‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques (volume 4)Chapitre 8 sur 18 · TROISIÈME ÉPOQUE OU TAOISIEME JOUR · texte numérisé non relu

TROISIÈME ÉPOQUE OU TAOISIEME JOUR

A la troisième époque Dieu réunit les eaux

pour en former la mer. La matière aride parait

et reçoit le nom de terre. La vie n'y existait pas

'encore , mais par Tefiet de la toute puissance du

Créateut* , la terre se couvrit bientôt de plantes

herbacéeSi d'arbres^ et enfin de végétaux de toute espèce.

On lit du moins dans la Genèse : « Dieu dit >) que les eaux qui sont sous les cieux se rassem- » blent dans un seul lieu , et que l'élément aride » paraisse. Ce fut b^n; il en fut ainsi.

(c Dieu dit^ que la terre produise des herbes » vertes avec leur semence^ des arbres fruitiers , »> avec leurs fruits , chacun selon son espèce , et » qui renferment leur semence en eux-mêmes » pour se reproduire sur H terre. Il en (ut ainsi ; >) ce fut bien.

i< Et la terre produisit des plantes, Thêrbepor- » tant la semence de son espèce, des arbres frui- » tiers renfermant leur semtence en eux-mêmes, }} chacun selon son espèce. Dieu vît que c'était » bien.

« De la fin jusqu'au comméncemeut^ ce fut la » troisième époque. »

D'après ce récit, il est évident que /la formation de l'Océan a précédé l'apparition des continents, fait également confirmé par les observations géognostiques. Il est du moins admis aujourd'hui dans la science que les mers ont généralement recouvert la surface de la tei're, et que les continents n'ont pris que peu à peu leur configuration et leur étendue actuelles. Ces continents n'ont été d'abord que des Mes peu considérables et Comme

noyées dans rimmensité de TOcéan. Ces îles n& commencèrent du reste à paraître que lorsque , par l'effet du soulèvement, ces portions de terre eurent été ainsi élevées au -dessus du niveau des eaux qui les recouvraient. >

Quant à I époque où la terre était informe et u\ie,informiset vociia^ellecorrespondàla période de solidification des terrains primitifs antérieurs à toute organisation, ainsi qu'aux soulèvements qui se sont opéras plus tard à la surface du globe. Les continents ne paraissent même être sortis du sein des eaux ou avoir surgi au-dessus de leur niveau que par Teffetde ces mêmes soulèvements. Ceux-ci paraissent avoir eu lieu assez tard ; car pour Topérer , il fallait que les matériaux cjui composent les continents fussent assez durcis, ou assez solidifiés , par suite de l'abaissement de la température, pour faire éprouver aux fluides expansibles contenus dans Tiutéileur de la terre une assez grande résistance, cause principale de la dislocation de son écorce.'

Le surgissemcnt de certains continents, et pàr-^ dculicrement celui de rAmérique, a été en effet si récent, qu'il semble avoir été contemporain où même postérieur à la dispersion des dépôts diluviens. Aussi Tétendue des continents est-elle assez en rapport avec celui de leur ancienneté relative. Il n*est pas nioins certain que la solide

fication des matériaux terrestres , et surtout les inégalités de ces mêmes matériaux ou la produc* tîoh de la plupart de nps chaînes de montagnes n'a eu lieu que postérieurement à l'époque où la vie s'est manifestée à la surface de notre planète..

Avant ces soulèvements^ la terre parfaitement unie n'offrait point les nombreuses inégalités qui, depuis lors, ont surgi au-dessus du niveau des mers ; celles-ci recouvraient donc l'entière superficie du globe, etont,parcelamème, préexisté à nos continents dans leur formé actuelle. Ces continents n'ont paru au-dessus des eaux qu« par suite de ces mêmes soulèvements , soulèvements qui dut porté à des niveaux bien supérieurs à ceux que les mers ont jamais atteints , les produits déposés dans leur profondeur.

Enfin , d'après Moïse comme d'après les faits géologiques^ la vie aurait commencé sur la terre par les végétaux, et premièrement par les plantes herbacées. Du moins ce grand écrivain met constamment \p mot herbam avant tignum , quoique les arbres frappent bien plus les regards que les herbes proprement dites. 11 a donc admis, comme un pointde fait, cette vérité qui n'a été démontrée qu'après dix-huit siècles d'observation, que les êtres vivants ô'étaiçnt succédé les uns aux autres, en -raison inverse de la complication de leur organisation.

Ainsi non seulement d'après la Genèse^ la création des êtres organisés à commencé par les plantes herbacées ^ auxquelles les arbres auraient succédé; mais ce ne serait qu'à la cinquième^* époque qu'auraient paru les poissons , les reptiles et les oiseaux, et seulement à la sixième, que les mammifères terrestres et Thomme enfin auraient été créés.

Cette succession dans les végétaux qui a eu lieu en raison inverse de la complication de rorganîsation est un fait des plus remarquables. On s'é* tonne de le voir consigné dans un livre aussi ancien que la Genèse ; car on ne s'en est douté que depuis un demi -siècle au plus. D'après ce même récit, il paraîtrait que les végétaux auraient précédé les animaux , fait qui ne paraît point confirmé par l'observation des couches fossilifères.

En efiet, les plus anciens animaux marins se montrent ensevelis dans les mêmes couches de transition , où l'on découvre également les premiers végétaux, en sorte que d'après les faits géologiques , l'origine des plantes et celle des animaux daterait de la même époque. Mais il n'en est pas tout-à-fait de même , lorsqu'on compare le rapport qui existe entre les premiers végétaux terrestres et les plus anciens animaux à respiration aérienne : alors seulement on reconnaît la

grande différence de proportion qui existe entre lés deux règnes.

