LES SINGES FOSSILES
ET SUR LES CONSÉQUENCES QUE L*ON PEUT DÉDUIRE DH U PRÉSENCE DE TANT DE DEBRIS d' ETRES ORGANISES ENSE- VELIS DANS LES ENTRAILLES DE LA TERRE.
Depuis la découverte remarquable faite par M. Lartet de singes fossiles dans les terrains tertiaires de Sansan près d'Auch (Gers), singes qui auraient appartenu à une espèce qui a plus de rapport avec les Gibbons limités aux parties les plus reculées de l'Asie qu'avec toute autre actuellement vivante, il parait que ce genre d'animaux a été également observé ailleurs. En effet, d'après un recueil anglais , MM. Cautley et Falconner , auxquels nous devons déjà tant de découvertes importantes, auraient trouvé dans le riche dépôt d'ossemens fossiles des sous-hymalayas une mâchoire de singe qu'ils ont rapportée à un cynocéphale. Ce fait est d'autant plus remarquable, que toutes les espèces de ce groupe n'ont été rencontrées jusqu'à présent qu'en
Afrique ; à la vérité on assure qu'une espèce de cynocéphale le Simia Hamadryas vit actuellement en Perse, en sorte que ce groupe aurait des représentants en Asie, soit vivants, soit fossiles.
Du reste, la France n'offre pas de singes vivants, et cependant il est maintenant incontestable que notre patrie en renferme de fossiles. Il n'est pas moins évident qu'aucune des espèces de singes qui font partie de nos collections actuelles , n'offrent les caractères spécifiques de l'espèce découverte par M. Lartet , en sorte que cette dernière n'a aucun rapport avec celles de notre création actuelle. Aussi ce singe parait former une petite section particulière , à moins qu'on ne puisse le rapprocher des Colobes qui dans l'Afrique méridionale semblent représenter les Semnopithéques de l'Inde , et avec lesquels M. de Blainville n'a pu comparer le système dentaire de l'espèce fossile.
Ainsi, en résumé, la mâchoire inférieure découverte à Sansan a appartenu à un quadrumane^ à un singe de l'ancien continent , et à un singe élevé dans la Série , puisque les incisives sont égales en largeur, qu'elles sont presque verticales, que les canines sont courtes, verticales et devaient se croiser sans s'outre-passer. On arrive également à la même conclusion, en faisant attention , que la première fausse molaire n'est
nullement inclinée eti arrière pâr la pression dé la canine supérieure, et qu'elle est au contraire tout-à-fâit verticale cotnme dans l'homme; et enfin à ce que les molaires ont îéur couronné armée de tubercules mousses, disposés par paires obliques.
Or, comme les Gibbons sont certainement lé groupe de singes qui doivetit suivre immédiatement les orangs, s'ils n'appartiennent pas âii même sotts-genre, le rapprochement que M . Lârtet avait fait de l'espèce fossile du groupe des Gibbons , est donc bien près de la vérité.
Il n'en est pas tout-à-fait ainsi des autres r*a|>prochements faits par le même observâteûr. Il avait rapporté une dent molaire assez complète, à un singe de la famille des Sapajous aujourd'hui limitée à l'Amérique méridionale , et par suite il avait admis l'existence ancienne dans nos pays, d'une espèce de singe de cette famille. Mais quoique cette dent , par ses proportions et sa forme générale , cadre assez biert avec celle de ces animaux , sa ressemblance n'a pas paru assez frappante à M. de Blainville pour admettre le rapprochement supposé. Elle paraîtrait même à cet habile zoologiste, avoir plus de rapport avec l'une des arrières molaires tuberculeuses qui arment Tune et l'autre mâchoire dans les espèces du genre UrsUs de Linné, qui passent aux carnassiers et
dont les canines sont en général comprimées et plus ou moins striées longitudinalement. Le genre Arctitis des zoologistes modernes a par exemple la dernière molaire supérieure armée de quatre tubercules fort surbaissés ; mais son talon beaucoup plus prononcé que dans l'espèce fossile empêche toute idée de rapprochement entre les deux dents. Il existe donc encore une grande incertitude sur l'espèce à laquelle on doit rapporter la molaire fossile découverte par M. Lartet, et l'on doit espérer que les recherches auxquelles se livre cet excellent observateur, permettront de la lever.
Quant aux makis ou quadrumanes de Madagascar , que M. Lartet croyait, d'après un bout de mâchoire, avoir découvert à Sansan, il paraîtrait d'après M. de Blainville, que pour déterminer cette mâchoire , il faudrait choisir entre les insectivores qui ont parfois dans la disposition des dents de leur mâchoire inférieure quelque chose d'analogue ou les cochons. Pour lui il se déciderait plutôt à rapprocher ce fragment de mâchoire, d'une espèce du genre cochon, ou peut-être mieux encore d'un genre voisin. Du reste , M. de Blainville, pour donner du poids à son opinion, fait observer que le dépôt d'ossements de Sansan offre des restes fossiles de ce genre de pachydermes et entr'autres
des phalanges et des molaires sur la détermination desquelles on ne peut pas se tromper.
Ainsi les seuls doutes qui se sont élevés sur les découvertes de M. Lartet , ne tiennent nullement à l'existence en France, de singe à l'état fossile; il a paru seulement difficile d'admettre ce fait extraordinaire de fossiles d'animaux, aussi rigoureusement limités dans leurs circonscriptions géographiques que les singes les sapajous , les makis , trouvés à la fois , dans les mêmes lieux et dans les mêmes circonstances géologiques sans des preuves positives. Faute de ces preuves, il n'en reste pas moins que la découverte d'ossements fossiles ayant appartenu à un singe et à une espèce qui a plus de rapports avec les Gibbons limités aux parties les plus reculées de l'Asie, qu'avec toute autre espèce vivante, est une des découvertes les plus heureuses et les plus inattendues, que l'on ail faites dansées derniers temps.
Peut-être a-t-elle provoqué les recherches de MM. Cautley et Falconner qui paraissent avoir également découvert un fait du même genre , au milieu du riche dépôt d'ossements des sous-himalayas. Du reste, s'il existe quelque part, non clans les couches des terrains tertiaires , mais ■ dans les dépôts stratifiés des formations quaternaires des ossements humains , il est probable que c'est au pied de la chaîne de l'Himalaya , ou
du inoins en Asie que l'on eti découvrira , dân* les formations géologiques les plus récentes. Du moins nous n'en avons encore rencontre* qu'au milieu du diluvium, le dernier des dépôts qui S'est opéré dans les temps géologiques , et qui , par suite des causes qui l'ont produit , ne se pi'ésenté jamais en couches distinctes et régulières.
En observant ce grand nombre de débris or»ganisés que chaque jour on retire de l'intérieur des couches terrestres, on se demandera peutêtre si de pareils événements se reproduiront encore sur la Surface du globe , et si tel peut être l'avenir physique du globe qui nous à été donné pour séjour.
Pour concevoir et apprécier l'avenir physique de la terre, il faut, ce semble, étudier lescon*ditions primitives qui lui ont été assignées et porter ensuite ses regards sur ses conditions actuelles. Étudions donc ces deux principaux états de la terre, afin de nous faire une idée de son état futur et prévoir les Conditions qui se succéderont sur ce globe soumis à tant de vicissitudes.
La terre n'a pas été , à toutes ses phases , constituée telle qu elle est maintenant. Sa forme sphéroïdale, aplatie vers les pôles et renflée àl'équateur, sa densité croissante de la circonférence au centre, les couches terrestres disposées à peu près dans Tordre des fusibilités, annoncent
aasèfc qu'elle a dû être primitivement dans un état complet de fluidité; car la condition nécessaire de tout corps fluide tournant sur luimême avec une grande vélocité , est d être renflé à son équateur et aplati à Ses pôles. On peut même supposer , ce fait étant général pour toutes les planètes de notre système solaire , que cette grande loi de la nature a lieu également pour les autres mondes placés hors de ce grand système. Cette fluidité n'a pu être produite par Teflet d'un liquide , quelque actif et quelque énergique qu'on le suppose ; car leau forme à peine la cinquante millième partie de la masse totale de la terre. Ainsi , en supposant à la portion fluide une température extrêmement élevée, elle serait encore tout-à-fait impuissante pour opérer une pareille dissolution, puisqu'aucun liquide ne peut dissoudre une quantité de matière solide de beaucoup supérieure à son poids.
