‹ De la Cosmogonie de Moïse, comparée aux faits géologiques (volume 3)Chapitre 24 sur 37 · PAR LES FAITS PHYSIQUES · texte numérisé non relu

PAR LES FAITS PHYSIQUES

Les nombres que présente notre tableau nous amènent naturellement à examiner si les faits

physiques s'accordent ou non avec eux , c'est-àdire, s'ils coïncident avec l'époque où l'on peut supposer que nos continents ont pris leur forme actuelle. Cette époque est en effet probablement la même que celle de l'apparition de l'homme , et ne doit pas différer de celle où les causes des modifications de la surface du globe ont agi dans leurs limites actuelles.

Sans doute, il est possible de fixer rétablissement de l'homme sur cette terre si ancienne en comparaison de sa courte existence ; mais en est-il tout-à-fait de même de celle où nos fleuves ont déposé leurs troubles vers les portions les plus basses de nos continents, et de celle encore, où les roches ont commencé à être attaquées par les agents atmosphériques? c'est ce que Ton ne peut raisonnablement espérer.

Ce sujet est un de ceux où il n'est point encore possible de porter la précision et la netteté désirables. Mais on doit être content, lorsque dans une pareille matière, on parvient à renfermer la vérité dans des limites même fort indécises ; ces approximations ne peuvent sans doute satisfaire entièrement notre curiosité. Toutefois elles ont un puissant intérêt, puisqu'elles nous ouvrent des perspectives nouvelles dans les profondeurs du passé.

Ces recherches ont changé en entier les opinions que l'on s'était faites de la chronologie terrestre. Les idées de création par succession, enchaînement et continuité, ont remplacé en effet, presque sur tous les points, les anciennes idées de création avec explosion et instantanéité. Ainsi les majestueux phénomènes des commencements de la terre, se sont vus nantis d'une durée en harmonie avec leur étendue.

L'on a enfin compris que tous les phénomènes qui se sont succédé à la surface de la terre, n'ont pas élé opérés par des causes dont l'action aurait complètement cessé, mais seulement par des causes plus puissantes et plus énergiques que celles qui agissent maintenant. Leurs effets sont une suite nécessaire et comme inévitable de la constitution de notre planète, et du mode de sa formation.

Les phénomènes terrestres n'ont donc pas été produits par de véritables révolutions ; mais par des modifications inévitables qùi n'ont jamais cessé de s'opérer , bien qu'elles aient diminué dans leur intensité ; ce sont elles aussi qui ont

amené peu à peu le globe à l'état de stabilité auquel il est arrivé aujourd'hui.

Étudions ces diverses modifications, afin d'apprécier l'époque à laquelle elles ont commeneé.

Avant d'entrer dans cette étude, ne perdons

pas de vue que très-souvent nous sommes disposés à considérer comme éternelles les choses dont nous ne prévoyons pas la fin, et comme fixées, celles dont nous ne sentons pas le déplacement.Ainsi, parce que nous n'étions pas avertis du mouvement qui nous entraînait autour du soleil dans les espaces du ciel, nous avons longtemps regardé la terre comme un piédestal immobile. *

De même, parce que les changements qui se produisent dans sa forme, nous échappent à eause de la grandeur de leur durée et de la petitesse de la nôtre , nous sommes naturellement portés à envisager sa configuration extérieure , comme quelque chose d'immuable. Les fleuves, les montagnes, les îles, les rivages, tous ces accidents qui marquent sa figure, ont à notre sens, une physionomie absolue et dont les traits ne sauraient souffrir aucune altération, parce que rien de tout cela ne s'altère, ni ne change à vue d'œil ; nous accordons nos idées comme si tous ces objets devaient être immuables précisément parce que leur altération est à peu-près insensible.

Telle n'est pas cependant la loi de ce monde, où tout passe, ou du moins, est sujet à des nombreuses et importantes variations.

Examinons donc les causes de ces variations

et commençons par celle que produit l'action des eaux courantes.

1°. De l'action des eaux courantes sur la surface i>u

. globe.

Dans les lieux où la vitesse des eaux se ralentit, et mieux encore, dans ceux où elle s'évanouit par leur arrivée dans la mer ou dans les lacs, les limons qu'elles charrient, se déposent et forment des accumulations progressives.