Ce n'est du moins, qu'après les recherches les plus minutieuses, que Ton est parvenu à rencontrer au milieu des terrains de transition et houillers , quelques insectes à respiration aé^ rienne , les seuls animaux qui annoncent qu'il existait déjà à ces époques anciennes, des terres sèches et découvertes. D'un autre côté, les végétaux terrestres sont au contraire des plus abondants dans ces deux ordres de terrains , surtout dans les cotfches du terrain houiller , l'époque la plus éminemment végétale des temps gdologiqucis. Dés^lors, ne peut-on pas en inférer, avec la Genèse , que les végétaux terrestres ont réellement précédé les animaux qui ont le même genre d'habitation , à raison de l'extrême rareté des- ^ uns et de l'abondance remarquable des autres.

Peut-être même, cette primitive végétation a dû une partie de sa beauté à cette absence presque totale d'animaux terrestres, absence produite, on-peut du moins le supposer, pâï* la plus grande quantité d'acide carbonique répandue pour lors dans l'atmosphère. Ainsi tandis que cette forte proportion d'acide carbonique a favorisé singulièrement la végétation de ces anciennes époques ; d'un autre côté, elle a été nuisible aux animaux qui respirent l'air en nature , et dont les traces y sont si rares.

Nous dirons donc à 'ceux qui voudraient savoir quelle a éié la première végétation , que celleci quoiqu'assez simple , offrait cependant des plantes de trois classes principales. On observe du moins f dans les terrains de transition, des végétaux vasculaires ou œthéogames, lesquels appartenaient à trois principal«?s familles, savoir : aux éqiiisétacées, aux fougères et aux lycopodiacées ; et enfin des phanérc^mes monocotylédons de l'ordre des graminées. Cette première végétation se faisait donc déjà remarquer par une assez grande variété, ainsi que par la grandeur et la beauté des plantes qui l'ont caracté* risée. Aussi plusieurs des espèces ensevelies au milieu des terrains de transition, première époque où la végétation s'i^st manifestée à la surface du globe, se retrouvent également parmi la flore des terrains . houillers ; l'époque la plus éminemment végétale des temps géologiques.

Cette végation annonce donc que, si lors du dépôt des terrains de transition, les eaux des mers nourrissaient des algues analogues daxsi fucus qui y vivent encore aujourd'hui^ l'atmosphère étaitégalement capable d'alimenter des végétaux terrestres.

Si nous portons, d'un autre côté, notre attentention sur les animaux de cette ancienne époque, nous verrons que la plupart se rapportent à des espèces marines; et qu'il en est fort peu qui

signalent des habitants des terres sèches et déconvertes, A rexceptîon de quelques débris fort rares^'insectes , on n'y a pas reconnu d'autres animaux à respiration -aérienne. La composition de l'atmosphère fayorable au développement des végétaux terrestres , ne Tétait donc pas encore devenue pour les animaux qui avaient le même genre d'habitation ; il parait même en avoir été encore long-temps ainsi. Du moins , l'apparition des véritables animaux terrestres, c'est-àdire^ de^ insectes^ des oiseaux et des mammifères^ n'a eu lieu que lors de la période tertiaire. Sans doute les premiers de ces animaux avaient ' vécu bien avant cette période récente entre celles qui constituent les temps géologiques; mais les insectes n'y avaient jamais été nombreux et abondants^comme ils le devinrent à l'époque tertiaire, en sorte que véritablement les animaux terrestres n'ont commencé que lors de cette époque.

Si donc la composition de l'atmosphère de la période intermédiaire était peu favorable à l'exis- (ence des animaux terrestres, elle l'était du moins au développement des végétaux. Un sol d'une nature quelconque et plus ou moins étendu devait être à Sec, afin de fournir une nourriture suffisante aux plantes terrestres, qui composaient la flore de cette période. Mais la partie la plus considérable de la terre était pour lors recouverte

par de vastes mers , dont les eaux ne devaient pas avoir des propriétés contraires à la vie des corps organisés. Leurs profondeurs semblent en effet avoir été remplies, comme celles des mers actuelles, par un assez grand nombre d'animaux différents , appartenant à des classes assez va-riées.

Les mers de la période de transition ont nourri non - seulement une grande quantité d'inverté-brés, parmi lesquels on distingue des zoophytes, des annélides , des crustacés , des mollusques , mais encore des vertébrés, c'est^i-dire, des poissons de Tordre des ganoides et des sauroîdes. Indépendamment de ces espèces marines /quelques insectes qui respiraient Tairen nature , parcouraient l'atmosphère. A la vérité , extrêmement peu nombreux, ils semblent n'avoir été qu'une sorte de tâtonnement ou d'épreuve, pour un genre d'organisation , qui ne pouvait s'accorder avec les circonstances d'un pareil monde.

Il en était tout autrement de la végétation de cette époque, qui loin de vivre dans l'eau, florissait sur des terres sèches et découvertes. Les résidus qu'elle a laissés et qui sont même assez considérables pour être exploités , en sont une preuve irrécusable. Tels sont ceux qui ont composé, les masses de charbon des terrains de transition cités par M. Élie de Beaumont, dans le

Bocage , le Calvados et les Vosges* Dès accumu* latfons considérables de végétaux auraient donc commencé en Europe , à une époque très reculée, et il en aurait été de même en Amérique. Il existait- donc pour lors des continents avec des yégétaux assez abondants pour avoir formé de pareils dépots, en sorte que si d'une part Fatmos* phère était capable d'en soutenir Texistence, les mers n'étaient pas moins propres à alimenter les animaux qui las peuplaient et qui y répandaient l'activité et le «mouvement.

