GLOBE
Dans les lieux où la vitesse des eaux se ralentit, et mieux encore, dans ceux où elle s évanouit par leur arrivée dans la mer ou dans les lacs, les limons quelles charrient, se déposent et forment des accumulations* progressives.
On peut jusqu'à un certain point en calculer retendue totale et même en apprécier la marche annuelle. Ces principaux fondements de la chronologie des périodes modernes , sont cependant environnés de très grandes difficultés, lorsqu'on veut asseoir sur eux des données un peu précises.
Voyons ce que nous apprend à cet égard le Nil, Je fleuve le plus commode po.ur ce genre d'observation.
Les anciens savaient déjà, et Hérodote l'atteste assez dans-son histoire , que le sol superficiel de l'Egypte avait été en grande partie formé par les atterrissements de ce fleuve. En effet, des excavations faites dans la vallée du Nil jusqu'à une assez grande profondeur, montrent un sol composé de couches alternatives de limon ou de sable,
-r 253 — qui ne sont autre chose que les résidus des inondations périodiques.
S'il faut en croire les prêtres de Memphis^ au temps de Menés ^ tout le pays depuis Thébes jusqu'à la mer, c'est-à-dire, une étendue de prés de sept journées de navigation, n'aurait été qu'un vaste marais comblé peu à peu par les terres charriées par les alluvions.
Hérodote avait conclu de ses propres observations, qu'il devait en être de même des parties supérieures de la vallée , jusqu'à trois journées de navigation au-dessus de Thébes. Enfin d'après cet historien, si le. Nil au lieu de se verser dans la Méditerrannée, s'était perdu dans k mer rouge, il ne lui aurait guère fallu plus dé dix mille ans , pour combler entièrement cette mer étroite et peu profonde.
Mais on sent aisément que cette évaluation d'Hérodote est hypothétique; car comment apprécier d'une part, la quantité des limons que le Nil pouvait apportera cette époque, en compa raison de ceux qu'il aurait pu y entraîner dans le principe où ses eaux commencèrent leur action.
N'est-il pasévident qu'alors les troubles étaient plus considérables , et qu'ils ont dû diminuer successivement dans un rapport proportionné à la rapidité des pentes qu'ils couvraient. D'ailleurs, l'action des eaux de la mer rouge aurait
rejeté ces limons sur le rivage et les vents les\ auraient bientôt dispersés. Aussi ne voyons-nous nulle part lés ports et les anses situés au-dessous des grands cours d'eau, éprouver dans l'exhaussement de leurs fonds , des différences de niveau appréciables.
Du reste , s'il était possible d'ajouter quelque confiance dans la chronologie des dynasties égyptiennes, Menés, placé par elle douze mille ans avant Hérodote , serait un excellent point de départ pour le calcul des progrès des attérissements du Nil. Maïs l'époque à laquelle on suppose que ce roi auiait vécu , est tout-à-feit hypothétique; elle ne peut être considérée que comme représentant dans la tradition humaine ; une antiquité fort éloignée et non point une date précise.
Les seules données que l'on ait pour déterminer l'avancement séculaire du terrain , datent du temps des croisades. D'après ces données encore fort incertaines , il paraîtrait que lé continent gagne sur la mer environ mille mètres tous les cent ans. Cette quantité adoptée par Cnvier, lui a servi pour évaluer la marche des attérissements qui ont formé le Delta du Nil.
Ce nombre a paru cependant fort exagéré à d'autres observateurs; il paraît pourtant d'après des faits positifs être bien au-dessoâs delà
-^255 réalité. Ainsi 26 ans ont suffi pour prolonger d'une demi-lieue un cap en avant de Rosette , ce qui donnerait uâ accroisseipent d'environ deux lieues tous les cent ans.
Ces faits prouvent déjà quelles incertitudes rér gnent sur de pareilles évaluations, et il en est de même de celles qui sont relatives à lexhaussement du sol. D'aptes M, Girault, le sol de rÉgypte s'élèverait de 5 mètres 26 centimètres par mille ans; mais évidemment cette mesure est tout au plus approximative. En effet, Texhaussèment produit par les alluvions, est nécessairement très-différent, selon qu'on l'observe dans le haut de }a vallée du Nil , ou près de l'embouchure de ce fleuve; dès-lors, on ne peut guère fonder des nombres précis sur des bases aussi variables.
Tout ce que Ton sait de positif sur la marche des alluvions qui s'opèrent constamment en Egypte, et qui devaient s'avancer dans le piincipe, plus rapidement qu'aujourd'hui^ c'est que lés villes de Rosette et de Damiette , bâties sur lé Delta au bord de la mer, il y a moins de mille ans , en sont aujourd'hui à deux lieue».
Il résulte encore des observations faites lors de Texpédition d'Egypte , que le sol de ce pys s'exhausse en'même temps que son littoral s'étend, et que le fond du Nil s'élevant en même temps
que les plaines adjacentes , Tinondation dépasse aujourd'hui les hauteurs pu elle parvenait dans les siècles passés.
Ainsi à Éléphantine , l'inondation est maintenant supérieure de sept pieds aux plus grandes hauteurs qu'elle atteignait sous Septime Sévère. Par suite de la marche de ces attérissements et des limons que le Nil dépose sans cesse sur les plaines de l'Egypte, la fertilité de cette contrée , comme celle de tous les terrains qui reçoivent d'abondantes, alluvions, ne peut que s'accroître d'une manière proportionnée à k marche de ces attérissements.
Mais enfm, ce qui prouve que ces aUuvions n'ont pas dû commencerai une époque fort éloignée , c'est que d'après Dolomien , elles n'occupent pas en Egypte, plus de mille lieues carrées. Toutefois ces attérissements quelque considérables qu'ils soient , le sont bien moins cependant que ceux des grands fleuves du nouveau monde, dont les débordements sont constants et périodiques, comme ceux du Nil.
Nt?anmoins/ ceux produits aux embouchures du Mississipiau fond du golfe du Mexique n'ont pas comblé de leurs dépôts de vastes espaces des terrains , pas plus que ceux opérés par les fleuves de la Plata et de l'Amazone au Brésil, et enfin par rOrénoque. 11 faut donc que leur action '
n'ait pas commencé depuis une époque fort éloignée.
Du reste, la grandeur des alterrîssements lorsque leur formation a lieu d'une manière constante , ne dépend pas uniquement de Fespace de temps depuis lequel elle s'opère^ mais d'une foule d'autres circonstances. Ainsi^ elle est influencée par la violence des pluies j qui donnent une plus grande activité aux courants des fleuves, ainsi que par la plus ou moins grande friabilité des matériaux^ sur lesquels ces fleuves exercent leur actioDé II en est encore de même du plus ou moins d'encaissement que présentent les cours d'eau.
Or^ d'après la nature des choses^ ces différentes - causes doivent avoir agi avec beaucoup plus d'intensité , lorsque les atterrissements des fleuves ont commencé à se former, que dans les temps actuels. Comment dès lors, vouloir mesurer Vaction de ces causes d'après les effets qui s'opèrent et ont lieu de nos jours ? En suivant une pareille marche^ on arrive nécessairement à des résultats tout-à-fait gigantesques , et hors de proportion avec ce que nous apprennent les monuments et les traditions historiques.
Ainsi) en procédant d'après ces termes qui ne sont nullement comparables , on a voulu supposer qu'il aurait fallu au l^^il plus de quarante
mille anS| pour transporter les lermins nécessaires à la formatioii du sol de TÉgypte. Nous adopterons, bi loa Teut^ œtte supputation; mais CCI que nous contesterons , et ce semble , avec raison , c'est que ces quarante mille ans soient postérieurs à Vapparition de Ttiomme?
En eifety la question n'est pas de savoir depuis quelle époque les allumions ont commencé à se. former^ mais, si l'homme est apparu sur la terre antérieurement à la formation de toute alluvion. A œt égard, les faits nous apprennent que les couches les plus supérieures des terrains tertiaires sont essentiellement des formations d alluvion. On les voit composées par dessables plus ou moins pulvérulents et dont Tépaisseur est souvent des plus considérables , sables auxquels on a donné, dans de certaines circonstances , le nom de faluus.ll en est de même des dépôts quaternaires composés pour ainsi dire de formation d'alluvion, et terminés par les dépôts diluviens. Mais ceux-ci ne sont-ils pas comme les terrains qu'ils surmontent, de différents âges. En effet, si les uns paraissent bien postérieurs à l'espèce humaine , et même à Tinvention des arts, puisqu'ils en renferment les produits , il en est d'autres non moins épais , non moins étendus , et constamment inférieurs aux premiers , qui sem-
- 269 ^ blent au contraire antérieurs à Téxistence de Thômme^ car ils n'en recèlent jamais les dëhria. Ils ne sont pas cependant dépourvus de corps organisés ; mais les espèces qu'ils renferment sont loin d'être les mêmes que celles que l'on observe dans les plus jeunes de ces dépôts.
Otf comme Tun et Tautre de ces dépèts font partie de ce que Ion a appelé atterrissements du Nil comme de tous les fleuves dé la terre ^ on conçoit les erreurs nombreuses auxquelles a dû amener l'appréciation d'effets produits à des in<tervalles que nous ne pouvons point évaluer ^ et par des causes les plus diverses. En effet, les plus anciens de ces dépôts paraîtraient s'être opérés dans leur ensemble d'une manière assez lente , tandis que d'après la grosseur des cailloux roulés et l'étal de conservation dès restes des corps organisés que Fou découvre dans les nouveaux dépots diluviens , ceux-ci sembleraient avoir été opérés par une cause aussi soudaine que violente.
Il faut probablement appliquer à ces derniers^ tout ce que les monuments historiques et lestra* diiions de tous les peuples nous apprennent re» lativemènt à une grande inondation bien postérieure à l'existence de l'bpmme , et qui auntl ravagé U plus grandis partie de la suorfaoe ie ||
terre* Cel accord remarquable eùlre ce que nous apprennent les faits physiques et les monuments de Thistoire , doit ce semble, nous porter à faire tous nos efforts, pour lever le voile qui cache encore à nos yeux une partie des fait$ qu'il nous importe de bien connaître.
Ainsi, relativement à la question qui nous occupe , eUe ne sera bien connue que lorsqu'on aura distingué la partie de^ terrains d'alluvion ou des dépôts d'atterrissement qui est antérieure à l'existence de Thomme de celle qui lui est postérieure; car. tant que cette distinction ne sera pas faite , on ne pourra pas apprécier l'époque à laquelle ont commencé à se produire les der* niers de ces dépôts.
Le seul point de fait sur lequel sont d'accord la plupart des observateurs qui se sont occupés de la marche des attetrissements, c'est que malgré leur rapidité, ces atterrissements n'ont nulle part produit de grands effets , et que pour éva« luer leur commencement à 5, ou 6,000 ans au plus , il faut leur supposer dans le principe de leur formation une plus grande activité quecdle qu'on leur voit maintenant. C'est du moins à cette conséquence que tendent les observations de Dolomien et de Girard sur les atterrissements de l'Egypte y d'Astruc sur eeux du Delta du
Rhône, et enfin de Deluc Fortîs, Prony et Wîebeking sur les alluvions des côtes de la mer du Nord, de la Baltique ^ de T Adriatique et^de la Hollande. Enfin les observations dues à ces ba« bites physiciens méritent d'autant plus de confiance, qu'elles ont été faites sans aucune idée préconçue; toutescependantont conduitau même résultat, qui s'accorde parfaitement avec l'époque que nous avons assignée à l'apparition de l'homme.
H'' DE f.K CHUTB 0£ L EAU SUR LA SORFACE DE NOS COVTI- NENT.S, COMME UESURE DU TEMPS.
On a cru également pouvoir faire servir à la mesure du temps, les changements que produisent sur la surface de la terre , certaines chutes d'eau. La cascade de Niagara, par exemple, a été le plus étudiée sous c^ rapport. On sait que le fleuve Saint-Laurent qui la produit, tombe dji plateau supérieur du lac Érié sur celui du lac Ontario par un escarpement à pic, d'environ cinquante métrés de hauteur.
Le haut du plateau est recouvert par une couche de pierre calcaire assez épaisse; mais audessous de celte couche et pour la supporter , il n'y a que des couches d'un terrain- marneux ,
~ 2^2 — qui le dé9agrèg;e trés-facilt^ment. Il eu résulte que le terrain inférieur s*èxçave par derrière la. cascade et laisse en surplomb le plateau calcaire du haut duquel le fleuve se précipite. Le poids des eaux oblige donc continuellement le plateau ainsi dégarni de sa base à s'ébouler.
Mais on ignore quelle est la vitesse avec laquelle leau ronge les bords de son déversoir; l'on ignore également si le rocher calcaire sur lequel elle s'écoule à toujours eu la méma dureté , et si les eaux du fleuve n'entraînent pas aux époques de son débordement , des cailloux qui augmentent son action, £h bien ! malgré cette ignorance , uniquement sur le récit que font quelques vieillards^ qui disent avoir vu dans leur enfance des arbres et d'autres objets attachés au rivage, plus rapprochés du tac Ontario, on a évalué que ce déplacement pouvait^être d'environ cent pieds par cent ans.
Estimant ensuite la longueur totale du ravin dans son état actuel, à 40,000 pieds environ, on a supposé qu'il avait fallu 40,000 ans à la cascade , pour , du point où elle a commencé , parvenir au lieu où elle est arrivée maintenant.
Énoncer de pareils calculs, c'est en quelque sorte en démontrer la futilité ; mais fussent-ils exacts, il faudrait pour recqler d'autant la date
de rapparitioQ de Hiomme; prouver qu'ih n'ont commencé qu'à cette époque,
Du reste, des géologues anglais, et enCr'autres le professeur Roger^ ont nié un pareil effet des eaux. D'après eux, le creusement de la gorge profonde dans laquelle coûte le Niagara est dû à un immense courant diluvien dont d*énormea blocs roulés de siénite font reconnaître Texistence et la direction. Aussi, ajoutent les observateurs que nous venons de citer, le creusement actuel ne peut produire qu'un chenal incliné.