On peut jusqu'à un certain point en calculer l'étendue totale et même en apprécier la marche annuelle. Ces principaux fondements de la chronologie des périodes modernes , sont cependant environnés de très grandes difficultés, lorsqu'on veut asseoir sur eux des données un peu précises.

Voyons ce que nous apprend à cet égard le Nil, Je fleuve le plus commode pour ce genre d'observation.

Les anciens .«avaient déjà, et Hérodote l'atteste assez dans son histoire , que le sol superficiel de l'Égypte avait été en grande partie formé par les atterrissements de ce fleuve. En effet, des excavations faites dans la vallée du Nil jusqu'à une assez grande profondeur , montrent un sol composé de couches alternatives de limon ou de sable ,

qui ne sont autre chose que les résidus des inondations périodiques.

S'il faut en croire les prêtres de Memphis , au temps de Ménès , tout le pays depuis Thèbes jusqu'à la mer, c'est-à-dire, une étendue de prés de sept journées de navigation, n'aurait été qu'un vaste marais comblé peu à peu par les terres charriées par les alluvions.

Hérodote avait conclu de ses propres observations, qu'il devait en être de même des parties supérieures de la vallée , jusqu a trois journées de navigation au-dessus de Thèbes. EnGn d'après cet historien, si le Nil au lieu de se verser dans la Méditerrannée, s'était perdu dans la mer rouge, il ne lui aurait guère fallu plus de dix mille ans , pour combler entièrement cette mer étroite et peu profonde.

Mais on sent aisément 'que cette évaluation d'Hérodote est hypothétique; car comment apprécier d'une part, la quantité des limons que le Nil pouvait apporter à cette époque, en compa . raison de ceux qu'il aurait pu y entraîner dans le principe où ses eaux commencèrent leur action.

N'est-il pas évident qu'alors les troubles étaient plus considérables , et qu'ils ont dû diminuer successivement dans un rapport proportionné à la rapidité des pentes qu'ils couvraient. D'ailleurs, l'action des eaux de la mer rouge aurait

rejeté ces limons sur le rivage et les vents les auraient bientôt dispersés. Aussi ne voyons-nous nulle part les ports et les anses situés au-dessous des grands cours d'eau, éprouver dans l'exhaussement de leurs fonds , des différences de niveau appréciables.

. Du reste , s'il était possible d'ajouter quelque confiance dans la chronologie des dynasties égyptiennes, Mènes, placé par elle douze mille ans avant Hérodote, serait un excellent point de départ pour le calcul des progrès des attérissements du Nil. Mais l'époque à laquelle on suppose que ce roi aurait vécu, est tout-à-fait hypothétique; elle ne peut être considérée que comme représentant dans la tradition humaine , une antiquité fort éloignée et non point. Une date précise.

Les seules données que l'on ait pour déterminer l'avancement séculaire du terrain , datent du temps des croisades. D'après ces données encore fort incertaines , il paraîtrait que le continent gagne sur la mer environ mille mètres tous les cent ans. Cette quantité adoptée par Cuvier, lui a servi pour évaluer la marche des attérissementsqui ont formé le Delta du Nil.

Ce nombre a paru cependant fort exagéré à d'autres observateurs; il parait pourtant d'après des faits positifs être bien au-dessous de la

réalité. Ainsi 26 ans ont sufli pour prolonger d'une demi-lieue un cap en avant de Rosette , ce qui donnerait un accroissement d'environ deux lieues tous les cent ans.

Ces faits prouvent déjà quelles incertitudes régnent sur de pareilles évaluations, et il en est de même de celles qui sont relatives à l'exhaussement du sol. D'après M. Girault, le soi de l'Egypte s'élèverait de 5 mètres 26 centimètres par mille ans; mais évidemment cette mesure est tout au plus approximative. En effet, l'exhaussement produit par les alluvions, est nécessairement très-différent, selon qu'on l'observe dans le haut de la vallée du Nil , ou près de l'embouchure de ce fleuve; dès-lors, on ne peut guère fonder des nombres précis sur des bases aussi variables.