, Il résulte donc de ces faits, qu'aux premières époques où la vie s'est manifestée sur la surface du globe, il existait une prédominance extrême-^ ment marquée des végétaux terrestres. Or ne serait-ce pas à cette prédominance que l'Écriture aurait fait allusion, lorsqu'elle a considéré la création des végétaux comme antérieure à celle des animaux. Il est du moins probable qu'ici elle a eu en vue , non quelques individus isolés de ces derniers^ mais la grande généralité des végétaux terrestres de cette époque comparée au petit nombre d'animaux qui ont le même genre de station ou d'habitation. Nous avons déjà fait sentir que la végétation des terrains de transition devait être des plus florissantes, à en juger par les dépôts de charbon qu'elle a laissés, dépôts qui sont devenus plus abondants encore lors de la formation des terrains houillers proprement dits.

Ainsi s'accorde Tordre dans lequel Moïse suppose que la création aurait eu lieu et Tordre de succession annoncé par les débris organiques des plus anciennes époques où il en existe. C'est aussi dans ce sens qu'il faut, ce semble^ entendre le passage de la Genèse, qui suppose la création des Tégétaux teri^estres antérieure à celle des animaux qui ont le même genre d'habitation, c'est* à-dire, des végétaux qui, par leur taille et leur développement, frappent non seulement le plus nos regards, mais exercent le plus d'influence sur la surface du globe qu'ils embellissent de leur verdure. Ces végétaux ont été dés les plus anciennes époques où la vie a apparu sur la surface de la terre, hors de toute proportion avec les animaux terrestres : et c'est là tout ce que Moïse à voulu dire.

Ainsi les recherches de la géologie bien dirigées jettent une vive clarté sur les phénomènes de la création dont nous devons la première connaissance, à l'auteur de la Genèse , et ses plus beaux résultats en confirment pleinement la vérité, ainsi que nous l'avons déjà fait observer* Du reste, on ne doit pas perdre de vue que la Genèse a été écrite, non pour satisfaire notre curiosité, mais pour servir de guide aux croyances reli-^ gieuses.

Il a donc suffi au dessein de l'écrivain sacré

d*avôir dit qu*à la troisième époque les plantes avaient été créées , pour qu'il crût n'avoir pas à revenir sur la succession qui parait avoir eu lieu dans Fapparition des végétaux comme dans celle des animaux. S'il avait adopté une marche contraire à celle qu'il a suivie^ aurait-il donné sa sanction aux idées de MM» Lindley et W. Stutton ou à celles de M. Adolphe Brougniart; car pour rendre compte de cette succession^ il aurait été forcé d'indiquer les diverses classes auxquelles iesanciens végétaux avaient appartenu. Âinsi^ par exemple, d'après les botanistes anglais que nous venons de citer, les genres sigillaria et stigmafia que Fon découvre à la fois parmi les terrains de transition et houiliers, auraient été des végétaux analogues aux apocynées, aux euphorbiacées et aux cactées , et devraient par conséquei:it être ranges parmi les dicotylédons. D'après le botaniste français , ces deux genres seraient noh des dicotylédons, mais plutôt des cryptogames semi-vasculaires ou des'oethéogames, classe beaucoup ihoins avancée en organisation que les dicotylédpns proprement dits .

Ce rapprochement est, ce semble, plus que suffisant pour prouver que la révélation dont la Genèse n'est qu'une émanation, ne devait point descendre dans de pareils détails; car si elle l'avait fait, elle se serait nécessairement mise en oppo-

sition ou avec la science telle que la conçoivent les savants anglais y ou avec celle qui ne parait pas moins réelle aux savants français. Il en aurait été de même si Moïse avait voulu faire cadrer les époques successives des diverses créations donc il nous a donné la première idée, avec celles des diverses formations géologiques ; car à quel point. aurait-il pris la science? serait-ce à ce qu'elle est dans les temps actuels? mais alors il aurait été bien au-dessous de ce que sera cette même science dans deux ou trois siècles. Ainsi, ou Fauteur de la Genèse aurait été inexact où il aurait risqué de ne pas être compris. C'est donc avec toute raison que Moïse s'est maintenu dans les bornes qu'il s'est prescrites.

Les couches fossilifères nous apprennent enfin que la loi de succession suivie par les végétaux a été la même pour les animaux. D'après ces cou-' ches, les débris de l'espèce humaine se trouvent uniquement dans les dépôts les plus récents et les plus superficiels, c'est-à-dire, dans ceux qui annoncent que la surface de la terre a dû être ravagée par une grande et violente inondation. Ainsi donc ^ d'après les faits physiques comme d'après la Genèse , Thomme aurait paru le dernier sur cette terre, et aurait, pour ainsi dire, couronné l'œuvre de la création.

La successioR des animaux a Celîement eu lieu

en raison inverse de la complication de leur drganisation^ que les oiseaux et les mammifères ont été précédés non seulement par les animaux invertébrés, mais encore par les classes les plus inférieuies des vertébrés, c'est-à-dire par les poissons et les reptiles. Il y a plus encore, les mam-mifères marins paraissent avoir précédé ceux qui habitent les terres sèches et découvertes , et l'on sait que l'organisation des premiers , que Ton peut comparer, en quelque sorte, aux reptiles , est plus simple que celle des mammifères terrestres.

Enfin, cesderniers animaux n'ont pointapparu d'une manière simultanée sur la scène de l'ancien monde, où "ils semblent ne s'être établis que par degrés. D'abord ont apparu IcjS mammifères qui, vivant au bord des eaux, peuvent être, en quelque sorte, considérés comme aquatiques: tels sont, par exemple, les pachydermes soit ordinaires soit prossoscidiens. Plus tard , à ces anciens pachydermes ont succédé un grand nombre d'espèces de rongeurs, de solipèdes, de ruminants et enfin de carnassiers, dont les races sont devenues de plus en plus semblables à nos races actuelles, et à tel point , que l'on ne saurait différencier le» plds récentes par aucun caractère précis et positif. A, cette dernière époque se rapportent les os-* sements humains qui ont été découverts dans le«^

tlëpôts diluviens y et dans tant d endroits différents , soit avec quelques espèces dont on ne découvre plus de traces sur la surface de la terre , sbit avec un bien plus grand nombre de races qui ne diffèrent en rien des espèces actuellement vivantes. Un ordre à peu près pareil se fs^it également remarquer dans la marche de lancienne végétation. En effet , si les animaux ont com^ mencé par les plus simples^ c'est-à-dire, par les invertébrés , et la classe la plus inférieure des vertébrés , on observe également que les végé-~ taux les plus compliqués, ceux qui ont les organes les plus nombreux et les plus distincts ont suivi , et ont succédé aux moins parfaits. Ainsi, le régne végétal comme le régne animal ont été évidemment en se perfectionnant; les uns et les autres ont tendu constamment à parvenir par^degré à cette proportion admirable qui existe maintenant entre les diverses familles végétales et ani*^ maies, caractère le plus frappant et le plus remarquable de notre monde actuel.

