‹ De la Cosmogonie de Moïse, comparée aux faits géologiques (volume 3)Chapitre 27 sur 37 · VII1° DES ÉBOOLEMENTS, CONSIDERES COMME MESURE · texte numérisé non relu

VII1° DES ÉBOOLEMENTS, CONSIDERES COMME MESURE

DU TEMPS

On sait que les éboulemens s'opèrent dans les montagnes avec rapidité, rapidité d'autant plus grande que les montagnes sont plus élevées et leurs pentes plus abruptes. Or si les éboulemens,

non ceux qui se rapportent aux temps géologiques,, mais ceux qui ont eu lieu depuis l'apparition de l'homme avaient opéré leur action depuis des milliers d'années, tes vallées seraient déjà remplies de leurs débris, au moins à une grande hauteur.

Il devrait, d'autant plus en être ainsi, que ces éboulemens sont des plus fréquens sur les montagnes élevées, témoin ce que Saussure nous apprend des avalanches continuelles de rochers qui avaient lieu pendant son séjour sur le col du géant. Les montagnes elles-mêmes devraient être réduites en talus moins rapides et couvertes d'une riche végétation. Cependant le progrés de ces événemens futurs est encore bien peu avancé, malgré leur dégradation constante.

On peut en inférer qu'il n'y a pas long-temps que les montagnes existent dans leur forme actuelle, ce qu'indique du reste la nouveauté des soulévemens des grandes chaînes. Ainsi, des quatre causes actives qui altèrent la surface des continens, il n'en est aucune, qui annonce un commencement fort éloigné de l'époque actuelle.

Ces causes sont 1°. les pluies et les dégels qui dégradent les montagnes escarpées, et en jettent les débris à leurs pieds ; 2°. les eaux courantes qui enlraînent ces débris et vont les déposer dans les lieux, où leur cours se ralentit ; 3°. la mer

qui sape le pied des cotes élevées pour y former des falaises, et qui rejette sur les côtes plates des monticules de sables nommés dunes j 4\ les eaux souterraines, qui déposent au dehors les matières qu'elles tiennent en dissolution et y produisent des dépôts plus ou moins abondants.

Nous avons étudié ces diverses causes et nous avons vu combien leurs effets ont été bornés. Mais comme nous n'avons encore rien dit de la dernière, nous nous y arrêterons quelques ins* tants.

On sait avec quelle rapidité s'augmente dans les cavités souterraines, les concrétions que les eaux y déposent, concrétions auxquelles on a donné le nom de stalactites et de stalagmites. Particulièrement dans les cavernes humides, on est frappé des changemens qui s'y opèrent par suite de cette cause et cela d'une année à l'autre. Ces faits sont, pour ainsi dire, d'observation vulgairei mais il en est un dont nous avons été nous même le témoin, et que nous ne pouvons nous dispenser de rapporter.

M. de Marsolier ' laissa dans la grotte des Demoiselles près de Ganges une foule d'objets, parmi lesquels il signala une mâchoire de cochon. Étant descendu dans cette grotte, trente cinq ans après l'auteur des Petits Savoyards,

nous dûmes mettre de l'intérêt à retrouver cette mâchoire. Nous y sommes parvenusjelle était fixée au rocher, et encroûtée d'une couche d'albâtre calcaire d'environ trois pouces d'épaisseur, dont la dureté égalait presque celle du marbre. Eh bien! malgré la rapidité d'un pareil travail, nous n'avons pas vu dans cette grotte, pas plus que dans toutes celles que nous avons visitées, que ces concrétions souterraines aient encore obstrué les . fentes ni même les fissures les plus étroites. Cependant ces fissures y sont si nombreuses qu'elles percent dans une infinité de sens et de directions différentes les rochers que composent ces cavernes. Si elles ne l'ont pas fait , il faut que leur action n'ait pas commencé depuis fort long-temps.

Ce que nous venons de dire de ces dépôts intérieurs, qui s'opèrent journellement, nous pourrions l'observer encore relativement aux récifs et aux écueils, que les lithophytes élèvent sans cesse dans les mers de la zone torride. Leur accroissement est si rapide, que Cook trouva à son dernier^voyage des écueils et de petites îles madréporiques, qu'il n'avait point aperçus dans son premier. Cependant, nulle part cette accumulation de matière calcaire produite par les zoophytes, n'a fermé l'entrée des ports, ni bouché l'entrée des anses étroites, ni enfin élevé des îles d'une certaine étendue.

Néanmoins, ces lithophytes s'accumulent auprès des cotes avec la plus grande activité, saisissant tous les corps, coquilles, végétaux, débris d'animaux, qu'ils enveloppent et incrustent promptement. En comparant leurs effets actuels avec les effets produits dans les temps géologiques, il est difficile de ne point remarquer la grande différence qui existe entre eux. Cette différence, à quoi tient-elle, si ce n'est à celle du peu de temps depuis lequel agissent les premiers.

Il est bien une autre cause non moins active, et dont l'action dure encore, c'est celle des volcans. En effet, leurs éruptions percent les couches solides du globe, y élèvent des éminences plus ou moins considérables, en répandant au dehors les produits de leurs déjections. Mais les volcans brûlans ne peuvent nous apprendre la date de leurs premières éruptions ; nous ne pouvons donc pas nous appuyer sur eux pour connaître la date que nous cherchons. Tout au plus, le pourrait-on pour ceux des temps géologiques ; car pour ceux-ci, la nature des dépots Je sédiment qu'ils ont traversés peut nous donner une idée de leur ancienneté relative. 11 ne peut en être ainsi des volcans actuellement brûlans, puisqu'ils percent à la fois des terrains géologiques et des terrains historiques.

Les premiers de ces terrains, ou les géologi-

ques, à quelque formation qu'ils appartiennent , existant antérieurement ne sauraient nous servir de mesure pour apprécier l'époque à laquelle des éruptions les auraient percés; car il ne s'est déposé sur eux que des terrains historiques. Ces derniers, tous d'une même époque, ne sauraient donc nous rien dire même d'une manière relative. Qu'il y ait ou non des volcans qui aient cessé leurs éruptions depuis les temps historiques, ce fait ne nous apprend pas à quelle époque ont commencé les volcans brulans ?

Ainsi,d'après Sidonius Apollinaris, des éruptions volcaniques auraient eu lieu dans le Vélay au cinquième siècle. D'un autre côté, si nous devons ajouter foi aux chroniques de St. Ruppert, évéque de Clermont, l'Auvergne, où l'on observe uniquement des volcans éteints, aurait cependant été troublée vers la fin du quatorzième siècle par diverses éruptions volcaniques. Mais en supposant que ces faits soient bien réels, ils ne peuvent nous apprendre l'époque où les éruptions de nos volcans brulans ont commencé à s'opérer, pas plus que celle où les volcans aujourd'hui éteints ont cessé de lancer leur feux.

1* A DE L'ALTÉRATION ET DE LA DÉCOMPOSITION DES BOCHES, CONSIDÉRÉES COMME MESURE DU TEMPS.

M. Becquerel à essayé une mesure d'un autre genre et qui, fort ingénieuse saus doute, n'en a pas pour cela plus.de valeur réelle pour la solution de la question que nous nous sommes proposé d'éclaireir.

Cet habile physicien ayant remarqué que les rochers granitiques du Limousin subissaient une décomposition lente et graduelle, dans la partie exposée au contact de l'air, il s'est proposé de calculer la vitesse de cette décomposition. Connaissant l'époque de la construction de la cathédrale de Limoges, laquelle remonte à environ 400 ans, il a observé sur ses murailles extérieures,

dans l'endroit le moins abrité, une altération pénétrant à environ 5 lignes de profondeur; ce qui donne une vitesse d'un peu plus d'un pouce par mille ans. Or, dans les rochers qui forment le pays , la décomposition a partout pénétré à 720 lignes de profondeur.

En partant de cette base, il y aurait donc plus de soixante et dix mille ans que la surface actuelle de ces rochers serait exposée à l'action désagrégeante de l'air. Mais, qui ne conçoit combien cette action désagrégeante jointe à celle

des eaux courantes aidée par les cailloux roulés qu'elles transportent avec elles, est bien autrement puissante que l'effet des agens atmosphériques, agissant seuls sur une surface taillée et unie, comme Test celle de tous les monumens ?

En outre une infinité d'autres causes peuvent avoir rendu cette altération plus rapide, soit l'état de mollesse dans lequel se trouvaient primitivement les roches, soit des infiltrations plus considérables que celles qui ont lieu maintenant, d'autant plus que les granités observés par M. Becquerel se trouvent dans le bas des vallées.

Du reste, en supposant ces altérations comparables sous le rapport de leurs effets , le calcul à l'aide duquel on voudrait apprécier la date de leur commencement , ne prouverait pas que cette action désagrégeante de l'air, n'ait pas commencé sur les rochers granitiques antérieurement à l'existence de l'homme. Dès lors ces calculs ne peuvent pas servir à reculer les temps historiques.

Il est encore un autre genre d'altération que l'on peut suivre sur les roches volcaniques et qui ne peut pas davantage nous apprendre la date depuis laquelle cette altération à commencé

à se produire. Telle est celle qu'éprouvent les basanites et les laves, à leur surface extérieure ar l'action des agens atmosphériques, altéra-

tion semblable à celle que subissent les roches granitiques.

Elle a produit deux effets sur la surface des laves ; le premier a eu lieu sur celles qui ont présenté leurs surfaces découvertes et décapées, et qui ont été attaquées de manière à présenter des taches grisâtres, ordinairement arrondies. Les laves ainsi altérées offrent alors un aspect tacheté tout particulier. Mais cette altération à dû nécessairement s'opérer dans ces basanites ou ces laves, depuis l'époque de leurs éjections au dehors, c'est-à-dire, postérieurement aux terrains d'eau douce, qu'elles ont soulevés ; ainsi elle aurait commencé à s'exercer depuis la période tertiaire.