Tout ce que l'on sait de positif sur la marche des alluvions qui s'opèrent constamment en Égypte, et qui devaient s'avancer dans le principe, [>lus rapidement qu'aujourd'hui, c'est queles villes de Rosette et de Damiette, bâties sur le Delta au bord de la mer, il y a moins de mille ans , en sont aujourd'hui à deux lieues.

Il résulte encore des observations faites lors de l'expédition d'Egypte , que le sol de ce pays s'exhausse en même temps que son littoral s'étend, et que le fond du Nil s'élcvant en même temps

que les plaines adjacentes , l'inondation dépasse aujourd'hui les hauteurs où elle parvenait dans les siècles passés.

Ainsi à Éléphantine , l'inondation est maintenant supérieure de sept pieds aux plus grandes hauteurs quelle atteignait sous Septime Sévère. Par suite de la marche de ces attérissements et des limons que le Nil dépose sans cesse sur les plaines de l'Egypte, la fertilité de cette contrée , comme celle de tous les terrains qui reçoivent d'abondantes alluvions , ne peut que s'accroître d'une manière proportionnée à k marche de ces attérissements.

Mais enfin, ce qui prouve que ces alluvions n'ont pas dû commencera une époque fort éloignée, c'est que d'après Dolomien, elles n'occupent pas en Égypte, plus de mille lieues carrées. Toutefois ces attérissements quelque considérables qu'ils soient , le sont bien moins cependant que ceux des grands fleuves du nouveau monde, dont les débordements sont constants et périodiques, comme ceux du Nil.

Néanmoins, ceux produits aux embouchures du Mississipiau fond du golfe du Mexique n'ont pas comblé de leurs dépôts de vastes espaces des terrains , pas plus que ceux opérés par les fleuves de la Plata et de l'Amazone au Brésil, et enfin par l'Orénoque. Il faut donc que leur action

n'ait pas commencé depuis une époque fort éloignée.

Du reste, la grandeur des atterrissements lorsque leur formation a lieu d'une manière constante , ne dépend pas uniquement de l'espace de temps depuis lequel elle s'opère, mais d'une foule d'autres circonstances. Ainsi, elle est influencée par la violence des pluies, qui donnent une plus grande activité aux courants des fleuves, ainsi que par la plus ou moins grande friabilité des matériaux, sur lesquels ces fleuves exercent leur action. Il en est encore de même du plus ou moins d'encaissement que présentent les cours d'eau.

Or, d'après la nature des choses, ces différentes causes doivent avoir agi avec beaucoup plus d'intensité, lorsque les atterrissements des fleuves ont commencé à se former, que dans les temps actuels. Comment dés lors, vouloir mesurer l'action de ces causes d'après les effets qui s'opèrent et ont lieu de nos jours ? En suivant une pareille marche, on arrive nécessairement à des résultats tout-à-fait gigantesques, et hors de proportion avec ce que nous apprennent les monuments et les traditions historiques.

Ainsi, en procédant d'après ces termes qui ne sont nullement comparables , on a voulu supposer qu'il aurait fallu au Nil plus de quarante

mille ans, pour transporter les terrains nécessaires à la formation du sol de l'Égypte. Nous adopterons, si l'on veut, cette supputation ; mais ce que nous contesterons , et ce semble , avec raison , c'est que ces quarante mille ans soient postérieurs à l'apparition de l'homme?

En effet, la question n'est pas de savoir depuis quelle époque les alluvions ont commencé à se foi mer, mais si l'homme est apparu sur la terre antérieurement à la formation de toute alluvion. A cet égard, les faits nous apprennent que les couches les plus supérieures des terrains tertiaires sont essentiellement des formations d ailuvion. On les voit composées par dessables plus ou moins pulvérulents et dont l'épaisseur est souvent des plus considérables , sables auxquels on a donné, dans de certaines circonstances , le nom de faluns.ll en est de même des dépôts quaternaires composés pour ainsi dire de formation d alluvion, et terminés par les dépôts diluviens. Mais ceux-ci ne sont-ils pas comme les terrains qu'ils surmontent, de différents âges. En effet, si les uns paraissent bien postérieurs à l'espèce humaine , et même à l'invention des arts, puisqu'ils en renferment les produits , il en est d'autres .non moins épais, non moins étendus, et constamment inférieurs aux premiers , qui sem-

blent au contraire antérieurs à l'existence de l'homme, car ils n'en recèlent jamais les débris. Ils ne sont pas cependant dépourvus de corps" organisés ; mais les espèces qu'ils renferment sont loin d'être les mêmes que celles que l'on observe dans les plus jeunes de ces dépôts.