€e perfectionnement est encore plus sensible aux yeux de ceux qui ne considèrent pas ces formesdouteuses, quolon a nommées cycadées ^X conifères comme de véritables dycotlyédones, mais qui certainement sont loin par Tanomalie de leurs caractères , de pouvoir être considé rées comme desilicotylédones parfaites. Pour ceux là,

81 — même qui pensent que les vertébrés manquent totalement dans les périodes les plus anciennes^ la grande division du régne végétal dont la proportion numérique est aujourd'hui la plus considérable^ les dicotylédones n'existaient point aux premières époques où la végétation a paru . swr la surface de la terre.

Ainsi ^ en adoptant cette idée qui semble la plus exacte^ les premiers végétaux ont été des plantes dépourvues de vaisseaux cellulaires auxquelles ont succédé d*abord des cryptogames vasculaires, genres de plantes moins bien organisées et moins parfaites que les phanérogames qui les ont suivies. La proportion de celles-ci a été de plus en plus en augmentant , et à mesure que leur nombre s'est élevé jusqu'à un certain point, les dicotylédones ont paru d'abord en petit nombre et peu variées dans leurs espèces. Mais peu à peu la proportion des dicotylédones est devenue analogue à celle qui, dans les temps actuels, compose la vé^ gétat^'on des régions tempérées , d^ns laquelle brille surtout cet ordre dont l'organisation est la plus compliquée.

Ainsi le règne végétal comme le règne animal ont tendu d'une manière constante à leur perfectionnement ; si ce perfectionnement a été plus lent à s'opérer dans le second de ces règnes

que dans le premier, cette circonstance semble

avoir dépendu de la distance immense qui sépare^ lea animaux inférieurs des supérieurs , et à Tho* mogénéité comparative des grandes classes du régne végétal. Aussi devons^pousétre moins sup« pris de voir les. mammifères terrestres paraître beaucoup plus tard sur la scène de l'ancien monde^ que les végétaux pharénogames , soit monocotylédons soit dicotylédons ; car à toutes les époques^ les conditions d*existence ont été constamment plus nécessaires et plus impérieuses pour les animaux que pour les végétaux.

Mais ce qu'il importe de Esdre remarquer^ c'est queoes lois de perfectionnement qui ont présidé constamment à la nature organisée^ et dont qoua n'avons reconnu l'existence que depuis bleu peu de temps y sont écrites en quelque sorte dans le livre admirable dont nous étudions les premières pages. L'on se dmnande , pour ainsi dire comme involontairement^ comment Vauteur d'un pareil livre a pu deviner si juste et si vrai. La réponse à cette question simple est facile à ceux qui r^apdent ce livre comme inspiré; mais elle Test beao^ coup moins lorsqu'on ne considère la Genèse que sous des rapports purement scientifiques. C'est, aussi ce qui nous empêche de répondre antre^ ment que par l'éfonnemeut et Fadmiration*

L'on se demandera peut^'^étre encore si cet an- . cien monde, si différent du nôtre, n'est point une

-«8 ^ 90fte de eom^léRfiAnt des tmnps «c^uelut puisqu'il •emble CK>iDblei' le$ hwn9% qui H remarqueiit entre cartftiuef clg*$e«, ^t donner une symétrie oompléte au tabletu maîntmaut jrrëguUep des affinité». Mti^^ pour admettre une pareille hypa» tliè«e, il faudrait également regarder le» être» ae« tuel» eomme une pierre d'attente pour des per«« feetioiwementa ultérieurs; car, h ce qui e$t arrivé maintes foi* se répétait encore de nouveau 4 , rhomme et toutes les espèces qui ^xi^tept maiu^ tenant avec lui^ feraient un jour place à d'autres espèces, dont quelques-unes seraient organisées d'une manière plus complète, et dont l'ensemble ^rait supérieure tout ce quiaexisté auparavant,

Tel n'est point, tel ne peut être le but du créa teur, qui| en formant Thomme à son image et lui donnant ce souffle précieux qui l'anime, a rendu cette même intelligence susceptible de tous les genres de perfection nement^ mais non le cprps qui l'enveloppe. Tout est donc fini sur cette terre , et la seule chose qui, dans les temps actuels, tende à un progrès marqué, est cette intelligence donnée à l'homme afin de pouvoir comprendre et admirer les oeuvres sublimes de celui qui l'a placé sur cette terre pour en être le maître et le dominateur.

Il faut le dire cependant, on a opposé à cette * loi admirable de succession dans les êtres orga-

nisés, quelques faits qui semblent la contredire. Ces faits se rapportent à la présence d'empreintes de pieds d'animaux quadrupèdes et d'oiseaux sur des roches d'une grande antiquité ^ tels que le sont les grés bigarrés (bunter-sàndsteinj, et enfin celle de débris de carnassiers dans les terrains jurassiques, ou oolithiques qui ^ quoique moins anciens que les grés dont nous venons de parler, ont- été cependant déposés bien avant les terrains tertiaires.