En examinant combien peu cette surface est attaquée, puisque l'altération n'a pas pénétré au delà d'une ligne ou de deux lignes au plus, il faut que le commencement de cette altération ne remonte pas à une époque bien éloignée ; cependant l'éjection de ces laves date de la fin de la période tertiaire. Il en est de même de l'altération qui a eu lieu à la surface des laves décapées, et qui les entoure d'une bordure blanchâtre dont l'épaisseur est au plus de deux lignes.

Après ces faits dont la vérification est si facile, peut-il être nécessaire d'examiner les calculs faits par Buffon, pour évaluer le temps qu'il a fallu

pour produire les schistes et les autres roches feuilletées? nullement; car la formation de ces schistes a eu lieu dans les temps géologiques et bien antérieurement à l'apparition de l'homme. Dès lors, quelque considérable que puisse être le temps nécessaire à la formation de ces roches, ce temps est tout-à-fait inditTérent relativement à la question qui nous occupe. Il n'est pas du reste un seul géologue qui ne pense que la terre ne soit fort ancienne; mais cela ne fait pas que l'homme n'y soit fort nouveau.

Nous admettrons sans difficulté que les formes générales des continens, desquelles résultent le courant et la direction des rivières, ne remontent pas à une très haute antiquité; mais cette antiquité est elle même bien antérieure à celle de l'homme. En effet, les chronologies traditionnelles qui ne remontent pas au delà de notre existence, ne sont qu'un point, en comparaison des chronologies de la terre. Nos sociétés paraissent bien nouvelles et comme d'hier, quand on compare leur histoire à celle du globe où elles sont assises. Si donc on a voulu, à l'aide des faits phystques, donner à l'homme une plus haute antiquité que celle qu'il a réellement, c'est en confondant des effets produits dans les temps géologiques avec ceux qui lui sont contemporains. S'il est une vérité confirmée par toutes les observa-

lions, c'est que nous sommes vivans d'un jour sur notre vieille terre.

X° LIS KSPÈCBS PERDUES 1>EBUIS LES TEMPS HISTORIQUES , ANNONCENT-ELLES A CES TEMPS UNE TRÈS-HAUTE ANTI- QUITÉ.

Nous allons suivre maintenant un ordre de faits totalement différens de ceux que nous avons étudiés jusqu'à présent. Les premiers que nous . examinerons sont relatifs à l'influence que peuvent avoir les espèces perdues depuis les temps historiques sur la date de cette même époque.

Le premier point , que l'on ait à examiner pour la solution de cette question , est celui de savoir, si réellement des espèces se sont éteintes depuis les temps historiques. On remarque sur les monuments de l'antiquité des figures d'animaux qui réunissent toutes les conditions d'existence propres à rendre leur existence possible, et cependant l'on n'en découvre plus de traces sur la terre. Ces espèces ainsi reproduites avec fidélité sur divers monuments ont donc existé, et des causes quelconques ont dû les anéantir.

Tel est parmi ces espèces détruites, le sanglier d'Érimanthe, tracé par le ciseau d'Alcamène sur le temple de Jupiter à Olympie. Tels sont encore deux autres pachydermes dont le

monumentqui nous a conservé le souvenir de Y un d'entr'eux, nous a fait connaître la patrie ; c'est le Xithit des anciens Égyptiens. Si nous cherchons ces animaux représentés' sur la mosaïque de Palestine , parmi nos espèces vivantes ou parmi celles dont les entrailles de la terre nous ont conservé les restes, nous n'en découvrons nulle trace: dès lors nous sommes en droit d'en con-

dure que ces espèces ont dû cesser d'exister. Pourquoi ne les inscrirerions-nous pas sur nos catalogues, comme nous le faisons de tant d'espèces qui ne nous sont connues que par le témoignage d'un seul voyageur?

On observera peut-être que les représentations de ces espèces ne sont point exactes et qu'elles sont l'effet du caprice bizarre des statuaires de l'antiquité. Sans doute, l'imagination fantastique des peintres et des statuaires de l'antiquité a créé une foule d'êtres imaginaires. Mais ces êtres fantastiques ne sont fabuleux que dans l'assemblage dés parties qui les composent, et nullement dans chacune de ces parties. Dés lors, on doit supposer que ces artistes , et notamment ceux du beau temps de l'antiquité, avaient une tendance remarquable vers le vrai, et que même cet amour de la vérité s'est fait ressentir jusque dans leurs compositions les plus bizarres. Ce qui le prouve, c'est qu'ils avajent fort bien distingué

les deux espèces d'éléphant , avant Linné et Buffon qui n'ont jamais discerné ainsi que lavaient fait les artistes de l'antiquité, l'éléphant d'Asie de l'éléphant d'Afrique.

Mais n'y a-t-il donc que les espèces figurées sur les anciens monuments qui se soient perdues; où trouver cependant aujourd'hui en Égypte les deux espèces de crocodiles , recueillies par M. Geoffroy St, Hilaire, dans les catacombes d'Égypte ? où voyons-nous également parmi nos espèces vivantes ces cerfs à bois gigantesques qui existaient cependant encore en Prusse et en Italie, à une époque peu éloignée de nous, c'està-dire au quinzième siècle , au dire de Sébastien Munsler, de Jonston et d'Aldrovande. Cette espèce est si complètement perdue, que Cuvier, ignorant ces faits, l'avait considérée comme l'une des espèces fossiles des plus remarquables. En effet , ce cerf si singulier par la grandeur de ses bois, s'est anéanti depuis peu de temps; cependant, comme l'homme lui-même, il a été contemporain des anciens éléphants, des rhinocéros, de l'hippopotame et des hyènes qui n'ont plus de représentants sur la terre.

D'un autre côté , cette espèce a été fort bien décrite par Oppien et signalée par Julius Capitolinus, comme une des plus remarquables parmi celles que l'on envoyait d'Angleterre en Italie.

Dès lors, nous devons être moins surpris de trouver ce cerf exactement représenté dans les peintures et les sculptures de Rome antique, et d'apprendre de Hart qu'il existe dans les alluvions du val d'Arno, des ossements de ce cerf, où Ion observe des calus , suite de blessures opérées par un instrument tranchant et acéré.

Mais enfin, faut-il donc des causes bien extraordinaires pour faire périr des espèces, et ne voyons-nous pas les causes les plus simples produire ce résultat. Il suffît en effet que la mortalité d'une race soit hors de proportion avec sa naissance , pour l'anéantir d'une manière nécessaire. Ainsi par exemple, le Dronte ou Dodo, dont nos musées renferment encore quelques débris, a entièrement disparu de l'île de France et de nie Bourbon, où au dire d'Herbert, il vivait encore en 1626.

Dés lors, on ne peut conclure du mélange des débris humains avec des espèces perdues, regardées même par les meilleurs observateurs, comme fossiles , que l'antiquité de l'homme soit plus grande que celle que lui assignent les monuments et les traditions historiques.

L'observation qui annonce que des espèces intertropicales ont jadis vécu dans les régions polaires est loin de prouver le contraire. Elle se rapporte évidemment aux temps géologiques,

c'est-à-dire, aux temps où la température de la surface de la terre était assez élevée , pour permettre aux espèces dont les analogues ne se trouvent plus maintenant que dans les régions les plus chaudes , de vivre jusque dans les contrées aujourd'hui glacées des environs des pôles. Ces faits bien antérieurs à l'existence de l'homme ne peuvent donc rien nous apprendre sur la date de son apparition.

Il en serait toujours de même, si au lieu de la cause si simple et si bien confirmée par l'ensemble des faits , que le changement des climats terrestres a été une suite nécessaire de l'abaissement de la chaleur centrale, on voulait admettre que ces changements ont été produits par un déplacement de Taxe du globe.

L'observation des étoiles fixes qui correspondent aux régions polaires , nous apprend bien qu'il s'opère dans l'axe de la terre un déplacement; mais ce déplacement est si léger, qu'il n'est que de neuf secondes et fait sa révolution dans environ dix-neuf ans. En vertu de ce mouvement, Taxe de la terre trace donc un cercle de dix-huit secondes de diamètre, dont le centre est le lieu moyen du pôle. D'après Laplace , il y a 21 ,400 à parier contre 1 , que ce déplacement n'est ni au-dessous de 9 " 31 ni au-dessus de 9 " 34. Cet effet est donc loin de répondre au

déplacement qui devrait se produire dans Taxe de la terre, pour opérer l'instabilité des climats les plus opposés , et échanger les glaces du pôle contre les feux de léquateur.

La comparaison des observations anciennes avec les modernes, nous montre aussi que l'obliquité de l'écliptique sur l'êquateur terrestre, n'est pas aujourd hui ce qu'elle a été autrefois , et il est clair qu'elle ne peut varier sans entraîner un changement correspondant dans les climats. Mais ce déplacement dont les causes sont connues et appréciées est borné entre des limites très étroites ,• car il ne s'élève qu'à quarante-huit secondes par siècle, et il ne dépassera certainement jamais un degré et demi. Assurément, cette cause est bien insuffisante pour transporter aux pôles le climat des régions équatoriales.

Du reste, il suffit pour la solution de la question que nous nous sommes proposés d'éclaireir, de faire remarquer que lors même qu'un pareil déplacement serait possible , se rapportant aux époques géologiques, il serait tout-à-fait indifférent pour la détermination de la date de l'apparition de l'homme.

Le déplacement de l'axe de la terre , indiqué ' par l'observation des étoiles circompolaires, n'est qu'un déplacement par rapport aux étoiles , et non par rapport à la terre, celle-ci ne cesse pas

de tourner autour du même diamètre, ou si Ton veut , Taxe autour duquel elle tourne ne cesse pas de passer par le même point de sa surface. Or, un pareil déplacement , quelque grand qu'il soit, ne saurait faire que les régions polaires actuelles deviennent les régions équatoriales et réciproquement. Il n'a d'autre effet que de rendre plus égale la répartition de la chaleur entre divers points de la terre, et plus inégale la répartition de la chaleur au même point pour les divers temps de Tannée. Le déplacement de l'écliptique produit des effets absolument pareils; il ne saurait donc expliquer le transport du climat équatorial aux pôles. Pour opérer cette inversion , il faudrait que la terre tournât autour d'un autre diamètre, et on ne connaît pas de cause qui puisse produire un pareil effet, excepté pourtant le choc d'un corps étranger.