Pour expliquer la fluidité primitive du globe, il faut avoir recours à l'action de la chaleur ou du
feu. La terre aurait donc eu dans le principe des choses, une chaleur excessive et, par conséquent, elle posséderait une température propre , indépendante de celle qui lui est continuellement fournie par les rayons solaires.
L'expérience confirme à cet égard nos théories. En effet , l'accroissement de la température
se manifeste à mesure que Ton s'enfonce dans les entrailles de la terre, au-delà du terme où les effets de la chaleur solaire se font ressentir. La température , au lieu de s'abaisser, comme on aurait pu le supposer , augmente et s'accroît , dans des rapports qui ne sont presque jamais moindres de 1 0 par 30 ou 40 mètres.
Ainsi, soit que l'on détermine la température des mines les plus profondes, soit que l'on plonge des thermomètres dans les eaux souterraines, où dans celles qui jaillissent des puits artésiens, partout on arrive au même résultat, c'est-à-dire, que partout elle se montre supérieure à la chaleur moyenne du lieu où de pareilles expériences sont tentées.
Comment ne pas admettre dès lors avec Buffon, que ces phénomènesdépendent d'un feu central ou d'une source principale et unique de chaleur, dont l'accroissement est si rapide, que l'incendie du noyau terrestre ne peut êlre loin de nous.
L'incandescence primitive de la terre qui en a fait une masse entièrement liquide est donc un point acquis dans la constitution de notre planète, et nous devons nous représenter le globe aux premières époques de sa formation , comme une masse énorme entièrement liquéûée par le feu.
Tel a été l'état primitif de la terre , jusqu'à l'époque où les lois de l'équilibre de la chaleur
ont rendu habitables ces régions incandescentes, et cela , par suite de la succession des», temps ; car , dans l'univers, le temps n'esl jamais plus compté que l'espace.
On se demandera, peut être, ce qu'est devenue cette énorme chaleur qui faisait des matériaux terrestres les plus denses et les plus fixes comme une vaste mer ardente , bouillonnant sous une atmosphère orageuse. Ce qu'elle est devenue, elle s'est dissipée à travers les espaces stellaires, abîme immense , dans lequel sont semés à de prodigieuses distances , les astres qui composent le système de l'univers. C'est là le vaste réservoir, où les feux de la terre ont été absorbés. Ces feux sont venus s'y perdre et s'y amortir , comme le plus petit des ruisseaux se perd et se confond dans l'immensité de l'océan.
Mais , qui nousdirala longueur de ces périodes traversées par notre planète jusqu'au moment où lessubstancesterreusespeu à peu refroidies se sont rapprochées et ont formé une mince écorce bouleversée plus tard par d'effroyables convulsions ?
Pour répondre à une pareille demande il faudrait savoir sur quels éléments on pourrait appuyer de semblables calculs. Serait-ce sur la chaleur qu'il a fallu pour tenir en fusion la masse des corps solides, et sur le temps nécessaire pour que cette chaleur se perdit à travers les espaces
stellaires, de manière à arriver à la température actuelle de la terre ? Mais, dans ces calculs, estil possible d'évaluer avec quelle rapidité devait s'opérer le refroidissement aux premières époques, par suite delà différence qui existait entre la chaleur de l'espace et celle de la terre. Or, cette base ne pouvant pas être saisie , la science est impuissante pour arriver au résulta tquenous cherchons.
Franchissons donc ce chaos et ces temps dont nous n'aurons jamais aucune idée et dont nous sommes séparés par un incalculable passé; arrivons au moment où la vie dans les organes devint compatible avec la chaleur de la surface du globe. A cette époque où les premiers êtres vivants commencèrent à animer la surface de la terre, apparurent ces immenses fougères dont on retrouve les troncs ensevelis dans les anciennes couches du globe , et ces végétaux gigantesques dont les débris ont formé les houillères ou ces masses de charbons , preuve à jamais irrécusable de la vigueur avec laquelle ils se sont développés aux premiers âges du monde.
Cette active végétation , presque toute composée de plantes monocotylédones , était alors entretenue par la chaleur propre du globe et par une proportion plus considérable d'acide carbonique répandue dans l'atmosphère. Cet excès décide carbonique , nuisible à la vie et à Y m*
tretien des animaux , fut peut-être la cause à laquelle il faut attribuer la rareté des animaux terrestres à oes premières époques où la vie commençait à s'établir sur notre planète , jusqu'alors inerte et complètement nue. A peine quelques insectes à respiration aérienne furent-ils les contemporains de ces antiques fougères ou de ces prèles gigantesques qui brillèrent si long-temps sur la scène de l'ancien monde. Ce furent ces fougères et ces prêles qui épuisèrent peu à peu l'acide carbonique de l'atmosphère , et préparèrent peut-être la formation des couches calcaires, dont l'abondance et l'étendue ont été , depuis lors , de plus en plus considérables,
A ces végétaux , dont nous cherchons en vain les analogues , succédèrent les plus étranges animaux qui aient jamais existé , et dont les formes bizarres semblent presque aussi fantastiques que celles des êtres fabuleux de la Mythologie. Des reptiles, plus extraordinaires les uns que les autres, soit par leurs formes singulières, soit par leurs habitudes , furent donc les compagnons et les contemporains d'une végétation toute nouvelle et toute différente de celle qui avait brillé aux plus anciennes époques. Précédant, en quelque sorte , les grands animaux terrestres qui arrivèrent beaucoup plus tard sur la scène du monde % ces immenses sauriens n eurent qu'une
vie, pour ainsi dire, éphémère sur le globe où ils avaient élé placés. Leurs races , bientôt anéanties, furent à leur tour remplacées par de nouvelles espèces qui n'y vécurent aussi que quelques instants.
Devons-nous attribuer leur anéantissement à leur organisation imparfaite ou à leurs habitudes carnassières qui les portaient à se dévorer les uns les autres? ou n'en fut-il pas d'eux comme des premiers végétaux , qui durent leur destruction à l'affaiblissement progressif de la chaleur? Cette cause a été bien plus puissante sur ces races anciennes, qui ont disparu à jamais de la surface de la terre, que celles qui dépendaient de leur organisation; c'est elle, sans doute, qui a opéré leur anéantissement et fait jaillir la vie nouvelle qui leur a succédé.
Mais , n'anticipons pas sur l'examen des causes qui ont successivement agi sur tant de généralions éteintes, et poursuivons l'histoire de ces êtres antiques qui pour toujours ont cessé de vivre.
Notre planète vit donc disparaître deux générations de reptiles pendant la période secondaire. Ces générations , assez différentes l'une de l'autre, n'avaient du reste rien de commun avec nos races vivantes, surtout la plus ancienne. Mais un ordre nouveau, bien plus rapproché désordre actuel , vint enfin s'établir sur celte terre , où
parurent des êtres de plus en plus semblables à ceux qui s'offrent maintenant à nos regards.
Avec cette période se montrèrent, pour la première fois , des mammifères dont les espèces , comme celles des plantes dicotylédones, leurs contemporaines , se multiplièrent graduellement sur ce globe, auquel ils donnèrent une physionomie et un aspect nouveaux. Par une particularité réellement remarquable , ces premiers mammifères , qui succédaient à des animaux vivant dans le sein des eaux , eurent quelque chose des habitudes si long-temps presque exclusives aux êtres des anciennes époques. Ils commencèrent, en effet, par des espèces marines ou par des races qui, habitant des terres découvertes, préféraient cependant les bords fangeux des marais, ou les lisières à demi-inondées des lacs ou des grands fleuves. Telles furent du moins les habitudes de ces antiques pachydermes , dont les débris sont le plus profondément enfoncés dans les vieilles couches tertiaires. L'organisation de ces animaux se rapproche , du moins, beaucoup plus de l'organisation des espèces aujourd'hui essentiellement aquatiques que de la structure particulière aux races qui se plaisent sur un sol sec et
tout à fait découvert;
A ces espèces, qui exigeaient également une
assez grande chaleur , succédèrent des rongeurs,
des ruminants et enfin des carnassiers , dont le nombre parut s'étendre, plus tard, avec celui des autres populations, sur lesquelles ils auraient peut- élre exercé leur redoutable empire , si l'apparition de l'homme n'y avait mis un obstacle qu'ils n'ont pu surmonter.
