaces. Sans doute, l'organisation des ichthyosaures, des anciens plésiosaures, ainsi que celle des gi* gantesques mégalosaures, semble avoir été appropriée à supporter sans danger une excessive chaleur.
Or, qui oserait dire que ces animaux pouvaient vivre impunément au sein d'un élément dont la température était supérieure à celle de l'ébullition de Peau ? Com« ment dès-lors s'étonner que des êtres vivants, soumis à de pareilles influences et aux variations nombreuses des
anciens climats, n'aient pa résister à tant de causes de mort et de destraetidn?
Qui n« Yoit dans ces vnriations et dans leê coqvbI^ sions qu^elles ont prodoites dans réeoree da globe, ime suite nécessaire et presque inévitable des modifies^ tiens qu'elle devait subir avant d'arriver à un état stable.
Hais les conditions qui ont opéré dans la tein|)ératorede notre monde ces gronda einngements^ cause de ranéamtisseiâent de certaines espèces et es la vie d'tine infinité de nouvelles, se reproduiroat^elted encore ? Notre globe ira-Vil en se refroidtsssmt «ans c^esse, et fiiiirft*4>il, ainn que Tavait supposé Bullon, }fw deve« air uile masse glaoée roÉlont dam Tespaoe aotoar d'an soleil qui n'enverra plus que d^impuissants rayons em ses régions inanimées?
Boffoa est sens doute parU d^une idée vraie pour asseoir ses calculé : c'est que la température de ^intérieur de la terre allait sans cesse en augmentant, passé une épaisseur de coucfaes de 28 à 50 mètres ; niais il â cru a tort qm par Teffel du rayonnement, cette ehalèaf allant toujours et^s'aflfoiblissant, ati pareil eff^t devait faire oraindre que la terre fintt par n'être plas qu'une masse inerte et glacée. Dans l'appréciation de raffaiblissemenl du feu central, Buffon n'a pas fait attention qu'il était si faible depuis les temps historiques, par salle de lacotrsaltdationde l'éeoree extérieure du globe, II, ÏO
— 290 ~ qu'il n'affectait plus nos thermomètres, à la surface, que d^un trentième de degré. On peut donc considérer rinflueace de la chaleur intérieure comme tout-àfait insensible sur les climats actuels ; dès-lors, elle ne peut exercer aucune action sur F avenir physique de la terre.
Notre globe ne pourrait devenir semblable à une masse de glace, que si le soleil et les étoiles venaient à lui refuser leurs rayons, sources uniquesdela chaleur et de la lumière*qui Taniment et le vivifient. Bien dans l'état des choses actuelles ne peut faire présumer une pareille cessation, à moins que la cause qui les distribue et les maintient ne vienne à s^anéantir par la toute-puissance de celui qui jusqu'à présent en a assuré la durée.
C'est du reste dans les ouvrages de Fourier, qu'il faut chercher la solution des questions relatives à Téquilibre de la chaleur intérieure du globe, aujourd'hui sans action sur la surface. Sans doute oet état intérieur change avec le temps, et il changera sans cesse jusqu'au moment où toute la chaleur primitive sera complètement dissipée. Mais ces changements s'accomplissent avec une telle lenteur qu'il faudra de longues suites de siècles pour qu'ils deviennent sensibles à nos observations et à nos instruments.
Ainsi, par exemple, à 200 ou 500 mètres au-dessous de I Observatoire de Paris, la température est aujoar-
d^liui de -h 20 ou 22 degrés; elle tombera par suite de la marche naturelle des choses, sans doute après des temps bien longs à + 49 ou 48, et enfin à + 40 ou 42 d^rés. Mais ce qu'il importe de faire observer, c'est que lors même que la terre serait dépourvue de toute chaleur propre, les climats n'en seraient nullement affectés.
Aussi pour comprendre l'état d'équilibre auquel est parvenue la température terrestre, on ne doit pas perdre de vue que les climats et Tordre des saisons dépendent uniquement de la chaleur qui se distribue dans les couches supérieures à la couche invariable. Cette chaleur provient de l'action du soleil. Or, cette quantité à peu près constante est égale à celle qui serait nécessaire pour fondre une couche de glace de 4 4 mètres d'épaisseur qui couvrirait toute la surface de la terre. Cette quantité de chaleur que notre planète reçoit dans le cours de Tannée est suffisante pour la vie des êtres qui Tanimentet l'embellissent, et son inégale distribution dépend de la répartition des êtres organisés à la surface du globe ; mais rien dans ce qui nous entourene peut en faire prévoir la diminution.