Encore , faudrait-il que ce corps étranger eût une certaine masse et qu'il frappât la terre dans une certaine direction. Or, parmi les corps étrangers qui pourraient exercer une pareille action, nous ne voyons guère que les comètes. Mais pour cela, il faudrait supposer à ces astres bien plus de masse que n'en présentent ceux qui ont été observés jusqu'à présent.

Ce choc ne pouvant être qu'instantané, ne permettrait pas mieux que les autres causes astro-

nomiques , de concevoir comment il se fait que les mêmes espèces fossiles ou des espèces anaiogues se trouvent à la fois dans les mêmes formations des différentes régions de la terre , c'est-àdire au milieu des houillères , des contrées polaires et des régions équatoriales. Sans doute les terrains carbonifères que Ton doit rapporter à une même époque, n'ont pas été déposés partout d une manière simultanée ; mais il est pourtant difficile de supposer que les différentes couches qui les composent ont été précipitées à de longs intervalles les unes des autres. Dès lors les causes astronomiques comme celles résultant du choc d'une comète, ne sauraient nous rendre raison, comment il se fait que les mêmes végétaux fossiles se retrouvent sur la plus grande partie de la surface de la terre qui nous est connue dans des formations houillères, à peu près identiques relativement à la nature des couches qui les composent, et qui par cela même, ne peuvent appartenir qu'à une seule et même époque géologique.

Xl° DES TRAVAUX DES MINES , CONSIDÉRÉS COMME MESURE

1)U TEMPS

Les travaux des mines rentrent tout-à-fait dans l'appréciation de la date que nous cherchons , car il sont dus à l'homme ; mais on en a beaucoup exagéré l'antiquité. D'après certains

observateurs, les mines de fer de l'île d'Elbe auraient été exploitées depuis plus de 40,000 ans. Cependant M. Fortia d'Urban , qui a examiné avec soin les déblais sortis de ces mines , a réduit cet intervalle à un peu plus de 5,000 ans. Encore dans ses calculs, cet antiquaire a supposé que les anciens n'exploitaient chaque année que le quart de ce que l'on exploite maintenant.

En admettant ces derniers calculs , on se demande pourquoi les Humains qui consommaient une si grande quantité de fer dans leurs armées, auraient tiré si peu de parti de ces mines presque inépuisables. D'un autre côté, si elles avaient été exploitées il y a seulement 4,000 ans , on ne saurait s'expliquer comment le fer était si peu connu dans la haute antiquité ; et pourquoi il n'a été commun que lors des beaux temps de la Grèce où son emploi devint général. .

XII 0 LIS TRADITIONS ET LES MONUMENTS HISTORIQUES DES ANCIENS PEUPLES, CONTRARIENT-ILS LA DATE QUE NOUS AVONS ADOPTÉE d'aFRES LA CHRONOLOGIE DES HEBREUX?

L'on sait que les différentes nations qui ont apparu tour à tour sur la terre, se sont disputées le degré de leur ancienneté ; comme si elle pouvait être une illustration. Ces nations sont les Hébreux, lesÉgyptiens, les Chaldéens , les Phéniciens, les Indiens et les Chinois. Examinons les

tiircs que nous présentent ces différentes nations pour faire prévaloir leurs dires contradictoires.

Le plus ancien livre que ces peuples puissent nous montrer, est d'abord celui des Hébreux , • dont la date remonte, ainsi que nous l'avons déjà

fait observer, à plus de 3,300 ans avant l'époque actuelle. Ainsi , sous ce rapport , les Hébreux seraient les plus anciens ; car ils ont une véritable histoire des temps les plus reculés sur lesquels nous ayons quelques données.

Quant aux écrits qui nous restent sur l'ancienne Egypte , ils sont très récents auprès de la Bible ; ils paraissent du moins postérieurs à la dévastation de Cambyse. D'un autre côté, leur peu d'accord atteste qu'ils sont tirés de monumens mutilés. Aussi est-il à peu près impossible d'établir les moindres rapports entre les listes des rois d'Égypte, écrites par Hérodote, Eratosthène, Manéthon et Diodore. 11 y a plus , on ne peut même accorder entre eux les différents extraits tirés de Manéthon.

Cependant les Égyptiens se sont plu à se forger une haute antiquité , et pour cela , ils ont fondé une chronologie d'après laquelle sur les 36,525 ans qu'ils auraient attribués à la durée des premiers temps, il y en aurait eu 33,984 consacrés au régne des dieux. Il ne serait donc resté que 2,541 ans pour le règne des hommes,

jusqu'à la quinzième année avant la conquête d'Alexandre , c'est-à-dire jusqu'à l'an 347 avant l'ère chrétienne, ou 4,725 années avant l'époque actuelle.

Ce nombre de 4,725 années parait bien réel,du moins d'après les progrés que l'étude des antiquités de l'Égypteafait faire à la chronologie de ce pays. En effet, d'après cette étude, l'histoire certaine de cette contrée célèbre ne paraît pas remonter à plus de 2,888 années avant Fére chrétienne, ce qui revient au même nombre que nous avons déjà fixé. Quant au reste du temps compté pour le règne des dieux , il est consacré aux fables mythologiques et n'a pas ce caractère certain qui convient seul à l'histoire. Dès lors, la véritable chronologie , celle qui se fonde sur une histoire réelle ou sur des monuments authentiques , ne permet pas d'assigner aux Egyptiens une plus haute antiquité, que celle que nous venons de leur attribuer.

Mais les observations astronomiques des anciens Égyptiens ne sont-elles pas en opposition formelle avec cette supposition ? Nous observerons que les formules établies par les géomètres pour représenter les mouvements planétaires, sont arrivées à un tel état de perfection , qu'avec leur secours , il n'est pas aujourd'hui dans le système du monde , un phénomène de mouve-

ment observable que l'on ne puisse prévoir pour un avenir quelconque , ou reproduire pour une antiquité presque sans bornes.

Ce sont là comme des instruments nouveaux avec lesquels on peut remonter dans la série des temps, reconstruire l'ancien aspect des deux, et le comparant aux observations ou aux traditions des peuples, assigner l'état de leurs connaissances positives , rechercher les idées qui leur ont été propres ou qui ont pu leur être transmises, et donner ainsi un élément de plus à l'histoire comparée de l'esprit humain.

En appliquant cette méthode aux documents que Ton possède sur l'ancienne Egypte, M. Biot a pu constater qu'à une époque aussi reculée que 3,285 ans Juliens } avant 1ère chrétienne, les Égyptiens avaient déterminé dans le ciel la vraie position de l'équinoxe vernal, du solstice d'été, et de l'équinoxe d'automne. Ils avaient également reconnu 4 505 ans plus tard, ou 1 780 ans avant l'ère vulgaire , que ces points primitifs s'étaient considérablement déplacés; aussi ont-ils exprimé ces deux états sur leurs monuments.

M. Biot est parvenu à ces résultats en étudiant les travaux astronomiques découverts en Egypte par Champollion , et leur appliquant les travaux de ce dernier sur l'ancienne année égyptienne. Cet illustre antiquaire a prouvé par les monu-

menls , que cette année composée de douze mois de trente jours, avec cinq épagomènes, s'écrivait depuis la plus haute antiquité par des signes qui la partageaient en trois saisons coïncidantes avec les phases que le débordement périodique du Nil assigne aux cultures annuelles et respectivement caractérisées par les symboles de la végétation, de la récolte et de l'inondation.

En outre, à chacun des mois était attaché un personnage divin qui y présidait; et parmi eux , Champollion faisait reconnaître avec évidence les emblèmes des deux solstices de l'équinoxe vernaî. Ces notions astronomiques sont-elles nées d'abord en Egypte, en commémoration de faits réels, et passées de là aux Chaldéens ; ou ceux-ci les ont-ils données aux Égyptiens qui en auraient fait le fondement de leur année vague? C'est un point de critique chronologique important sans doute à éclaircir, mais qui est tout-à-fait indifférent pour la solution de la question qui nous occupe.

Du reste, ceux des monuments mythriaques les mieux caractérisés par des symboles astronomiques, et qui permettent d'arriver à une pareille détermination sont tous desouvrages des Romains. On trouve également des vestiges des mêmes traditions sur les cylindres babyloniens et persépolitains, et sur divers bas-reliefs de Persépolis.

Mais ces monuments ne remontent pas à plus de cinq ou six siècles avant l'ère chrétienne ; à la vérité , on croit retrouver quelques traces de ces traditions jusque dans les racines de la langue persan ne.

Si Ton pouvait compter sur l'exactitude du fait souvent cité, que Callisthènes avait envoyé à Aristote des observations astronomiques chaldéennes, remontant à 19,000 ans , l'embarras relativement à la question de priorité entre la Ghaldée et l'Égypte augmenterait encore.

Du reste, en observant, relativement à l'astronomie des Chinois , et notamment sur les causes de l'étrange inégalité qu'on remarque dans l'étendue des signes de leur zodiaque et du choix du groupe d étoiles par lesquelles ils les distinguent, ce savant a été conduit à penser que Ta coïncidence entre leur astronomie et celle des Égyptiens et des Chaldéens était purement fortuite , et non l'indice d'uue communication qui se serait établie entre ces différents peuples.

Enfin, les plus anciennes observations astronomiques, mentionnées dans les 'livres des Chinois remonteraient seulement , d'après M. Biot, à 2,400 ans avant notre ère. Elles seraient donc postérieures de neuf sièclesà la position primitive des solstices et des équinoxes , rappelée par les notations et les tableaux sculptés des Égyptiens.

Quant au mode de division du ciel chinois par ascension droite , le choix de leurs constellations et les dénominations qui les désignent , il n'a aucun rapport avec le système astronomique égyptien. 11 n'y a donc rien qui puisse faire supposer une transmission de méthodes ou de traditions qui se serait propagée des Égyptiens aux Chinois. Les deux systèmes d'idées semblent, au contraire, tout-à-fait indépendants.

