SEPTIÈME EPOQUE
1 . Ainsi furent achevés le ciel et la terre , et toutes leurs harmonies.
2. Dieu termina son œuvre à la septième époque; il se reposa pendant cette époque, après avoir achevé tous ses ouvrages.
3. Dieu bénit la septième époque et la sanctifia; car en cette époque il s'est reposé de toute l'œuvre qu'il avait créée et faite.
4. Telle a été l'origine des cieux et de la terre, lorsqu'ils furent créés à l'époque où Dieu fit la terre et le ciel, etc. , etc. , etc....
Cette septième époque est la dernière des temps géologiques c'est-à-dire , celle immédiatement antérieure au grand cataclysme qui a ravagé la surface de la terre. A celle époque la création a cessé , du moins relativement à la terre ; depuis lors , tout ce qui y a été placé se conserve dans une parfaite harmonie et dans une constante stabilité, par suite des lois immuables que l'auteur de toutes choses y a établies. Du reste, si la création paraît complète, par rapport à nous, elle ne l est certainement pas pour l'univers. Celui qui par sa toute puissance a tiré le monde du néant , y opère encore; peut-être même des corps planétaires ou des corps célestes d une dimension plus considérable que ceux qui sont visibles à nos regards y sont continuellement créés. C'est dans ce sens que l'on doit, ce semble, interpré-
ter les paroles de celui qui ne peut nous tromper, et qui a dit que son père opérait sans cesse et opérerait jusqu'à" la fin des siècles (1).
Il n'est pas inutile de faire remarquer que le nombre de sept qui constitue les diverses époques de la création, est en quelque sorte lié à l'astronomie des anciens qui ne connaissaient que sept
(1) Pater meus usquc modo opeialar cl ego operor. Evung. sccund. Joaimcm, cap. V. , vers. 17.
Diqitized bu
corps célestes. Cette époque termine donc le récit de la création, lequel récit semble être une espèce dode, caractère qui témoigne de la haute antiquité de la Genèse écrite sans doute aux premiers âges historiques. Il est difficile de ne pas avoir cetle pensée, lorsque l'on porte son attention sur le mode suivi par Moïse, ou si l'on veut, sur le rhythme qu'il a adopté dans son récit. Eu effet, chaque pensée principale y est exprimée par le même nombre de mots , et les diverses époques de la création y sont terminées par le même refrain.
Nous avons cru devoir terminer ici notre traduction , c'est-à-dire , la finir au quatrième verset du chapitre second , le reste étant tout-à-fait étranger aux questions qui nous ont occupés, et que nous nous sommes proposés de résoudre.
Les temps dont la Genèse nous donne une idée comprennent donc trois grandes périodes. La première est celle où dans le principe des choses, c'est à-dire, au commencement des temps, Dieu créa ce qui fut les cieux et la terre. La seconde se rapporte aux temps où Dieu jugea utile dans sa sagesse, d'organiser la terre et les différents corps célestes qui composent le système de l'univers. Cette seconde période , dont nous ne pouvons pas plus apprécier l'étendue que celle de la première,
comprend les temps géologiques, ceux qui sont antérieurs à l'apparition de l'homme. Ainsi, sous le rapport de leur durée et de l'espace de temps quelles peuveut embrasser, ces deux périodes sont hors de toute espèce d'évaluation.
La seule de ces périodes , susceptible de quelque appréciation, se rapporte à la venue de l'homme ainsi qu'à sa dispersion sur la surface du globe, qu'il a animé et embelli par les effets de son activité et de son industrie. Mais si la terre, qui fut son berceau, remonte à une très-haute antiquité, en est-il de même de l'espèce humaine? Si nous consultons à cet égard les faits physiques comme les documents historiques, les uns et les autres nous répondront également que l'homme n'a pu s'établir sur la terre que lorsque les causes qui pendant les temps géologiques en ont successivement modifié la surface , sont parvenues à une certaine stabilité; par cela même, l'homme doit être fort nouveau sur le globe qui n'a acquis cette stabilité que bien longtemps après son organisation primitive.