La même opinion a été partagée par M. Gibson, qui a observé sur les lieux mêmes cet inté» ressaut phénomène , et ()ui a conclu , que l'éro^ sion tient à tant de causes accidentelles, soit dans l'atmosphère, soit dans les variations de dureté des couches dans lesquelles elle s'opère, qu'il est bien difficile d'établir une conjecture un peu probable sur sa marche future, et encore moins de le faire pour les siècles passés. Aussi, tl ne lui a point paru que les cinquante années depuis lesquelles l'attention a été fixée sur ce phénomène, aient fourni des données suffisantes pour évaluer ses progrès avec quelque précision.
Ainsi, ce n'est point à de pareilles chutes d'eau que nous pouvons demander la date de la venue de rhomme spr la terre. Étudions donc d'autres
phénomènes propi-cs à répandre quelques lumières sur ce point impoilant.
ni? ]>E l'action des eaux des hACà SUE LBUftS BOBUS ET SUE LEUES ISSUES.
Les eaux qui remplissent les lacs/ontune double action , 1 <» sur leurs bords qu'elles attaquent sans cesse^ lors de leurs crues, et 2« sur les obstacles qui s*oppo$eut à leur libre écoulement. Cette double action tend d'une manière active et constante à. anéantir ces amas d*eau. D'un autre côté , les lacs reçoivent une grande quantité de débris et de troubles, lesquels devraient finir par les combler et les faire disparaître , comme les lacs si nombreux des temps géologiques. Cependant comme nous voyons bien peu de lacs actuels se dessécher, malgré toutes les causes qui élèvent sans cesse le niveau de leur fond , il faut que ces causes n'aient pas commencé depuis un temps bien long.
Un fait cité par Saussure confirme puissamment cette conséquence. Le lac de Lucendro situé à une lieue de Thospice du Saint-Gothard , est long et étroit; il se trouve en efiet resserré entre des rochers élevés et escarpés. Une petite plaine le termine. Cette plaine s'étend constamment aux dépens du lac, par suite des avalanches
et de^ dëbris des montagnes voisines; mais, comme le lac existe encore /il fant que les eau* ses qui tendent à le combler; n'aient pas commencé depuis des temps très longs, même en supposant que sa formation soit postérieure aux temps géologiques.
11 existe également dans une infinité de mon* lagnes^ un certain nombre de lacs situés sur des plateaux élevés que rien ne domine, et qui tendent, ne recevant pas d'affluents, à se dessécher; cependant comme ils se maintiennent, il faut que les causes qui doivent à la longue opérer leui* dessèchement n'aient pas commencé dejmis une époque fort ancienne.
Que conclure de ces faits ? si ce n'est que l'action des eaux des lacs, comme celle des eaux courantes, ne s'exerce pas avec son intensité actuelle, depuis des temps autres que ceux que nous indi. quent les traditions, historiques.
lyo DE l'action PES EAUX DES MERS SUR LES CONTINENTS.
Les eaux des mers modifiant sans cesse la forme des continents sur lesquels elles agissent, on peut, en quelque sorte, en calculer les efiets, et apprécier à leur aide la date de l'époque à la« quelle elles sont rentrées dans leurs lits respectifs. Cette action s'exerce d'abord sur leur fond que leurs eaux creusent principalement dans les
•- 266 — lieux où existent des courants considérables. Elle n est pas moindre $ur leurs bords , et là les eaux des mers produisent deux actions totalement différentes.
La première rejette sans cesse les sables sur les rpages , surtout lorsque ceux-ci sont -peu élevés et les pousse vers l'intérieur des terres. La seconde sape les côtes élevées par leur base et les escarpe en falaises. Enfin , il arrive parfois , que y lorsque les eaux des mers ont tout à fait abattu et nivelé des portions de côtes jadis élevées , elles y rejettent du sable /et y forment des dunes comme elles le font sur les côtes basses et unies.
Ces effets étant constants^ on peut facilement en étudier la marche f et reconnaître en quelque sorte, le moment où ils ont commencé à se produire. Brémontier est un des observateurs qui s'est le plus occupé de la marche des dunes.
D'après lui , les dunes s'avanceraient dans Tintérieur des terres d'environ 60 pieds par an et quelquefois de 72 pieds dans le même espace de temps. D'après ces calculs, il faudrait à celles du golfe de Gascogne , 2,000 ans , pour arriver à Bordeaux , eil sorte qu'en appréciant l'étendue actuelle des dunes de cette partie de la France, il ne doit pas y avoir plus de 4>000 ans qu'elles ont commencé à se former»
Le recouvrement des terrains cultivables de l'Egypte par les sables stériles de la Libye est encore un phénomène du même genre que les dunes; comme elles, ces sables peuvent nous servir de mesure du temps. On sait qu'ils ont envahi un grand nombre de villes et de villages, dont les ruines paraissent encore au-dessus de leurs monticules , et cela depuis la conquête du pays par les mahoméfans. Dés lors, d'après une marche aussi rapide , ces sables auraient sans doute rempli les parties étroites de la vallée^ s'il y avait tant de siècles qu'ils eussent commencé à y être jetés. Il ne devrait plus rien rester à combler entre la chaîne libyque et le Nil , et cependant il en est bien différemment.
Aussi est-ce là un chronomètre qu'il serait bien intéressant d'observer avec exactitude et qui nous fournirait des données bien précieuses; néanmoins dans l'état d'imperfection où sont à cet égard les observations, on peut cependant en conclure que ces sables n'ont pas dû être poussés en avant sur le sol de l'Egypte depuis des temps bien éloignés de nous. Enfin , quoique la mer sape sans cesse les côtes élevées et en escarpe toute la hauteur en falaises , à en juger par l'état de ces mêmes côtes, son action ne doit pas dater non plus d'une époque bien reculée.
— 26S — Ce commencisment parait se raf^rler au plus à 4,000 ans avant l'époque actuelle lorsqu'on calcule Taction des mers dans un temps donné et qu'on la compare à celle qu'elles ont dû successivement exercer.
Il en est encore de même de la double action que les eaux produisent sur certaines parties des côtes élevées, dont elles ont sapé lesl)ases, et sur lesquelles elles rejettent ensuite des sables, et y forment peu à peu des dunes. Ce double effet a souvent lieu sur les côtes de la Méditerranée, et l'on peut en suivre facilement les résultats. Par exemple, la côte occidentale du port de Sète a été réduite dans quelques parties en falaise trés-abaissée , et la mer y rejetant ses sables d'une manière constante y a formé des monticules^ mais encore si peu élevés, que nulle part ils ne dépassent le niveau de la méditerranée de plus de 3 à 4 mètres (1 ).
(1) Nous croyons devoir adopter cette manière d'écrire le nom de Sète , pelit port de la Méditerranée , situé dans le département de l'Hérault , parce que le ipont Sigius n ^* autre que la montagne à laquelle la ville de Sète est adossée. Ptolomée ( Liv. ILcbap. X.)luî donne le nom de 2îtiov ^po;, et enfin Sestns Aviéuus , celui de Sotius mous. {Ora marilinia. Vers. 605. ) Il semble donc plus conforme à 1 étymologle d'écrire Sète que Cette quoique cette dernière orthographe ait en quelque sorte prévalu.
D'un autre côté, si ces sables ayaient été rejetés sur le rivage depuis des temps bien longs, ils devraient s'avancer dans Vintérieur des terres, de manière à y occuper des espaces considérables. Cependant ils ne se sont nulle part étendus au-delà du rivage à plus de 25 ou de 30 mètres. D'après ces faits, dont la vérification est si facile; il faut donc que les mers, dont l'action est si p]iissanté sur les côtes qui les bordent, n'exercent pas celte action, depuis des temps bien' reculés, puisque les effets qu'elle a produits sont si peu sensibles.
Cette conséquence est du reste confirmée par d'autres faits physiques; et par exemple, ne saiton pas que la rentrée des mers à eu lieu lors de la période quaternaire , c est-à^lire, bien postérieurement à leur séparation , et que leur action . sur les côtes qui les bordent n*a pu commencer qu'à dater de cette période. D'un autre coté, Thomme n'est ap[)aru sur ia terre que vers la fin de cette même période, ehsorle que relativement à lui , il faudrait retrancher l'intervalle de. temps écoulé entre le commencement de la périojde quaternaire , et l'époque de son apparition. C'est cependant ce que l'on n'a point encore fait et qui diminuerait d'autant le temps fixé à l'action des causes actuelles.
y^ DES MOUVEMEITTS DES GLACIERS.
On a également considéré comme pouvant servir de mesure du temps^ le mouvement en avant des glaciers, qui forment des espèces de dunes ou de moraines au pied des hautes montagnes.
On s*est appuyé sur les sillons que les glaciers tracent sur les rochers qui les encaissent parfois^ sillons qui indiquent leurs mouvements. Malheureu8ement> Ton manque de données exactes pour apprécier les époques de ces oscillations, dont on trouve pourtant de si nombreux indices.
' Quant à ces mouvements des glaciers, ils semblent dépendre de ce qu'ils cherchent leur niveau a peu prés comme les eaux courantes; aussi ont-ils lieu constamment de haut en bas. La seule différence qu'il y ait à cet égard , fient à la rapidité de la matière , dont Tune est à l'état liquide et l'autre à Tétat solide. Cette marche progressive des glaciers , semble du reste dépendre d'une foule de causes , comme celles de la température surtout des avalanches , de la forme des terrains qui soutiennent et encaissent les glaciers , de l'action fondante des vents , comparativement plus efficace, à même température, que l'absence de tout courant d'air.
Ces causes qui ne peuvent guère être Soumises
à des calculs un peu précis , empéchent^dc tirer quelque conséquence de la marche progressive ou rétrograde des glaciers^ i^lativement aux températures moyennes des contrées ou elle a lieu.
£n effet les routes ou les passages interceptés par les glaces dans les chaînes élevées y ne prou* vent pas que le climat se soit refroidi. Seule* ment ils -annoncent que les causes d'accumula* tion des glaces et des neiges sur les hautes montagnes y l'emportent sur les causes qui les font descendre et se fondre.
Il existe bien à la vérité , une diminution dans l'activité végétale des hautes régions alpines ; mais elle provient non d'un changement dans les températures moyennes , mais de Taugmen^ tation des glaciers. D'un. autre côté si les glaces sont descendues plus bas^ la cause en est au déboisement des forêts. Cette destruction a rendu la bonne terre et le gazon plus rares sur les Alpes, comme dans toutes les montagnes de TEurope, même là où il n'y a ni avalanches ni chute de rochers ; par suite de cette cause, la végétation y est descendue plus bas, et ne se maintient plus à des hauteurs aussi grandes qu^avant la destruction des forêts.
D'autres faits annoncent également que les forêts de l'Europe remontaient jadis plus haut
qu'actueUement, mais- que l'on n'en accuse pas le climat ; car c'est l'homme qui les y a détruites.* Aussi n'en est-il pas de même dans les lieui qui ont été à l'abri de ses atteintes. .
La destruction des forêts sur les grandes hauteurs, a eu une autre influence non moins funeste sur la végétation. En rendant les courants d'air plus violentas, les vents ont plus facilement emporté la bonne terre dépouillée de gazon» et avec sa disparition, les végétaux ont perdu leur support ou si l'on veut, leur aliment nécessaire. Aussi ne faut-il pas supposer, que là où l'activité végétale a diminué, cet effet soit dû constamment au refroidissement du climat.
Cette diminution peut dépendre , en effet , de Faction renforcée des vents; et de l'absence de terreau.
En un mot , si les glaciers ont augmenté dans nos contrées tempérées, cette augmentation ue provient pas d'un cliangement dans le climat , mais de circonstances accidentelles, comme celle de la diminution des forêts des hautes régions. Tous les faits nous tiennent donc le même langage, et .nous annoncent la nouveauté de nos Continents dans leurs formes actuelleSé
VIO n]^ TOURBIÈIIKS, CONSlDiRÉES COMMi; MESURES DU TEMPS.
Les tourbières produites surtout dans le nord de l'Europe par l'accumulation des débris de sphagnuni et d'autres mousses aquatiques^ peu* . vent encore nous donner une idée de Tépoque à laquelle elles commencent à se former. Du moins ^ les voit-on s'élever dans des proportions déterminées pour chaque lieu et envelopper ainsi les petites buttes des terrains, sur lesquels elles se forment. Plusieurs de ces buttes ont été enterrées de mémoire d'hommes. Dans d'autres endroits, les tourbières descendent le long des vallons, et avancent comme les glaciers, mais avec cette différence que les gla- . ciers se fondent par leur bord inférieur^ ce que ne font pas les tourbes, aussi ne sont-elles arrêtées par rien.
£n les sondant jusqu'au terrain solide on juge de leur ancienneté, et l'on trouve pour les tourbières comme pour les dunes et les falaises, qu'elles ne peuvent remonter à une époque bien
reculée.
Il en est de même des éboulemens qui se font avec une rapidité prodigieuse au pied de tous les
escarpemens et qui sontloin de les avoir comblés.
Ainsi, quoique Ton n'ait point appliqué des mesurée précises \ eéâ àéiA tMOSei, elIeSf nt paraissent cependant pas avoir exercé leur action, depuis plus de quarante ou de cinquante siècles. L'on voit souvent des débris o^nîques dans ces tourbes ; et lorsqu'ils se rapporteilt à des mammifères terrestres, ce sont ou des espèces (Jlii ^vent eifcore daïis les mêmes îieux, ou des espèces qui se sont éteintes depuis les temps historiques.
Ijorsque ces débris sont des végétaux, les troncs d'arbres que Ton y observe, conservent presque toujours leur solidité,' et portent métne souvent ks traces de la hache qui les a abattus. L'on y v^t aussi parfois divers monuMens de rmdustrie humaine, tels que des armes, des'bois de construction^ des chaussées entières qui se sont enfoocéft dass la lourbe, et ont été ei^ quelque sorte siibiBei;gés par cette substance primitivement dans un état de mollesse ou du moins dajis un état pâteux tout particulier.