Or, comme l'un et l'autre de ces dépôts font partie de ce que l'on a appelé atterrissements du Nil comme de tous les fleuves de la terre , on conçoit les erreurs nombreuses auxquelles a dû amener l'appréciation d'effets produits à des intervalles que nous ne pouvons point évaluer , et par des causes les plus diverses. En effet, les plus anciens de ces dépôts paraîtraient s'être opérés dans leur ensemble d'une manière assez lente , tandis que d'après la grosseur des cailloux roulés et l'état de conservation des restes des corps organisés que l'on découvre dans les nouveaux

dépôts diluviens , ceux-ci sembleraient avoir été opérés par une cause aussi soudaine que violente.

Il faut probablement appliquer à ces derniers, tout ce que les monuments historiques et les traditions de tous les peuples nous apprennent relativement à une grande inondation bien postérieure à l'existence de l'homme , et qui aurait ravagé la plus grande partie de la surface de la

terre. Cet accord remarquable entre ce que nous apprennent les faits physiques et les monuments de l'histoire , doit ce semble , nous porter à faire tous nos efforts , pour lever le voile qui cache encore à nos yeux une partie des faits qu'il nous importe de bien connahre.

Ainsi! relativement à la question qui nous occupe , elle ne sera bien connue que lorsqu'on aura distingué la partie des terrains d'ail uvion ou des dépôts d'atterrissement qui est antérieure à l'existence de l'homme de celle qui lui est postérieure; car tant que cette distinction ne sera pas faite , on ne pourra pas apprécier l'époque à laquelle ont commencé à se produire les derniers de ces dépots.

Le seul point de fait sur lequel sont d'accord la plupart des observateurs qui se sont occupés de la marche des atterrissements, c'est que malgré leur rapidité, ces atterrissements n'ont nulle part produit de grands effets , et que pour évaluer leur commencement à 5, ou 6,000 ans au plus , il faut leur supposer dans le principe de leur formation une plus grande activité que celle qu'on leur voit maintenant. C'est du moins à cette conséquence que tendent les observations de Dolomicn et de Girard sur les atterrissements de l'Egypte, d'Astruc sur ceux du Delta du

Rhône, et enfin de Deluc Fortis, Prony et Wiel>eking sur les alluvions des côtes de la mer du Nord, de la Baltique, de l'Adriatique et de la Hollande. Enfin les observations dues à ces habiles physiciens méritent d'autant plus de confiance, qu'elles ont été faites sans aucune idée préconçue; toutescependantont conduit au même résultat, qui s'accorde parfaitement avec l'époque que nous avons assignée à l'apparition de l'homme.

11° DE L\ CHUTE DE L*EAU SUR LA SURFACE DE KOS CONTI- NENTS, COMME MESURE DU TEMPS.

On a cru également pouvoir faire servira la mesure du temps, les changements que produisent sur la surface de la terre, certaines chutes d'eau. La cascade de Niagara, par exemple, a été le plus étudiée sous ce rapport. On sait que le fleuve Saint-Laurent qui la produit, tombe du plateau supérieur du lac Érié sur celui du lac Ontario par un escarpement à pic, d'environ cinquante mètres de hauteur.

Le haut du plateau est recouvert par une couche de pierre calcaire assez épaisse; mais audessous de cette couche et pour la supporter , il n'y- a que des couches d'un terrain marneux,

qui se désagrège très-facilement. H en résulte que le terrain inférieur sexcave par derrière la cascade et laisse en surplomb le plateau calcaire du haut duquel le fleuve se précipite. Le poids des eaux oblige donc continuellement le plateau ainsi dégarni de sa base à s'ébouler.