. Si cependant on découvre entre ces deux peuples quelques autres analogies , comme le culte du ciel , celui des ancêtres , l'assimilation des rois au soleil , l'emploi des signes figurés dans l'écriture primitive , il faut admettre qu'ils ont été conduits tous deux à ces usages par la seule pente naturelle de l'esprit humain. S'ils les ont puisés dans une communauté de patrie ou de race, ces relations ont dû précéder le phénomène astronomique qui est devenu l'origine des traditions et de la notation égyptienne, c'est-à-dire, qu'elles ont dû être antérieures à l'année 3,285 avant l'ère chrétienne,, époque qui correspondrait à environ 5,122 ans avint l'époque actuelle.

Il est également certain que les observations d'éclipsés faites par les Chaldéens et citées par Ptolomée, ne remontent pas à plus de 2,500 ans avant notre ère.

Les millions d'années que s'attribuent lesChal-

déens sont donc tout aussi fabuleuses que celles à l'aide desquelles les Égyptiens ont voulu se donner une haute antiquité. Leurs périodes astronomiques ont été calculées pour la plupart sur des observations inexactes, et même en rétrogradant ; plusieurs de ces périodes sont de simples cycles arbitraires multipliés par euxmêmes. Aussi les Chaldéèns n'ont-ils jamais su ni expliquer ni prédire les éclipses de soleil. Tout porte à croire que leur grande réputation en astronomie leur a été faite à des époques récentes , lorsque leurs successeurs vendaientdans tout l'empire romain des horoscopes et des prédictions.

En supposant aux Chaldéèns des connaissances astronomiques plus avancées que celles qu'ils avaient réellement , cette circonstance ne serait pas une preuve de leur plus grande ancienneté. En effet, des peuples pasteurs qui habitaient de vastes plaines, sous un ciel toujours pur, étaient par cela même, à portée d'observer le cours des astres. Leur vie pastorale et nomade devait, d'autant plus ? les engager à cette étude que les astres pouvaient seuls les guider pendant la nuit. 11 ne fallait donc qu'un esprit méditatif pour les faire arriver au degré de connaissance qu'ils paraissent avoir eu , et des siècles ne leur ont pas été nécessaires pour acquérir d'aussi faibles connaissances.

Ce que nous venons de dire des Chaldéens s'applique également aux Phéniciens , qui ne peuvent nous présenter des monuments historiques, dont la date soit au-delà de 4 ou de 5,000 ans avant les temps actuels. Quant aux Grecs, ils sont bien plus nouveaux; l'étonnante civilisation à laquelle ils étaient arrivés a été plutôt une suite de l'influence de leur constitution libérale, et en même temps des circonstances fortunées sous lesquelles ils ont vécu , que de celles du temps. Mais cette civilisation , ils en reçurent les premiers bienfaits de l'Égypte et de la Phénicie, surtout des habitants de cette dernière contrée qui vinrent s'établir en foule dans les champs heureux de la Grèce.

Quant aux Indiens , ils n'ont jamais eu d'histoire proprement dite. Leurs livres de théologie mystique ou de métaphysique abstruse, ne sauraient nous instruire sur leur origine et sur les vicissitudes de leurs sociétés. Aussi, a-t-on beaucoup de peine à établir quelques lambeaux d'une espèce de chronologie indienne. Cette chronologie, interrompue à chaque instant, ne parait pas remonter plus haut qu'Alexandre.

Leur Surga Siddanta, qui au dire des Brames, aurait été révélé , il y a plus de vingt millions d'années , ne peut avoir été composé que depuis environ 760 ans avant l'ère actuelle. Leurs livres

sacrés ou vedas, postérieurs à la Bible, ne remontent pas à plus de 3,200 ans. Leur histoire qui commence aussi par un déluge ne le place pas à plus de 5,000 ans avant nous.

Du reste, il est assez remarquable que l'époque à laquelle les Indiens assignent le commencement de leurs souverains humains , ceux de la race du soleil et de la lune , soit à peu près la même que celle à laquelle Ctésias fait commencer ceux des Assyriens , il y a environ 4,000 ans. Quant aux listes des rois que des pandits ou docteurs indiens ont prétendu compiler d'après les Pouramas , sorte de légendes ou de romans versifiés , ce sont de simples catalogues sans détails ou ornés de détails absurdes. Tels sont ceux qu'avaient les Égyptiens et les Ghaldéens ; tels sont ceux de Trithéme et de Saxon le grammairien pour les peuples du Nord.

Ces listes sont fort loin de s'accorder les unes avec les autres; aucune d'elles ne suppose ni une histoire, ni des registres, ni des titres réels. Le fond même a pu en être imaginé par les poêles dont les ouvrages ont été la source de ces histoires fantastiques. Ces listes toutes pleines de fables qu'elles sont, ne remontent cependant qu'à 4,300 ans, sur lesquels plùs de 1 ,200 ans sont remplis de noms de princes dont les règnes demeurent indéterminés quant à la durée.

Cet état déplorable de connaissances historiques devait être celui d'un peuple, où les prêtres héréditaires d'un culte monstrueux dans ses formes extérieures et. cruel dans beaucoup de ses préceptes , avaient seuls le privilège d'écrire , de conserver et d'expliquer les livres. Ces prêtres devaient redouter l'histoire qui éclaire les hommes sur leurs rapports mutuels et sur leurs véritables intérêts. Les mêmes causes ont agi en Egypte et en Chaldée ; aussi pour peu qu'on réfléchisse sur les fragments qui nous restent des traditions égyptiennes et cha Idéennes, on s'aperçoit qu'elles ne sont pas plus historiques que celles des Indiens.

Si cependant l'époque qui sert de point de départ aux tables astronomiques des Indiens , avait été effectivement observée , ces tables auraient une très haute antiquité, et par suite les peuples qui les auraient dressées. Mais les travaux de la société de Calcuta, ont prouvé qu'elles avaient été calculées en rétrogradant, et que leur résultat était tout-à-fait inexact. Aussi le savant Bentley a-t-il reconnu que les tables de Treviranus que Bailly avait considérées comme très anciennes y avaient été calculées vers 1281, depuis l'ère chrétienne, il y a seulement 556 ans.

Enfin , des solstices , des équinoxes indiqués

dans les Pouramas et calculés d'après les po-

skions que semblaient leur attribuer les signes du zodiaque avaient également paru d'une haute antiquité ; mais une étude exacte de ces signes a montré à M. Paravey, qu'il ne s'agit que de solstices de 1200 ans avant l'ère chrétienne. Du reste , le lieu de ces solstices y est si grossièrement fixé , qu'on ne peut répondre de cette détermination à deux ou trois siècles près. Cela est du reste facile à concevoir ; les Indiens peu patients, observent peu et n'ont jamais eu d'instruments propres à leur permettre de faire des recherches utiles. D'un autre côté , la nouveauté du verre, comme moyen d'observation, dépose contre l'ancienneté de ces tables astronomiques. Cependant un certain nombre de ces tables anciennes, telles que celles d'Hipparque, de Tieho Brahéetde Kepler, ont été calculées sans que leurs auteurs aient fait usage du verre dans leurs observations.

Les Indiens ont cependant connu des procédés de calculs fort ingénieux, qui, sans prouver l'ancienneté de leur astronomie, en montrent du moins l'originalité. On ne peut étendre cependant cette conclusion à leur sphère ; car indépendamment de leurs maisons lunaires qui ressemblent à celles des Arabes, ils ont au zodiaque , les mêmes douze constellations que les Égyptiens, les Chaldéens et les Grecs.

Les Chinois se sont plu aussi à se donner une haute antiquité ; mais elle n'est pas plus réelle que celle des peuples, dont nous venons de discuter l'histoire. Le Chou-king est leur plus ancien livre. On assure, qu'il a été rédigé parConfucius, sur des lambeaux d'ouvrages antérieurs , il y a environ 2,255 ans. Ce fut deux cents. ans plus tard , qu'arriva sous l'empereur Chi-Hoangti la persécution dés lettrés , et la destruction des livres. Aussi ce fut 400 ans plus tard , qu'une partie du Chou-King fut rétablie de mémoire , et cela par un vieux lettré. Une autre partie de ce travail précieux , fut retrouvée dans un tombeau , mais près de la moitié fut perdue pour toujours.

On sent dés lors , quelles incertitudes doivent envelopper une histoire , fondée sur de pareilles bases. Quoi qu'il en soit, elle commence par Yao, occupé à faire écouler les eaux de dessus la surface de la terre ; cet empereur vivait , il y a 4,464 ans , selon certains de ces manuscrits , et •selon les autres, il y a seulement 3,944 années.

On a bien supposé , à la vérité, qu'il existait des empereurs avant Yao; mais Ton a admis pendant leur règne des circonstances tellement extraordinaires, que leur existence est plus que problématique. En effet l'histoire des Chinois ne devient raisonnable et ne peut soutenir l'examen

de la critique , que lorsqu'elle nous transmet des événements réels passés sous les yeux des historiens , ou du moins qui leur étaient bien connus.

Quant aux observations astronomiques dues aux Chinois, la plus ancienne , parmi celles qui ont un caractère d'exactitude, est celle du gnomons, dont la date remonte, à 2,900 ans. A la vérité on trouve dans le Chou-King des détails d une éclipse qui daterait de 3,965 ans; mais cette éclipse est racontée avec des détails si absurdes , que la description en a été évidemment faite après coup. Du reste, l'état du ciel à l'époque où l'on prétend que cette éclipse aurait été aperçue s'oppose à ce qu'on puisse la considérer comme réelle. Il est également question dans le même livre d'une conjonction qui aurait eu lieu il y a environ 4,260 ans. Sans doute, cette observation serait la plus ancienne connue; mais elle a été rejetée par tous les astronomes , en sorte que nous n'avons d'observations précises , que celle du gnomons , dont nous avons fixé la date à 2,900 ans avant les temps actuels.