Examinons donc ces faits , et voyons s'ils sont aussi concluants qu'où l'a supposé. L'on sait qu'en 1355, MM. de Humboldt et Link entretinrent l'académie des Sciences de Paris au sujet de plaques ou dalles de grès dés environs de Hildburgbausen en Saxe, appartenant au grès bigarré ou nouveau grès rouge^ à la surface desquelles on remarquait un nombre considérable . de figures en relief assez régulières el disposées plus ou moins symétriquement. Ces figures le sont en effet assez, pour avoir été regardées comme les résultats de pas d'animaux quadrupèdes de la famille des quadrumanes ou singes, suivant les uns, de celle de didelphes pédimanes ou sarigues, suivant les autres, comme par exemple par MM. Wiegmann et Humboldt. Enfin quelques observateurs, tels que MM. Munster et jLink, les

avaient considérées comme produites par des salamandres gigantesques.

- Si ces faits avaient été bien réels ^ du moins quant à leur appréciation , il est certain qu'ils auraient été en opposition avec ce que nous ve* nous d'admettre sur l'histoire de la succession des êtres organisés à la surface de la terre^ d'après l'état actuel dé" nos connaissances. L'administra* tion du muséum d'histoire naturelle de Paris , sentant de quelle importance pouvaient être ces faits, s'est empressée de faire l'acquisition d'un grand et beau morceau de ce grès , à la surface duquel existent trois séries de ces prétendues impressions d'animaux, traduites en plate bosse et liées entr'elles par une réticula tion plus ou moins serrée.

Au premier examen, M.deBlainville^ dont les hautes connaissances en zoologie sont depuis longtemps reconnues, s'est assuré que ces figures en relief ne devaient en aucune manière être attribuées à des empreintes qu'auraient laissées les pieds d'un animal quadrupède quelconque marchant sur un sol susceptible de les recevoir et de les 'garder assez long-temps, pour qu'ensuite elles aient pu être remplies par une matière molle et plus ou moins capable de se solidifier. Aussi a-t-il pensé que c'étaient indubitablement . des traces de végétaux analogues, sansdoute^ à

^ 86 — ceux qtie l'on avait déjà rencontrée plusîeura fois dans le grès rouge, et considérés comme des pré^ les gigantesques '^ ou des rhyzomes de qnelqnes acorus , ou même des liges sarmentéoses plus ou moins réticulées et anastomosées.

Quant aux raisons à Tappui de son opinion , qut ce ne sont pas des empreintes de pieds d'à*' nimàux quadrupèdes, M. de Blainrille les appuie sur des dessins rigoureusement exacts du bd échantillon acheté par le Muséum, et des figures d'empreintes des pattes d'un singe» d'une sarigue et d'une salamandre , qu'il a fait exécuter, La comparaison de^ ces dessins prouve qu'il n'y a aucune sorte de comparaison entré les emprein*^ tes produites par ces animaux et celles qui exis^ tent sur les grès d'Hilburghausen.

D'un autre côlé| M. de Blainville a fait observer que ce qui parait avoir causé la méprisé des savante allemands, tient à ce que dans les des* sins de ces empreintes on a si bien régularisé les contours, qu^on devait y voir des empreintes régulières d*un pied à cinq doigts avec le pouce en dehors ^ comme si l'animal eût marché en chevauchant. Une pareille régularité est cependant loin d'exister sur les impressions originales, qui ne peuvent avoir été produites que par des végétaux 4

Pe prétendues empreintes de' pattes d'oiseau^

on4 été observées sur un grès micaréurisàlre^ de k formation du grés bigarré ^ au bord de k ri^ viére de Connecticut^ dans le Massachusett* Cet empreintes ont été découvertes dans plnsieuri localités^ sur un espace de trente milles , sur les bords de la rivière de Connecticut, d abofd par le docteur Deane^ et en second lieu^ par M» Hit« cheock. Dans les diverses carrières où elles ont été rencontrées^ là pierre susceptible de se sépa** rer en plaques plus on moins inclinées laisse voir les empreititeS en creux , que par un abus de métbodei Cotnme d'observation^ M. Hitchcock a divisées en Pachydactyles et en Leptodaciyles ^ les considérant comme des Ornithichnites] ou des traces plus ou moins épaisses produites sur la pierre par des oiseaux. .

Mais ^ comme l'intervalle de ces traces est de quatre à six pieds anglais^ et leur longueur, sôu** vent de quinze pouces, avec de prétendus ongles^ M* Hitcheock a été forcé de supposer que les oi-* seaux qui les auraient produites devaient mar«* . cher fort, lentement, et surpasser de beaucoup , par leurs dimensions, tous les oiseaux connus^ La grandeur dé ces empreintes aurait dû déjà faire naître des doutes dans l'esprit^ de cet obser-* vateur; mais il n'en a rien été, et non content d'établir des genres pour la classification de ces prétendues empreintes d oiseaux^ il les a distin-* gués en espèces.

Il faut l'ûTOUor, lexamen des figures qui en ont été données confirme bien peu Forigine qu'on a voulu leur attribuer. En efiet, la figure n^ 1 , oa Yonuthichmtes giganieus, ne peut être évidemment l'empreinte d'une patte d'oiseau , à raison de la forme de sa terminaison à sa partie postérieure , et parce que les articulations n'ont pas laissé le moindre indice desTenflements, qui sont unesuite nécessaire du nombre des phalanges com«posant les doigts de ces animaux* L'ongle, si tant est qu'on puisse donner à la terminaison de cette empreinte un pareil nom , serait ici recouvert d'une manière beaucoup trop brusque par les portions de la peau dans laquelle il aurait pris racine 9 laquelle est ici beaucoup plus renflée qu'elle ne l'est chez aucun oiseau connu.