Heureuse époque ! elle a non-seulement séparé les temps anciens des temps nouveaux ; mais elle a conduit l'ensemble des choses créées vers cette harmonie et cette stabilité, la loi la plus impérieuse et la plus nécessaire de l'époque actuelle! s
Ainsi, notre planète, d'abord impropre à l'existence d'aucun être vivant, est devenue, par suite des lois de l'équilibre de la chaleur, susceptible de recevoir des végétaux et des animaux qui , pour la plupart , plus tard , en ont disparu sans retour. Depuis l'apparition de ces êtres jusqu'à nos jours, les conditions de la vie ont donc changé plusieurs fois, et des forces tout-à-fait inconnues ont jeté , à diverses "reprises, sur la surface de la terre, des êtres totalement différents de ceux qui l'habitent aujourd'hui. D'autres forces non moins puissantes et non moins actives ont anéanti successivement les êtres qui tour à tour ont paru sur la surface du globe pour faire place à de nouveaux habitants , jusqu'au moment où l'ordre actuel , dont
nous sommes les produits et les témoius, a été établi.
Mais , qui a donné à cette terre , primitivement vide d'habitants, le mouvement et la vie? Car la vie est aussi une force , et une force d'un ordre tout différent de celles qui régissent la marche des corps célestes ou les phénomènes du monde physique. Ses profondeurs sont même plus difficiles à pénétrer que l'immensité des espaces et les lois de l'univers. Produite par une puissance dont l'action est en dehors d'elle , la vie n'a pu être donnée que par l'Etre infini qui a opéré toutes les merveilles de la nature , et qui seul peut la faire naître par l'effet de son pouvoir et de sa volonté.
Cet ancien monde, dont les débris animés sont conservés dans les entrailles de la terre, devait être soumis à des lois bien différentes de celles qui régissent notre planète, où chaque climat, chaque région ont leurs espèces particulières et distinctes. Rien de semblable ne paraît avoir eu lieu dans ce monde, qui n'a eu aucun homme pour témoin. Le globe a vu , en effet, se succéder sur son écorce qui se solidifiait de plus en plus , des périodes distinctes , caractérisées autant par des températures particulières que par des êtres presque constamment nouveaux, et d'autant plus différents de nos races actuelles ,
qu'ils appartenaient à des époques plus anciennes.
Si nous nous transportions, par la pensée, à une de ces périodes , quelle physionomie singulière ne nous présenterait-elle pas , quand ce ne serait que par l'uniformité du tableau des êtres répandus sur les diverses contrées de la terre ? Tout, dans ce monde, nous paraîtrait différent de ce qui existe maintenant, plantes, animaux , aspect du sol , étendue des mers , grandeur des fleuves et des rivières , tout serait un objet de surprise et d'étonnement pour nous , accoutumés à contempler une nature dont les productions varient, pour ainsi dire , à chaque pas.
En vain le voyageur se serait-il transporté dans les diverses régions de cet ancien monde pour y trouver des sensations ou y chercher des tableaux variés et piquants? Partout, ses regards auraient été frappés par une triste et fatigante monotonie, produite par une similitude dans les végétaux et même dans les animaux. Celte similitude était si grande que non-seulement les mêmes familles de végétaux se retrouvaient dans les deux hémisphères , mais contrairement aux lois de la nature actuelle , les mêmes espèces se présentaient presque partout. Ici, le doute est impossible ; le mineur qui sonde les houillères de l'Amérique n'y reconnaît -il pas les mêmes fougères et les mêmes équisétacées qu'il
avait vues dans les contrées polaires ou dans les mines de l'ancien continent ?
Cette similitude des premiers végétaux semble avoir été la loi générale de cette ancienne nature; mais elle n'est pas moins évidente, dans les animaux qui ont vécu sous leurs ombrages. Une pareille uniformité en rappelle une non moins grande dans tes lois de l'organisation des anciennes espèces et dans celles des conditions d'existence auxquelles elles avaient été soumises. Du reste, qui ne voit dans ces caractères communs aux êtres des régions les plus diverses, une preuve d'une distribution plus égale de la chaleur et d'une plus grande similitude dans les climats de ces anciennes périodes.
Simple dans son organisation, gigantesque dans ses proportions, peu variée dans ses formes, cette antique végétation n'a jamais vu, à aucune période , la totalité des classes de nos végétaux actuels briller à la fois sur un seul point du globe. Loin de présenter ces formes élégantes et pittoresques qui surprennent et étonnent le peintre qui parcourt en silence les forêts vierges du Nouveau Monde, ou celles de la Nouvelle Hollande, la végétation des temps d'autrefois aurait sans doute fatigué nos regards, si un pareil monde avait jamais pu être fait pour l'homme.
Où trouver la cause d'une aussi grande et d'une
aussi étonnante différence , si ce n'est dans l'uniformité de la température des anciens climats? Mais ces climats ne pouvaient éprouver d'importantes modifications, sans qu'il en fût de même des êtres qu'ils avaient vus naître et qu'ils devaient voir mourir. Eh quoi ! l'astre brillant du jour n'envoyait sur cette terre que des rayons dont elle n'avait nul besoin , et ses feux amortis par les feux plus puissants de la terre elle-même , ne réglaient donc ni l'ordre des sai" sons ni celui des climats ? Monde étrange et singulier, où les convulsions du globe menaçaient à chaque instant la vie des êtres bizarres qui y avaient pris naissance! Comment redire son histoire et y voir des preuves de la régularité et de la constance de Tordre nouveau qui s'y est peu à peu établi ?
Cependant à l'aide de la comparaison des variations des anciens climats, avec la fixité de nos climats actuels, la science peut prévoir en quelque sorte, l'avenir physique de la terre et le sort réservé à nos descendants. Étudions donc ces anciens climats; voyons si avec raison les poètes de l'antiquité avaient placé l'âge d'or ou le printemps perpétuel à l'origine du monde. Les tableaux poétiques dont ils ont embelli les premiers âges semblent avoir quelque chose de réel, si on considère h température de la terre bien avant
les temps historiques et surtout si l'on fait attention à l'universalité des anciens climats, qui donnait à toutes les régions une chaleur égale, mais bien supérieure à celle de nos étés les plus brûlants.
Pour nous en faire une idée précise, voyons si nous ne parviendrons pas, à l aide de la flore qui a brillé dans les temps géologiques et des animaux qui l'ont accompagnée, à déterminer quelques-uns des anciens climats.
Choisissons d'abord un de ceux qui, moins éloigné de nous, semble pouvoir être mieux saisi, à cause des analogies qu'il paraît offrir avec certains de nos climats actuels. Prenons pour exemple celui de Paris , à l'époque tertiaire ou à celle du dépôt des terrains marins inférieurs. A cette époque les fougères arborescentes et les cycadées, qui jadis avaient peuplé nos continents et dont les formes se retrouvent encore de nos jours entre les tropiques, avaient totalement disparu dans nos latitudes. Du moins nous n'en décrouvrons plus aucune trace pendant cette longue période, où cependant des dépôts aussi abondants qu'étendus ont été successivement opérés. On n'y voit pas non plus de vestiges de ces nombreux récifs madr^poriques, qui, pendant la période de transition et peut-être même pendant la formation des houilles avaient peuplé les
mers jusqu'au nord de l'Amérique, et s'étaient étendus pendant l'époque juracique jusque dans nos parages.
Nos régions avaient donc tu disparaître à la fois les fougères arborescentes, les cycadées qui y avaient naguère'prospéré, et avec elles s'étaient également anéantis ces nombreux zoophytes, qui dans les périodes précédentes , s'étaient groupés en récifs et avaient construit des îles nouvelles au milieu du sein de l'ancienne mer. Une autre végétation et de nouveaux animaux avaient succédé à cette population , et étaient venus s'établir sur un sol que celle-ci avait abandonné.