Cet état d'équilibre doit se prolonger indéfiniment dans les températures terrestres , puisque Tattraction maintient notre planète dans une position fixe à l'égard du soleil, et que le changement de forme et de position dans l'orbite de la terre est sans aucune influence sur
cet équilibre. D'un autre côté^ la chaleur de l^espace paraît à peu près invariable. Les modiOcations que la chaleur eentrale peut apporter eur celle de la surfoce, sont aeeompiies à un trenlième de degré près, et les variations des températures moyennes actuelles sont limitées entre un ou deux degrés au plus du thermomètre centigrade.
En définitive, la température du globe terrestre, considérée dans son ensemble, est soumise à des lois générales aussi simples que fixes. Ainsi dans aucun lieu de la terre, sur le continent et dans aucune saison, un thermomètre élevé de 2 ou 5 mètres au^-dessus du sol et à Tabri de toute réverbération , n^atteint pas + 46®, ou au plus 50» centigrades (57 ou 40 R.); cependant un therlnomètre recouvert d'une couche très mince de sable ou de terre végétale s'élève quelquefois à "^70 ou même à7K degrés. Les observations ont encore fait voir qu'en pleine mer la température de Tair, quelques soient le lieu et la saison, atteint rarement 54^ eentigrade et ne dépasse jamais + 54<^ (environ 25o,0O R.). Le plus grand degré de froid qu'où ait Jamais observésur notre globe, avec un thermomètre suspendu dans Tair, est de "-^ 5&> centigrades, ou au 'plus* — B8® centigrades environ -^ 45"" à 46^ R« Ces résullats otit été vérifiés depuis peu dé temps par le capitaine Baek , dans les contrées septentrionales de l'Amérique; eet habile observateur a en eflet remarqué qu^en hiver et sur
les côteSy le thermomètre était ileseendu à — 56<»,6« Quant à U température de l'eau de la mer, quoique variable, ou peut dire qu elle Be s'élève jamais, sous aucune latitude et daas aucune saison, au-Kleasns de 50^ centigrades (24^ R,). 0» sait quek effets les mers exercent sur la température meyeouedes continrats qu'eltee bordent. Les expériences nombreuses d'un grand nombre de physiciens et de navigateurs^^ ont enewe donné pour résultat qu*à Téqualenr la température moyenne au bord de la mer était de ^ 30» et au pôle boréal de '—42^; ce qui est à peu près la température de Teau dans ees mêmes lieux*
Pour se format une idée précise de l'avenir de notre planète, il faut, avant tout, distinguer la chaleur propre du globe> deeeUe que le soleil et les astres stellaires lai envoient continuellement. Cellcrci, parvenue seule à «n état à peu près fixe et permanent, est aussi devenne presque indépendante dit feu central .
La chaleur propre du gbbe, admise par Buffbn emnme une Ivfpothèse, est aujourd'hui un fait admis dans la seienna. Onavwt d'abord v«nlu eonsiiiéter cette températnr» eemme due à une réaction chimique des substances minérales, ptineipalement à la décomposition des ^yritoa, on comme un effet de la chaleur dégagée par kl respiration dâs mineurs et la combustion de leurs lampes. D'autres physiciens avaient encore prétendu qu^elle dépandait d'une nation plus intense
que le soleil aurait autrefois exercée sur noire planète. En discutant ces diverses explications, il est facile de reconnaître qu'elles sont insuffisantes ou erronées; les deux premières fondées jusqu^àun certain point, n'embrassent pas le phénomène dans toute sa généralité, et ué peuvent le représenter numériquement. La dernière s'accorde mal avec le système astronomique, et ne se prête d'ailleurs à aucune vérification.
Il faut donc revenir à Thypothèse du feu central soutentie par Descartes et Leibnitz, d'autant qu'elle explique suffisamment tput ce qu'il y a de général et de permanent dans les phénomènes delà température au« dessous de la couche variable, influencée parles rayons solaires. Elle explique également l'existence des eaux thermales qui se rencontrent fréquemment, non-seulement parmi les volcans en activité, mais au sein de toutes les roches et dans les contrées les plus diverses, et même dans tous les points profonds d'où jaillissent au dehors des eaux plus ou moins abondantes.