Mais on ignore quelle est la vitesse avec laquelle l'eau ronge les bords de son déversoir ; l'on ignore également si le rocher calcaire sur lequel elle s écoule à toujours eu la même dureté, et si les eaux du fleuve n'entraînent pas aux époques de son débordement, des cailloux qui augmentent son action. Eh bien î malgré cette ignorance , uniquement sur le récit que font quelques vieillards, qui disent avoir vu dans leur enfance des arbres et d'autres objets attachés au rivage, plus rapprochés du lac Ontario, on a évalué que ce déplacement pouvait être d'environ cent pieds par cent ans.

Estimant ensuite la longueur totale du ravin dans son état actuel, à 40,000 pieds environ, on a supposé qu'il avait fallu 40,000 ans à la cascade, pour, du point où elle a commencé, parvenir au lieu où elle est arrivée maintenant.

Énoncer de pareils calculs, c'est en quelque sorte en démontrer la futilité ; mais fussent-ils exacts, il faudrait pour reculer d'autant la date

de l'apparition de l'homme, prouver qu'ils n'ont commencé qu'à cette époque.

Du reste, des géologues anglais, et entr'autres le professeur Roger, ont nié un pareil effet des eaux. D'après eux, le creusement de la gorge profonde dans laquelle coule le Niagara est dû à un immense courant diluvien dont d'énormes blocs roulés de siénite font reconnaître l'existence et la direction. Aussi , ajoutent les observateurs que nous venons de citer, le creusement actuel ne peut produire qu'un chenal incliné.

La même opinion a été partagée par M. Gibson, qui a observé sur les lieux mêmes cet intéressant phénomène , et qui a conclu, que l'érosion tient à tant de causes accidentelles, soit dans l'atmosphère, scitdans les variations de dureté des couches dans lesquelles elle s'opère, qu'il est bien difficile d'établir une conjecture un peu probable sur sa marche future , et encore moins de le faire pour les siècles passés. Aussi, il ne lui a point paru que les cinquante années depuis lesquelles l'attention a été fixée sur ce phénomène, aient fourni des données suffisantes pour évaluer ses progrès avec quelque précision.

. Ainsi, ce n'est point à de pareilles chutes d eau que nous pouvons demander la date de la venue de l'homme sur la terre. Étudions donc d'autres

phénomènes propres à répandre quelques lumières sur ce point important.

III 0 DE L'ACTION DES EAUX DES LACS SUR LEURS BORDS ET SUR LEURS ISSUES.

Les eaux qui remplissent les lacs, ont une double action , 1° sur leurs bords qu'elles attaquent sans cesse, lors de leurs crues, et 2» sur les obstacles qui s'opposent à leur libre écoulement. Cette double action tend d une manière active et constante à] anéantir ces amas d'eau. D'un autre côté , les lacs reçoivent une grande quantité de débris et de troubles, lesquels devraient finir par les combler et les faire disparaître, comme les lacs si nombreux des temps géologiques. Cependant comme nous voyons bien peu de lacs actuels se dessécher, malgré toutes les causes qui élèvent sans cesse le niveau de leur fond, il faut que ces causes n'aient pas commencé depuis un temps bien long.

Un fait cité par Saussure confirme puissamment cette conséquence. Le lac de Lucendro situé à une lieue de l'hospice du Saint-Gothard , est long et étroit; il se trouve en effet resserré entre des rochers élevés et escarpés. Une petite plaine le termine. Cette plaine s'étend constamment aux dépens du lac, par suite des avalanches

et des débris des montagnes voisines; mais, comme le lac existe encore, il faut que les causes qui tendent à le combler, n'aient pas commencé depuis des temps très longs, même en supposant que sa formation soit postérieure aux temps géologiques.

11 existe également dans une infinité de montagnes, un certain nombre de lacs situés sur des plateaux élevés que rien ne domine, et qui tendent, ne recevant pas d'affluents, à se dessécher; cependant comme ils se maintiennent, il faut que les causes qui doivent à la longue opérer leur dessèchement n'aient pas commencé depuis une époque fort ancienne.

Que conclure de ces faits ? si ce n'est que l'action des eaux des lacs, comme celle des eaux courantes, ne s'exerce pas avec son intensité actuelle, depuis des temps autres que ceux que nous indiquent les traditions, historiques.

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