Quant aux autres figures, sous les numéros 2, 5, 4 et 5^ et auxquelles M. Hitchcock a donné des noms particuliers , leur forme n'a rien de commun avec les empreintes des pattes des oiseaux ^ et l'on s'étonne qu'elles aient pu être comparées avec de pareilles empreintes, dont elles sont si loin de rappeler la configuration* Enfin*, si ces empreintes avaient été produites , comme on Ta si gratuitement supposé, par des oiseaux grands et pesants, elles auraient dû porter des traces de la portion plantaire de la peau. En effet, cette portion est largement sillonnée par des rides

~ 89 — transversales ou dans une toute autre direction y et ses traces devraient subsister d'aune manière quelconque. Cependant, il n'en existe aucune, pas plus cjue de celle àes écailles qui recouvrent la partie supérieure ou convexe des orteils ou des doigts, lesquelles écailles viennent se terminer au bord de la face plantaire des orteils. On devrait également y voir les différentes saillies formées par les diverses phalanges, ce dont on n'aperçoit cependant aucune sorte de vestige.

Les seules traces bien réelles d'animaux que Ton voit sur les grès bigarrés, sont celles que des reptiles de l'ordre des chéloniens y ont laissées. . En comparant la trace que les pieds de nos tortues et de nos émydes vivantes laissent sur le sable, avec les empreintes que l'on voit sur ces grés bigarrés, il est facile de reconnaître que ces dernières ont dû avoir été produites plutôt par des tortues de terre que par tout autre genre dechélonien.

Ainsi^ suivant la belle réflexion de M. Buckland, €ïx vain rhistorien et l'antiquaire ont-ils traversé les champs 4e bataille anciens et modernes ; en vain ont-ils suivi la marche triomphante de ces conquérants , dont les armées écrasèrent les plus puissants empires du monde. Les vents et les tempêtes ont effacé les empreintes éphémères de leurs pas. De tant de millions d^hommes et

d'ammaux dont les enyahitteikient réfiandaisnt

la dësolatioa dUr la terre y il be resté pat mâme la tràoe d'un seul pied.

Mais les reptiles qui rampait à la surfidoe de notre planète , encore dans Tenfanôe , ont laissé de leur passage de durables et dlnd^ébiles sou»^ venin* Aucune histoire n'a enregistré letir liais'^ sance ou leui" destruction. Leurs os mêmes ne se trouvent plus parmi leé restes fossiles d'un moûde plus anciéui Des siècles^ des milliers d'années ^ ont passée depuis que ces empreintes furent Ira* cëès sur le sable ^ et elles y sont aussi distinetes que les pas de Tanimal le sont sur la neige ^ 'sur laquelle il vient de marcher. Elles sont distinc* tes sur le roc, comme pour nous prouver que des milliers d'années ne sont rien pour Tëternitë^ et^ en quelque sorte ^ pour tourner en dérision la course paâsagére et périssable des plus puissants potentats.

. . Il est enfin un troisième fait^ que Ton a coiisidéré comme plus positif qUe la plupart de ceux iqUe iioiis venons de rapporter^ et d'après lequel des mammifères terrestres auraient , ce semble y existé antérieurement au dépôt des schistes calcaires secondaires d'Angleterre^ Sans doute, a-t^ on observé, les mammifères terrestres ne paraissent avoir apparu que lors de la période ter*tiaire ; mais on ne peut s'empêcher d'admettre le

c^mmifd. lorsqw des fmits noutéaut TieHnelit uoUM j fiorcer. Seulement^ on pcutobso^or que Ictfâqiie des faits isolés se montrait en ôpposi» tion arc» les faits généralement reconnus cons* taiitSy on ne doit les admettre qu'après lesaToir soumis à l'examen le pins sévère, quelle que soit i'autcnîté ^es savants qui nous les ont fait con*» naître*

G'eit aussi pour parvenir à ce lAit qu'ont été. dirigées les recherches de M» Constant^^Prévost dans son dernier voyage en Angleterre. Ce savant avait été étonné^ comme la plupart des géologues français^ que les schistes ealcairel oolitbiqttôs de , Stonesfieldy prés d'Oxfort, renfermasèent réelle^ ment des restes de mammifères terrestres, rap^ proches des didelphes , et que l'on pouvait ^ en quelque sorte> comparer aux opossum. En con^ séquence, c'est sur les lieuK mêmes qu'il a voulu discuter la valeur des faits rapportés, à ce ^qjet^ dans les ouvrages de MM. Cionybeare, Phillips et Backland. Voici quel a été le résultat de ses observattons particulières.

D'abord, d'après lui^ les portions de mâchoires trouvées à Stonesfield ont appartenu à un mammifère, probablement insectivore, et' analogue , sous quelques rapports , aux didelphes , n^is d'un genre inconnu. Ces fragments fossiles étaient bien évidemment envelop^

pës dans les feuillets de la roche qui constitue les schistes calcaires oolithiques de Stonesfield. Mais il n'est pas aussi certain que ces schistes eux-mêmes fassent partie de la formation oolithique à laquelle on les rapporte ; les doutes que Ton peut se former à cet égard résultent de ce que ces schistes sont particuliers à une seule localité, et qu'ils ne sont pas évidemment recouverts par les couches que Ton dit plus récentes queux. Aussi, à peu de distance, voit-on les mêmes couches regardées comme plus récentes , recouvrir immédiatement d'autres couches, qu'il faudrait regarder comme plus anciennes que les schistes oolithiques à ossements, sans que ceuxci se trouvent placés entre les deux systèmes.

D'un autre côté , la plupart des fossiles qui accompagnent les os de mammifères ne se voient réunis que dans un seul autre lieu , auprès de Titgaête en Sussex , mais dans des assises supérieures à la formation oolithique. Quant aux fossiles qui se montrent réunis aux ossements des didelphes, ce sont, comme on le sait, des mollusques, des insectes, des poissons, des reptiles et des ossemens d'oiseaux , animaux dont les débris se montrent si rarement dans les terrains secondaires.