Les^ tourbes, surtout celles d'eau douce, sont donc d» formation moderne, et d'après les débris oi^niques qu elles renferment, elles semblent de la date la plus récente. Quant aux tourbes d*'M*îgiÉe marioe^ dans lesquelles on a démon- Mé k .prisence de Tiode^ aAtériesres à la rentrée éds fnep» ékn» le«rs bassins respectifs, elles ne pourraient rien nous apprendre sur la date de
i'cppftrttion éb l'immney puiMpie lew failli alibu
▼R* MÎ LA TXKM téSÉTALC , €OM«»ÉftiE CèlCIUi Mfitirte JN7 TBMFS*
Âprè$ le ciépot des terrains diluviens, nos continens durent être mis à sec, la végétation reprit peu-à*peu son cours, jusqu'au moment où elle devint générale. Dès lors, elle dut commencer à former de Thumus, puis du terreau , et enfin la terre végétale en a été la suite. Ces dépôts se sont ainsi successivement accumulés surtout dans les lieux où rien ne les a troubles.
Connaissant la manière dont la terre végétale se forme continuellement, et observant la petite quantité qui en existe, on peut en conclure que le temps où elle à commencé à s'opérer ne doit pas être très éloigné de nous. Cette conclusion s'accorde parfaitement avec ce fait généralement reconnu, du peu d'épaisseur que présente là terre végétale sur les hautes mtfntagnes. Il y a plus, dans un grand nombre d'entr'elles, à peine en observe-t-on si ce n'est par lambeaux et encore à peu près uniquement sur les places qui offrent des assises peu inclinées.
Quant aux pentes verticales, elles en sont nécessairement privées. On y vok pourtant des fo^
rets d*arbres verU couronner les montagnes ainsi dénudées. Cette circonstance parait tenir au mode de croissance de ces arbres ; les racines des pins, des sapins et des mélèzes ne pivotent point, elles Vampent à la surface de la roche nue '^et ne pénètrent dans le sol qu'à travers les fentes ou les fractures des roches. Aussi ces forêts sont-elles souvent anéanties par les grandes avalanches, qui entraînent avec elles les arbres, leurs racines et même les quartiers de roches autour desquels ils s'étaient cramponnés. Lorsqu'on se transporte sur ces lieux victimes de ce grand fléau des montagnes, on se demande où sont les restes de cette terre végétale qui avait servi à nourrir ces forêts, à peiue en trouve-t-on quelques vestiges. Cependant bientôt de nouveaux arbres viendront embellir des lieux aiosi désolés, preuve nouvelle que la terre Végétale n est pas complètement nécessaire à la croissance de certains arbres, même de ceux qui acquièrent de grandes dimensions.
Si des montagnes nous nous dirigeons vers les plaines, nous verrons la terre végétale augmenter d'autant plus d'épaisseur, que ces plaines sont rapprochées des grands cours d'eau, qu'elles sont surmontées par des chaînes élevées et enfin que leur niveau est peu supérieur à celui des mers : mais nulle part , nous ne verrons cette
- 277 — terre vitale dépasser^ en terme moyen, une épaiisseur de plus d'un ou de deux mètres. Partout^ les faits nous apprendront que sa formation est une des dernières opérations de la nature, et quoiqu'elle se forme avec d'autant plus de rapidité, que la végétation est florissante puisque sa puissance n'est nulle part considérable, il faut, qu'elle n'ait pas commencé à se produire depuis des temps bien longs.
Ajoutons encore que dans tous les lieux cultivés, les efforts de l'homme ont tendu sans cesse à l'augmenter, soit par ses travaux^ soit par les fumiers qu'il ajoute aux terres que son industrie divise sans cesse ; cependant comme nous ne voyons point que, même dans ces lieux, son épaisseur soit fort grande , sa formation ne peut être fort ancienne. Son commencement daterait donc, d'après tous ces faits, de la même époque que celle que nous avons assignée à la venue de l'homme sur la terre.
VIIl<» DES EBOULEMBMTS, COMSIoéais GOMME MESURE DU TEMPS.
On sait que les éboulemens s'opèrent dans les montagnes, avec rapidité, rapidité d'autant plus grande que lés montagnes sont plus élevées et leurs pentes plus abruptes. Or si les éboulemens.
nrni CMS qoi te rapporteBl f «i tMH»» S^^^n gii|ue$, nais eeiu qui <mt eu lieu 4^im i-apr paridon fie Hiomme a^aippt opéré irar actioa defmia des milliers il*aQHées, les vallées saraieal d^à remplies de leurs débris, au moips à une grande hauteur.
Il devrail, d'autunt plus en être ainsi, que ee« éfaoulem^ns sont des plus fréquens sur les npcu> tagnes élevées, témdin oe que Safissure noua ap» prend des avalanches continuelles 4^ rf^hers qui avaient lieu p^nditpt son séjoui? s^r le col du géant. Les montagnes eUesrrmêmea defrAÎent être reduiies en talus moins rapides et oouvertea d'une riche végétation» C^endant le progrès de oesévénemeqs futur» est ^DQore bieppen a?an9é> malgré lenritégradation poqstant^.
On peut en inférer qu'il n'y a pas long-^tempa quQ led montagnes existent dans leur ferme ao^ tuelle, oe qu'indique du reste la nouveauté des soulèvemens des grandes chaînes* Ainsi, desqua-* tre causes actives qui altèrent la surface des continens, il n'en est aucune, qui annonce un commencement fort éloigné de l'époque actuelle.
Ces causes sont 1°. les pluies et les dégels qui dégradent les montagnes escarpées, et en jettent les débris à leurs pieds ; 3°. les eaux courantes qui entraînent ces débris et vont les déposer dans les lieux, où leur cours se ralentit ; 5*. la mer
^i «af)# 1# fi^ Jifi$ càt^ él^\éft3 (mmut y for-
les 4^\jak ^mt^^m^n qui 4éppsiçnt au debor», )ça fMtièvfni qu'elles tipwjçnt en 4is;su>]utigm ç t y prwluifïli^ 4ef 4^p9U plus auiOpiQS 9))cw4^n(s.t Ka«Nl4Y«RS éKif/iié (m 4iYçr^s çausçs et çau^ «¥lg«l¥^ m«ihi«A \eur4 «ff^t» ont étél¥>r9é», M»is «a«if)^ Aws 9>v(ms ^w^f^ riçu dU 4? h dflrni^f^ m^y» uou» y arr^^r^n» queues 'wh^
Ost mi 4WC quelle rapi(iii4 ft'augmeat^ 49Aii lMM¥itéss(»i»|0i'rti(Wes, h% çoqprétioQP qHf- 1^ «aux y d^fQs^At, of)9f rétion^ BUJiqueUes om a dp^t né le DQfiji 4a sUlfictites ^t 4«f sUl^gwites, V^Wist tiimU^rpment 4««s l«s (^v^rae^ )ivo)i4eS| pu est frappé des eh^ng^ia^US qui ^'y pper^nf par suifç da eaCte eause et cela d'ui^p année à T^Utve* Ce§ faits sent, pour ainsi dire, d'obi^rvatipo vu)g«)irej mais il en est un dont nous avpQS été nPUS mémç le témoin, et que aoqs w pouYoïis nous di^p^Uf sep de rapporter-
M. de Marsolier laissa dans la grotte des Demoiselles prés de Ganges une foule d*objets, parmi lesquels il signala une mâchoire de co-*chon. Étant descendu dans cette grotte, trente cinq ans après Fauteur des Petits Savoyards,
nous dûmes mettre de Tintérêt à retrouver cette mâchoire. Nous y sommes parvenusjelle était fixée au rocher, et encroûtée d'une couche d'albâtre calcaire d'environ trois pouces d'épaisseur, dont la dureté égalait presque celle du marbre. Eh bien! malgré la rapidité d'uu pareil travail, nous n'avons pas vu dans cette grotte, pas plus que dans toutes celles que nous avons visitées, que ces concrétions souterraines aient encore obstrué les fentes ni même les fissures les plus étroites.Gependant ces fissures y sont si nombreuses qu'elles percent dans une infinité de sens et de direct ions différentes les rochers que composent ces cavernes. Si elles ne l'ont pas fait , il faut que leur action n*ait pas commencé depuis fort long-temps.
Ce que nous venons de dire de ces dépôts intérieurs, qui s'opèrent journellement, nous pourrions l'observer encore relativement aux récifs et aux écueils, que les lithophytes élèvent sanscesse dans les mers de la zone torcide. Leur accroissement est si rapide, que Gook trouva à sdn dernier voyage des écueils et de petites îles madrçporiques, qu'il n'avait point aperçus dans son premier. Cependant, nulle part cette accumulation de matière calcaire produite par les zoophytes, n'a fermé l'entrée des ports, ni bouché rentrée des. anses étroites, ni enfin élevé des lies d'une certaine étendue.
Néanmoins, ces lichophytes s'accumulent au* près des côtes avec la plus grande actiyitéj saisissant tous les corps, coquilles, végétaux, débris d'animaux, qu'ils enveloppent et incrustent proroptement. En comparant leurs effets actuels avec les effets produits dans les temps géologiques, il est difficile de ne point remarquer la grande différence qui, existe entre eux. Cette différence, à quoi tient-elle,si ce n'est à celledu peu de temps depuis lequel agissent les premiers.
Il est bien une autre cause non moins active, et dont J'action dure encore, c'est celle des vol^ cans.En effet, leurs éruptions percent les coucbes solides du globe, y élèvent des éminences plus ou moins .consid4raJ»les,. en répandant au dehors les produits-déT leurs déjections. Mais les volcans brûlans ne peuvent nous apprendre la date de leurs premières éruptions ; nous ne pouvons donc pas nous appuyer sur eux pour connaître la date que nous cherchons. Tout au plus, le pourrait-on pour ceux des temps géologiques ; car pour ceux-ci, la nature des dépôts de sédiment qu^ils ont traversés peut nous donner une idée de leur ancienneté relative. Il ne peut en être ainsi des. volcans actuellement brûlans, puisqu'ils percent à la fois des terrains géologiques et des terrains historiques.
Les premiers de ces terrains , ou les géologi-
— St2 — que», àffuelqtie formation q»*ifeai existant antérietireifte»! ne sauraient nous serrir àe mesure pew a{^>réei» T^piique à la^pieâa cUa éraptioM les auraient pereés; car H iv» a'6t£ilé-> posé sur eux que des temiiis histenquea. Cas derniera^ t^s d'une mèoie époque^ «a sauraient donc BOUS rien dire même d^uae ma^ièfe rf la^r tive. Qu'il X y ait eu non des ^oleana qui. aient cessé leurs éruptions d^uis les temps bisteri^ ques^ ce Ait ne nous apprend pasà quelle ^poqun ont commencé les volcans krAlans ?
Ainsi, d*après Sidonius ApolKnaris, desérap»
lions volcaniques auraient eu lieu dans le Vélay ail cinquième siècle. DHm autre e^é^ si" nous da^ vous ajouter foi aux chroniques de 8t. Ruppept , évèque de Clermont, TAuvei^ne, où l*on ob« serve uniquement des volcans éteints, aurait eo^' pendant été troublée vers la fin du quatorziè^ me siècle par diverses éruptions volcaniques. Mais en sup{)osant que ces faita soient bien réels, ils ne peuvent nous apprendre Fépoque où les éruptions de -nos volcans brûlans ofit commencé à s'opérer, pas plus que celle où les voloans au* jourd*hui éteints ont cessé de lancer leur feux.
M* becquerel à essayé uae mesure d'un autre genre et qui, fort Ingfémeuse san$ doute^ n'en a p^s pour cela plu$ de valeur réelle pour la solution de la question que uous uouR sommes proposé d'éçlaircir.
Cet habile physicien ayant remarqué que lets rochers granitiques du Ivimousiu subissaient une décomposition lepte et graduelle^ dans la partie exposée au contact de 4'air^ il s'est proposé de calculer la vitesse de cette décompositioQ. Connaissant l'époque de la construction de la cathédrale de Limoges, laquelle remonte à environ 400 ans, il a observé sur ses muraille^ extérieureS|
dans l'endroit le moins abrité, une altération pénétrant k environ 5 lignes de profondeur; ce qui donne une vitesse d'un peu plus d'un pouce par mille ans. Or, dans les rochers qui forment le pay$, ]% décQmpo3ilion a partout pénétré à 720 lignes de profondeur.
En partant de cette bai^e, il y aurait done plus de soixante et dix mille ans que la aurfaoe actuelle de ces rochers serait exposée à l'action désagrégeante de l'airt Mais, qui ne conçoit eombien cette action dégagrégfe^nte jointe à celle
des eaux courantes aidée par les cailloux roulés qu'elles transportent avec elles, est bien autrement puissante que l'effet des agens atmosphé*riqueSy agissant seuls sur une surface taillée et unie, comme l'est celle de tous les monumens ?
En outre une infinité d'autres causes peuvent avoir rendu cette altération plus rapide, soit l'état de mollesse dans lequel se trouvaient primitivement les roches^ soit des infiltrations plus considérables que celles qui ont lieu maintenant, d'autant plus que les granités observés par M. Becquerel se trouvent dans le bas des vallées.
Du reste, en supposant ces altérations comparables sous le rapport de leurs effets , le calcul . à l'aide duquel on voudrait apprécier la date de leur commencement , ne prouverait pas que cette action désagrégeante de Tair, n'ait pas commencé sur les rochers granitiques antérieurement à Texistence de l'homme. Dés lors ces calculs ne peuvent pas servir à reculer les temps historiques.
Il ^est encore un autre genre d'altération que l'on peut suivre sur les roches volcaniques et qui ne peut pas davantage nous apprendre la date depuis laquelle cette altération à commencé à se produire. Telle est celle qu'éprouvent les basanites et les laves, à leur surface extérieure
ar l'action des agens atmosphériques, altéra-
don semblable à celle que subissent les roches granitiques.
Elle a produit deux effets sur la surface des laves ; le premier a eu lieu sur celles qui ont présenté leurs surfaces découvertes et décapées^ et qui ont été attaquées de manière à présenter des taches grisà(i*es^ ordinairement arrondies. Les laves ainsi altérées offrent alors un aspect tacheté tout particulier. Mais cette altération à dû. nécessairement s'opérer dans ces basanitès ou ces laves, depuis l'époque de leurs éjections au dehors, c'est-à-dire, postérieurement aux terrains d'eau douce, qu elles ont soulevés ; ainsi elle aurait commencé à s'exercer depuis la. période tertiaire.