Si nous descendons jusqu'aux couches les plus anciennes des terrains tertiaires, au lieu des espèces que nous venons de signaler, de nombreux débris de palmiers , des crocodiles et de grands pachydermes viendront s'offrir à i: os regards. La température du bassin de Paris, et en particulier celle des hivers , était donc alors assez élevée pour permettre à ces végétaux de s'y développer et aux animaux de vivre ou de se plaire sous leurs ombrages. On peut même supposer que cette température aurait pu s'abaisser dans de certaines limites sans les faire disparaître.
En rapprochant ces considérations, on obtient deux limites entre lesquelles semble avoir été comprise la température de nos contrées , à
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l'époque des dépôts tertiaires. Ces limites paraissent assez rapprochées comme il est facile de sVn convaincre en consultant les latitudes , où s'arrêtent les fougères en arbre, et les cycadées, d'une part, et de l'autre , les palmiers, les crocodiles et les grands pachydermes.
Ces limites ainsi fixées, si nous cherchons sur la terre un point quelconque où la température des hivers, tombe précisément entre ces deux limites, nous trouverons que l'Égypte et particulièrement le Caire, offrent cette double condition. La végétation des palmiers y est florissante, et les crocrodiles se plaisent encore , comme du temps des Pharaons, à se jouer au milieu des eaux du fleuve qui fertilise cette contrée. D'un autre côté, de grands pachydermes, et entre autres les hippopotames , foulent constamment le sol marécageux des vastes plaines de l'Égypte, rappelant les formes lourdes et massives de leurs ancêtres , dessinées sur les monuments de l'antiquité.
En vain cherchons-nous dans les plaines fécondées par le Nil , des fougères en arbre et des cycadées. Les unes et les antres en ont disparu à jamais , pour faire place à une végétation nouvelle , plus en harmonie avec un climat également nouveau. Cependant des récifs de polypiers bordent encore les rivages d'une grande partie
de la mer Rouge ; mais ils s'arrêtent au port de Thor , en Arabie, à prés de deux degrés de latitude , au sud du Caire.
Que nous disent ces faits, si ce n'est que la température des hivers et celle des étés devaient être à Paris, ce qu'elle est aujourd'hui dans la Basse Egypte, quand les palmiers y ombrageaient de leurs feuillages les crocodiles et les pachydermes qui furent leurs contemporains? Ainsi se trouve fixé l'ancien climat de Paris , et sa température moyenne devait être au moins égale à celle qui règne maintenant au Caire, c'est-àdire, d'environ 22 degrés. Or, la température moyenne du bassin de Paris se trouvant actuellement entre 11 et 12 degrés , elle a dû nécessairement éprouver un abaissement d'environ 10 degrés. Cet abaissement parait bien faible encore lorsqu'on le compare à celui qu'ont dû subir les plus anciens climats. Ceux-ci bien interrogés , nous apprennent du moins que l'affaiblissement de la température a été d'autant plus considérable , que l'on étudie les climats des plus anciennes périodes: loi remarquable, qui nous donne, en quelque sorte, la clef des pre- . mières créations , et dont la constance semble avoir eu lieu à toutes les époques de l'ancien monde.
Nest-ce pas à cette cause qu'il faut attribuer
la disparition des palmiers , des crocodiles et des grands pachydermes qui furent leurs contemporains dans ce même bassin de Paris, lors du dépôt des formations supérieures des terrains tertiaires ? En vain en cherchons-nous des traces dans les couches qui surmontent les gypses à ossements; et pour en trouver des vestiges, il faut aller fouiller le soi de nos contrées méridionales.
Quelle cause a donc été assez puissante pour les faire disparaître des lieux où naguère ils trouvaient à remplir les conditions de leur existence? La même qui avait déjà anéanti tant de générations : l'abaissement de la température terrestre , ou un pur effet thermométrique. Suivant sa marche progressive, cette cause a détruit certains êtres et a permis à d'autres de vivre et de prospérer dans des lieux où ils n'avaient point encore à redouter les effets d'une pareille influence. Ce que l'observation nous annonce, un raisonnement bien simple le confirme. Lorsque la température moyenne des régions méridionales de la France était encore égale à celle du Caire , par suite de son abaissement elle était devenue inférieure à ce terme, lors du dépôt des couches supérieures des terrains tertiaires dans le nord de cette même contrée. Ces faits nous font concevoir comment des espèces qui prospé-
raient dans nos pays méridionaux , ne pouvaient plus vivre dans le bassin de Paris*
11 suffît qu'un abaissement d'environ 5 ou 6 degrés ait eu lieu à la fois dans le Nord et dans le midi de la France , pour qu'un pareil résultat ait été produit. — En effet, n'existe-t-il pas maintenant entre les températures moyennes des deux régions une pareille différence. Ainsi, lorsque celle de Paris n'avait plus que 16 ou 18 degrés , la température moyenne de nos provinces méridionales n'était pas moindre de 22 ou de 23 degrés, c'est-à-dire, égale ou supérieure à celle du Caire, sous l'influence de laquelle vivent eneore les palmiers , les crocodiles et les hippopotames , qui ont aussi vécu dans les diverses contrées de la France.
Ces faits , on le juge aisément , sont à l'abri de toute contestation. En effet, puisque les hippopotames et les crocodiles ont vécu à Paris, sous les ombrages des anciens palmiers, ils devaient y trouver une température favorable à leurs conditions d'existence.
Est-il donc si difficile de comprendre l'influence de la chaleur centrale sur les anciens climats ? Est-il plus difficile de se rendre raison de l'influence de l'action solaire à mesure que ces climats arrivaient à leur état actuel? N'est-il pas d'abord évident que, contrairement à la
première de ces influences , les effets solaires ont dû être d'autant plus sensibles, qu'ils ont exercé leur action dans les temps les moins éloignés de la période historique ? Ne l'est-il pas également que toutes les régions de la terre ont dû éprouver une chaleur non-seulement égale à celle des climats équatoriaux , mais encore infiniment supérieure? Enfin, il ne lest pas moins que, par suite de l'abaissement successif de la température de la surface du globe et de l'établissement des climats nouveaux, les régions polaires et les sommets les plus élevés de nos montagnes, les premiers refroidis, ont- dû être les premiers à recevoir des êtres vivants : car alors seulement la vie devint possible dans ces régions aujourd'hui glacées , dont la température avait été si long-temps incompatible avec elle.
Sans doute une telle conséquence peut paraître bien extraordinaire : mais il ne faut pas perdre de vue que les houillères des régions glacées du pôle, recèlent les mêmes fougères et les mêmes lycopodiacées que l'on revoit sur toute la terre, dans le même ordre de formation. Or, si comme les faits et les observations les plus précises nous l'annoncent, ces végétaux y ont vécu , ces contrées ont dû avoir une température moyenne , tout au moins égale à celle que possèdent aujourd'hui les régions équatoriales. L'expression de
cette dernière température étant entre 25 et 28 degrés , celle des pôles devait être de 44 degrés supérieure à celle qui les caractérise maintenant.
Mais, lorsque les pôles avaient une pareille chaleur , quelles espèces auraient pu résister à celle qui brûlait les régions équatoriales. Cette chaleur ne devait pas être moindre de 74 degrés, c'està-dire , bien au-dessus de celle que pourraient soutenir les êtres les plus robustes et les plus vivaces. Sans-doute , l'organisation des ichthyosaurus , des anciens plesrosaurus , ainsi que celle des gigantesques mégalosaurus semble avoir été appropriée à supporter sans danger une excessive chaleur.
Mais, qui oserait soutenir que ces animaux pouvaient impunément se jouer au sein d'un élément dont la température était supérieure à celle qui est nécessaire à l'ébullition de l'eau ? Comment, dès-lors , s'étonner que des êtres vivants , soumis à de pareilles influences et aux variations nombreuses des anciens climats, n'aient pu résister à tant de causes de mort et de destruction ?