Quant aux monuments les plus anciens de là Chine, ils ne remontent pas non plus à une haute antiquité; car ils sont postérieurs de plusde mille ans à l'empereur Yao-Chu. Il en est de même de leurs vases. On n'en connaît pas dont la date soit antérieure à 1 ,766 ans avant l'ère chrétienne.

Ces vases peu chargés de caractères sont du reste fort difficiles à débrouiller à raison même de leur uniformité. Aussi ne peuvent-ils pas toujours nous servir à éclairer la chronologie % d autant que les hiéroglyphes chinois sont à peu prés arbitraires. .

On peut donc conclure avec fondement , de l'examen attentif de l'histoire chinoise, que ce n'est jamais en astronomes, mais en astrologues, que ces peuples ont observé le ciel. Dès lors leurs observations sont - elles nulles pour la chronologie et l'histoire , comme elles le sont pour la science.

En un mot, les observations astronomiques, les livres, les monuments historiques nous manquent, lorsque nous voulons dépasser la date que nous avons fixée à l'apparition de l'homme. C'est donc sans raison , comme sans autorité , que l'on a voulu aller au-delà par suite d'idées préconçues ou pour le soutien de systèmes plut ou moins ingénieux.

Un simple hasardj ne saurait nous donner un résultat aussi frappant et aussi uniforme , que celui dont nous venons de démontrer l'évidence. En effet d'après lui, l'origine des monarchies égyptiennes, assyriennes, indiennes et chinoises , ne remonterait pas au-delà de 4,000 ansouau plus de 5,000 ans. Les idées de peuples qui ont eu si

peu de rapport» ensemble, dont la langue, la religion, les lois n'ont rien de commun, auraientelles pu s'accorder sur un pareil point, si elles n'avaient la vérité pour base et la réalité pour appui.

%UV* DES MONUMENTS ET DE LA CIVILISATION CONSIDERES COMME MESURES DO TEMPS.

La beauté, la grandeur des villes de l'antiquité ainsi que les faits représentés sur certains monuments des premiers temps de l'histoire ayant paru annoncer à l'existence de l'homme une plus haute ancienneté, que celle que nous lui avons attribuée, il paraît nécessaire d'en discuter la valeur,

lies plus anciens monuments qui nous soient connus, sont : la tour de Babel et ceux qui couvrent le sol de l'Egypte et particulièrement les pyramides. L'époque de la construction de ces monuments est évidemment postérieure à celle du déluge , et par conséquent déjà fort éloignée de l'apparition de l'homme.*Aussi ceux qui ont le plus reculé le terme de leur construction ne le font pas remonter au-delà de 3,409 ans , tandis que d'après la Genèse, elle ne dépasserait pas 2,642 ou au plus 2,647 années avant les temps actuels. Nous adopterons si Ton veut avec

plusieurs écrivains modernes , le premier de ces nombres qui éloigne le plus cette époque, et loin de trouver cette date en contradiction avec les autres faits que nous avons déjà exposés, elle les confirme au contraire pleinement.

Les pyramides d'Egypte doivent être et sont en effet moins anciennes que Moïse ; car si ces monuments dont, suivant l'expression d'un poète, la masse indestructible a fatigué le temps, avaient existé du temps de ce grand législateur , il en aurait certainement parlé aux Hébreux , qui comme lui sortaient d'Égypte. Sans doute leur grandeur et l'ensemble de leurs proportions colossales frappent l'imagination et même à tel point, que plusieurs étonnés de leurs dimensions gigantesques, ont répété à diverses reprises, que ces monuments annonçaient, ou des hommes

de cent pieds ou une antiquité incalculable.

Nous avons déjà répondu à la seconde branche de cette supposition; et nous dirons relativement à la première que tout ce que ces monuments redisent à ceux qui les jugent sans prévention , c'est qu'ils n'ont pu être élevés que par des nations avilies sous l'oppression d'un pouvoir absolu , et des efforts réunis de tout un peu» pie d'esclaves. Que d'instruction dans ces monuments I ne révèlent-ils pas à notre pensée sous quel joug honteux gémissaient les hommes

qui les ont érigés, lis sont encore debout, témoignage impérissable des fléaux sansnombre qu'entraîne, après lui le despotisme lorsqu'il se laisse guider par une stupide ambition ou un ridicule orgueil.

Aussi dans l'état actuel de notre civilisation moderne , de pareils monuments sont à peu prés impossibles , surtout lorsque leur but ne peut être que de flatter, l'orgueil et la vanité du souverain qui en exige l'érection. Ils le seraient même dans ces pays où le pouvoir despotique subsiste encore , tant les idées généreuses ont fait de progrès dans l'esprit de tous les hommes, dont le cœur bat et s'enflamme lorsqu'on veut y porter atteinte.

Des monuments, d'une grandeur aussi colossale, auraient même été impossibles sous la domination romaine ; les empereurs tout puissants pour lever des milliers de soldats prêts à verser leur sang pour la patrie, auraient été sans pouvoir s'ils avaient exigé des anciens Romains, le sacrifice de leur temps et de leur liberté. Après de pareils faits parlerons-nous de la difficulté que ces peuples auraient éprouvée , pour évaluer avec leurs chiffres , la dépense que de pareilles constructions auraient occasionnée?

Quoiqu'il en soit, les pyramides sont loin d'être les monuments les plus anciens de l'Égypte,

elles leur sont même d'après C ha m poil ion le jeune, postérieures d environ mille ans. Les premières ne remonteraient pas, d'après lui, à plus de 3,037 ans avant l'époque actuelle, tandis que les autres monuments, auraient été érigés, il y a déjà 4,037 années.

Ce que nous venons de dire des monuments , nous pouvons l'appliquer à la grandeur et à la splendeur des villes de la haute antiquité. Leur beauté tient également à l'abus du pouvoir absolu , et d autant plus, qu'à toutes les époques les rois ont été jaloux de rendre le lieu de leur résidence en harmonie avec l'étendue de leur pouvoir et de leur domination.

Enfin on a voulu voir dans le zodiaque de Dendéra une preuve des connaissances astronomiques des anciens Égyptiens , lesquels annonceraient une suite de très longues observations. Mais depuis que ce zodiaque a été soumis à l'examen de nos savants, on a reconnu que sa date était loin d être certaine et excessivement reculée. On a employé dans ce zodiaque les mêmes figures des constellations zodiacales que celles que nous employons aujourd'hui , seulement avec une distribution toute particulière.

On a cru voir dans cette distribution , une représentation de l'état du ciel au moment où l'on avait dessiné ce monument , et c'est aussi

un point auquel on est arrivé. Par là et à l'aide de la méthode dont nous avons déjà donné une idée, on a pu juger que les observations astronomiques des Égyptiens , étaient loin de confirmer la haute antiquité que Ton avait voulu leur afc* tribuer.

Sans doute, si les Égyptiens avaient pu déterminer la longueur de l'année , d'après le lever héliaque de Si ri us, ce résultat serait réellement étonnant; mais pour qu'il le fût, il faudrait qu'il eût été déduit d'observations réelles de Sirius ; ce qui est à peu près impossible , surtout en Égypte , où l'on ne voit jamais d'étoiles qu'à quelques degrés au-dessus de l'horizon, et que le soleil à son lever et à son coucher , se trouve entièrement déformé.

Si les Égyptiens avaient eu des idées astronor miques aussi exactes que celles qu'on leur a supposées, comment Eudoxe qui avait étudié pendant treize années dans leurs écoles, auraitil porté en Grèce des cartes du ciel si grossières et si incohérentes dans leurs diverses parties ? Comment la précession n'aurait-elle été connue des Grecs que par Hipparque , si elle eût été consignée dans les registres des Égyptiens et écrite en caractères si manifestes aux plafonds de leurs temples ? comment enfin Ptolomée qui

écrivait en Égypte , n'aurait-il pas profité des

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observations des anciens Égyptiens, et comment n'en aurait-il pas été de même de Thaïes et plus tard d'Hérodote?

Les inductions tirées de la haute perfection des connaissances astronomiques des anciens peuples, ne sont donc pas plus concluantes, en faveur de leur antiquité , que les témoignages qu'ils se sont rendus à eux-mêmes. Du reste , quand leurs connaissances auraient été plus avancées, que prouveraient-elles? a-t on calculé les progrès que peut faire une science chez des peuples qui n'en avaient point d'autres. La sérénité du ciel ; les besoins de la vie pastorale ou agricole , les registres des phénomènes particuliers tenus par des collèges d'hommes habiles , l'hérédité des professions, tout a dû y contribuer. Aussi a-t-il suffi que , parmi les hommes dont l'astronomie était la seule occupation , il se fût trouvé deux esprits géométriques , pour découvrir le peu que les nations de l'antiquité ont connu.

Du reste depuis les Chaldéens, la véritable astronomie n'a eu que deux âges ; celui de l'école d'Alexandrie qui a duré environ 400 ans , et le nôtre qui n'a pas été aussi long. A peine l'âge des Arabes y a-t-il ajouté quelque chose. Les autres siècles ont élé tout-à-fait nuls pour elle. Il ne s'est pas écoulé trois cents ans entre Coper-

nie et l'auteur de la mécanique céleste ; et Ton voudrait que les Égyptiens ou les Indiens aient eu besoin de milliers d'années pour arriver à leurs informes théories. Un homme de génie suffit seul pour créer une science et la porter à un haut degré de splendeur.

Si celte vérité avait besoin d être étayée par des exemples , l'histoire nous en fournirait de nombreux et de frappans. Qu'étaient en effet les sciences naturelles avant Aristote ? et que sontelles devenues pendant les siècles qui se sont écoulés depuis lui, jusqu'à Linné et BufFon?

Qu'était également la médecine, avant Hippocrate ou, pour mieux dire, avant lesHippocrates ? n'est-ce pas eux qui ont fondé celte science sur des bases inébranlables, et qui, en dirigeant les médecins vers l'expérience , leur ont frayé une voie nouvelle dont l'humanité a depuis lors tant profité.