En examinant combien peu cette surface est attaquée, puisque Taltération n'a pas pénétré au delà d'une ligne ou de deux lignes au plus, il faut que le commencement de cette altéra lion ne remonte pas à une époque bien éloignée ; cependant l'éjection de ces laves date de la fin de la période tertiaire. Il en est de même de l'altération qui a eu lieu à la surface des laves décapées, et qui les entoure d'une bordure blanchâtre dont répaisseur est au plus de- deux lignes.
Après ces faits dont la vérification est si facile, peut-il être nécessaire d'examiner les calculs f%its par Buffon, pour évaluer le temps qu'il a fallu
panÊtt prodttiM k$ sdbMMi et ies tuttf» rocks feuilletées? nullement; car la formatioii 4e ces •ohittes ft eu lieii dtM las Wmpt gMc^qUei et faîeii •ntériieiiromeBlè rapparitMi é« llioffitie. fiés tort, que^M eoBtfkléraUe qpie pyiM éife le taMpè ■dec M i îre à la JbnMtion de iMs rocim^ ce ifftbf» est tMt^H^Mt mdifiiéKiit idHtmoiMt à k qnestmi qui bous Mttupe. H n'est pAS du FestQ vu seul g^lisgôe qui ne peme qiM )t ti^fl^ ne «oit fort anci^tine} imîs eda ite fini p|is <|tte rbomtfie n y soit fort noQteau»
Nous adhMttroRB sam diflit^té q^e I^ ferais f^reik^d^ doMittens^ desqcr&lléé f^su!(«fttle <M»«nt «t k direfetiM 4éè nnèrtê, ne mrroAtent pas à une très haute antiquité ; mais cette ^A'âtfmté ett elle même bkii antérieure à celle de rfaomme. En effét> 1^ ^kronok^ieè tf ^ifioiiiièfk^^ qfii ne remontent pas an delà de notre elhtéûtlé^ ne «ont qu'un points eii covnparàtson des dftnrô- Anlogies éh te ïei^. Nos sdtîétês paràisscïrt bien notfveîtes et «offifne d'hier, quant! on x^brtiptte lenr histoire à tdh ém globe où lèHeS stf6l âsSseg. Sidoffc on « totfln, à l'aidé des fkîtspîiysî- ^tièè, don«er à Th^Anne litf e phis hatife atrdqaîté que celte qu'il a réellement, c'est c*i confondamt iei «sffel^ prèdnits dan^ leé tèfhfTs gêslogisqm» avec ^iftUL ^ t«ri ^cmf oonf empèrains. S'il est une vérM confirmée pilr lotîtes les Observa*
siir tietre %wr)le «irre.
X* Lcà lùttém^ Mtto«tts fiEM» fitts »tms iMiORifite ,
Nom atteM Mivre naioteBant im ordre de fatl%lo(ale«ieftt d^retts de ceux que nous avoM étediëa îusqu a prëseol. Les premiers ^e noM exMmi^X)!» «>»4 relatife à l'influence que peuresàt avoir ks espèces perdues depuis les temps historiques sur la date de cette même époque.
Le pfff l aier p^int y que Ton ait à examkier pû^r la sokrtîoii de cette question , est celui de saveîr^^ réellemeot des espèces se sont éteintes depms leâ leâips historiques. On remarque sur fes meftumontyde Tautiquité des figures d anîmM» qmi réimis^ent toutes les conditions d'exis- 4efiee prc{>res à rendre leur existence possible, ^ èependant l'on n'en découvre plus de traces s»r la terre. Ces espèces ainsi reproduites avec ftdélîlë sur divers monuments ont donc existé, et ^s- causes ^quelcon<|aes ont dû les anéantir.
Tel est parmi ces espèces détruites^ le sanftier d'Érimanthe^ tracé par le ciseau d'AlcacaéBie sur le' tem^ de Jujj^r à Olympie. Tels eeftt trftoeve de«n: autres pachydermes dont le
monument qui nous a conservé le souvenir de Tun d*entr'eux, nous a fait connaître la patrie; c'est le Xithit des anciens Égyptiens. Si nous cherchons ces animaux représentés sur la mosaïque de Palestrine , parmi nos espèces vivantes ou parmi celles dont les entrailles de la terre nous ont conservé les restes, nous n'en découvrons nulle trace; dès lors nous sommes en droit d'en conclure que ces espèces ont dû cesser d'exister. Pourquoi ne les inscrirerions-nous pas sur nos catalogues, comme nous le faisons de tant d'espèces qui ne nous sont connues que par le témoignage d'un seul voyageur?
On observera peut-être que les représentations de ces espèces ne sont point exactes et qu'elles sont l'effet du caprice bizarre des statuaires de Tantiquité. Sans doute, TimaginatiôB fantastique des peintres et des statuaires de l'antiquité a créé une foule d'êtres imaginaires. Mais ces êtres fantastiques ne sont fabuleux que dans l'assemblage des parties qui les composent, et nullement dans chacune de ces parties. Dès lors, on doit supposer que ces artistes , et notamment ceux du beau temps de Tantiquité, avaient une tendance remarquable vers le vrai, et que même cet amour de la vérité s'est fait ressentir jusque dans leurs compositions les plus bicarrés. Ce qui le prouve, c'est qu'ils avaient fort bien distingué
289 — les deux espèces d'éléphant, avant Linné et Btiffon qui n'ont jamais discerné ainsi que Favaient fait les artistes de l'antiquité^ l'éléphant d'Asie de l'éléphant d'Afrique.
Mais n'y a-t-il donc que les espèces figurées sur les anciens monuments qui se soient perdues; où trouver cependant aujourd'hui en Egypte les deux ^pèces de., crocodiles , recueillies par M* Geoffroy St. Hilaire, dans les catacombes d'Egypte? où voyons-nous également parmi nos espèces vivantes ces cerfs à bois gigantesques qui existaient cependant iencore en Prusse et en Italie^ à une époque peu éloignée de nous, c'està-dire au quinzième siècle^ au dire de Sébastien Munster, de Jonstonet d'AIdrovande. Cette espèce est si complètement perdue, que Cuvier, ignorant ces faits, l'avait considérée comme Tune des espèces fossiles des plus remarquables. En effet , ce cerf si singulier par la grandeur de ses bois, s'est anéanti depuis peu de temps; cepen-, dant, comme l'homme lui-même, il a été contemporain des anciens éléphants, des rhinocéros, de l'hippopotame et des hyènes qui n'ont plus de représentants sur la terre.
D'un autre côté , celte espèce a été fort bien
décrite par Oppien et signalée par Julius Capi-^
.tolinus, comme une des plus remarquables parmi
celles que l'on envoyait d'Angleterre en Italie.
— 2«> — Ses hvêf nous èefwous être moins si]r|yris de trou- ▼er ce oerf exactement représente dans les peintures et les sculptures de Rome antique^ et d'^ap* prendre de Hart qu'il existe dans les allurions du val d*ÂrttO, des ossements de ce eetP, où Ton obserre des calus , suite de blessures opâ*ëes par un instrument tranchant et acërë.
Mais enfin, faut^il donc «des causes bien extraordinaires pour faire périr des espèces , et ne Yoyons-nous pas les causes les plus simples produire ce résultat. Il suffit en effet que la mortalité d'une race swt hors de proportion arec sa naissance , pour Tanéantir d'une manière nécessaire. Ainsi par exemple, le Dronte ou Dodo, dont nos musées renferment encore qudques débris, a entièrement disparu de Tlle de France et de Itle Bourbon^ où au dire d'Herbert, tt vivait encore exk 4626.
Dès lors, on ne peut conclure dn mélange des débris humains avec des espèces perdues, re^ gardées même par les meilleurs observateurs, comme fossiles , qye l'antiquité dé lliomme soit plus grande que celle que lui assignent les monuments et les traditions historiques. ' ' L'observation qui annonce que des espèces intertropicales ont jadis vécu dans les régions polaires est loin de prouver le contraire. Elle se rapporte évidemment aux temps géologique)^,
— 2«< — CÊêt^k-din, ans temps oè la température de la surface de la terre était asaes élevée , pour per« mettre anx espèces dont les analogues ne se trou-* yent plus maintenant que dans les riions les plus chaudes , de rivre jusque cbns les contrées aujourd'hui gréées des environs des pèles. Ces faits bien antérieurs à lexistence de l'homme ne peuvent donc rien nous apprendre sur la date de son apparition.
11 en serait toujours dé même , si au lieu de la cause si simple et si bien confirmée par Ten-semble des Êiits , que le changement des climats tenrestres a été une suite nécessaire de rabaisse-» ment de la dialeur centrale, on voulait admettre que ces changements ont été produits par on déplacaneni de Taxe du globe»
L'observation des étmtes fixes qui correspcm-' dent aux régions polaires , nous apprend bien qu'il s^c^)ère dai^ l'axe de la terre un déplace* ment ; mais ce déplacement est si léger, qu'il n'est que de neuf secondes et fait sa révolution dans environ dix-neuf ans. En vertu de ce mou«» vement. Taxe de la terre trace donc un cercle de dix-huit secondes de diamètre, dont le eeptreest le lieu moyen du pôle. D après Laplace , il y a 2i,400 à parier contre 4 , que ce déplacement n'est ni au«dessou$ de d " SI ni au-dessus de 9 '' â4. Gel eflSH est donc loin de répondre au
déplacement qui devrait se produire dans Taxe de U terre ^ pour opérer Tinstabiltté des clioiats les plus opposés, et échanger les glaces du pôle contre les feux de Téquateur.
La comparaison des observations anciennes avec les modernes^ nous montre aussi que l'obliquité de Técliptique sur lequateur terrestre^ n'est pas.aujourdhui ce qu'elle a été autrefois, et il est clair qu'elle ne peut varier sans entraîner un changement correspondant idans Içs climats. Mais ce déplacement dont les causes sont con- -nues et appréciée^ est borné entre des limites 1res étroites ; car il ne s'élève qu'à quarante-huit secondes par siècle, et il ne dépassera certainement jamais un degré et demi. Assurément, cette cause est bien insuffisante pour transporter aux pôles le climat des régions équatoriales.
Du reste, il suffit pour la solution de la question que nous nous sommes proposés d'éclaircir, de faire remarquer que lors même qu'un pareil déplacement serait possible , se rapportant aux époques géologiques, îl serait tout-à-fait indifférent pour la déterminaXion de la date de Tapparition de Thomme.
Le déplacement de Taxe de la terre , indiqué par robser'vation,des étoiles circompolairès, n'est qu'un déplacement par rapport aux étoiles , et non par rapport à la terre, celle-ci ne cc^sse pas
de tourner autour du même diamètre, ou si Ton veut , Taxe autour duquel elle tourne ne cesse pas de passer par le même point de sa surface. Or^ un pareil déplacement y quelque grand qu'il soit, ne saurait faire que les régions polaires actuelles deviennent les régions équatoriales et réciproquement. Il n'a d autre effet que de rendre plus égale la répartition de la chaleur entre divers points de la terre, et plus inégale la répar* tition de la chaleur au même point pour les divers temps de Taiinée. Le déplacement de L'écliptique produit des effets absolument pareils; il ne saurait donc expliquer le transport du climat équatorial atix pôles. Pour opérer cette inversion , il faudrait que la terre tournât autour d'un autre diamètre, et on ne connaît pas de cause qui puisse produire un pareil effet, excepté pourtant le choc d'un corps étranger.
Encore , faudraitnl que ce corps étranger eût une certaine masse et qu'il frappât la terre dans une certaine direction. Or, parmi les corps étraugers qui pourraient exercer une pareille action , nous ne voyons guère que les comètes. Mais pour cela, il faudrait supposer à ces astres * bien plus de masse que n'en présentent ceux qui ont élé observés jusqu'à présent.
Ce choc ne pouvant être qu'instantané, ne permettrait pas mieux que le$ autres causes astro-
— 294 ^ ttoiniqiies , de coacevoilr eomment il m fait qae les mêmes espèces fossiles ou d^ espèces analogues se trouTenlà la fois dans les mêmes forma* fions des différentes régions de la terre ^ c'est4dire au milieu des houillères , des contrées pôhires et des régions équatoriaies. Sans doute les terrains carbonifères que Ion doit rapporter à une même époque^ n*ont pas été déposés partout d'une manière simultanée ; mais il est pourtant difficile de supposer que les différentes couches qui les composent ont été précipitées à de longs intervalles les unes des autres. Dès lors les causes astronomiques comme celles résultant do dioc d'une comètCi ne sauraient nous rendre raison, comment il se fait que les mômes végétaux fossiles se retrbUTeut sur la plus grande partie de la Surface de la terré qui nous estconnu^ dans des formations houillères^ à peu près identiques relativement à la nature des couches qui les composent, et qui par cela méme^ ne peuvent appartenir qu'à une seule et même époque géologique.
XV* aSS TRAVAUX DES MINES , CONSIDERES COMME MESURE DU TEMPS.
Les travaux des mines rentrent tout^à^fait dans l'appréciation de la date que nous cherchons , car il sont dus à l'homme j mais on m a beaucoup exagéré l'antiquité. D'âpres certains
observateurs^ les mines de fer de Tile d'Elbe aaraient été exploitées depuis plus de 40,000 ana^ Cependant M. Fortia d'Urban , qui a examiné avec soin les déblais sortis de ces mines , a réduit cet intervalle à un peu plus de 5^000 ans. Encore dans ses calculs, cet antiquaire a supposé que les anciens n'exploitaient chaque année que le quart de ce que l'on exploite maintenant.
^ En admettant ces derniers calculs » on se de* mandé pourquoi les Romains qui consommaient uue si grande quantité de fer dans leurs armées, auraient tiré si peu de parti de ces mines presque inépuisables. D'un autre côté, si elles avaient été exploitées il y a seulement 4,000 ans , on ne saurait s'expliquer comment le fer était si peu connu dans la haute antiquité; et pourquoi il n'a été commun que loi^ des beaux temps de la Grèce où son emploi devint général.