Qui ne voit dans ces variations et dans les convulsions qu'elles ont produites dans Técorce du globe une suite nécessaire et presque inévitable des modifications qu'elle devait subir avant d'arriver à cette fixité et à cette stabilité, caractère
te actuelle, et sur
LE
ta
laquelle nous allons maintenant fixer l'attention?
Demandons-nous enfin , si les conditions qui ont opéré dans la température de notre monde ces grands changements , cause de l'anéantissement de certaines espèces et de la vie d'une infinité de nouvelles , se produiront encore sur cette terre qu'elles ont si souvent bouleversée. Notre globe ira-t-il en se refroidissant sans cesse, et finira-t-il , ainsi que l'avait supposé Bulfon , par devenir une masse de glace morte , inanimée, et roulant dans l'espace autour d'un soleil qui n'enverra plus que d'impuissants rayons sur ces régions inhabitées?
Pour se former une idée précise de l'avenir de notre planète, il faut, avant tout, distinguer la chaleur propre du globe de celle que le soleil et les astres stellaires lui envoient continuellement. Celle-ci , parvenue seule à un état à peuprès fixe et permanent, est aussi devenue presque
indépendante de la chaleur centrale.
Cette dernière source de chaleur pour la terre, dont l'influence a été si grande aux premiers âges du monde , continue donc à se perdre dans l'espace ; mais par suite de l'obstacle qu'apportent à la transmission du calorique les couches déjà solidifiées , cette déperdition n'a lieu qu'avec une extrême lenteur. Cette lenteur doit même aller toujours croissant, et ses effets deviendront
graduellement moins sensibles sur la surface du globe par suite de l'accroissement d'épaisseur des couches solides. La mesure de la quantité de ce refroidissement est déjà bien faible ; car à peine s'élève-t-elle à un millième de degrés en mille ans , ce qui correspond à un degré en un million d'années.
A la vérité, quelques longues que soient ces périodes, elles finiront pourtant par s'accomplir ; car la chaleur centrale quelque intense qu'on la suppose, s'épuisera elle-même, et la croûte mince que nous foulons aux pieds et qui nous sépare des incendies souterrains , prendra nécessairement par cet abaissement une plus grande épaisseur.
A ce refroidissement graduel et aux changements de volumes partiels qui en sont la suite , ont été dus ces tremblements de terre et ces soulèvements du sol si fréquents aux premiers âges du monde , et qui , pendant de si longues périodes, ont rendu la terre inhabitable pour les êtres vivants. Comme toutes les causes perturbatrices, celles-ci se sont affaiblies et ont perdu peu à peu de leur intensité. Admirable harmonie des choses créées ! Les lois conservatrices dès œuvres du Tout-Puissant ont fait sortir des bouleversements et des catastrophes l'ordre régulier et stable qui règne aujourd'hui dans l'immensité de l'univers!
Aussi, après avoir traversé de si longues et si tristes périodes , cette chaleur centrale , cause pour la terre de tant de désordres , paraît enfin parvenue à un état presque complet de fixité qu'elle ne perdra plus désormais.
Ses effets ne seront pas à l'avenir plus marqués qu'ils ne le sont de nos jours, lis se borneront à augmenter l'épaisseur de la croûte solide du globe, condition la plus favorable au développement de l'organisation. La vie n'aura donc plus à craindre ces violentes catastrophes qui l'ont troublée à tant de reprises différentes , et en ont si souvent anéanti les produits.
Les tremblements de terre, les soulèvements, les affaissements , les éruptions volcaniques sont bien plus rares maintenant qu'ils ne l'étaient aux premières époques; ils perdront même tous les jours de leur intensité. Comment ne pas admirer c?s lois de l'équilibre de la chaleur , qui peu à peu ont fait cesser toutes ces causes de désor* dre , dont Faction puissante a épouvanté , pour ainsi dire , l'entière période des temps géologiques!
Les causes de perturbation et d'anéantissement ont cessé leur action dés le moment où la chaleur de la surface de notre planète est devenue indépendante de la température intérieure. L'influence de cette température se borne à faire
varier nos thermomètres au plus d'un trentième de degré ; et si les feux souterrains venaient à s'éteindre, cette influence , toute faible qu'elle est maintenant , cesserait tout à fait son action.
L'équilibre de la température du globe ne dépend plus en effet aujourd'hui que de l'influence du soleil, de l'atmosphère et des espaces interpolaires. La première de ces causes , le soleil , verse continuellement sur notre terre ses rayons vivifiants , source de presque tous les mouvements dont elle est animée. Toutefois , ces rayons contribueraient peu à l'échauffer , si elle n'était entourée d'un atmosphère propre à les concentrer et à les réunir. Aussi , lorsque nous nous approchons de cet astre lumineux , en nous élevant dans les vastes plaines de l'air , éprouvonsnous un froid des plus intenses, quoi qu'il brille de tout son éclat , froid qui paraît tenir à la raréfaction de l'air. On sait que plus cette raréfaction est grande , moins l'air retient de chaleur solaire. L'aréonaute assez heureux pour franchir les limites de l'atmosphère , et arriver jusqu'aux espaces planétaires , où sans doute aucun homme ne parviendra jamais, y serait surpris non par un froid sans bornes , comme on aurait pu le supposer , mais par la température glaciale de 60 degrés.
La température des astres nombreux qui
composent le système de l'univers , n'est pas non plus sans influence sur celle de la surface du globe. En effet, si notre planète se trouvait dans une enceinte privée de toute chaleur, les régions polaires subiraient un froid immense , et le décaissement des températures depuis i'équateur jusqu'aux pôles , serait incomparablement plus rapide et plus étendu.
Si le froid de l'espace était absolu , il est sensible que tous les' effets de la chaleur , du moins à la surface du globe , seraient dus à la seule présence et à Faction du soleil. Les moindres variations de la distance de cet astre à la terre occasionneraient des changements très considérables dans les températures, et l'intermittence des jours et des nuits produirait des eflels subits et totalement différents de ceux qui se passent sous nos yeux. L'absence du soleil déterminerait subitement un froid presque sans bornes,, qu'aucun être vivant ne pourrait supporter. D'un autre côté, les animaux et les végétaux ne résisteraient pas davantage à une action aussi forte, et aussi prompte, qui seproduirait en sens contraire au lever du soleil, et leur existence en serait bientôt compromise.
Enfin, si tout-à-coup nous étions privés de notre atmosphère, la surface que nous habitons tomberait bien vite a la température glaciale des
espaces interplanétaires, température tout-à-fait incompatible avec la vie. Mais dans sa sage prévoyance, la nature à disposé autour de nous une enveloppe gazeuse, dont un des principaux avantages est de retenir une portion de la chaleur solaire, et de l'empêcher de retourner dans l'espace.
Abri salutaire et protecteur , l'atmosphère maintient la température de la terre dans des bornes nécessaires à la conservation de la vie : tant qu'elle restera dans son état actuel, la chaleur de la surface ne souffrira pas d'altération sensible, et les effets qui en sont la suite inévitable , se maintiendront dans l'équilibre et l'ordre accoutumé. Mais si, par des causes en dehors des éléments actuellement agissants et que rien ne peut faire prévoir , cette même atmosphère venait a se raréfier , le froid deviendrait plus vif, . comme si, au contraire, elle se condensait, la chaleur augmenterait d'une manière sensible.
La température de la surface du globe, dont la chaleur originaire ne se fait guère plus sentir à cette surface, ne dépend et ne dépendra plus désormais que de la constitution de l'atmosphère, de la chaleur .du soleil et de celle des espaces planétaires. Ces causes déterminent à elles seules la climature générale du globe et sa température moyenne et permanente. Ces éléments fixent en quelque sorte la puissance organique de la terre
ou l'amplitude de l'évolution des êtres organisés, en même temps que la chaleur solaire, de concert, avec la lumière et l'électricité , régie périodiquement le jeu de leurs fonctions.