La chaleur centrale nous fait concevoir rexistence des volcans eux-mêmes, qui, malgré leur dispersion à la surface du globe, présentent de tels caractères de similitude, qu'il est difficile de ne les point considérer comme alimentés par une seule et même source ignée. Les tremblements de terre, si liés aux phénomènes volcaniques, en dépendent également et ne sont, en quelque sorte, qu*unc suite de resserrements et de contractions
que le refroidissement foit éprouver aux couehes terrestres. Enfin, le feu central b'aecorde aussi bien avec la fluidité originelle roclamée par la forme sphéroldaie de la terre qu^avec la fonte des glaciers, qui a souvent lieu par leur base, où la température extérieure est absolument sans effet.
La température du fond des mers et des lacs est loin d'être en contradiction avec cette hypothèse, lorsque Ton considère les lois d'après lesquelles les molécules fluides s'arrangent entr'elles selon leur pesanlear spécifique. La position des eaux les plus froides, dans le fond des mers et des lacs, est tout-à-fait indépendante de la chaleur centrale; car, quelle qu^elle soit, la température de la terre, à une petite profondeur immédiatement au-dessous de la mer, est probablement depuis long-temps la même que celle du maximum de densité de l'eau dont elle éprouve l'impression d'une manière continue.
L'eau de TOcéan, comme Tespace du monde, est un milieu réfrigérant qui enlève la chaleur intérieure d'une manière constante, en vertu des mouvements qu'y produit sans cesse la différence de chaleur spécifique. Elle lenlèveméme plus rapidement que cet espace indéfini; ce qui explique comment la température du fond des tners peut être très basse, quoique ce fond reçoive l'im* pression de la chaleur centrale.
Laplace et Fourier ayant remarqué combien \n faits
étaient d'aceord avec l'iiypotljcse delà ebaleur centrale, lui ont aussi prêté 1 appui de leurs ingénieux calculs. Nous nous bornerons toutefois à faire connaître les principaux résultats auxquels ces calculs lesontame* nés :
4^ La progression croissante de la température, audessous de la couche invariable, a été anciennement plus rapide qu'elle ne Test aujourd'hui.
2P La raison de celte progression varie avec une telle lenteur, qu'il faudra plus de trente mille ans pour que cette raison diminue de moitié, c^est-à-dire qu'elle ne soit plus d^un demi degré par trente mètres.
5^ Le flux de chaleur qui vient deFintérieur ne peut modifier que d'une quantité t^ès faible la température moyenne de la surface et Tordre des températures, qui s'établit, suivant les saisons, dans toute la partie de Técorce terrestre supérieure à la couche invariable. La chaleur qui produit ces températures provieat presque uniquement du soleil; elle s'accumule pendant une partie de l'année et se dissipe pendant Taulre, de manièjre qu'il s'établit une exacte compensation.
4^ Cette quantité très faible dans le flux de la Aà^ leur intérieure et qui accroît la température moyenne de la surface, ne s^élève pas a un trentième de degré; elle varie avec une extrême lenteur, et, depuis deux mille ana^ elle n'a peut*étre pas cUiuiaué d'un trois
centième de degré , sa diminotioa n^étant pas att**del2i de^/57,600 trun degré centigrade par siècle.
5^ Enfin il existe toojoiirs un rapport constant entre rR0i»*oi8seDi6nt de la température au^deasooi^ de la coupelle invariable, etFaugmralation de la température superfieîelle due à la chaleur terrestre»
Ces résultats ne sont du reste omitredits par aucqn des faits observés jusqu'à présent, et ils concordent mèmed'une manière remarquable avec plusieurs de ces faits. Les observations astronomiques ks plus anciennes sur le mouvement de la lune, en démontrant Tinvariabilité de la durée do jour sidéral et de la longueur du rayon équatorial, ont confirmé TaEtréme lenteur que Fourier a assignée au refroidissement actuel de la surfoee de la terre. Elles ont, en outre, démontré que les progrès dec» refroidissement étaient tout4-fait inappréciables depuis les temps historiques.
11 ne peut dono rester aucun doute sur Tesistence d'une chaleur centrale, et sur l'incandescence primitive de la terre, qui en avait fait d^abord une masse entièrement liquide.