Considérons enfin des temps plus rapprochés de nous , et demandons-nous ce qu'étaient les sciences physiques et mathématiques avant Galilée, Leibnitz et Newton. N'est-ce pas à ces physiciens que sont dues ces méthodes et ces instruments qui nous ont mis en communication avec le monde extérieur ? A leur aide, nous avons pénétré dans l'immensité des cieux, et découvert des mondes tout aussi merveilleux que celui qui est offert immédiatement à nos regards.

N est-ce pas également à eux que l'esprit humain a dû ces moyens nouveaux d'analyse qui nous ont fait faire tant de découvertes inattendues et qui en préparent tant pour l'avenir ? Heureux supplément de l'intelligence humaine , l'analyse infinitésimale est un instrument en quelque sorte rationnel, et qui, au milieu de tous ces avantages, a celui d'être applicable à tout ce qui peut être saisi par des nombres. Ce n'est donc pas sur le temps que nous devons calculer les progrés des sciences et de la civilisation qui en est la suite. Le génie crée et -perfectionne tout à la fois ; à sa voix puissante , tout cède et obéit, et dans un instant, il invente ce que des siècles n'ont su trouver. Aussi n'est-il pas de branche des sciences physiques, à l'exception de celle qui se rapporte à l'histoire des animaux, qui date de plus d'un siècle; car nos sciences modernes n'ont presque rien de commun avec les ébauches imparfaites que les anciens nous ont laissées. Aussi par suite de leur influence puissante , non seulement , il n'est pas sur le globe d'asyle inexploré , mais nous y avons découvert quatre fois plus de terre que n'en connurent jamais les anciens. Nous a-Nil fallu des siècles pour produire de pareilles merveilles ? et voudrait-on y trouver une preuve de l'ancienneté des nations modernes , comme on l'a fait pour

celles de l'antiquité ? Non , sans doute , les faits sont trop près de nous pour le prétendre ; mais remarquons que si cet argument- ne peut avoir la moindre force relativement à nous , peuples si nouveaux, il ne saurait en avoir davantage pour les peuples anciens.

On peut donc circonscrire les progrés de la civilisation ancienne et moderne dans l'espace de temps qui s'est écoulé depuis l'apparition de l'homme que nous avons fixée, en terme moyen, à 7,067 ans avant les temps actuels. Ainsi, entre l aurore de l'histoire grecque et le déluge , il se

serait écoulé un intervalle de 3,500 ans au moins, ou au plus de 4,864 ans. Or, cet intervalle est plus que suffisant pour avoir amené les peuples de l'antiquité au point de civilisation où nous les représente l'histoire. En effet , les Égyptiens, les Indiens et les Chinois, vivant dans un climat doux et dans un pays fertile, sous le despotisme ou sous la théocratie , ont bien pu arriver, il y a environ trois mille ans , à cet état de civilisation où le pouvoir souverain crée de grands monuments , et où le luxe nourrit et développe les arts, propres à le perpétuer.

C'est à cet état où les Indiens et les Chinois se sont arrêtés et où serait encore TÉgypte, si cette helle contrée n'avait été subjuguée et colonisée par des nations d'une autre trempe d'esprit.

Quant à la civilisation des Grecs , son commencement ne date guère de plus de quinze siècles avant l'ère chrétienne. En effet, Homère n'a fleuri que 900 ans avant cette époque, et Hérodote, qui lui a été bien postérieur, que de 464 ans avant la même époque. Cette carrière de quinze siècles est du reste bien suffisante pour expliquer toutes les merveilles de la civilisation des Grecs. Ce temps semble surtout suffisant lorsque l'on considère les immenses progrès que la civilisation moderne a faits depuis la renaissance des lettres , époque si glorieuse pour l'esprit humain qui , jusqu'alors , plongé dans les langes de l'ignorance , s'est réveillé tout-à-coup et a produit les plus belles découvertes des temps modernes.

Le cercle de chronologie biblique, qui parait si étroit aux faiseurs de systèmes, est encore assez vaste pour les historiens. On peut y faire entrer non seulement toute la Grèce historique et héroïque, mais encore ces grands empires d'Orient, dont les lourds et immenses monuments ont exigé des siècles pour s'achever. On peut également y faire entrer la civilisation des Indiens et des Chinois, ainsi que les antiques migrations des Celtes et des Scandinaves, dont Suhm, le Varron des Danois, a si judicieusement déterminé les époques.

La véritable philosophie de l'histoire rejette

donc sans embarras ; comme sans regréls, tous ces millions de siècles dont elle n'a que faire. Elle doit d'autant plus les rejeter, que la nature nous tient partout le même langage, que les monuments et les traditions historiques , relativement à la nouveauté de l'homme sur cette terre dont il est devenu le maître et le dominateur par son intelligence aussi bien que par ses travaux.

XIV 0 LES MODIFICATIONS QUE L*£SpiCE HUMAINE A ÉPROUVÉES, ANNONCENT-ELLES UNE HAUTE ANTIQUITE?

L'espèce humaine , par suite des causes diverses dont elle a subi l'action , a éprouvé de nombreuses et importantes modifications dans ses formes extérieures. On a donné le nom de races aux variétés principales qui en ont été le résultat; certains observateurs ont plus fait encore, ils ont considéré ces races comme autant d'espèces. A leurs yeux, le genre humain n'est point simple, c'est-à-dire, formé d'une seule espèce; mais il est, au contraire, multiple, étant constitué ' par plusieurs espèces distinctes, deux qui ont adopté cette dernière opinion ont supposé que s'il n'y avait eu dans le principe qu'une seule espèce d'homme, il fallait que des circonstances agissant depuis des temps bien longs, eussent produit ou fait naître les différentes races qui existent aujourd'hui.

Examinons donc la question de Tu ni té ou de la multiplicité du genre humain sous ces différents rapports , et voyons ce que les faits nous apprendront.

Le premier point que nous ayons à étudier est de savoir ce que Ton doit entendre par espèce et par variété; car avant tout, il semble que pour décider s'il y a ou non plusieurs espèces d'hommes, il faut bien définir ce qui doit être compris sous cette dernière dénomination. H est trop évident que les différences , quelque grandes qu'elles soient , qui se montrent chez les espèces sans en altérer le type d'une manière essentielle, conservant constamment le caractère qui les distingue, ne peuvent être considérées que comme des variétés. Seulement il y aura à distinguer entre elles, d'après la permanence de leurs caractères , les variétés du premier ordre ou fondamentales, des variétés du second ordre ou passagères.

Voyons donc d'abord ce que l'on doit entendre par espèce ; car ce premier point de départ est essentiel à fixer, pour reconnaître si le genre humain est réellement simple, ainsi que paraît nous l'apprendre l'ensemble des faits.

La génération , quel qu'en soit le mode ou de quelque manière qu'elle s'exerce , semble être le type de Tespèce ; en sorte que tous les individus qui peuvent se reproduire et se perpétuer

indéfiniment les uns avec les autres , sont d'une éeule et même espèce. Les différences qui les distinguent, quelque grandes quelles puissent être, ne seraient en définitive, que des variétés , . puisqu'elles dériveraient de la même souche.

Si ces faits sont exacts , ce qui est incontestable, il s'ensuit, que par le mot espèce , on doit comprendre tous les individus qui descendent les uns des autres et qui se ressemblent entr'eux ; autant que se ressemblaient les parents dont ils sont provenus.

Or, maintenant , toute la question se réduit à savoir si les races humaines peuvent se reproduire les unes avec les autres, et cela d'une manière indéfinie. Ici l'expérience nous répond que les plus abâtardies donnent des individus féconds, réunies avec les races les plus'parfaites. Cette expérience que nous invoquons n'est point fondée, commeon pourrait le croire, sur quelques faits isolés, mais bien sur l'ensemble et l'universalité des faits confirmés par l'observation de tous les jours.

Il n'y aurait donc qu'une seule espèce d'homme , si notre définition est exacte. Mais ,on oppose que la génération en est si peu le type, tjue plusieurs espèces , reconnues comme différentes, donnent par leur accouplement des

individus féconds, et que chez d'autres, un seul

accouplement suffit à plusieurs générations.

L'homme est à la vérité , parvenu par suite de son influence sur les animaux, à faire accoupler plusieurs espèces différentes. Ces accouplements, qui n'ont jamais lieu dans les espèces livrées à elles-mêmes, donnent souvent des produits qui tiennent plus ou moins de la forme des parents, quelquefois même, ils tiennent le milieu entre le père et la mère dont ils proviennent. On a donné, probablement à raison de cette circonstance , le nom de métis ou de mulet, à ces produits de deux races différentes.

L'homme seul a le pouvoir de forcer les espèces à se soumettre à de pareils réunions , et encore pour les y contraindre , il faut qu'elles se trouvent sous l'empire de certaines conditions. Ainsi un des deux sexes au moins doit être en état de domesticité. Si toutefois la domesticité n'est pas une condition absolue sans laquelle deux espèces différentes ne peuvent s'accoupler, il est pourtant nécessaire que toutes deux soient privées de leur liberté.

Les produits forcés, de ces accouplements contre nature, sont si peu dans leur état normal qu'ils sont presque généralement stériles et inféconds. Lorsqu'ils sont aptes à la génération, ce qui, du reste, est fort rare, ce pouvoir s'arrête à la troisième ou au plus à la quatrième généra-

tîon. Il est donc certain que les métis, résultant de l'association de deux espèces différentes , ne possèdent pas cette faculté génératrice dont jouissent seules les véritables espèces; dès-lors ils n'altèrent en rien le type qui constitue celle-ci, puisque ces métis ne sont pas durables , ne pouvant se propager eux-mêmes.

Quant à l'objection tirée de ce qu'un seul accouplement suffirait quelquefois à plusieurs générations, elle ne paraît pas avoir une grande valeur pour faire changer la définition de l'espèce; en effet, cette particularité que présentent quelques pucerons ne modifie pas les espèces où elle a lieu; elle tend uniquement à en assurer la durée. Ce mode est donc le plus parfait, car avant tout,* la conservation et la perpétuité de l'espèce sont le point le plus important de l'économie vivante.

Ces arguments ainsi écartés , il s'agit de savoir comment, s'il n'y a qu'une seule espèce d'hommes , cette espèce unique a pu produire un si grand uombre de races particulières.