Sans doute, la composition de l'atmosphère a éprouvé dans les premiers temps de grandes et d'importantes variations. Mais pouvait-il en être autrement, lorsque la terre possédait une énorme chaleur, tout au moins supérieure à la chaleur rouge et suffisante pour réduire en vapeurs la plus grande partie des matériaux terrestres qui se présentent maintenant à nous sous un tout autre état? On se demandera peut-être si cette atmosphère, dont l'uniformité de composition n'est pas une des particularités les moins remarquables, est destinée à éprouver des changements ultérieurs, et si ces changements n'auront pas d'influence sur les phénomènes de la distribution de la chaleur ? Nous ne saurions répondre d'une manière précise à une pareille question; car il est dans les sciences des faits que Ton ne peut saisir que par la voie de l'induction et de l'analogie. Si cependant nous nous aidons de ces deux moyens et de l'ensemble des faits , il nous paraîtra très probable quede pareils changements n'aurontpas lieu. En effet, qui pourrait les produire? seraient-ce les variations de la température de la terre ? mais elle semble parvenue à un état
remarquable de stabilité ; seraient-ce de nouvelles combinaisons chimiques ? mais n en connaissonsnous pas les limites et l'étendue ; serait-ce, enfin, par l'influence de la végétation actuelle , que notre atmosphère pourrait être modifiée? Mais, s'il pouvait en être ainsi , l'atmosphère serait loin de présenter dans tous les climats , comme à toutes les hauteurs, une uniformité de composition que nous n'avons admise qu'après les expériences les plus nombreuses et les plus positives. Ainsi, rien dans les éléments , tant qu'ils se maintiendront dans leur équilibre actuel , ne peut nous faire craindre qu'un changement ultérieur ait lieu dans l'atmosphère.
Sans doute, les rayons du soleil sont, ainsi que nous l'avons déjà fait observer , la source de presque tous les mouvements qui ont lieu à la surface du globe. Par l'effet de ces rayons , les eaux de la mer circulent en vapeurs à travers les airs et arrosent la terre en faisant naître les sources et les rivières. Par eux, sont produits tous les dérangements de l'équilibre chimique des éléments matériels , qui , par une suite de compositions et de décompositions , donnent lieu à dé nouveaux produits et occasionnent le transport de nombreux matériaux.
A eux est due également la lente dégradation des solides dont la surface de notre planète est
composée , dégradation qui opère les principaux changements géologiques, par la défecUon de ces solides dans la masse de l'océan. Leur chaleur produit de même les grands courans d'air
et les dérangements dans l'équilibre électrique de l'atmosphère, qui donnent naissance aux phénomènes du magnétisme terrestre. Enfin, par leur action salutaire et vivifiante, les végétaux, après avoir été élaborés de la matière inorganique , servent à leur tour à l'entretien des hommes et des animaux.
Causes puissantes et actives , la chaleur et la lumière solaire régissent et déterminent , pour ainsi dire, l'ensemble des phénomènes de ce globe qu'ils éclairent et vivifient. Nobles et brillants rayons , source de tant de biens pour cette terre où vous répandez la vie et l'activité , seriezvous aussi destinés à vous éteindre et à amortir vos feux, comme cette chaleur centrale qui ne vous a jamais rien emprunté pour entretenir ses fournaises brûlantes ? •
Eh quoi ! le soleil qui verse dans les espaces une chaleur plus de deux mille millions de fois plus considérable que celle qu'il envoie à notre planète, souffrirait une diminution dans sa puis* sance , et s'affaiblirait de plus en plus pendat la durée des siècles ! Mais , quelle cause seraiv assez active pour produire un effet aussi immense?
Nous la chercherions en vain parmi celles qui agissent sur cette terre, livrée a la bienfaisante influence des rayons solaires. Nous ne serions pas plus heureux, si nous voulions en trouver d'assez puissantes parmi celles qui régissent l'astre brillant du jour. Non : ses feux ne s'éteindront pas, quelque longue que soit la durée des siècles. Il en sera probablement de même de la chaleur des espaces planétaires , nécessaire aussi à l'existence et à l'entretien des êtres vivants.
Comment ne point supposer que les espaces célestes , dont l'état thermométrique est parfaitement stable, conserveront d'une manière constante la fixité de leur température ? Cette Bxité ne résulte-t-clle pas du rayonnement de tous les astres, dont les masses énormes et les immenses distances réduisent pour ainsi-dire à rien les dimensions de notre système solaire? Dès-lors, comment pourrait-elle diminuer de manière à donner aux espaces célestes un froid infini , dont rien ne pourrait fixer la limite?
Toutes les causes actuellement agissantes , bien examinées, semblent donc nous apprendre que la chaleur de l'espace égale à environ 60 degrés au-dessous de zéro , accumulée avec les 73 degrés au-dessus du même terme qui représente la somme moyenne de la chaleur fournie à la terre par le soleil , est désormais assurée/Les
effets de cette chaleur continueront certainement à nous faire éprouver leur action bienfaisante, tant que les éléments étrangers à l'ordre établi ne viendront pas en troubler l'harmonie et la stabilité. Ainsi, notre globe roulera constamment au milieu des espaces célestes avec une température moyenne de 13 à 14 degrés , à moins que la main toute-puissante de celui qui la créé, ne vienne détruire les lois qui président à la conservation de l'univers.
Si la suite des temps doit apporter de grandes et d'importantes modifications dans la température intérieure, leur longue succession sera probablement sans effet sur la température de la surface de la terre. Ces phénomènes sont cependant les seuls qui puissent compromettre l'existence des êtres vivants. N'avons-nous pas vu que tous les changements qui pouvaient s'opérer se bornaient à environ un trentième de degré? Ainsi s'évanouit la crainte de l'entière congélation du globe, dont Buffon avait menacé nos descendants, au moment où la chaleur intérieure serait totalement dissipée. Rejetons loin de nous ces craintes chimériques, et au lieu de rêver un aussi triste avenir, bénissons la haute sagesse du Tout- Puissant qui nous en a préservés.
Serait-il maintenant nécessaire de s'assurer si les climats terrestres , tels que l'observation nous
les représente , ont réellement cette fixité que nous venons de leur supposer , et si , depuis les temps historiques, ils n'ont pas été plus ou moins sensiblement modifiés ; on arriverait encore par cette voie au résultat que la science nous permet de prévoir.
A la vérité , Ton ne pourrait pas, pour la solution de cette question , invoquer le témoignage des instruments qui nous ont mis en communication avec les corps extérieurs; leur invention, comme les grandes applications des sciences, sont trop modernes pour éclairer des faits dont l'origine est déjà si loin de nous. Cependant, un des hommes les plus étonnants, les plus prodigieux de notre siècle, M. de Humboldt, après avoir discuté et calculé avec une patience inûnie plus de viugt-cinq mille observations thermométriques, est arrivé à un résultat sur lequel nous pouvons du moins nous appuyer. D'après ses observations, les températures moyennes ne varieraient dans aucun climat , d'une année à l'autre, de plus d'un à deux degrés. Les températures terrestres seraient donc arrivées à un état presque complet de stabilité , contrairement à ce que nous disent le témoignage de nos sens et les produits variables de nos récoltes et de nos moissons. Dès-lors , si elles sont aussi fixes , comment ne pas supposer que les températures partielles
qui les composent et les déterminent» peuvent bien varier accidentellement , mais ne sauraient influer d'une manière sensible sur l'avenir de la température terrestre? Ce résultat est un des plus remarquables que l'on puisse déduire de l'examen approfondi des limites des variations qu'éprouvent les climats terrestres.
Les calculs sur lesquels il repose , doivent donc nous rendre très circonspects dans l'appréciation que nous pourrions faire des températures à l aide de nos sens ou d'après les produits de la culture. En effet, sans parler d'une diminution momentanée de la chaleur, qui peut faire dispa-
raître le végétal d'un pays où il avait long-temps prospéré , combien de causes tout-à-fait étrangères à un abaissement thermométrique peuvent détruire également quelques-uns des produits de la nature dans des contrées entières î ,
Nous sommes donc en droit de le demander :
Est-ce avec raison que l'on suppose que la région des oliviers s'avance continuellement vers le sud , parce que nous voyons la culture de cet arbre précieux cesser dans des lieux où elle avait obtenu un certain succès?