Parmi les diverses versions sur l'apparition de l'homme déduites de la chronologie biblique , il en est une qui semble plus probable à raison du soin que les savants qui nous l'ont transmise , ont apporté dans sa rédaction. Cette version due au travail consciencieux des Septante, fixe cette
époque à 7,261 années avant ifs temps actuels, (1838) (1 } et chose remarquable , cette date s'accorde parfaitement avec celle que nous donne la chronologie babylonnienne. Cette dernière chronologie mérite également la plus grande confiance ; en effet, fondée sur les observations astronomiques des Chaldéens, elle repose sur une base solide. L'on sait que de temps immémorial ces peuples peut-être, parsuite de la beauté du ciel des pays qu'ils habitaient, se sont livrés à ce genre de recherches, et cela avec un talent égal
au zèle qui les y portail. D'après la version des
Septante, la veiuede 1 homme se rapporterait à 7,261 années avant celle où nous vivons ; car
(1) Nous avons adopté cette date , comme la plus vraisemblable; nous aurions pu cependant la reculer bien davantage, car d'après plus de deux cents calculs différents, faits pour établir le nombre d'années écoulées depuis la création du monde jusqu'à la naissance de Jésus-Christ , ou trouve 6984 ans pour cet espace de temps. Or ces 6984 années ajoutées à celles qui se sont écoulées depuis la venue de Jésus-Christ , c'est-à-dire, à 1838 forment un total de 8,822 années. Mais si tel est le résultat le plus long de ces calculs , uous ne devons pas perdre de vue que le plus court fourni par d'autres calculs donne 3484 ans pour cet espace de temps; nombre qui ne présente pas une différence moindre de 3, 500 années avec celui qui donne le temps le plus long. Mais la moyenne entre ces deux extrêmes est de 7070, nombre bien peu différent de celui de 7,261 que nous avons adopté.
d'après elle le déluge aurait eu lieu 2,256 ans après l'apparition de l'espèce humaine ou 5,005 ans avant l'époque actuelle (1).
Toutes les autres chronologies discutées avec soin et discernement , ne donnent pas du reste à rétablissement de l'homme , une plus haute ni une plus grande antiquité. Il y a même sur ce point un accord et un consentement à peu près général, ainsi que sur l'époque du renouvellement du genre humain. S'il est donc un fait certain annoncé aussi bien par les faits physiques que par les traditions et les monuments historiques , c'est que la terre peut être fort ancienne, mais que l'homme n'y a existé que depuis l'époque récente où notre globe a pris sa forme et sa configuration actuelles.
Sans doute , l'intervalle qui nous sépare de la première apparition derhomme,que les Septante ont placée à 7,301 ans au plus avant l'époque actuelle, peut paraître bien court aux faiseurs de systèmes. Mais ce temps, quoique sa durée paraisse peu considérable , est pourtant suffisant pour expliquer et concevoir les différents faits physiques qui depuis lors se sont succédé sur
(1) Si l'on recule plus que ne l'ont fait les Septante, l'époque du déluge, et si on le place vers l'an 2,700, ou vers 1 an 2,800 après la création de l'homme, ou supposerait par cela même à cette créatiou une plus haute antiquité ou 7,705 où 7,805 années.
la terre. Du reste, ce qui ri est pas moins remarquable , la marche des dunes , la formation des tourbières, les falaises des côtes , les atterrissements et les alluvions des fleuves bien étudiés dans les effets qu'ils ont produits, conduisent également au même résultat, ainsi que nous le prouverons plus tard. Sans doute, ces phénomènes peuvent paraître bien petits pour une aussi grande et aussi importante conclusion, mais enfin d'après eux comme d'après les faits historiques , l'état actuel de nos continents est loin d'être très-ancien. Enfin si l'homme est nouveau relativement à ce globe qu'il habite, il ne l'est pas moins relativement à la plupart des animaux , et surtout à ceux dont les vieilles couches de la terre nous dévoilent seules l'ancienne existence.