Pour faire concevoir, autant qu'il est possible, comment ces diverses races ont été formées, examinons ce qui s'est passé chez les animaux dont nous pouvons suivre chaque jour les variations. En effet, nous produisons chaque jour de nouvelles races dans les animaux, en les transportant avec nous dans les climats les plus divers,

en leur distribuant la nourriture à notre gré, enfiu en les forçant à se croiser de mille manières différentes. A l'aide de toutes ces influences , nous tendons sans cesse à détruire ce type immuable des espèces auquel elles reviennent; pour ainsi dire, instantanément dès que, libres du joug de l'homme, elles retournent à la vie indépendante.

Aussi les variations des animaux sont plus considérables et plus nombreuses que celles que nous présente l'espèce humaine. Pour nous en assurer, il suffira sans doute de comparer, sous le rapport de leurs variations, l'homme avec l'a- , nimal dont il a le plus fait la conquête, le chien.

Ce dernier varie singulièrement par l'effet de notre influence, soit dans son instinct, soit dans son naturel, soit même dans son intrépidité. Il varie beaucoup également dans ses qualités physiques; par exemple, dans sa taille, il varie comme un à cinq dans les dimensions linéaires, ce qui fait plus du centuple de la masse.

Cette différence est bien plus grande que celle que l'homme présente, dans les mêmes dimensions. En effet, les Lapons, les Esquimaux et les Boschimans n'ont guère moins de 4 pieds et les Patagons n'arrivent jamais au-delà de 6 pieds. Ainsi la plus grande diversité dans la taille de l'homme resterait dans le rapport d'un à un et

demi ; par conséquent, elle serait de trois fois et demi moi us considérable que dans le chien .Enfin la masse du corps , comparée dans les diverses races , resterait, à peu de chose près , dans les plus dissemblables : : 1 : 4 1/2.

Si nous comparons enfin les mêmes dimensions chez les nains et les géants , que nous ne saurions regarder comme dans l'état normal , nous trouverons encore que les extrêmes de leurs différences sont moindres que celles des races des chiens. Ainsi, la hauteur des plus petits nains est à celle des plus grands géants presque exactement: : 1 ; 4, et, en les supposant bien proportionnés , la masse du corps des premiers est à celle des seconds ; : 1 : 64.

Les chiens varient en outre beaucoup dans leurs autres caractères; la forme de leurs oreilles, de leur nez, de leur queue, ainsi que la hauteur relative de leurs jambes éprouvent de nombreuses et importantes variations. 11 en est de même de la couleur et de l'abondance de leurs poils, qu'ils perdent quelquefois entièrement. Le développement progressif du cerveau, d'où résulte la forme même de leur tête, tantôt grêle, à museau effilé, à front plat, tantôt à museau court, à front bombé, éprouve aussi de grandes différences qui ne sont pas sans quelque influencej sur l'instinct [de ces animaux.

Par suite de ces variations , les différences apparentes d'un mâtin et d'un doguin sont plus fortes que celles que l'on reconnaît entre les es-

certaines races de chiens offrent un doigt de plus aux pieds de derrière, avec les os du tarse correspondant, à peu prés comme dans l'espèce humaine, nous voyons des familles sex-digitaires. Ce développement d'un sixième doigt est, du reste, le maximum de variation, connu jusqu'à ce jour dans le règne animal.

Il n'est pas moins constant que toutes ces variations, qui ont produit des races si diverses, dérivent cependant toutes d'une seule et même souche. A la vérité, on s'est demandé long-temps où était cette souche primitive du chien de laquelle sont provenues nos races domestiques.

D'après M. Hogdson , cette race , de laquelle seraient sortis nos chiens domestiques , se trouverait dans le Népaul, où elle est connue sous le nom de Buansu.

Les caractères de ce type fondamental seraient, du reste, les mêmes que ceux de nos chiens et il en aurait toutes les habitudes. Nous n'avons donc plus à nous demander si nos chiens de berger ou le chacal sont ou non la souche de nos chiens domestiques. Cette souche se trouve dans les anciennes contrées de l'Asie, berceau du genre

humain , là où l'homme a fait ses premiers pas vers cette civilisation à laquelle il a été poussé comme par une puissance irrésistible.

Si donc les animaux que l'homme a le plus rapprochés de lui ont éprouvé des variationsplus grandes et plus nombreuses que l'espèce humaine, nous pouvons ainsi concevoir plus facilement celles que nous avons nous-mêmes éprouvées. Du reste , on conçoit qu'ici, on ne peut pas supposer qu'elles ont été produites par l'influence du temps; car toutes ces races sont naturellement de beaucoup postérieures à notre existence. Aussi voyons-nous les espèces sauvages rester immuables dans leurs formes, quelques divers que soient les pays qu elles habitent. Au milieu des nombreux exemples que nous pourrions citer, il nous suffira de rappeler celui que nous fournissent le loup et le renard qui s'étendent depuis la zone torride, jusqu'à la zone glaciale, et n'éprouvent pourtant dans cet immense intervalle, qu'un peu plus, ou un peu moins de beauté dans leur fourrure.

Enfin, voyons si nous ne pourrons pas nous rendre compte, comment d une seule espèce {l'homme, ont pu provenir ces races nombreuses, dont certaines rappellent si peu le type primitif dont elles sont cependant sorties. On peut remarquer en premier lieu que les variations de l'espèce

humaine devraient être plus étendues et plus nombreuses que celles que Ton observe chez les animaux , et pourtant , il en est tout le contraire. Cependant l'homme présente de plus que les animaux un instrument perfectible, c'est celui de son intelligence. En faisant d'immenses progrés chez certains peuples ; cette intelligence a du entraîner dans son mouvement, les formes extérieures qui l'expriment. Cette cause étant éminemment variable, les caractères des différentes races ne peuvent être par cela même permanents , ce que prouve du reste l'observation directe de l'homme.

Le principe de ces modifications est donc dans cet agent supérieur aux climats, ou dans l'organe matériel de l'intelligence qui plus ou moins développé a produit par suite de son influence de nombreuses variations danâ l'espèce humaine; ces variations en se perpétuant ont produit à leur tour les diverses races qui en font partie. Le système nerveux encéphalique différent pour chaque peuple a ainsi gouverné les formes extérieures, en même temps qu'il a présidé à la répartition des forces vitales, dont l'intervention a enfin modifié les effets des agents extérieurs.

Le travail intellectuel doit avoir nécessairement pour résultat de faire de la tête un centre de fluxion, et d'y faire prédominer l'énergie vitale.

L'effet d'un pareil phénomène est de donner à la portion de la tête où il se passe, un pins grand développement , et d'attribuer aussi au système pileux une plus grande activité, activité qui coïncide avec la plus grande complication du cuir chevelu.

Tels sont les effets qui ont eu lieu chez la race blanche, qui , plus parfaite au moral, que toutes les autres , ne l est pas moins au physique. Tel est celui qui s'effectuera également par le perfectionnement de l'intelligence , chez toutes les races humaines, même chez la plus dégradée de toutes, la race nègre.

Le fait seul d'un travail intellectuel prolongé en amenant un surcroit de sang vers la tête, aura nécessairement pour effet d'alonger et d'amollir cette laine grossière et rabougrie qui manquait d'aliment. Gomment pourrait-il en être autre* ment, puisqu'il y a identité entre le pigmentum sous-épidermique et la matière des poils. Ainsi le développement de la chevelure ne saurait avoir lieu qu'aux dépe?is de la couleur noire j en effet à mesure que les cheveux s'alongent , nous observons en même temps une coloration moins foncée, un angle facial déplus en plus rapproché de l'angle droit, signe évident d'un plus grand degré d'intelligence.

Ce que nous venons de dire de la race nègre,

s'effectuera également chez toute autre race et par exemple chez la race mongole, par l'influence des progrés de la civilisation. Ici, comme ailleurs, nous verrons les formes du crâne, suivre les variations du système nerveux encéphalique. Les pommettes . cesseront d'être proéminentes , lorsque les lobes antérieurs du cerveau élargiront le front. Le visage cessera aussi dès ce moment d'être coupé en losange et les yeux regarderont directement en avant.

La prééminence des plus nobles instincts fera également disparaître la saillie du menton et la grandeur de la bouche. Les cheveux puisant dans les matériaux plus ou moins abondants qu'amène l'activité cérébrale, deviendront fins et moelleux , et la barbe ornera le visage siège des mouvements expressifs. Enfin recevant par contre-coup, la loi du système nerveux , la coloration de la peau disparaîtra de plus en plus, et le sens du toucher deviendra plus parfait.

Si ces effets se continuent, et si les progrès de l'intelligence s'étendent de plus en plus, on verra ces races à teint coloré, à cheveux crépus ou laineux ou à cheveux courts, tendre d une manière manifeste vers la race blanche , celle dont l'angle facial est le plus rapproché de l'angle droit , où les cheveux sont les plus longs , et la peau la moins colorée. ,

Le développement du système nerveux encéphalique instrument de l'âme dans les opérations intellectuelles , suffit donc pour produire le passage d'une race à une autre ; car tous les caractères spécifiques gravitent autour de ce premier système et en suivent les mouvements. Il est facile de concevoir, quelle instabilité existe dans ce développement, et dès-lors combien doivent être nombreuses les variations qui en sont la suite. Il ne faut donc pas s'étonner, d'observer un si grand nombre de races dans l'espèce humaine, et de reconnaître le peu de permanence de leurs caractères. On doit d'autant moins en être surpris, qu'à l'influence du système nerveux, vient s'ajouter une foule d'autres causes, dont l'action est aussi sensible sur l'espèce humaine , qu'elle l'est sur les animaux.

Sans vouloir entrer dans l'examen de ces différentes causes, il nous suffira de rappeler l'influence du croisement des hommes, qui ont éprouvé en sens contraire les effets de là civilisation, celle qui résulte de la diversité des climats, des milieux et de la pression barométrique qu'ils supportent, sans même y comprendre, si Ion veut , celle de la nourriture. Toutes ces causes agissant d'une manière constante et par cela même efficace sur les hommes , qui y sont soumis , ont dû produire à la longue les grandes

variétés que l'on y observe ; de la même manière que, par suite de notre influence, les animaux ont éprouvé les grandes et notables modifications, qui y ont constitué des races diverses et nombreuses.