Mais dans une pareille appréciation , a-t-on remarqué que, lorsque la mortalité d'une espèce quelconque est supérieure au nombre des individus qui doivent la composer, il faut
nécessairement que celte espèce finisse par s* éteindre, si cette mortalité continue à s'opérer. Cette ciuse paraitamener dans les contrées méridionales de la France, la disparition partielle de l'olivier, dont nous sommes menacés. Elle semble donc dépendre, parmi nous, plutôt du découragement du laboureur que de l'affaiblissement de la température de nos contrées. Une autre circonstance n'y est pas non plus sans influence : elle tient aux produits plus avantageux que d'autres récoltes donnent aux soins actifs et industrieux de nos cultivateurs, et qui les portent à négliger un arbre dont la croissance est si lente et le rapport si incertain.
Telle est l'histoire de l'olivier, de cet arbre si utile, dont l'existence , comme celle de la vigne, dans nos contrées méridionales, remonte bien au-delà des temps historiques. Telle est aussi celle de tous les arbres , qui, faute de soins actifs et d'une culture assidue , ont disparu des lieux qu'ils couvrirent long-temps de leurs ombrages.
Après ces faits, qui oserait dire que l'olivier, considéré par les anciens comme un présent des dieux, et dont les terrains géologiques recèlent même les débris, diminue dans les lieux qui l'ont vu naître, par suite d'un changement dans les climats actuels?
Étudions maintenant avec l'illustre physicien
de notre siècle, M. Arago, les documents historiques, et assurons-nous si de pareils change* ments sont aussi réels qu'on a voulu le supposer. La statistique végétale, dont nous trouvons quelques traces dans les écrits même les plus anciens, nous fournira encore les données propres à nous apprendre ce qu'il en est de la fixité des climats.
Interrogeons d'abord la Bible , le plus ancien des livres qui soit parvenu jusqu'à nous, et dont nous venons de prouver toute l'exactitude. Ce livre nous apprendra en premier lieu ce fait important, que, antérieurement à Moïse et longtemps après lui, les palmiers étaient en grand nombre dans toute la Palestine. Les Juifs mangeaient les dattes et les préparaient comme des fruits secs ; ils en tiraient même une sorte de miel et une liqueur fermentée. Enfin, cet arbre devrait être très répandu dans la Palestine , puisque la ville de Jéricho était appelée la ville des palmiers, et qu'un assez grand nombre de monnaies hébraïques nous Ont laissé des représentations distinctes de cet arbre chargé de fruits.* ' 11 n'est pas moins certain que, à la même époque, la vigne était cultivée dans cette contrée; cela est suffisamment attesté par les vins d'Engaddi, par la fête des tabernacles qui venait après les vendanges, et surtout par la fameuse
grappe que les envoyés de Moïse rapportèrent de la terre de Chanaan. Or, on sait, d'une manière positive , qu'il est pour certaines plantes un maximum et un minimum en deçà et au-delà duquel elles ne vivent plus ; et a l'aide de cette loi, il est facile de déterminer la température d'un lieu quelconque, dont on connaît les productions.
Ainsi, le palmier ne fructifie pas, la datte ne peut mûrir, quand la température moyenne est inférieure à 21 degrés. Dès lors, tous les lieux où l'on rencontre des débris de cet arbre, doivent avoir eu une température tout au moins égale à celle qui est nécessaire maintenant à sa complète végétation. On arriverait au même résultat , mais d'une autre façon , en s'aida nt de la théorie mathématique de la chaleur , fondée par les beaux travaux de Fourier ; car , les sciences , en se prêtant mutuellement leur appui, nous font toutes arriver, quoique souvent par des voies opposées, à ce que l'homme a le plus intérêt de découvrir, la vérité.
D'un autre côté, la vigne ne peut être cultivée de manière à donner de véritables récoltes , si la température moyenne excède 22 degrés; du moins sa limite méridionale est actuellement à l'île de Fer dans les Canaries , dont la température est égale à celle que nous avons assignée comme limite de sa culture.
Dés lors, antérieurement à Moïse et long-temps après lui, latempérature de la Palestine devait être comprise entre 21 et 22 degrés; mais, ce qui est digne de remarque, cette contrée a encore aujourd'hui précisément la même température. Plus de trois mille ans n'ont donc pas altéré d'une manière appréciable le climat de la Palestine, ni apporté aucun changement aux propriétés lumineuses ou calorifiques du soleil, conséquence que l'on pourrait tout aussi bien déduire d'autres faits agronomiques non moins positifs ni moins i mportants.
Après ces faits , nous verrons encore dans la distribution des animaux , une preuve que, depuis l'apparition de l'homme, les climats terrestres, jusqu'alors inconstants et variables, sont . parvenus à une sorte de stabilité réellement remarquable. A la vérité, cette distribution , quoique soumise à des lois analogues à celles qu'ont suivies les végétaux, n'offre peut-être pas le même degré de précision et de généralité. En effet, les animaux sont bien moins que les plantes sous la dépendance du sol et du climat. Toutefois , quoiqu'il soit bien plus difficile d'établir des lois précises à leur égard , la difficulté n'existe guère que pour les carnassiers. Du moins, la nourriture restreint beaucoup plus les espèces herbivores dans les lieux qui les ont vues naître, que
celles dont les habitudes carnassières les portent à chercher partout une proie propre à satisfaire leurs penchants et la violence de leurs appétits.
Ainsi , la Genèse et les plus anciens monuments historiques, nous apprennent que, bien avant le règne des Pharaons, le chameau parcourait les plaines de l'Egypte, tandis que l'hippopotame y fréquentait les bords fangeux de ses marais et les lisières à demi inondées des lieux voisins du grand fleuve. Or ces animaux ne prospèrent guère que sous l'influence d'une température moyenne de 22 degrés ; tels sont les crocodiles, les ibis et les ichneumons qui furent , comme ils le sont maintenant, leurs fidèles et constants compagnons. Mais , cette température est encore celle de la contrée qu'ils se sont choisie, et où ils trouvent à remplir les conditions d'existence qui leur ont été imposées.
La température de l'Egypte semble avoir si peu varié depuis leur ancienne existence, qu'aucune différence appréciable ne se fait remarquer entre ces espèces qui vivent encore sur son soi brûlant et celles qui y vivaient il y a déjà prés de trois mille ans. En effet, soit que l'on étudie les restes des animaux ensevelis dans les anciennes catacombes , soit que l'on examine les représentations existant sur les monuments de la plus haute antiquité, on découvre une telle
conformité avec les mêmes espèces vivantes, qu'il faut, ou que les climats n'aient pas changé depuis lors, ou bien que leurs variations n'aient eu aucune action sur la conformité organique.
Celte dernière supposition parait peu admissible , lorsque Ton considère jusqu a quel poin/ l'influence des anciens climats a été profonde sur les espèces des temps géologiques. Cette influence a été si grande que par l'effet de ces variations , des générations entières ont été successivement anéanties ; elles ont fait place à d'autres totalement différentes, qui ont pu s'accommoder et prospérer sous l'influence de nouvelles températures. C'était le résultat inévitable des modifications qu'avaient subies les anciens climats.
Nous pourrions invoquer également une foule d'autres faits relatifs non seulement aux animaux qui ont vécu constamment en Égypte; mais encore aux végétaux conservés dans les anciennes catacombes. Les uns et les autres nous donneraient la même réponse et nous annonceraient l'immuabilité des nouveaux climats terrestres.
Il en serait de même si nous interrogions les monuments antiques des autres contrées, pour nous assurer si les espèces qui y sont représentées ont éprouvé ou non des modifications qui auraient amené un changement dans les climats.
Ils nous répondraient que, comme les espèces qu'ils reproduisent ne diffèrent de nos races vivantes par aucun caractère , il faut que ces espèces, comme les climats dont elles ont subi l'influence, n'aient éprouvé aucune sorte de changement notable, ni de variation importante.
Si maintenant nous portons notre attention sur les climats de l'Europe, nous verrons que, depuis les temps les plus reculés, ils ne paraissent pas avoir éprouvé les plus légères variations. En général , la stabilité de la température semble une des conditions les plus essentielles de cette contrée tempérée. Ainsi, la ligne des Cevennes que Strabon nous a représentée comme la limite septentrionale où le froid arrêtait de son temps les oliviers , Test encore de nos jours.