Xll^ LVS TRADITIONS £T LES MONUHENtS HISTORIQUES D](^ ANCIENS PEUPLES, CONTJIARIENT-TLS LA DATE QUE NOUS AVONS ADOPTEE d'aPRÈS LA CHRONOLOGIE DES HEBREUX 7
L'on sait que les différentes nations qui ont apparu'^tour à tour sur la terre, se sont disputées le degré de leur ancienneté ; comme si elle pouvait être ui\e illustration. Ces nations sont les Hébreoxy lesÉgyptîens, les Ghaldéens , les Phéniciens, les Indiens et les Chinois. Examinons les
titres que nous présentent ces différentes nattions pour faire prévaloir leurs dires contradictoires.
Le plus ancien livre que ces peuples puissent nous montrer, est d abord celui des Hébreux , dont la date remonte, ainsi.qae nous l'avons déjà foit observer, à plus de 3,300 ans avant Tépoque actuelle. Ainsi , sous ce rapport , les Hébreux seraient les plus anciens ; car ils ont une véritable histoire des temps les plus reculés sur lesquels nous ayons quelques données.
Quant aux écrits qui nous restent sur l'ancienne Egypte , ils sont ti^ès récents auprès de la Bible ; ils paraissant du moins postérieurs à la dévastation de Cambyse. D'un autre côté , leur ' peu d'accord atteste qu'ils sont tirés de monumens mutilés. Aussi est-il à peu près impossible d'établir les moindres rapports entre les listes des rois d'Egypte, écrites par Hérodote, Eratosthéne^ Manéthon et Diodore. Il y a plus , on ne peut . même accorder entre eux les différents extraits tirés de Manéthon .
Cependant les Égyptiens se sont plu à se forger une haute antiquité , et pour cela , ils ont fondé une chronologie d'après jlaquelle sur les 36,525 ans qu'ils auraient attribués à la durée des premiers temps, il y en aurait eu 33,984 consacrés au régné des dieux. 11 ne serait donc resté que 2,541 ans pour le régne des hommes.
jusqu'à la quinzième année ayant la conquête d'Alexandre , c'est-à-dire jusqu'à Tan 347 avant l'ère chrétienne, ou 4^725 années avantl'époque actuelle.
de nombre de 4,725 années parait bien réel^du moins d'après les progrés que l'étude des antiquités de l'Egypte a fait faire à la chronologie de ce pays. En effet, d'après cette étude, l'histoire certaine de cette contrée célèbre ne parait pas re*monter à plus de 2,888 années avant Tère chrétienne^ ce qui revient au même nombre que nous avons déjà fixé. Quant au reste du temps compté pour le règne des dieux, il est consacré aux fables mythologiques et n'a pas ce caractère certain qui convient seul à l'histoire. Dès lors,^la véritable chronologie , celle qui' se fonde sur une histoire réelle ou sur des monuments anthentiques , ne permet pas d assigner aux Égyptiens une plus haute antiquité, que celle que nous venons de leur attribuer.
Mais les observations astronomiques des anciens Égyptiens ne sont-elles pas en opposition formelle avec cette, supposition ? Nous observerons que les formules établies par les géomètres pour représenter les mouvements planétaires, sont arrivées à un tel état de perfection , qu'avec leur secours., il n'est pas aujourd'hui dans le système du monde , un phénomène de mouvc-
— 298 •ment observable que l'oa ne puiaie prév<»r pour un avenir qu^^lconque , ou rq>roduire pour une antiquité presque sans bornes.
Ce sont là comme des instruments qouveaux avec lesquels on peut remonter dans la série des temps^ reconstruire Tancien aspect des cieux^ et le comparant aux observations ou aux traditions des peuples, assigner l'état de leurs connaissances positives , rechercher les idées qui leur ont été propres ou qui ont pu leur être transmises^ et donner ainsi un élément de plus à Thistoire comparée de Tesprit humain.
En appliquant cette méthode aux documents que Ion possède sur lancienne %ypte^ M. Biot a pu constater qu'à une époque ausstreculëe que 3,285 ans Juliens , avant Tère chrétiennei les Égyptiens avaient déterminé dans le ciel la vraie position de Téquinoxevernalydu solstice d'été, et de l'équinoxe d automne. Ils avaient également reconnu 1 505 ans plus tard, oU 1 780 ans avant l'ère vulgaire, que ces points primitifs s'étaient considérablement déplacés; aussi ont-ils exprimé ces deux états sur leurs monuments.
M. Biot est parvenu à ces résultats en étudiant les travaux astronomiques découverts en Egypte par Champollion , et leur appliquant les travaux de ce dernier sur l'ancienne année égyptienne. Cet illustre antiquaire a prouvé par les monu-
-segmente y que cette année coroposëe de douze mois de trente jourd^ avec cinq ëpagoménes, s'écrivait depuis là plua haute antiquité par des signes qui la. partageaient en trois saisons coïncidantes avec les phases que le débordement périodique . du Nil assigne aux cultures annuelles et respectivement caractérisées par les symboles de la vé* gëtation^ delà récolte et de l'inondation.
En outre , à chacun des mois était attaché un personnage divin qui y présidait; et parmi eux ^ Champollion faisait reconnaître avec évidence les emblèmes des deux solstices de l'équinoxe vernaK Ces notions astronomiques sont-elles nées d'abord en Égypte^en commémoration de faits réels^ et passées de là aux Chaldéeps; ou ceux-ci les ont-ils données aux Égyptiens qui en auraient fait le fondement de leur année vague? C'est un point de critique chronologique important sans doute à éclaircir, mais qui est tout-à*fait indiffé<« rent pour la solution de la question qui nous occupe.
Du reste, ceux des monuments mythrîaques les mieux caractérisés par des symboles astrono- " miques,et qui permettent d'arriver à une pareille détermination sont tous desouvrages des Romains. On trouve également des vestiges des mêmes traditions sur les cylindres babyloniens et persépolîtains, et sur divers bas-reliefs de PersépoHs.
Mais ce« monumenls ne remontent pas à plus de cinq ou six siècles avant Tère chrétienne ; à la vérité, on croit retrouver quelques trace^deces traditions jusque dans les racines de la langue persan ne.
Si Ton pouvait compter sur l'exactitude du fait souvent cité, que Callisthènes avait envoyé à Âristote des observations astronomiques chaldéennes, remontant à. 19,000 ans , l'embarras relativement à la question de priorité entre la Chaldée et TÉgypte augmenterait encore.
Du reste, en observant, relativement à Vastronomié des Chinois , et notamment sur les causes de Tétrange inégalité qu'on remarque dans Vé • tendue des signes de leur zodiaque et du choix du groupe d'étoiles par lesquelles ils les distia^ guent, ce savant a été conduit à penser que la coïncidence pntre^leur astronomie et celle des Égyptiens et des Ghaldéens était purement fortuite , et non Tindice d'une communication qui se serait établie entre ces différents peuples.
Enfin, les plus anciennes observations astronomiques , mentionnées dans les 'livres des Chinois remonteraient seulement , d'après M. Biot, à 2,400 ans avant notre ère. Elles seraient donc postérieures de neuf siècles à la position primitive des solstices et des équinoxes , rappelée par les notations et les tableaux sculptés des Égyptiens.
Quant au mode de division du ciel chinois par ascension droite , le choix de leurs constellations et les dénominations qui les désignent , il n'a aucun rapport avec le système astronomique égyptien. Il n'y a donc rien qui puisse faire supposer une transmission de méthodes ou de tra-: ditionsqui se serait propagée des Égyptiens aui Chinois. Les deux systèmes d'idées semblent^ au contraire^ tout-à-fait indépendants.
Si cependant on découvre entre ces deux peuples quelques autres analogies , comme le culte du ciel f celui des ancêtres » Tassimilation des rois au soleil , l'emploi des signes figurés dans l'écriture primitive , il faut admettre qu'ils ont été conduitrtous deux à ces usages par la seule pente naturelle de l'esprit humain. S'ils les ont puisés dans une communauté de patrie ou de race, ces relations ont dû précéder le phénomène astronomique qui est devenu l'origine des traditions et de la notation égyptienne, c'est-à-diré , qu'elles ont dû être antérieures à Tannée 3,285 avant lère chrétienne^ époque qui correspondrait à environ 5,1 22 ans av^nt l'époque actuelle.
Il est également certain que les observations d'éclipsés faites par les Chaldéens et citées par Ftolomée^ ne remontent pas à plus de 2,500 ans avant notre ère.
Les millions d'années que s attribuent lesChal-
àémn sont donc, tout bîosA fabuleoMS que celles à raide desquelles les Égyptiens ont voulu ' se donner une haute anliquilé. Leurs périodes astronomiques ont èîé cakulëes pour la plupart sur des observatiotts inexactes, et même en rétrogradant; plusieurs de ees périodes sont de simples cycles arbitraires multipliés par eux-' mêmes. Aussi les Chaldéeas n'ont-ils jamais su ni expliquer ni {mklire les éclipses de soleiLToot porte à croire que leur grande réputation en astronomie leur a été faite à des époque» récentes , lorsque leurs successeurs vendaient dana tout rempire romain des horoscc^es et des prédictions.
En supposant aux Chaldéens des connaissances astronomiques plus avancées que celles qu'ils avaient réellement , cette circonstance ne serait pas une preuve de leur plus grande ancteiH neté. En effet, des peufdes pasteurs qui habitaiiBt de vastes plaines, sous un ciel toujours {mr, étaient par cela même, à portée d'observer le cours des astres. Leur vie pastorale et nomade devait, d'autant plus les engager à cette étude que les astres pouvaient seuls les guider pendant la nuit. 11 ne fallait donc qu'un esprit méditatif pour les faire arriver au degré de connaissance qnils paraissent avoir eu , et des siècles ne leur ont pas été nécessaires pour acquérir d'aussi faîMes coa* naissances.
Ce que nou» venons de dire des Chaldëens s'applique également aux Phéniciens^ qui ne peuvent nous présenter des monuments historiques ^ dont la date soit au^elà de 4 ou de 5,000 ans avant les temps actuels. Quant aux Grecs; ils sont bien plus nouveaux; Tétonnante civilisation à laquelle ils étaient arrivés a été plutôt une suite de Finfluence de leur constitution libérale, et en même temps des circonstances fortunées sous lesquelles ils ont vécu , que de celles du temps. Mais cette civilisation , ils en reçurent les premiers bienfaits de TÉgypte et de la Phénicie, surtout des habitants de cette dernière contrée qui vinrent s'établir en foule dans les champs heureux de la Grèce.
Quant aux Indiens ^ ils n'ont jamais eu d*histoire proprement dite. Leurs livres de théologie mystique ou de métaphysique abstruse , ne sauraient nous instruire sur leur origine et sur les vicissitudes de leurs sociétés. Aussi, a-t-on beaucoup de peine à établir quelques lambeaux d'une espèce de chronologie indienne. Cette chronologie, interrompue à chaque instant, ne parait pas remonter plus liaut qu'Alexandre.
Leur Surga Siddanta, qui au dire des Brames, aurait été révélé , il y a plus de vingt millions d'ai)[nées , ne peut avoir été composé que depuis environ 760 ans avant l'ère actuelk. Leurs livres
sacrés ou vedas^ postérieurs à la Bible , ue remonient pas à plus de 3,200 ans. Leur histoire qui commence' aussi par un déluge ne le place pas à plus de 5^000 ans avant nous.
Du reste, il est assez remarquable que l'époque . à laquelle les Indiens assignent le commencement de leurs souverains humains , ceux de la race du sqleil et de la lune , soit à peu prés la même que celle à laquelle Ctésias fait commencer ceux des Assyriens , il y a environ 4,000 ans. Quant aux listes des rois que des pandits ou docteurs indiens ont prétendu compiler d après les Pouramas , sorte de légendes ou de romans versifiés , ce sont de simples catalogues sans détails ou ornés de détails absurdes. Tels sont ceux qu'avaient les Égyptiens et les Cbaldéèns ; tels sont ceux de Trithème et de Saxon le grammairien pour les peuples du Nord.
Ces listes sont fort loin de s'accorder les unes avec les autres; aucune d'elles ne suppose ni uue histoire , ni des registres, ni des titres réels. Le fond même a pu en être imaginé par les poètes dont les ouvrages oiit été la source de ces histoires fantastiques. Ces listes toutes pleines défailles qu'elles sont, ne remontent cependant qu'à* 4,300 ans, sur lesquels plus de 1 ,200 ans sont remplis de noms de princes dont les règnes demeurent indéterminés quant à la durée.
Cet état déplorable de connaissances historiques devait être cehii d'un peuple, où les prêtres héréditaires d'un culte monstrueux dans ses formes extérieures et cruel dans beaucoup de ses préceptes , avaient seuls le privilège d'écrire , de conserver et d'expliquer les livres. Ces prêtres devaient redouter l'histoire qui éclaire les hommes sur leurs rapports mutuels et sur leurs véritables intérêts. Les mêmes causes ont agi en Éigypte et en Chaldée ; aussi pour peu qu'on réfléchisse sur les fragments qui nous restent des traditions égyptiennes et chaldéennes, on s'aperçoit qu'elles ne sont pas plus historiques que celles des Indiens.
Si cependant l'époque qui sert de point de départ aux tables astronomiques des Indiens , avait été effectivement observée , ces tables auraient une très haute antiquité ^ et par suite les peuples qui les auraient dressées. Mais les travaux * de la société de Calcuta , ont prouvé qu*el(es avaient été calculées en rétrogradant, et que leur résultat était tout-à-fait inexact. Aussi le savant Bentley a-t-il reconnu que les tables de Treviranus que Bailly avait considérées comme très anciennes ^ avaient été calculées vers 1281, depuis Fère chrétienne, il y a senlement 556 ans.
