I OPUS
qu'ils ont appelé le premier déluge, quatre cents ans avant Inachus , ou 4600 ans avant la première olympiade, ce qui le porterait à 2576 avant l’ére chrétienne. Le déluge de Noé est fixé par le texte hébreu à 2536. Toute la différence qui existe entre les deux nombres se réduit donc à quarante ans en plus pour le premier.
On est assez d'accord sur la parfaite identité de Noé, et le Noah des Arabes, le No d’Apamée, le Deucalion des Syriens , des Phrygiens et des Grecs, le Hictymus d’Arcadie, le Xisuthrus des Assyriens, et le Satyavatra des Indiens. Ces peuples commencent leur histoire ou leur dernier âge par le déluge ; les détails qu’ils en donnent sont tellement conformes à ceux que nous devons aux Hébreux, qu'il est difficile de ne pas voir qu'ils ont une commune origine.
Le second déluge des Grecs, ou celuide Deucalion, n’est peut-être qu’une tradition du premier, altérée et placée par ces peuples à l’époque où ils supposaient qu'avait existé ce personnage réel ou fictif. On le regardait, en effet, comme l’auteur de la nation des Hellènes, et on confondait son histoire avec celle des chefs des nations renouvelées. Du reste, le déluge de Deucalion, loin d’avoir eu la généralité du premier, paraîtrait avoir été une inondation partialle. L'époque à laquelle se rapporterait cetévénement n’a pas été fixée par les auteurs anciens , dont le plus grand nombre ne nous ont rien dit du déluge de Deucalion, ni
nn ne
ge tds mn
‘ De die natali, cap. xv1.
même de celui d'Ogygès ; tels sont particulièrement Homère, Hésiode, Hérodote, Thucydide et Xénophon.
Pindare parle du déluge de Deucalion, et Platon en a dit également quelques mots dans le Timée, ainsi qu’Aristote, et plus tard Apollodore *. Les uns et les autres semblent l'avoir considéré comme un fait général, un vrai cataclysme, et le seul qui soit réellement arrivé. Il se pourrait que ces différents écrivains eussent confondu le déluge de Deucalion avec celui d'Ogygès. Il existe tellement de doutes sur ce point de fait, dans les traditions que nous possédons sur la Grèce antique, que, d’après Aquilinus et Eusèbe, il aurait eu lieu l’an 1796 ; ce qui, en admettant la fixation du déluge à 2576 avant l'ère chrétienne , ne supposerait à l'existence de l’homme que 6029 années, nombre trop rapproché de celui donné par le texte hébreu pour ne pas en provenir.
On trouve également des traces du déluge dans les écrits des Hindous, dans leurs Védas ou livres sacrés, révélés, selon eux, par Brahma lui-même. L’antiquité de ces livres ne saurait remonter au-delà de 3200 avant les temps actuels, date postérieure à celle adoptée par Moïse®.
Lorsqu'on se rappelle que les époques des tables astronomiques des Hindous ont été calculées ‘après coup et mal calculées, et que leurs traités d’astronomie sont modernes
1 Odes, olymp. IX.
2 Meteor., tom. XIV et Bibl., 13, 7.
3 Voyez les Mémoires de M. Colebrocke, sur les Védas. Mémoires de Calcutta, tom. VII de l’édit. in-8°, pag. 498,
et antidatés, on est porté à diminuer de beaucoup l'antiquité prétendue des Védas.
Cependant, au milieu des fables dont ces livres sont surchargés , il échappe quelques traits dont la concordance avec ce qui résulte des monuments occidentaux est faite pour étonner. Ainsi , leur mythologie consacre les destructions successives ou les inondations violentes que la surface du globe a essuyées; elle fixe la dernière à moins de cinq mille ans. L’une de ces révolutions, que l’on place à la vérité plus loin de nous, est décrite dans des termes presque correspondants à ceux de Moïse. Le personnage : de Satyavatra y joue le même rôle que Noé ; il s’y sauve avec plusieurs couples de saints. On voit également, dans un autre événement de cette mythologie, figurer un personnage assez semblable à Deucalion par l’origine, le nom et les aventures‘.
D'un autre côté, d’après Scaliger, les Hindous font commencer le quatrième âge du monde par l’âge de la terre , et cela par un déluge dont ïls fixent l’époque à 3102 avant l’ère chrétienne. Si l’on ajoute à ce nombre le chiffre adopté par les Septante (2262 années), et enfin le temps écoulé depuis l’ère chrétienne, on trouve 7223 années pour l'apparition de l’homme, nombre assez d’accord avec celui des Septante, et qui confirme leur chronologie.
Voyons maintenant quelle date les Chinois, res peuples si différents de tous les autres par leurs mœurs, leurs
! Voyez Will. Johnes ; Mémoires de Calcutta, tom. I, in-8°, pag. 280.
coutumes, leur religion et leur langage, ont assignée à ce grand événement. Si l’on consulte leur Chou-King, leur livre le plus ancien, rédigé, à ce qu’on assure, par Confucius , l’on y voit un des plus anciens empereurs de la Chine, Yao, faisant écouler les eaux qui s'étaient élevées jusqu’au ciel et baignaient encore le pied des plus hautes montagnes. D’après ce livre, le déluge serait arrivé, selon certains commentateurs , vers 4177 ou 4196 avant l’ère chrétienne, et selon d’autres 5958 avant la même époque.
