SECONDE ÉPOQUE OU SECOND JOUR
lies faits qui se sont passés à la seconde époque de la création ou le second jour, pour nous servir de l'expression ordinaire, ont été conçus et expliqués par les différents commentateurs de la Genèse à peu près de la même manière que nous allons le faire nous-mêmes. Il faut l'avouer , les faits relatés dans les cinq premiers versets de la Genèse sont bien plus difficiles à comprendre que ceux qui leur succèdent. Par cela même ces derniers ont été mieux saisis, ainsi que le prouveront les observations que nous allons faire sur la suite du récit de la Genèse.
Voici , du reste , la partie de ce récit qui se rapporte au second jour ou à la seconde époque, d'après la traduction de Sacy.
« Dieu dit aussi que te firmament soit fait au ») milieu des eaux, et qu'il sépare les eaux d'avec » les eaux.
» Et Dieu fit le firmament et il sépara les eaux
» qui étaient au dessous du firmament de celles » qui étaient au dessus ; il en fut ainsi. Dieu m donna au firmament le nom de ciel, et du soir » et du matin se fit le second jour. »
Cette traduction ne paraît pas très-exacte ; on peut, ce semble, la rectifier de la manière suivante:
« Dieu dit, qu'il y ait un intervalle au milieu » des eaux et qu'il sépare les eaux d'avec les » eaux.
« Dieu étendit le firmament, et sépara les eaux » qui étaient au dessous du firmament de celles » qui étaient au dessus du firmament. Il en fut » ainsi. »
« Dieu appela le firmament Cieux ; de la fin » jusqu'au commencement ce fut la seconde épo- » que. »
Le mol hébreu rrpT Rakia , qu'avec tous les interprètes nous avons traduit par firmament, n'a cependant aucun rapport ni proche ni éloigné avec ce que I on entend ordinairement par cette expression, c'est-à-dire, quelque chose de dur et de solide, comme les cieux de cristal dePtoléncée (1). Il signifie, en effet, espace ou expansion
(l) En effet JTpi Rakia dérive de Raka qui signifie ex* pandere, extendere, ou, quod est expausum etextensum super terrain, c'est-à-dire, l'étendue ou l'espace. Aben-Ara définit le mot Rakia, aerem expansunV et rarum corpus ut separatira facta inlelligatur interaquns,nuaï bic iu terra suut,
ou expansio : aussi M. Cahen, dans sa traduction de la Bible, a rendu cette expression par étendue, en disant que Dieu avait créé des luminaires dans Tétendue du ciel. Mais comme l'espace ne peut être considéré comme absolument vide, cette expression, dans son sens le plus étendu, indique une matière rare, subtile, éminemment légère et déliée, comme parait être la matière éthérée. Aussi le mot Rakia s'applique-t-il aux corps parvenus au plus haut degré d amincissement ou de ténuité dont ils peuvent être susceptibles. Or cette matière éthérée soutenant en quelque sorte * les corps célestes, qui ne peuvent la pénétrer, tandis qu'elle cède aux efforts des corps légers et se combine même avec ceux qui sont aériformes , peut, ce semble , être appelée solide , et ferme, en un mot firmament, par rapport du moins aux astres qui y sont disséminés (1).
Ainsi, quoique dans son sens propre et absolu, l'expression Rakia signifie un espace ou l'espace, elle a pourtant parfois un sens beaucoup plus
et quœ in mcdio aeris regione pendent ; non quod illic sint in spherîs coelestibus aqune, ut vulgo creditur, undè cœlum aquaeura vel cristallinum appellamnt. Thésaurus linguac sonctœ autore Pagnin.
(1) Voyez la Genèse expliquée d'après les textes primitifs par M. Contant de la Molette, Paris 1777. Tom. 1 pag. 46etsuiv.
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limité et relatif aux inaliéres ou aux corps que cet espace renferme. En effet, lorsqu'elle se rapporte à la terre, elle s'applique à l'atmosphère qui l'environne. Si, au contraire, elle comprend l'ensemble des corps céles'es, elle désigne pour lors la matière éthérée, fluide immense dans lequel roulent ces corps.
Du moins lorsque Moïse veut exprimer l'influence du firmament par rapport aux choses de la terre, il emploie uniquement le mot de firmament. Ainsi à la seconde époque, où l'écrivain sacré s'occupe de la terre et de la séparation des eaux, il dit que le firmament ou l'atmosphère soit fait au milieu des eaux.