Enfin , des solstices , des équinoxes indiqués
dans les Pouramas et calculés d'après les po-
silioos que seçiblaieut leur attril^uw k$ signes du zodiaque avaieut également paru d'ux^ haute antiquité ; mais uijie étude exacte de ces s^gaes a montré à M. Faravey; qu'U ne s'agit q^ desai&t> tices de 1200 aoa ayant l'ère ^bfétienne. i>a reste ^ le lieu de ces solstices y est si gros^ére-* ment fixé , qu*on ne peut r^ondi^e de cette dé* termination à deux ou trois siècles près. Gela est du reste £aicile à concevoir ; les Indiens p^u patients, observent peu et n'ont jamais eu d'wstruoï^ents proprés à leuir permettre de iaire im recherches utiles. D'un autre coté ^ la nouveauté du verre ^ comme moyen d'observation, àèym contre Tancienneté de ces tables astroaomiqui^ Cependant un certain nombre de çeatiable&aB-* ciennes, telles que celles d'Hipparque, de Ti^ho* Brahé et de Kepler^ ont été calculées, sans que leurs auteurs aient fait usage du verre dfms 1eur& observations.
Les Indiens onl; cependant connu des prcH €édés de calculs fort ingénieux^ qiû, san^ pi)ouv«f l'ancienneté de leur astronomie« en moulent dijk moins l'originalité. On ne peut étendre œpenr dant cette conclusion à leur $phépe; car indépendamment de leurs maisons. luiiaii:ea qui resr semblent à cnlles des Ai?abes> ils oat au.sodla^ qi)e ^ liça meiuca douze çonslellatiofis quié tes Égyptiwsy lesQhaldéenaet leaGmcs^ \
Les Chinois se sont plu aussi à se donner jiixie haute antiquité ; mais elle n'est pas plus réelle que celle des peuples^ dont nous venons de discuter l'histoire. Le Chou-king est leur plus ancien livre. On assure^ qu'il a été rédigé parÇonfucius^ sur des lambeaux d'ouvrages antérieurs i il y a environ 2,255 ans. Ce fut deux cents ans plus tard, qu'arriva sous l'empereur Chi^Hoangti la persécution des lettrés , et la destruction des livres. Aussi ce fut 400 aos plus tard , qu'une partie du Choû-King fut rétaUie de mémoire, et cela par un vieux lettré. Une autre partie de ce travail précieux , fut retrouvée dans un tombeau, mais^ prés de la moitié fut perdue pour toujours.
' On sent dès lors , quelles incertitudes doivent envelopper une histoire , fondée sur de pareilles bases. Quoi qu'il en soit, elle commence par Yao, occupé à faire écouler les eaux de dessus la surface de la terre; cet empereur vivait j^ il y a 4,464 ans , selon eertains^de ces manuscrits , et selon les autres, il y a seulement 3,944 années. On a bien supposé , à la vérité, qu'il existait des empereurs avant Yao; mais Ton a admis penr dant leur règne .des circonstances tellement extraordinaires, que leur existence est plu$ que problématique. En effet l'histoire des Chinois ne devieqt raisonnable et ne peut soutenir l'examen
de la critique , que lorsqu'elle nous transmet des éyénements réels passés sous les yeux des historiens , ou du moins qui leur étaient bien connus.
Quant aux observations astronomiques dues aux Chinois^ la plus ancienne , parmi celles qui ont un caractère d'exactitude^ est celle du gnomons^ dont la date remonte^ à 2,900 ans. A la vérité on trouve dans le Chou-Kîng des détails d'une éclipse qui daterait de 3,965 ans; mais cette éclipse est racontée avec des détails si absurdes , que la description en a été évidemment faite après coup. Du reste, Tétat du ciel à Tépoque où l'on prétend que cette éclipse aurait été aperçue s'oppose à ce qu'on puisse la considérer comme réelle. Il est également question dans le même livre d'une conjonction qui aurait eu lieu il y a environ 4,260 ans. Sans doute, cette observation serait la plus ancienne connue; mais elle a été rejetée par tous les astronomes; en sorte que nous n'ayons d'observations précises , que celle du gnomons , dont nous avons fixé la date à 2,900 ans avant les temps actuels.
Quant aux monuments les plus anciens de la Chine, ils ne remontent pâs non plus à une haute antiquité; car ils sont postérieurs de plusde mille ans à l'empereur Yao-Chu. Il en est de même de leurs vases. On n'en connaît pas dont la date soit antérieure à 1 ,766 ans avant l'ère chrétienne.
Ces vases peu chargés de caractères sont du reste fort difficiles à débrouiller à raison même de leur uniformité» Aussi 'ne peuvènt«ils pas toujours nous servir à éclairer la chronologie ^ d'autant que les hiéroglyphes chinois sont à peu près arbitraires.
On peut donc conclure avec fondement ^ de l'examen attentif de Thistoire chinoise, que ce n'est jamais en astronomes, mais en astrologues, que ces peuples ont observé le ciel. Dès lors leurs observations sont - elles nulles pour la chronologie et l'histoire , comme elles le sont pour la science. /
En un mot, les observations astronomiques, les livres, les monuments historiques nous manquent, lorsque nous voulons dépasser la date -que nous avons fixée à l'apparition de l'homme. C'est donc sans raison , comme sans autorité , que l'on a voulu aller au-delà par suite d'idées préconçues ou pour le soutien de systèmes plus ou moins ingénieux.
Un simple hasardj ne saurait nous donner uû résultat aussi frappant et aussi uniforme , que celui dont nous venons de démontrer l'évidence. £n effet d'après lui, l'origine de$ monarchies égyptiennes, assyriennes, indiennes et chinoises ,~ ne remonterait pas au-delà de 4,000 ans ou au plus de 5,000 ans. I^es idées de peuples qui ont eu si
peu de rapports ensemble^ dont la langue^ la religion, les lois n'ont rien de commun, auraientelles* pu Vaccorder sur un pareil point, si elles n'avaient la vérité pour base et la réalité pour appui.
Tni9 DZ8 MOmnfENTfi ET BE LA CiVILISATIOir CONSIDÉRÉS OOIPIE KUUmXS DO TE1C98.
La beauté/ la grandeur des villes de Tantiquité ainsi que les £siits représentés sur certains mo« numents des premiers temps de l'histoire ayant paru annoncera l'existence de l'homme une plus haute ancienneté, que celle que nous lui avons attribuée, il parait nécessaire d'en discuter la valeur.
Les plus anciens monuments qui nous soient connus, sont ; la tour de Babel et ceux qui couvrent le ^1 de rÉgypte et particulièrement les pyramides. L'époque de la construction de ces monuments est évidemment postérieure à celle du déluge , et par conséquent déjà fort éloignée de l'apparition de rhomme.*Aussi ceux qui ont le plus reculé le terme de leur construction ne le font pas remonter au-delà de 3^409 ans , tandis que d'après la Genèse, elle ne dépasserait pas^ 2,642 ou au plus 2,647 années avant les temps actuels. Nous adopterons si l'on veut avec
~ 311 ^ plueieufft^rivàiftê modêrnes^, k ^f^rèmitiï* de ceè nombres qui é(ôt]g)l6 lie pluift cette époqtié^ et loîA de tirmiver dette daté eik t^ontràdiction avec lèft autres faitB que nous avons déjà exposés, elle leè confirme au contraire pleinement.
Les pyramides, d^Êgyple doitetit èti^ tH éont en effet moitié anciennes qtie Moïse ; <iar si iés moikttthentsdont^ suivant l'expression d'tonpoètev U masse iiidestructible a fatigué le temps, avaient existé du temps de ce grand législateur , il en aurait certainement parlé attx Hébreux ^ qui comme lui sortaient d'Égyple. Sans douté leur grandeur et l'eusemble de leurs proportions colossales frappent l'imagination et hiémé à tel point, que plusieurs étonnés dé leurs dimensions gigantesques, ont répété à diverses reprises, que ces monuments annonçaient, ou des hommes de cent pieds ou une antiquité incalculable.
lYous avons déjà répondu à la seconde branche de cette supposition; et nous dirons relativement à la première que tout ce que ces monuments rediient à ceux qui les jugent sans prévention ^ c'est qu'ils n'ont pu être élevés que par des nations avilies sous l'oppression d'un pouvoir absolu , et des efforts réunis de tout un peu>^ pie d'esclaves. Que d'instruction dans ceS mo^ numents I ne révèlent*ils pas à: notre pensée sous quel jdug honteux gémissaient les hommes
qui kaônt érigés, lift sont encore ddsout, témoi- . gnage impérissable des fléaux sànsnombre qu'en-^ traine après lui le despotisme lorsqu'il se laisse guider par une stupide ambition ou un ridicule orgueil.
Aussi dans Tétat actuel de notre civilisation moderne , de* pareils monuments sont à peu prés impossibles , surtout lorsque leur but ne peut être que de flatter Toi^ueil et la vanité du souverain qui en exige Térectiou. Us le seraient même dans ces pays où le pouvoir despotique subsiste encore , tant les idées généreuses ont fait de progrès dans l'esprit de tous les hommes, dont le cœur bat et s'enflamme lorsqu'on veut y porter atteinte.
Des monuments, d'une grandeur aussi colo^ sale, auraient même été impossibles sous la domination romaine; les empereurs tout puissants pour lever des milliers de soldats prêts à verser leur sang pour la patrie, auraient été sans pouvoir s'ils avaient exigé des anciens Romains, le sacrifice de leur temps et de leur liberté. Après de pareils faits parlerons-nous de la difiiculté que ces peuples auraient éprouvée , pour évaluer avec leurs chiffres , la dépense que de pareilles constructions auraient occasionnée?
Quoiqu'il en soit, les pyramides sont loin d'être les monuments les plus anciens de l'Egypte,
elles leinr >ont même d'après GhampoUion lo jeAine, postérieures d environ mille ans. Lespre-> miéres ne remdnteraientpas, d'après lui^à plus de 3,037 ans avant i époque actuelle, tandis que les autres monuments, auraient étd érigés, il y a déjà 4/037 ani\ées. '
Ce que nous venons de dire des monumeùt^ , ' nous pouvons rappliquer à la grandeur et à la splendeur des villes de la haute antiquité. Léut* beauté tient également à Tabus du pouvoir ab<* solu , et d'autant plus, qu'à toutes les époques les rais ont été jaloux de rendre le lieu de leur rési» dence en harmonie avec l'étendue de leur pourvoir et de leur domination.
Enfin on a voulu voir dans le zodiaque de Dendéra une preuve des connaissances astronomiques des anciens Égyptiens , lesquels annonceraient une suite de très longues observations. Mais depuis que ce zodiaque a étd soumis à l'examen de nos savants, on a reconnu que sa date éthit loin d'être certaine et excessivement reculée. On a employé dans ce zodiaque les mêmes figures des constellations zodiacales que celles que nous employons aujourd'hui, seulement avec une distribution toute particulière.
On a cru voir dans cette distribution , une représentation de Tétat du ciel au moment où Ton avait dessiné ce monument , et c'est aussi
nie et Tauteur de la mécanique céleste ; et Ton voudrait que les Égyptiens ou les Indiens aient eu besoin de milliers d'années pour arriver à leurs informes théories. Un homme de génie suffit seul pour créer une science et la portera un haut degré de splendeur.
Si cette vérité avait besoin d*étre étayée par des exemples , l'histoire nous en fournirait de nombreux et de frappans. Qu'étaient en effet les sciences naturelles avant Âristote ? et que sontelles devenues pendant les siècles qui se sont écoutés depuis lui ^ jusqu'à Linné et, Buffon? Qu'était également la médecine, avant Hippocrate ou, pour mieux dire, avant lesHippocrates? n'est-ce pas eux qui ont fondé celte science sur des bases inébranlables, et qui, en dirigeant les médecins vers l'expérience , leur ont frayé une voie nouvelle dont Thumanité a depuis lors tant profité.
Considérons enfin des temps plus rapprochés de nous , et demandons-nous ce qu'étaient les sciences physiques et mathématiques avant Galilée, Leibnitz et Newton. N'est-ce pas à ces physiciens que sont dues ces méthodes et ces instruments qui nous ont mis en communication avec le monde extérieur ? A leur aide, nous avons pénétré dans l'immensité des cieiix, et découvert des mondes tout aussi merveilleux que celui qui est offert immédiatement à nos regards.
M'est-ce pas également à eux que Tesprit humain a dû ces moyens nouveaux d analyse qui nous ont fait faire tant de découvertes inattendues et qui en préparent tant pour l'avenir ? Heureux supplément de Tintelligence humaine^ l'analyse infinitésimale est un' instrument en quelque sorte rationnel^ et qui^ au milieu de tous ces avantages^ a celui d'être applicable à tout ce qui peut ê(re saisi par deÉ nombres. Ce n'est donc pas sur le temps que nous devons calculer les progrés des sciences et de la civilisation qui en est la suite* Le génie crée et perfectionne tout à la fois ; à sa voix puissante , tout cède et obéit ^ et dans un instant^ il invente ce que des siècles n'ont su trouver. Aussi n'est-it pas de branche des sciences physiques^ à Texception de celle qui se rapporte à l'hisloire des animaux, qui date de plus d'un siècle; car nos sciences modernes n'ont presque rien de commun avec les ébauches imparfaites que les anciens nous ont laissées. Aussi par suite de leur influence puissante ^ non seulement , il n'est pas sur le globe d'asyle inexploré , mais nous y avons découvert quatre fois plus de terre que n'en connurent jamais les anciens. Nous a-t-il fallu des siècles pour produire de pareilles merveilles ? et voudrait-on y trouver une preuve de Tancienneté des nations modernes , comme on l'a fait pour
celles de rantiquilé? Non , sans d<mte, ks faits aont trop près de nous pour le prétendre ; mais remarquons que sî cet argument ne pent «voir k moindre force relatÎTemeot à nous ^ peuples si nouTeaux, il ne saurait en aTpir davantage pour les peuples anciens.
Oh pent donc circonscrire les progrés de la civilisation ancieime et moderne dbuots l'espace de tanq[»s qui s'est écoulé depuis Tai^aritiofi de rkomme que nous avons ùnée, en terme moyeo; à 7,067 ans avant les temps actuels. Aimi^ entre Vaurore de l'histoire grecque et le délice , il se serait éccMrié un intervalle de 3,500 ans au moins, ou an plus de 4,864 ans. Or, cet intervalle est plus que suffisant pour avoir aafixié les peuples de l'antiquité au point de civiUsatîoD où nous les représente Thist^Hre. En effet, les Égyptiens, les Indiens et les Chinois, vivant daias un climat doux et dans un pays fertile, sous te despotisme ou sous la th^eratie , ont bien pu arriver, il y a environ trois mille ans» à cet état de civilisation où le pouvoir souverain crée de grands monuments , et où le luxe nouâerit et dé* veloppe^ les arts,, propres à le perpétuer.