Les chronologies traditionnelles ne sont donc qu'un point en comparaison des chronologies de la terre. Nos sociétés paraissent tout-à-fait nouvelles et comme d'hier , quand on compare leur histoire à celle du globe où elles sont assises; car les hommes avec leur intelligence ont bientôt acquis les premiers éléments de la civilisation > et trouvé les moyens de conserver leurs traditions orales ou écrites. Quant à nous, nous sommes vivants d'un jour sur cette vieille terre qui n'a été notre berceau, que lorsqu'un grand
nombre de générations d'animaux, non moins étranges les uns que les autres en avaient complètement disparu, et qu'un grand nombre de modifications avait amené peu à peu le globe au point où l'homme l'a constamment aperçu. '
Tout ce que l'homme peut faire sur des matières qu'il ne saurait comprendre entièrement, c'est d'en bien étudier les phénomènes, afin de mieux admirer la haute sagesse et la sublime prévoyance de l'auteur de toutes choses.
Tableau des principales périodes écoulées depuis l'apparition DE L'HOMME, JUSQU'AUX TbMPS ACTUELS.
Nous avons divisé les temps écoulés depuis la création de l'univers en trois grandes périodes, dont les deux dernières seulement peuvent être divisées en plusieurs époques. Nous avons nommé période universelle, la plus ancienne de ces périodes, celle où Dieu tira la matière du néant, ou ce qui fut le ciel et la terre. Rien ne nous permet d'en apprécier le commencement pas plus que le terme et la durée; aussi n'estil point possible d'y établir des divisions quelconques fondées sur des créations successives et diverses.
La seconde période, celle où Dieu donna aux corps célestes et planétaires la forme et la disposition que nous leur voyons aujourd'hui, comprend les sept époques ou les sept jours de la
création. Nous avons nommé cette seconde période, céleste et terrestre, parce qu'elle a vu les corps célestes et planétaires et entr autres la terre achevés avec toutes leurs harmonies selon les propres expressions des livres saints. Les divisions de cette période sont données naturellement par celles des époques ou des jours admis par la Genèse; et nous- avons cru devoir les suivre, afin d'en rendre l'explication plus simple et plus facile.
Enfin la troisième période est celle des temps historiques ou la période actuelle.
Quant aux temps compris dans la seconde période, il est impossible d'en déterminer la durée d'une manière précise, à l'exception pourtant de la plus récente des époques qui en font partie. On peut en effet supputer avec quelque probabilité, l'intervalle de temps qui s'est écoulé depuis l'an* parition de l'homme sur la terre, jusqu'au grand cataclysme dont toutes les nations ont conservé le souveuir, et enfin apprécier l'espace de temps qui sépare le déluge du moment actuel.
C'est aussi à faire connaître ces diverses données historiques, que nous avons consacré le tableau ci-joint qui présente d'un seul coup d'oeil les temps, qu'il est permis à l'homme d'évaluer avec quelque probabilité (1). Nous avons divisé ce
(1) Voyez le tableau à la fin de cet ouvrage.
tableau en deux principales périodes : 1° La période anté-diluvienne , c'est-à-dire, l'intervalle écoulé depuis l'apparition de l'homme, jusqu'au déluge ; 2° La période post-diluvienne ou historique, que nous avons divisée en deux principales époques. La plus ancienne comprend* l'espace de temps qui s'est écoulé depuis le déluge jusqu'à l'ère chrétienne, et la plus récente l'intervalle qu l sépare la venue de Jésus-Christ du moment actuel, 1838.
Nous avons compris dans notre tableau la plupart des grands événements qui se sont succédé sur la terre depuis la dernière et grande inondation qui en a ravagé la surface, en donnant à ces événements la date qui nous a paru la plus probable. Aussi croyons-nous ces dates à l'abri de critiques fondées, d'après nos recherches et le soin que nous avons pris pour les fixer de la manière la plus certaine qu'il est possible de le faire dans l'état de nos connaissances. Ne fùt-il qu'un premier jalon, le tableau que nous soumettons au jugement des hommes éclairés aurait déjà un véritable intérêt.
De la date de l'apparition de l'homme, apprécie'e