Lorsqu'au contraire Moïse veut exprimer la matière éthérée qui entoure les corps célestes autrès que la terre, tels par exemple que le soleil, il ne dit plus le firmament, mais le firmament du ciel.
Aussi lit-on dans le 1 4 e et le 4 5 e verset de la Genèse « Dixil autem Deus : fiant laminaria in firmamento cœli t utluceantin Jirmamento cœli ». Cette interprétation n'empêche nullement de considérer avec la Genèse le firmament comme étant la même chose que le ciel. Nous comprenons également sous le nom de ciel ou de firmament, non seulement la matière éthérée et les corps célestes qui y sont disséminés, mais encore
l'atmosphère qui, d'après Moïse, est destinée à séparer les eaux d'avec les eaux. Du reste , dans les idées de ce grand législateur, il ne s agit nullement ici d'une mer courbée en forme de voûte autour de la terre , mais de l'eau dans son état gazeux que l'air sépare d'avec l'eau dans sa forme liquide ou concrète, séparation qui n'a rien que de réel.
Ainsi lorsque l'expression Rakia est synonyme de ciel ; elle comprend non seulement l'espace dans lequel sont répandus les corps célestes , es-, pace rempli par la matière éthérée , mais encore ces corps célestes eux-mêmes. Lorsque cette expression se. rapporte uniquement à la terre, elle parait ne s'appliquer qu'à la couche aériforme qui l'entoure ou à l'atmosphère, tandis qu'elle a un sens plus étendu lorsqu'elle est employée avec le mot ciel, et que le texte hébreu dit le firmament du ciel. Alors elle ne se rapporte plus qu'à la matière éthérée répandue dans l'espace de l'univers. /
Ainsi Dieu s'occupant de la création de la ter* re, fit le firmament Rakia, et sépara les eaux qui étaient au-dessous de celles qui étaient au-dessus. Évidemment ici le mot Rakia ne peut comprendre que l'atmosphère qui sépare les eaux d'avec les eaux, puisque celles qui se trouvent à l'état aériforme s'y maintiennent tant gu'elles conser-
vent cet élat, et que leau dans sa forme liquide n'existe qu'à la surface du globe.
D'un autre côté, lorsque Dieu approprie les -corps lumineux, de manière à répandre la lumière sur la terre, c'est dans le firmament ■du ciel qu'il les place , mais non plus dans le firmament de l'atmosphère (1). Enfin lorsque la Genèse emploie le mot Rakia comme synonyme de ciel , cette expression embrasse dans son acception générale l'espace et par suite la matière
éthérée et les corps célestes qui y sont répandus.
Le mot Rakia a donc ainsi plusieurs acceptions , comme le mot schamaim, traduit successivement par wpavoç cœlum , et enfin par ciel , mais dont le sens est cependant beaucoup plus étendu. En effet cetté expression, toujours au duel ou au pluriel, annonce que les Hébreux distinguaient plusieurs régions célestes. D'après eux la première de ces régions était celle de
l'air ou l'atmosphère ; la seconde celle des astres ou de ia matière éthérée , et la troisième
celle des anges et de Dieu. Ce ciel le plus élevé
d'après l'écriture est appelé par excellence le
ciel du ciel ou le ciel des cieux , cœlum cœli , cœlum tœlorum, cœli cœlorum , dans le •
(1) Moïse a donc compris sous le nom de firmament du. Ciel, l'espace rempli par la matière-etliérée et sous celui de firmament, l'espace occupe par l'air atmosphérique.
Deutéronome ou les Rois. Ainsi quoique les Hébreux aient considéré l'espace qui environne les corps célestes et même l'atmosphère, en un mot l'espace qui depuis la terre s'étend jusqu'aux extrémités de l'univers, comme le ciel, ils ont fort bien distingué l'atmosphère de la matière < thérée et celle-ci du séjour de Dieu où nul mortel ne s'est élevé pour en découvrir les secrets.
Enfin il ne faut pas perdre de vue que dans le texte hébreu et dès le premier verset de la Genèse, le mot ciel est employé sous la forme plurielle ou plutôt duelle ; car les anciens avaient admis à peu près généralement qu'il existait plusieurs cieux s'enveloppant les- uns les autres; delà l'expression de l'Écriture les cieux des cieux. Enfin par cette expression les deux, ils entendaient manifestement tout ce qui n'est pas sur la terre, mais en dehors d'elle.