C'est à cet état où les Indiens et les Chinois se sont arrêtés et où serait encore l'Egypte, sieette belle contrée s^'avait été subjuguée et colonisée par des. Bâtions d'une autre tr^inpe d'esprit.
Quanl à la citUisartion des Grecs^, son coinmeocemeiit ne date guère de plus dé quinze siéc^9 avant l'ère chrétienne. En effet, Homère n^a fleui^i c^e 900 am avant cette époque^ et Hérodote^ qui lui a été bien postàrieiir, que de 464 ans avant la même époque. Cette carrière de quinze siècles est du reste bien suffisante pour expliquer toutes les merveUles de la civilisation des Grecs. Ce temps semble surtout suffisant lorsque Ton considère les immenses progrès que la civilisation moderne a faits depuis la renaissance des letti'es , époque si glorieuse pour Fesprît humain qui , jusqu'alors , plongé dans les langes de Tignorance , s'est réveillé tout-àrcoup et a produit led plus belles découvertes des temps modernes.
Le cercle de chifonologie biblique, qui parait si ^ étroit aux faiseurs de systèmes , est encore assez vaste pour lés historiens. On peut y faire enti^ non seulement toute la Grèce historique et, héroïque y mais encore ces grands empires d'Orient, dont les lourds et immenses monuments ont exigé des siècles pour s'achever. On peut également y faire entrer la civilisation des Indiens et des Chinois, ainsi que les antiques migrations des Celtes et des Scandinaves, dont Suhni, le Varron des Danois, a si judicieusement déterminé les époques.
La véritable philosophie dfe l'histoire rejette
« 320 — doac sans embarras ; comme sans r^prèiSy tous ces millions de siècle dont elle n'a que faire. Elle doit d autant plus les r^ter, que la nature nous tient partout le même langage^ que les monuments et les traditions historiques, relativement à la nouveauté de Tliomme sur cette terre dont il est devenu le maître et le dominateur par son intelligence aussi bien que par ses travaux.
XIV^ LES MODIFICATIONS QUE l'esPECE BUMAIlfE A ipROUVÉES, ANirOlfCENT-ELLES UNE HAUTE ANTIQUITÉ?
L'espèce humaine , par suite des causes diverses dont elle a subi l'action ^ a éprouvé de nombreuses et importantes modifications dans ses formes extérieures. On a donné le nom de races aux variétés principales qui en ont été le résultat; certains observateurs ont plus fait encore; ils ont considéré ces races comme autant d'esjièces. A leurs yeux, le genre humain n'est poiat simple, c'est-à-dire, formé d'une seule espèce; mais il est, au contraire, multiple, étant constitué par plusieurs espèces distinctes. Ceux qui ont adopté cette dernière opinion ont supposé que s'il n'y avait eu dans le principe qu'une seule espèce d'homme , il fallait que des circonstances agissant depuis des temps bien longs, eussent produit ou fait naitre les différentes races qui' existent aujourd'hui.
ExaoïinoQS donc la question de Tunilé tm de la muliiplicilé du genre humain sous ces diffé* rents rapports , et voyons ce que les faits nous apprendront.
Le premier point que nous ayons à étudier est de savoir ce que l'on doit entendre par espèce et par variété; car avant tout^ il semble que pour décider s'il y a ou non plusieurs espèces d'hommes^ il faut bien définir ce qui doit être compris sous cette dernière dénomination. II est trop évident que les différences , quelque grandes qu'elles soient , qui se montrent chez les espèces sans en altérer le type.^^'une manière essentielle^ conservant constamment le caractère qui les distingue, ne peuvent être considérées que comme des variétés. Seulement il y aura à distinguer entre elles, d'après la permanence de leurs caractères , les variétés du premier ordre ou fondapientales, des variétés du second ordre ou passagères.
Voyons donc d*abord ce que Ton doit entendre par espèce ; car ce premier point de départ est essentiel à Gxer, pour reconnaître si le genre humajn est réellement simple, ainsi que parait nous rapprendre l'ensemble des faits.
La génération , quel qu'en soit le mode ou de quelque manière qu'elle s'exerce , semble être le type de Tespèce; en sprte que tons les individus qui peuvent se reproduire et se perpétuer
indéfiniment les uAs avec les autres, 8<mt d'une «eule et même espèce* Les diffiSrences qui les distinguent, quelque grandes qu'elles puissent être, ne seraient en définitive, que des variétés, puisqu'elles dériTeraient de la même souche.
Si ces faits sont exacts , ce qui est incontestable) il s'ensuit, que pat le mot espèce , on doit corn* prendre tous les individus qui deseendànt les uns des autres et qui se ressemblent eutr'eux , autant que se ressemblaient les parents dont ils sont provepus»
Or, maintenant , toute la question se réduit à savoir si les races humaines peuvent se repro* duire les unes avec les autres, et cela d'une ma*niére indéfinie. Ici l'expérience nous répond que les plu^ abâtardies donnent des individus féconds, réunies avec les races les plus|jparfaite8. Cette expérience que nous invoquons n'est point ' fondée, commeon pourrait le crmre, sur quelques fkits isolés, mais bien sur l'ensemble et l'universalité des faits confirmés par Tdbservation de tous les^ jours.
Il n'y aurait donc qu'une seule espèce d'hon^ me , si notre définition est exacte. Mais on oppose que la génération en' est si peu le type, que plusieurs espèces , reconnue» comme différentes, donnent par leur accouplement des individus féconds, et que cheE d'autres, un seul
■- 323 — accouplement suffit à plusieurs générations.
L'homme est à la vérité, parvenu par suite de son influence sur les animaux, à faire accoupler plusieurs espèces difiîérentes. Ces accouplements, qui n'ont jamais lieu dans les espèces livrées à elles-mêmes, donnent souvent des produits qui tiennent plus ou moins de la forme des parents, quelquefois même, ils tiennent le milieu entre le père et la mère dont ils proviennent. On a 'donné, probablement à raison de cette circonstance , le nom de métis ou de mulei, à ces produits de deux races différentes.
L'homme seul a le pouvoir de forcer les espèces à se soumettre à de pareils réunions « et encore pour les y contraindre , il faut qu'elles se trouvent sous l'empire de certaines conditions. Ainsi un des deux sexes au moins doit être en état de domesticité. Si toutefois la domesticité n'est pas une condition absolue sans la^ quelle deux espèces difiTérentes ne peuvent s'accoupler, il est pourtant nécessaire que toutes deux soient privées de leur liberté.
Les produits forcés, de 'ces accouplements contre nature, sont si peu dans leur état normal qu'ils sont presque généralement stériles et inféconds. Lorsqu'ils sont aptes à la génération, ce qui, du reste, est fort rare, ce pouvoir s'arrête à la troisième ou au plus à la quatrième'généra-
tioii. 11 est donc certain que les métis, résultant de Tassociation de deux espèces différentes , ne possèdent pas cette faculté génératrice dont jouissent seules les véritables espèces; dès-lors ils n'altèrent eni rien le type qui constitue celle-ci, puisque ces métis ne sont pas durables, ne pouvant se propager eux-mêmes.
Quant à lobjection tirée de ce qu'un seul accouplement suffirait quelquefois à plusieurs générations, elle ne parait pas avoir une grande valeur pour faire changer la définition de Tespéce; en effet, cette particularité que présentent quelques pucerons ne modifie pas les espèces où elle a lieu; elle tend uniquement à en assurer la durée. Ce mode est donc le plus parfait, car avant tout; la conservation et la perpétuité de Tespèce sont le point le plus important de l'économie vivante.
Ces arguments ainsi écartés , il s'agit de savoir comment, s'il n'y a qu'une seule espèce d'hommes , cette espèce unique a pii produire un si grand nombre de races particulières.
Pour faire concevoir, autant qu'il est possible, comment ces diverses races ont été formées, examinons ce qui s'est passé chez les animaux dont nous pouvons suivre chaque jour les variations. En effet , nous produisons chaque jour de nou* velles races dans lés animaux, en les transportant avec nous dans les climats les plus diveis,
en leur dtôtribuant la nourriture à notre gré, enfin en les forçant à se croiser de mille manières différentes. A laide de toutes ces influences ^ nous tendons sans cesse à délruire ce type immuable des espèces auquel elles reviennent; pour ainsi dire, instantanément dès que, libres du joug de l'homme, elles retournent à là vie indépendante.
Aussi les variations des animaux sont plus considérables et plus nombreuses que celles que nous présente l'espèce humaine. Four nous en assurer, il suflira sans doute de comparer, sous le rapport de leurs variations, l'homme avec Tanimaldont il a le plus fait la conquête, le chien.
Ce dernier varie singulièrement par Teffet de notre influence, soit dans son instinct, soit dans son naturel, soit même dans son intrépidité. Il varie beaucoup également dans ses qualités physiques; par exemple, dans sa taille, il varie comme un à cinq dans les dimensions linéaires^ ce qui fait plus du centuple de la masse.
Cette différence est bien plus grande que celle que rhomme présente, dans les mêmes dimen-sioQS. En effet, les Lapons, les Esquimaux et les Boschimans n'ont guère moins de 4 pieds et les Patagons n'arrivent jamais au-delà de 6 pieds. Ainsi la plus grande diversité dans la taille de l'homme resterait dans le rapport d'un à un et
demi ; par conséquent^ elle serait de trois fois et demi moins considérable que dans Le chien .Enfin la masse du corps , comparée dans les diverses races, resterait, à peu de chose près, dans les plus dissemblables : : 1 : 4 1/2.
Si nous comparons enfin tes mêmes dimensions chez les nains et les géants , que nous ne saurions regarder comme dans l'état normal , nous trouverons encore que les extrêmes de leurs différences sont moindres que celles des races des chiens. Ainsi, la hauteur des plus petits nains est à celle des plus grands géants presque exactement ::\: 4, et, en les supposant bien proportionnés , la masse du corps des premiers est à celle des seconds : : 1 : 64.
Les chiens varient en outre beaucoup dans leurs autres caractères; la forme de leurs oreilles, de leur nez , de leur queue, ^insi que la hauteur relative de leurs jambes éprouvent de nombreuses et importantes variations. Il en est de même de la couleur et de l'abondance de leurs poils, qu'ils perdent quelquefois entièrement. Le développement progressif du cerveau, d'où résulte la forme même de leur tête, tautôl; grêle, à museau effilé, à front plat, tantôt à museau court, à front bombé, éprouve aussi de grande* différences qui ne sont pas sans quelque influence sur l'instinct [de ces animaux.
Parfaite de oes variations p les différences ap« parentes d^un mâtin et d'un doguin sont plus fortes que celles qUe l'on reconnaît entre les espèces sauvages d'un même genre naturel. Enfin, certaines races de chiens offirent un doigt de plus aux pieds de derrière, avec les os du tarse cor<* respondant, à peu près comme dans Tespèce liu* maiue^ nous voyons des familles sex*digitaires« Ce développement dun sixième doigt est, du reste, le maximum de variation, connu jusqu'à ce jour dans le règne animal.
Il n'est pas moins constant que toutes ces va*riations , qui ont produit des races si diverses, dériyent cependantT toutes d'une seule et même souche. A la vérité , on s'est demandé long*temps où était cette souche primitive du chien de laquelle sont provenues nos laces domestiques.
D'après M. Hogdson , cette race , de laquelle se* raient sortis uos chiens domestiques , se trouve* rait dans le Népaul, où elle est connue sous le nom de Buansu.
Les caractères de ce type fondamental seraient, du reste, les mêmes que ceux de nos chiens et il en aurait toutes les habitudes. Nous n'avons donc plus à nous demander si nos chiens de berger ou le chacal sont ou non la souche de nos chiens domestiques. Cette souche se trouve dans les anciennes contrées de l'Asie, berceau du genre
humain^ là où Thomme ti h\i ses premiers pas Vers cette civilisaiion à laquelle il a été poussé comme par une puissance irrésistible.
Si donc les animaux que Thomme a le plus rapprochés de lui ont éprouvé des variationsplus grandes et plus nombreuses que Tespèce humaine, nous pouvons ainsi concevoir plus facilement celles que nousavonsuous*mèmea éprouvées. Du reste» on conçoit qu'ici, on ne peut pas supposer qu'elles ont été produites par Tinfluence du temps; car toutes ces races sont naturellement de beaucoup postérieures à notre existence. Aussi voyons-nous les espèces sauvées rester immuables dans leurs formes , quelques divers que soient les pays qu'elles habitent. Au milieu des nombreux exemples que nous pourrions citer , il nous suffira de i-appeler celui que nous fournissent le loup et le renard qui s'étendent depuis la zone torride^ jusqu'à la zone glaciale, et n'éprouvent pourtant dans cet immense intervalle, qu'un peu plus, ou un peu moins de beauté dans lepr fourrure.
Enfin, voyons si nous ne pourrons pas nous rendre compte, comment d'une seule espèce d'homme, ont pu provenir ces races nombreuses, dont certaines rappellent si peu le type primitif dont elles sont cependant sorties. On peut remaïquer en premier lieu que les variations de l'espèce
humaine devraient être plus étendues et plus nombreuses que celles que Ton observe chez les animaux, et pourtant, il en est tout le contraire. Cependant Thomme présente de plus que les animaux un instrument perfectible, c'est celui de son intelligence. En faisant d'immenses pro* grés chez certains peuples , cette intelligence a du entraîner dans son mouvement; les formes extérieures qui Texpriment. Cette cause étant éminemment variable^ les caractères des différentes races ne peuvent être par cela même permanents , ce que prouve du reste l'observation directe de l'homme.
Le principe de ces modifications est donc dans cet agent supérieur aux climats, ou dans lor-gane matériel de Tintelligence qui plus ou moins développé a produit par suite de son influence de nombreuses variations dans respècë humaine; ces variations en se perpétuant ont produit à leur tour les diverses races qui en font partie. Le système nerveux encéphalique différent pour chaque peuple a ainsi gouverné les formes extérieures, en même temps qu'il a présidé à la répartition des forces vitales, dont l'intervention a enfin modifré les effets des agents extérieurs.