Cette source de chaleur dont rinSuence a été si grande an premiers Ages du monde^ continue maintenant à se perdre dans l'espace comme h Forigine des choses; mais par suite de l'obstaele qu'apt>ortenl à la transoHsston du ealorique les coMbes déjà soKdifiées, eette déperdiiios o^ lieu qu'aveo une extrême
lenteur. Elle doit même aller toujours croissant , et ses effets deviendront graduellement moins sensibles sur la surface, par suite de l'accroissement d'épaisseur des couches solides. La mesure de la quantité de ce refroidissement est déjà bien faible; car à peine s'élève-t-elle à un millième de degré en 4000 ans, ce qui correspond à un degré en un A ,000,000 d'années.
A la vérité, quelque longues que soient ces périodes, elles finiront pourtant par s'accomplir; car la chaleur centrale, quelque intense qu'on la suppose, s'épuisera elle-même. La croûte mince que nous foulons aux pieds et qui nous sépare des incendies souterrains, prendra nécessairement par cet abaissement une plus grande épaisseur.
LWfaiblissement de la chaleur propre du globe, qui a marché d'abord très vite, s'effectue maintenant fort lentement , depuis qu'une certaine partie de Técorce du globe a été solidifiée. Cet abaissement ne peut que s^opérer avec une extrême lenteur par suite de la communication difficile du calorique à travers les couches solides et en outre, en ce que les couches terrestres sont formées de corps mauvais conducteurs.
Sans doute l'écorce de la terre est plutôt composée de substances métalliques que métalloïdes; les pre* mières sont de meilleurs conducteurs de la chaleur que les secondes , mais les premières sont presque toutes oxigénées ou hydratées ;^ dès-lors elles sont en
résultat de mauvais conducteurs de la chaleur; car les substances métalliques hors de toute combinaison sont fort rares dans la nature. Les espèces minérales les plus nombreuses sont toutes des espèces composées , et celles-ci forment la plupart des matériaux terrestres. Il y. a plus : elles s'associent entr'elles pour composer les grandes masses minérales ou roches qui. constituent l'ossature générale du globe.
Les roches les plus simples des terrains de sédiment ou des formations les plus anciennes ne sont pas de meilleurs conducteurs, à raison de la composition des espèces qui les forment. Aussi, d'après toutes ces circonstances y rabaissement de la chaleur intérieure marche-t-il avec beaucoup de lenteur. Il ne parait pas, du moins dans la partie du globe qui est accessible à nos observations , être au-delà de 57300 ^^^^ millièmes d^un degré centigrade par siècle; ce qui peut doimer une idée de Textréme lenteur avec laquelle il s'opère. Aussi Laplace a*t-il fait observer que la déperdftion de la chaleur centrale n'aurait pas produit, depuis l'école grecque d'Alexandrie jusqu'à nos jours, à la surface de la terre, un abaissement thermomélrique d'un 228^ de degré centigrade.
Cet abaissement serait presque insensible sur nos climats actuels, si la diversité d'épaisseur des couches solides ne faisait pos qu'il eût cependant quelque Jn-fluonce. Enûn M. Ârngo a constaté , par des observa-
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lions aslPonomiqttM, que, dans Tcspace de 2,000 am, la température générale de la masse de la terre n^atait pas varié de^ de de^ré. La suite des temps apportera sans doute de grandes medifieations dans tes températures intérieures; mars à sa surface, tous les change^ ments sont accomplis et complètement t^oûnés.
Quant à Tinégalité de Técorce de ta terre , ette est annoncée par raecroissement de ta température sou* terraiue, d'une contrée à «ue autre; car la différence des conductibilités ne peut seule rendre raison du frfiénomène. Aussi plusieurs données géologiques font, du moins, présumer que Tépaisseur de t'éeorce de ta terre est extrêmement variable d'une locattté à une autre , surtout lorsqu'on la mesure dans des contrées infiniment éloignées.
Cette chaleur dégagée, et qui dérive du feu eenfral, est un des éléments fondanAeutaux dea eif rnuts terrestres ; et par suite de Tinégalité d^épaissewr et de eonductibilité des couelies du globe , cet élément ne se trouve pas dans des rapport» oonatants iPun paya à un autre. En effet, des contrées situées à la même totîtude ont , toutes choses égales d'ailteurs , des climats très différents ; et ce que nous avons ftiit observer peut nous en faire saisir la raison.
Aussi Mairan , Lambert Mayer el Un grand nombre d'autres physiciens ont édioué à représenter, par des formules de graduation régulières , les températures