Aussi, d'après Thabile observateur que nous venons de citer, les couches où Ton a découvert

les mammifères de Stonesfield constitueraieut un terrain remanié, déposé dans une cavité du sol odithique^ et postérieurement à la formation de ce sol.

Il est donc constant y d'après les observations les plus positives , que la vie s'est constamnlent succédé sur la surface du globe en raison inverse de la complication de Torganisation , et que les faits que l'on a cru contraires à cette loi de la nature ont été mal observés, ou sont loin d'être concluants.

Ils le sont d'autant moins, qu'un observateur des plus habiles, et qui s'est livré à une étude spéciale des poissons vivants et fossiles, sVst demandé , si les mâchoires de sarigue de Stonesfield étaient bien réellement des mâchoires de mammifères terrestres. Il s'est donc adressé cette question de savoir, si ces mâchoires n'appartiendraient pas plutôt à un genre de poissons de la famille des saurbides. Cette question que s'est proposée M. Agassiz en 1833 pourrait paraître extraordinaire , si l'on ne se rappelait que ce grand ichthyologiste a prouvé qu'une portion de l'émail d'une grosse dent, considérée par Cuvier comme ayant appartenu à un palceoiherium , n'était autre chose qu'un fragment d'une dent de ces singuliers poissons, npmmés sauroïdes , à

— 94 ~ MisQn de- leurs rappoptt amç l«i Mptîktt (1).

Si doue la oonjeeture d« M. Agaasix se véri»

fiait, la fait de Stonesfield reutrerait danf las lois ordinaires de l'antique création , et ne sorait plu» contraire à c^ méinç$ lois.

L^a £ûtft eu étaient là, lorsqu'une note wmmunijquée à 1^ Société d'histoire uaÇurellç de ^rasbourg daus la séauce du 2 février 1 8^69 par Mt Gressly, nous est parvenue. P après cette Qpt^> des rentes de mammifères terrestres auraient été découverts dans le calcairç postlàndieu de Soleure en Suisse.

Des faits analogues avaient été antérieurement annoncés à la société géologique du Jura par M. Hugi de Soleure , ce qui a engagé M. Gressly à examiner lui-même et ces carrières, et les débris organiques que l'on y rencontre.

Voici le résultat de ses observations. On a exploité, dît-il, depuis deux ans, dans cette carrière,neuf bancs successifs, et récemment on a porté Texploitatiou Sur urt dixième banc inférieur à ceux-ci ; au-dessous, le calcaire devient puissant et,d*un grain fort grossier. Ces dix bancs, qui se retrouvent dans toutes les carrières , avec des rapports tout-à-fait identiques, se déploient sans

(1)B<ÇçHerchessur les poissons fo^sileS; pgir M» Agassi z. Tome I. pag. 14. .

mtermption dans toute la contrée. Les mêmes bancs n'oiFrent que rarement des fentes verlîesile«; mais quand elles existent^ ces fentes traversent toute la série des couches. Elles ne se piwlongent pas pourtant au loin^ suivant des directions indéterminés ^ et {)araissent n'être que le résultat d'un retrait provenant de la dessicatien. Ges fentes ne sont remplies que d'une marn» ou d'une matière calcaire tuffacée; souvent même leurs parois sont tapissées d'asphalte^ et souvent aussi de spalh calcaire; elles ne contiennent jamaia d autres substances .

. Entre las bancs mêmes , on voit le plus sou- Tfiat une mince lamelle argileuse^ qui^ entre les quatrième et sixième assises, se mêle avec du sable et dèevient une couche de marne dans laquelle se trouvent les tortues les mieux conservées et le plot fréquemment couchées sur le ventre^ appartenant^ diaprés Cuvier^ à différentes espèces de la famille des éraydes.

Lorsque l'épaisseur du premier banc dépasse six j^mà^, i\ eonstitue alors deux assises. La roc)»e^st d'un Uanc mat, très^cassante dans tous les seot^ et impropre aux constructions. C'est ici que prédomine la famille des nérinées/ Celles-ci sont eim{»tées dans la roche , sans aucun ordre , pour la plupaii brisées^ et tellemeqt confondues avec h calcaire, qu'où ne les aperçoit qu'avec

peine. L'intérieur de leur coquille est rempli de spath calcaire. Excepté ces nérinées et une ammonite, on n'y a pas encore trouvé d autres mollusques.

Ce n'est que dans cette partie que l'on découvre les épines dorsales de VastraeanthusorncUissimus^ et, en outre, plusieurs restes de reptiles volants (pterodact/lus). Ces débris sont exclusivement dans cette couche, dans laquelle on observe éga* lement plusieurs fragments épars de tortues, quelques dents degfrodus,.de sphœrocUis, de picnodusy et enfin deux dents de palœotherium. On a trouvé également entre cette assise et la suivante deux vertèbres, dont l'une provimdrait, d'après M. Duvernoy, d'un hérisson, et l'autre, d'un batracien gigantesque. On y a, en outre, observé deux astragales, dont l'un a été attribué kVanoplothermm gracile, et l'autre, plus grand, à un ruminant, de- la taille d'une brebis, ou à un petit pachyderme.

I^s nérinées ne se voient que rarement dans le second banc; mais, à leur place, on rencontre ici, pour la première fois, des bivalves, qui sont des huîtres informes et quelques térébratules. Les fragments de tortue s'y voient plus fréquemment, et l'on y rencontre d^s restes de cidarites. Aux dents de poissons déjà citées, s'ajoutent encore celles de psantmodus reticulalus. C'est de

~ 9Y — cette assise qae Ton a retiré une dent de Palœo^ iherium crasswn. Quelques dents de sauriens y apparaissent également, mais elles y sont fort rares. Le troisième banc est caractérisé par une foule de térébratules {Terehrteula bipUcata )• Les huitreadu deuxième hanc s'y trouvent encore; les nérinées du premier y reparaissent. On y rencontre le megalosaurus^ le crocodile de Gaen et' d'autres espèces de crocodiles, ainsi que des dents de sauriens. Les débris de poissons, ainsi que ceux des tortues , y deviennent plus rares.