Le travail intellectuel doit avoir nécessairement pour résultat de faire de la tête un centre de fluxk>n,etd'y faire prédominer l'énergie vitale.
L'effet d*ua pareil phéaomèBe est d^ donoer à la portion de la tète où il se passe, un plus grand déyeloppement , et d'attribuer aussi au système [ûleux une plus grande activité, activité <{ui coïncide avec la plus grande complication du | cuir chevelu. i
Tels sont les effets qui ont eu lieu chez la race blanche, qui, plus parfaite au moral, que toutes les autres , ne Test pas moins au physique* Tel est celui qui s'effectuera également par le per«» fectionnement de TinCelligence, chez toutes les races humaines, même chez la plus dégradée de toutes, la race né^re.
Le fait seul d'un travail intellectuel prolongé en amenant un surcroît de sang vers la tète, aura nécessairement pour effet d'alonger et d'amollir cette laine grossière et rabougrie qui manquait d'aliment. Gomment pourrait-il en être autre-* ment, puisqu'il y a identité entre le pigmen-* tum sous-épidermique et la matière des poils« Ainsi le développement de la chevelureue saurait avoir lieu qu'aux dépens de la couleur noire | en effet à mesure que les cheveux s'alongent, nous observons en même temps une coloration moins foncée^ un angle facial de plus en plus rapproché de Tangle droit, signe évident d'un plus grand degré d'intelligence.
Ce que nous venons de dire de la race nègre.
s'effectuera également chez toute autre race et par exemple chez la race mongole, par Tinfluence des progrès de la civilisation. Ici, comme ailleurs, nous verrons le^ formes du crâne, suivre les variations du système nerveux encéphalique. Les pommettes cesseront d'être proéminentes, lorsque les lobes antérieurs du cerveau élargiront le front. Le visage cessera aussi dès ce moment d'être coupé en losange et les yeux regarderont directement en avant.
La prééminence des plus nobles instincts fera également disparaître la saillie du menton et la grandeur de la bouche. Les cheveux puisant dans les matériaux plus ou moins abondants qu'amène l'activité cérébrale, deviendront fins et moelleux / et la barbe ornera le visage siège des mouvements expressifs. Enfin recevant par ' contre-coup, la loi du système nerveux , la colora tion de la peau disparaîtra de plus en plus, et le sens du toucher deviendra plus parfait.
Si ces efiets se continuent^ et si les progrès de l'intelligence s'étendent de plus en plus, on verra ces races à teint coloré, à cheveux crépus ou laineux ou à cheveux courts , tendre d'une manière manifeste vers la race blanche , celle dont Tan* gle facial est le plus rapproché de l'angle droit, où les cheveux sont les plus longs , et la peau U moins colorée.
Le développement du système nerveux encéphalique instrument de Tâme dans les opérations intellectuelles , suffit donc pour produire le passage d'une race à une autre; car tous les caractères spécifiques gravitent autour de ce premier système et en suivent les mouvements. Il est facile de concevoir^ quelle instabilité existe dans ce développement, et dès-lors combien doivent être nombreuses les variations qui en sont la suite. Il ne faut donc pas s*étonner, d'observer un si grand nombre de races dans Tespèce humaine , et de reconnaître le peu de permanence de leurs caractères* On doit d'autant moins en être sunpriis, qu*à l'influence du système nerveux, vient s'ajouter une foule d'autres causes, dont l'action est aussi sensible sur l'espèce humaine , qu'elle l'est sur lès animaux.
Sans vouloir entrer dans l'examen de ces différentes causes, il nous suffira de rappeler Tinflueuce (du croisement des hommes , qui ont éprouvé en sens contraire les effets delacivilisation, celle qui résulte de la diversité des climats, des milieux et de la pression barométrique qu'ils supportent, sans même y comprendre, si Ion veut , celle de la nourriture. Toutes ces causes agissant d'une manière constante et par cela même efficace sur les hommes , qui y sont soumis , ont dû produire à la longue les grandes
variétés que l*on y observe; de la même manière que, par suite de notre influence, les animaux ont éprouvé les grandes et notables modifications, qui y ont constitué des races diverses et nombreuses.
Si donc l'exercice d'un organe en accroît le /léveloppement , une cause contraire ne peut que le diminuer, et finir mêi&e par en^nnihiler Tinfiuence , si sa cessation dure long temps. L'instabilité des races en est donc un fait nécessaire ; aussi peut«K)n la reconnaître, en observant les peuples qui ont abandonné la civilisation^ comme en étudiant ceux qui ont fait tous leurs efforts, pour en accélérer les progrés. Cette vérité est loin d'être une pure théorie, com^me on pourrait peutêtre le supposer* Car la terre avec ses nombreux habitants est là pour justifier l'exactitude de ces aperçus.
Si cependant il était nécessaire de citer des exemples de l'influence de cette marche rétrograde dans le chemin de la civilisation , nous pourrions en signaler un bien frappant t c'est celui que nous offre la race Finnoise , qui parait se rapporter à la race blanche ou caucasienne. La taille des t/apons et des Groënlandais qui en font partie est plutôt petite que grande; leur corps est grêle , et leur front étroit comme dans toutes les races dont Fintelligence est peu avancée. Leurs cheveux sont courts , leurs pom-
mettes saillantes ^ et leur teint d*un brun sale.
L'abondante cbevelure de la race blanche a disparu ici, avec Tactivité cérébrale. Les poils et à leur défaut y le pigmentum ont dû se montrer sur le reste du corps , en sorte que la peau est devenue plus colorée et les cheveux plus courts qu'ils ne Tétaient primitivement.
Tous ces effets ne résultent-ils pas d*une manière nécessaire de Taffaiblissement de la civilisation des peuples qui ont ainsi perdu la beauté de leur type primitif. Il né faut donc pas assigner un berceau différent aux diverses races humaines , et s'appuyer à cet égard sur Fincompatibilité de leurs caractères ; car toutes se fondent les unes dans les autres, parce qu'elles proviennent d'une même source. Il ne nous a pas été donné , il est vrai, de suivre pas à pas de pareilles métamorphoses. Les historiens arrivent, lorsque le genre humain est déjà bien loin de son départ , les consulter sur ces temps éloignés j c'est en quelque sorte demander à l'homme mûr l'histoire de son enfance.
Après les faits que nous venons de rapporter, qui oserait dire que lés hommes de couleur ^ dont la civilisation fait tous les jours de nouveaux progrès , ne remonteront pas au point où nous sommes parvenus maintenant. Par l'effet du développement du système nerveux encéphalique^
nous verrons la coloration de leur peau s*affaiblir par degrési et en même temps leurs cheveux s'alonger et leur angle fiicial devenir beaucoup plus ouvert»
Ainsi oes peuples, qui dëjà se sont réunis sous une forme de gouvernement régulier, et se sont créé une civilisation , n'auront bientôt plus rieti de ces nègres, d<mt ils^tirept leur origine. Bien différents de leurs ancêtres, qui n'ont pas su se faire une écriture, ni construire le moindre monument , ni enfin avoir une histoire propre à les éclairer sur leur origine et leur destinée , ces peuples transplantés dans un monde nouveau , y prendront par suite des progrés de leur civilisation, des formes nouvelles, fruits heureux de cette même civilisation, dont leur perfectionnement physique, ne sera pas un des moindres bienfaits.
Ainsi, comme semble Favoir démontré M. Georges Gaidan, les traits du visage de l'homme et son angle facial sont subordonnés à son état intellectuel; cet état gouverne également la coloration de la peau d'une manière indirecte par l'influence qu'il exerce sur la distribution du système pileux* Aussi voyonsruous dans chaque race, l'ensemble des caractères spëci^ fiques être toujours en harmonie avec l'^t^de toircii^ifealion.
G*eftt donc à tort que MM. Desmouliu et Bory de Saint Vinceaty ont supposé Tuii^ qu'il existait seize espèces dans le genre humain et l'autre seulement quinze de ces espèces , lesquelles ils ont fait sortir iâ<^ment des racines des i»încipales montagnes du globe. Du moins les faits physiques aussi bien que les faits historiques s'opposent à l'admissbn d'une pareille supposition; car s'il est un point démontré, c'est que l'homme, bien différent en cela des animaux , n'a pas été placé simultanément sur la terre sur plusieurs points particuliers, mais bien sur un seul , duquel il a irradié pour peupler successivement la totalité du globe, dont ses descendants devaient plus tard, embrasser l'ensemble. L'Asie semble avoir é(é cette partie primitive, et le premier berceau du genre humain. Du moins cette contrée, une des principales parties du plus ancien des continents^ offi*e-t-elle à la fois les plateaux et les pics les plus élevés qu'il y ait sur la. surface de la terre. D'un autre côté le soulèvement des chaînes centrales de l'Asie , a eu lieu avant la dispersion des dépôts diluviens , et par conséquent bien avant Tapparition de l'homme. En effet les faits géologiques annoncent que la haute chaîne de l'Himalaya qn i constitue le plateau central de l'Asie, est du même âge que le Mont-Blanc, c'est à dire qu'elle
337 — a été soulevée^ lors de la précipitation des dernières couches tertiaires. Cette chaîne existait donc]dans sa forme actuel le^ lors de cette époque ; bien différente en cela de la Cordilière des Andes , dont le soulèvement tout nouveau parait avoir été postérieur oH tout au moins contemporain de la dispersion du Dilu^ium.
Peut-être le nouveau monde doit-il à cette circonstance d'avoir été peuplé si tard , du moins la race américaine qui Thabite semble provenir du mélange de la race circassienne et de la race mongole^ d'après les observations de M. de Hum*boldt. Elle serait donc beaucoup plus jeune que Jes deux races qui 1 ont f<>rmée par leur association ; aussi les traditions et les monuments des peuples de l'Amérique sont-ils loin de remonter fort haut.
D'après, le célèbre observateur que hous venons de citer, leç monuments des Péruviens ne seraient pas antérieurs à l'ère vulgaire , et quant à ceux des Mexicains , quoique plus anciens , ils ne remonteraient pas à plus de cinq ou de six siècles avant la même époque.
Tous les faits s'accordent donc pour annoncer que les, vastes plateaux de TAsie centrale^ ont été soulevés au-dessus des eaux , bien avant une grande partie des terres de l'ancien continent. Peut-être ces plateaux ont-ils dû en partie à
aï
cetift ctase leuf grande éléYattotii M en même lM[ipè> ces DomlM'eusea mer^ intérieures, qui relawsées des anciennes mers , sont aujourd'hui le trait le plus ïbppant et le moins d&cé de leur ntraite.
Quoi qu'il en soit, te centre dé TAsie parait être le point du globe le plus favorable à la facile dispersion du genre humain ; e'^est aussr de ce point que Thomme semble s'être répandu sur h terre par irradiation. Cette marche que nous venons de tracer à la population n'a du reste rien d'arbitraire. Elle est au contraire fondée sur les monuments et sur l'histoire qui lui donnent le plus de certitude. Les plus anciens monuments et les premières traditions historiques n'ont^ils pas été élevés, ou ne se rapportent-^ils pas à cette partie de l'ancien continent, où rhomme a essayé ses premiers pas , et a tu de loin cette aurore de civilisation qui devait être pour tes descendants une source toujours nouvelle de bonheur et de prospérité.
£n résumé, eoii que Ton étudie les difi^rentes causes dont Faction modifie la surftice du globe, afin de ti^et Tépoque à laquelle elles ont commencé d'agir j soit que Ton considéré les procréa delà civilisation che2 les diverses nations qui tour à tour se sont succédées sur Celte teri-e; lîôït que Ton apprécie les différentes Variations que
l'espèce humaine a éprouvées, on arrive toujours à la même conséquence. Toutes ces causes aussi bien que leurs effets nous représentent Thomme comme fort nouveau sur cette terre , patrie fugitive de notre espèce , qui dans les désirs de son intelligenpe, aspire sans cesse à une patrie plus durable que celle qui lui a été donnée pour quelques instants.
Ainsi se trouve justifiée la date que nous avons fixée à Tapparition de Thomme et les conséquences qui s'en déduisent; car cette date suffit pour expliquer les progrès que la civilisation a faitSy depuis lors, comme tous les effets physiques qui se sont opérés sur la terre, depuis que les causes actuelles ont exercé leur action dans l'intensité et la mesure que nous leur vofons maintenant,
Cependant plusieurs peuples anciens ont voulu reculer singulièrement leur origine et contredire ainsi la nouveauté de l'apparition de Thomme sur la terre, et la marche des événements qui ont coïn. cidé avec cette apparition. Mais lorsqu'on examine avec attention ces traditions, qu'ils se sont plu à forger, on n*est pas long-temps à s'apercevoir qu'elles n'ont rîend'historique. On est bientôt con. vaincu, en discutant les preuves sur lesquelles ils ontcherchéàappuyerces traditions, qu'elles n'ont rien de réel, et qu'au contraire lavéritable histoirci
et tout ce qu'elle nous a conservé de documents positifs sur les premiers établissements des nations, confirment ce que les monuments naturels qui ne sauraient nous tromper, nous apprennent et nous certifient.
Si cependant tant de voix se sont élevées pour repousser une conséquence aussi juste , nous ne devons pas nous en étonner. Le plus grand nombre des observateurs ont ignoré toutes les données du problème qu'ils se sont proposé de résoudre, en sorte que tout en raisonnant juste relativement à leurs connaissances , ils se sont pourtant égarés , lorsqu'ils ont voulu en donner la solution. Les termes de leur équation ne représentaient donc pas toute la valeur de rinconnue.
Telle est aussi la cause des nombreuses variations de Tesprit humain. Chaque siècle ajoute un terme à Féquation que nous cherchons à résoudre , et la valeur de Tinconnue change sans cesse. Ainsi s'accroit d'une manière constante l'édifice majestueux de la science ; mais à cause I de rimmensité des objets sur lesquels la science porte ses regards, il ne peut être donné à Thomme d'achever ce monument, nouvelle preuve de son impuissance I et cependant de sa perfectibilité.