Si donc l'exercice d'un organe en accroît le développement , une cause contraire ne peut que le diminuer, et finir même par en annihiler l'influence , si sa cessation dure long temps. L'instabilité des races en est donc un fait nécessaire ; aussi peut-on la reconnaître, en observant les peuples qui ont abandonné la civilisation, comme en étudiant ceux qui ont fait tous leurs efforts, pour en accélérer les progrès. Cette vérité est loin d'être une pure théorie, comme on pourrait peutêtre le supposer. Car la terre avec ses nombreux habitants est là pour justifier l'exactitude de ces aperçus.

Si cependant il était nécessaire de citer des exemples de l'influence de cette marche rétrograde dans le chemin de la civilisation , nous pourrions en signaler un bien frappant , ç'est celui que nous offre la race Finnoise , qui parait se rapporter à la race blanche ou caucasienne. La taille des Lapons et des Groênlandais qui en font partie est plutôt petite que grande; leur corps est grêle, et leur front étroit comme dans toutes les races dont l'intelligence est peu avancée. Leurs cheveux sont courts, leurs pom-

mettes saillantes , et leur teint d'un brun sale.

L'abondante cbevelure de la race blanche a disparu ici, avec l'activité cérébrale. Les poils et à leur défaut, le pigmentum ont dû se montrer sur le reste du corps, en sorte que la peau est devenue plus colorée et les cheveux plus courts qu'ils ne Tétaient primitivement.

Tous ces effets ne résultent-ils pas d'une manière nécessaire de l'affaiblissement de la civili- • sation des peuples qui ont ainsi perdu la beauté de leur type primitif. Il ne faut donc pas assigner un berceau différent aux diverses races humaines , et s'appuyer à cet égard sur l'incompatibilité de leurs caractères ; car toutes se fondent les unes dans les autres, parce qu'elles proviennent d'une même source. Il ne nous a pas été donné, il est vrai, de suivre pas à pas de pareilles métamorphoses. Les historiens arrivent, lorsque le genre humain est déjà bien loin de son départ , les consulter sur ces temps éloignés ; c'est en quelque sorte demander à l'homme mûr l'histoire de son enfance.

Après les faits que nous venons de rapporter, qui oserait dire que les hommes de couleur, dont la civilisation fait tous les jours de nouveaux progrès , ne remonteront pas au point où nous sommes parvenus maintenant. Par l'effet du développement du système nerveux encéphalique*

nous verrons la coloration de leur peau s'affaiblir par degrés, et en même temps leurs cheveux s'alonger et leur angle facial devenir beaucoup plus ouvert.

Ainsi ces peuples, qui déjà se sont réunis sous une forme de gouvernement régulier, et se sont créé une civilisation , n'auront bientôt plus rien de ces nègres, dont ils tirent leur origine. Bien différents de leurs ancêtres , qui n'ont pas su se faire une écriture, ni construire le moindre monument, ni enfin avoir une histoire propre à les éclairer sur leur origine et leur destinée , ces peuples transplantés dans un monde nouveau , y prendront par suite des progrés de leur civilisation, des formes nouvelles., fruits heureux de cette même civilisation, dont leur perfectionnement physique , ne sera pas un des moindres bienfaits.

Ainsi, comme semble l'avoir démontré M. Georges Gaidan, les traits du visage de l'homme et son angle facial sont subordonnés à son état intellectuel - 9 cet état gouverne également la coloration de la peau d'une manière indirecte par l'influence qu'il exerce sur la distribution du système pileux. Aussi voyons-nous dans chaque race, l'ensemble des caractères spécifiques être toujours en harmonie avec l'état de leur civilisation.

C'est donc à lort que MM. Desmoulin et Bory de Saint Vincent, ont supposé l'un, qu'il existait seize espèces dans le genre humain et l'autre seulement quinze de ces espèces , lesquelles ils ont fait sortir isolément des racines des principales montagnes du globe. Du moins les faits physiques aussi bien que les faits historiques s opposent à l'admission d'une pareille supposition ; car s'il est un point démontré, c'est que l'homme, bien différent en cela des animaux , n'a pas été placé simultanément sur la terre sur plusieurs points particuliers, mais bien sur un seul , duquel il a irradié pour peupler successivement la totalité du globe, dont ses descendants devaient plus tard, embrasser l'ensemble. L'Asie semble avoir été cette partie primitive, et le premier berceau du genre humain. Du moins cette contrée, une des principales parties du plus ancien des continents , offre-t-ellc à la fois les plateaux et les pics les plus élevés qu'il y ait sur la surface de la terre. D'un autre côté le soulèvement des chaînes centrales de l'Asie, a eu lieu avant la dispersion des dépôts diluviens , et par conséquent bien avant l'apparition de l'homme. En effet les faits géologiques annoncent que la haute chaîne de l'Himalaya qu i constitue le plateau central de l'Asie, est du même âge que le Mont-Blanc, c'est à dire qu'elle

a été soulevée , lors de la précipitation des dernières couches tertiaires. Cette chaîne existait doncjdans sa forme actuelle, lors de cette époque ;

bien différente en cela de la Cordilière des Andes , dont le soulèvement tout nouveau paraît avoir été postérieur ou tout au moins contemporain de la dispersion du Diluvium.

Peut-être le nouveau monde doit-il à cette circonstance d'avoir été peuplé si tard , du moins la race américaine qui l'habite semble provenir du mélange de la race circassienne et de la race mongole, d'après les observations de M. de Humboldt. Elle serait donc beaucoup plus jeune que les deux races qui l'ont formée par leur association ; aussi les traditions et les monuments des peuples de l'Amérique sont- ils loin de remonter fort haut.

D'après le célèbre observateur que nous venons de citer, les monuments des Péruviens ne seraient pas antérieurs à l'ère vulgaire , et quant à ceux des Mexicains, quoique plus anciens, ils ne remonteraient pas à plus de cinq ou de six siècles avant la même époque.

Tous les faits s'accordent donc pour annoncer que les vastes plateaux de l'Asie centrale , ont été soulevés au-dessus des eaux , bien avant une grande partie des terres de l'ancien continent. Peut-être ces plateaux ont-ils dû en partie à

celle cause leijr grande élévation , et eu même temps, ces nombreuses mers intérieures, qui relaissées des anciennes mers , sont aujourd'hui le trait le plu» frappant et le moins effacé de leur retraite,

Quoi qu'il en soit , le centre de l'Asie parait être le point du globe le plus favorable à la facile dispersion du genre humain ; c'est aussi de ce point que l'homme semble s'être répandu sur la terre par irradiation. Cette marche que nous venons de tracer à la population n'a du reste rien d'arbitraire. Elle est au contraire fondée sur les monuments et sur l'histoire qui lai donnent le plus de certitude. Les plus anciens monuments et les premières traditions historiques n'onfcils pas été élevés, ou ne se rapportent^» pas à celte partie de l'ancien continent, où l'homme a essayé ses premiers pas , et a vu de loin cette aurore de civilisation qui devait être pour ses descendants une source toujours nouvelle de bonheur et de prospérité.

En résumé, soit que l'on étudie les différentes causes dont l'action modifie la surface du globe , afin de fixer l'époque à laquelle elles ont commencé d'agir; soit que l'on considère les progrès de la civilisation chez les diverses nations qui tour à tour se sont succédées sur cette terre j soit que Von apprécie les différentes variations que

l'espèce humaine a éprouvées, on arrive toujours à la même conséquence. Toutes ces causes aussi bien que leurs effets nous représentent l'homme comme fort nouveau sur cette terre , patrie fugitive de notre espèce , qui dans les désirs de son intelligence, aspire sans cesse à une patrie plus durable que celle qui lui a été donnée pour quelques instants.

Ainsi se trouve justifiée la date que nous avons fixée à l'apparition de l'homme et les conséquences qui s'en déduisent ; car cette date suffit pour expliquer les progrès que la civilisation a faits, depuis lors, comme tous les effets physiques qui se sont opérés sur la terre, depuis que les causes actuelles ont exèrcé leur aetion dans l'in tensité et la mesure que nous leur voyons maintenant.

Cependant plusieurs peuples anciens ont voulu reculer singulièrement leur origine et contredire ainsi la nouveauté de l'apparition de Y homme sur la terre, et la marche des événements qui ont coïncidé avec cette apparition. Mais lorsqu'on examine avec attention ces traditions, qu'ils se sont plu à forger, on n'est pas long-temps à s'apercevoir qu'elles n'ont rien d'historique. On est bientôt con. vaincu, en discutant les preuves sur lesquelles ils ont cherché à appuyer ces traditions, qu'elles n'ont rien de réel, et qu au contraire la véritable histoire

et tout ce qu'elle nous a conservé de documents positifs sur les premiers établissements des nations, conûrment ce que les monuments naturels qui ne sauraient nous tromper, nous apprennent et nous certifient.

Si cependant tant de voix se sont élevées pour repousser une conséquence aussi juste , nous ne devons pas nous en étonner. Le plus grand nombre des observateurs ont ignoré toutes les données du problême qu'ils se sont proposé de résoudre , en sorte que tout en raisonnant juste relativement à leurs connaissances , ils se sont pourtant égarés , lorsqu'ils ont voulu en donner la solution. Les termes de leur équation ne représentaient donc pas toute la valeur de l'inconnue.

Telle est aussi la cause des nombreuses variations de l'esprit humain. Chaque siècle ajoute un terme à l'équation que nous cherchons à résoudre , et la valeur de l'inconnue change sans cesse. Ainsi s'accroit d'une manière constante l'édifice majestueux de la science ; mais à cause de l'immensité des objets sur lesquels la science porte ses regards, il ne peut être donné à l'homme d'achever ce monument, nouvelle preuve de son impuissance, et cependant de sa perfectibilité.

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