Aucune modification ne s'y est donc opérée.
De même, la végétation habituelle des lauriers et des myrtes dans l'Italie moyenne , aux environs de Rome , et le désastre qui atteignait quelquefois les lauriers, au rapport de Pline le jeune , assignent à cette contrée une température moyenne constante. Cette température était donc autrefois , comme elle l'est aujourd'hui , probablement très rapprochée de 1 5 degrés audessus de la glace. D'un autre côté , le climat de la Toscane, qui n'admettait ni les myrtes, ni les lauriers, ne paraît pas avoir éprouvé le
moindre changement ; du moins ces arbustes n'y prospèrent pas davantage . Ainsi, le déboisement des montagnes de celle contrée n'y a opéré au- ♦ cime diminution sensible dans la température , quoiqu'une opinion assez généralement répan-
due ait supposé le contraire.
Les mêmes effets se représenteraient également à nous si nous examinions les variations de la chaleur dans d'autres climats; partout nous les verrions comprises entre des limites extrêmement resserrées. Ainsi, lorsque les Grecs apportèrent le dattier dans leur patrie , cet arbre n'y donna aucun fruit. La température de la Grèce a si peu changé , qu'il en est de même aujourd'hui. Dans l'ile de Chypre, la datte, sans mûrir complètement, y était pourtant mangeable, en sorte que la petite quantité de chaleur dont ce fruit aurait besoin pour y arriver à une parfaite maturité, y manquait autrefois comme de nos jours.
Cependant , d'après certains documents, Gette constance dans les climats ne serait pas aussi stable que nous le présumons; et selon leur témoignage, les températures extrêmes sembleraient avoir subi quelques variations dans plusieurs contrées. On a prétendu , par exemple , que la culture du froment et de la vigne avait éprouvé, d'après d'anciennes chartes, quelques
changements depuis deux ou trois siècles, et que l'époque des vendanges avait été légèrement déplacée.
Mais ces documents ont ils bien la valeur qu'on leur a supposée? N'est-il pas évident que des actes privés qui imposent l'obligation de porter certaines rentes à des époques fixes, sont loia d'être une preuve positive que les époques des récoltes et des moissons dussent nécessairement coïncider avec elles? C'est cependant sur de pareils titres que Ton voudrait nous faire admettre un changement dans les saisons dont les effets auiaient rendu les hivers moins rudes et les étés moins chauds. Maïs, comment préférer des documents si incertains aux observations positives qui nous apprennent que les climats terrestres demeurent à peu près invariables.
En effet, l'oscillation extrême des températures moyennes , ainsi que nous l'avons déjà fait observer , semble à peine varier, d'uue année à l'autre , d'un à deux degrés du thermomètre, eu sorte que la somme de toutes ces températures est égale , lorsqu'on la calcule sur le nombre de dix années prises au hasard. Aussi, et par suite de cette harmonie (jui maintiennes choses créées dans un merveilleux équilibre, les années chaudes se compensent avec les froides, comme les
sèches avec celles qui se font remarquer par Ieur grande humidité.
Si cependant les climals avaient éprouvé , dans certaines localités , quelques légères modifications , nous ne devrions les attribuer ni à l'influence des corps célestes, ni au refroidissement de la terre, ni même à l'accroissement et à l'accumulation des glaces du pôle arctique.
L'homme seul a produit insensiblement ces modifications; n'est-ce pas lui qui a défriché nos plaines, déboisé nos montagnes, encaissé nos rivières, et fait disparaître les eaux marécageuses et stagnantt s , qui , avant sa présence , infectaient les parties les plus abaissées de la surface du globe? Son activité et son industrie no déchirent-elles pas sans cesse le sein de la terre, et ne lui donnent-elles pas continuellement de nouvelles dispositions et de nouvelles formes? Car l'homme fait sa région , en même temps qu'il arrange et façonne cette terre dont il est devenu le maitre et le conquérant. Douce et bénigne influence ! votre pouvoir se borne à corriger l'excès des températures extrêmes, mais vous êtes impuissante pour affecter les températures moyennes , base invariable de la fixité des climats !
En vain voudrait-on attribuer au temps une
puissance d'action supérieure à celle des causes que nous avons énumérées jusqu'ici : on arrive-
rail toujours à la même conséquence , après en avoir calculé les effets. Sans doute, le temps entraîne tout dans sa marche rapide; mais il ne saurait changer la marche et encore moins la durée des choses établies. Impuissant pour modifier à lui seul les espèces rivantes , il l'est également pour intervertir la régularité des grands phénomènes de la nature. Aussi que de milliers de siècles se sont écoulés pour amener le globe à l'état de calme dont il jouit maintenant! Que de millions d'années s'écouleront encore avant que les phénomènes existants puissent éprouver quelques légères modifications !
La science bien interrogée nous redit donc, comme celui dont les paroles ne sauraient nous tromper : tant que la terre durera, la semence et la moisson, le froid et le chaud, Tété et l'hiver, la nuit etlejournecesserontpointdesesuivreetde se succéder. Douce et consolante promesse ! vous nous rassurez sur l'avenir de notre monde, sur lequel nous et nos descendants passerons sans trouble comme sans effroi ! Si nos premiers pas ont été environnés ici-bas de mille dangers , si de violentes convulsions ont si souvent menacé nos vies; si enfin les fleuves débordés , les marais sans limites, les froides et profondes forêts, des animaux ravisseurs, des nuées innombrables d'insectes nous ont disputé si long temps une terre
dont nous ne pouvions pas nous dire les rois , de pareils ennemis et de pareils fléaux ne sauraient plus nous troubler dans la possession d'un monde que nous avons conquis par la constance de nos travaux.
Oui , depuis long-temps, l'homme a soumis les animaux qui pouvaient lui être utiles , détruit ceux qui pouvaient lui nuire , et dompté une terre rebelle. Fort de son intelligence , il a plus fait encore : les arts, fruit de son génie, sont devenus pour lui une source continuelle de gloire et de bonheur, et les sciences dont il a aussi élevé le magnifique et majestueux édifice , Font rendu le maître de tout ce qui l'entoure, en même temps qu'elles lui ont donné l'immense avantage de saisir et de comprendre quelques-unes des merveilles de l'univers.
Déjà bien loin de nous sont donc ces temps, où le sort des espèces qui animaient cette terre dépendait fatalement de l'inconstance et des variations des climats. En effet, dès l'apparition de l'homme, les climats terrestres , devenus fixes et constants, ont maintenu toutes les causes dans une harmonie et une stabilité presque merveilleuse. Sa présence parmi les êtres vivauts a été en quelque sorte une promesse envoyée par le Créateur , que Tordre naturel ne serait plus troublé , et que chaque espèce pourrait désormais se développer
«t fleurir en paix dans le lieu qui lui a été assigné. Bénie soit donc celle puissance tutélairequi a fait concourir l'avènement de l'homme sur la terre avec l'époque où celle-ci pacifiée a reçu sa température définitive, ainsi que de nouvelles créations, qui, comme leur dominateur, dureront probablement autant que Tordre de choses établi !
Tel est l'avenir du séjour qui nous a été donné : rien dans cet avenir ne nous annonce que la terre doive jamais éprouver , dans les siècles futurs, un froid excessif, ou subir les effets d'une chaleur incalculable. Funestes pressentiments,, éloignez-vous donc de nous! nos esprits éclairés par le flambeau de la science qui sonde l'avenir comme elle juge le passé, rejettent à la fois vos vaines et fausses terreurs, et le brillant prestige dont vous aviez su le 5 entourer.
Celte conclusion est loin d'être démentie par les nombreux débris de corps organisés que nous découvrons chaque jour dans les entrailles du globe. Ces débris de îa vie des temps d'autrefois, sont bien la preuve des anciennes révolutions dont la terre a été si souvent le théâtre ; mais ils sont loin d'annoncer qu'elles se renouvelleront encore sur sa surface pacifiée, et les faits que nous venons d'exposer, l'auront certainement bien assez démontré, pour n'être plus obligé d'insister à cet égard .
Catalogue de la Librairie
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