Le quatrième bauc est constitué tout-à-fait de ta même manière que le troisième , et il est difficile de l'en distinguer.

Le cinquième est Tassise marneuse qui renferme les tortues entières; tous les autres bancs n'en recèlent que des fragments. On ne trouve qulci le Pieroceras Oceani de M. Brongniart.

On y remarque de plus quelques nérinées, des échinites, plusieurs bivalves , des mâchoires de Picnodus et des dents de sauriens.

Dans le dixième banc; on découvre des portions émiillées, que Cuviér considérait comme une portion de l^mail d'une grosse dent de Palcsoiherium^ mais que M. Agassiz regarde comme une dent de poisson.

Les quatre autres bancs plus profonds ne différent pas. les uns des autres. Ils renferment des

débris rares et épars de tortues , des restes de sauriens', de Psammobus, de Girodus, df Pio' nqdus, quelques térébratules et des nérinéçs.

Enfin, l'on découvre dans les troisi^pe et quatrième bancs inférieurs deux ou trois espèces d*bukres.

D'après ces faits, rapportés par M. Gressly, il est ^vident que les débris des mammifères terrestres auraient été principalement rencontrés dws le banc le plu^ supérieur de cette formation. Or, ce bffnc n'étant recouvert que par les dépôts diluviens 9 ne pourrait-Hil pas se faire qu'il eut été remanié à Tépoque tertiaire, et qu ainsi des débris de^ animaux de cette époqi^e eussent été mélangés à ceux de la période secondaire , ce qui est d'autant plus probable, que Tauteur des observations précédentes nous fait lui-aa:éme obser-^ ver que des couches de sable se trouvent souvent entre les assises des différents bancs.

Enfin, l'on pourrait encpfe se demander si les déterminations de ces débris ont été bien faites , et s'il ne pourrait pas y avoir à cet égard t{uelque méprise. On est en droit, en quelque, sortent 4ç le supposer, lorsqu'on voit M. Âg^ssiz considérer comme une dent de poisson ce que Cuvier avaijt regardé, au contraire, comme une dent de Palœothetium. Ce qui doit nous.porter à n'îjdmettre de pareils faits qu'avec la plus grande réserve.

— 99 -^ et que lorsqu'ils sont complètement démontrés; c^r jtisqu'à présent le$ mammifères marins obt pam précéder constamment les mammi** fères terrestres. Dr, si les observations de M. Gressly étaient aussi concluantes qu'il le suppose , le contraire aurait eu réellement lieu.

Si des faits subséquents venaient confirmer ces premières observatrons, il en résulterait uniquement que la première apparition des mammifères terrestres aurait eu lieu , non pas lors du dépôt des couches tertiaires les plus ancjenhes , mais bien lors de celui des couchés secondaires les plus supérieures. Il n'en serait pas moins vrai qiïé la vie se serait Succédé sur la terre en raison inverse de la complication de l'organisation. C'est aussi le seul point de vue sous lequel nous ayons examiné celte grave question , liée d'une tnaniére si intime avec lé sujet dont nous nfoûs t)ccù|)ons.

Eùfin y nous croyons d'autant plus au remaniement qui doit avoir eu lien relativement aux terrains secondaires de Solcure, qu'il est bien démontré que les terrains tertiaires de TEurope ne renferment aucune espèce de mollusques identi^-' ques avec celle des terrains secondaires sous-ja^ cents. Or, il n'est que trop connu que les mollusques sont beaucoup moins restreints dans leurs stations et leurs habitations que les mammifères

terrestres , et cependant si les faits avancés par - M. Gre.ssiy étaient tels qae les a supposés cet observateur, le contraire devrait avoir eu lieu , ce qui n'est guère probable, d'après les lois.de distribution des espèces des temps géologiques.

Ce dernier fait est, ce semble, des plus concluants y et tient à la différence de température qui existait lors des périodes secondaires et tertiaires, différence qui n'a pas permis aux mêmes espèces de vivre sous des conditions aussi dî-^ verses. On peut donc présumer, diaprés les progrès récents que la géologie a faits sur les températures des différentes époques géologiques, que, quelque complet que puisse paraître le mélange d'espèces appartenant à plusieurs périodes, il sera Inenfôt facile de les reconnaître au moyen de la diversité de la température sous laquelle devaient vivre les jespèces mélangées , à peu près comme nous pouvons reconnaître la fausseté des observations astronomiques des anciens, d'après l'état du ciel qu'ils nous ont représenté, état qui né pourrait être celui de 1 époque à laquelle ils l'ont rapporté.

Il serait encore possible que l'altération des débris fossiles secondaires , comparée à celle qu'offrent les restes tertiaires, vînt encore confirmer notre Supposition , ainsi que le transport des uns et des autres par suite du

remaniement que ces diver'^'tfélirfs* Miîràtehl éprouvé. Mais, pour en juger d'une manière certaine, il faudrait avoir sous les yeux les objets découverts par M. Gressly;; c'est ce que nous n'avons pas pu faire. Âussi^ nous ne saurions trop en^ger les savants qui habitent Soleure à se charger de cette comparaison et de cet examen , dont rintérêt et l'importance sont trop faciles à saisir pour.y insister da'vantage. *

Cette digression pourra paraître un peu longue; mais on en excusera , sans doute , Tétendue à raison de l'intérêt du sujet auquel elle se rapporte. Du reste , il nous suffit d'avoir démontré que/ d'après les faits tels qu'ils ont été rapportés par M. Gressly, il existe des preuves non équivoques d'un remaniement par Teau de la surface du globe après la consolidation des couches antérieurement produites^ et après la destruction des animaux dont on y découvre les restes.

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