La variété des opinions sur cette date va même jusqu’à 284 anneés en plus. Or, si nous ajoutons ces 284 années avec le chiffre 4196, nous aurons 4480 pour la date de cet événement, antérieur de 6339 années à l’époque actuelle. En combinant ces observations dues à Confucius, et supposant avec les Septante que le déluge est arrivé l’an du monde 2262, l’homme, d’après les Chinois euxmêmes , n'existerait sur la terre que depuis 7699 ans. Ce
simple aperçu détruit d’une manière évidente la haute antiquité qu'on s’est plu à supposer à ces peuples.
S'il règne sur la date du déluge de nombreuses incertitudes , celles qui existent sur l’âge du monde sont plus grandes encore. Comment pourrait-il en être autrement! Un épais nuage doit nécéssairement couvrir le berceau du genre humain. Les efforts des historiens qui ont cherché à le déchirer, pour marquer nos premiers pas sur la terre, ressemblent assez à ceux d’un homme qui, voulant se rappeler les actions de son bas-âge, adopte les illusions de son esprit pour des souvenirs réels.
Ce reproche peut être adressé aux écrivains profanes;
mais il n'en est pas de même des historiens sacrés, auxquels nous devons trois principales chronologies sur les premiers âges : celles des Septante , des Samaritains et des Juifs. Malheureusement ces chronologies s'accordent peu entre elles.
En effet , d’après les Septante, il se serait écoulé depuis l'apparition de l’homme sur la terre jusqu’au déluge, 2262 années ; tandis que les Hébreux samaritains ont réduit cet espace de 955 ans, et l'ont fixé par conséquent à 1307. Quoique les Juifs aient un peu plus allongé ce terme, puisqu'ils ont admis qu’il s'était écoulé 1656 années depuis Adam jusqu’au déluge , ils sont cependant encore de 606 années au-dessous du nombre adopté par les Septante.
Les mêmes raisons qui nous ont fait préférer le calcul admis par ces derniers, relativement à la date du déluge, nous portent à admettre le chiffre qu'ils nous ont laissé sur l'époque à laquelle cet événement aurait eu lieu.
Les temps antérieurs au déluge intéressent peu, sans doute, l’histoire de la société humaine ; ils n’en sont pas moins importants , car ils doivent s’accorder avec les faits physiques qui se sont passés sur notre planète. Aussi avonsnous mis le plus grand soin à fixer, autant que possible, la date de l’intervalle qui s’est écoulé entre la première apparition de l’homme sur le globe et le déluge. A partir de cette époque, les causes actuelles ont dû suivre la marche régulière et peu active que nous leur connaissons.
Cet intervalle serait plus grand si, au lieu d'adopter, comme nous l'avons fait , le nombre des Septante , on admettait celui des tables Alphonsines. Elles supposent que
depuis l'apparition de l’homme jusqu’à l'ère chrétienne, il s'est écoulé 6934 années, ce qui porterait à 8793 «et espace de temps en 4859. |
La préférence que nous avons donnée à la version des Septante lui avait été acccrdée par Eusèbe!, et plus tard par le P. Pezron, de l’ordre des Bernardins, qui a ajouté de savants développements à l'opinion d’Eusèbe ?. Ce dernier, en rapprochant les trois textes de la Bible , a fait remarquer les différences qu’on y trouve, quant à la supputation de l’intervalle entre Adam et la naissance d'Abraham.
En effet, les Septante et les Samaritains ont placé la naissance d'Abraham 942 ans après le déluge; tandis que d’après les Juifs il ne se serait écoulé entre les deux époques qu’un intervalle de 292 ans, ou moins du tiers du temps admis par les premiers. Eusèbe nous indique les points où ces textes s'accordent, comme par exemple le samaritain avec le grec, relativement à l'intervalle du déluge à Abraham. Il examine également les nombres du texte hébreu tels qu'ils étaient de son temps et tels qu'ils sont encore ; 1] n'hésite pas à les considérer comme erronés.
D’après cet évêque, la version des Septante a été faite sur le texte hébreu, mais avant que des intercalations y eussent été ajoutées ; elle a dû être préférée aux autres versions. Ce docteur l’adopte dans sa chronographie, parce que
! Eusèbe, évêque de Césarée, a écrit en grec une chronologie générale; elle a été traduite en latin par saint Jérôme. C’est dans cette chronologie qu’il est question de la version des Septante. Voyez l'édition de Venise publiée en 1518, 2 vol. in-4o.
? Antiquité des temps rétablie et défendue contre les Juifs et les nouveaux chronologistes. Paris, 1687, in-40.
l'Église la suit généralement, et enfin parce que les apôtres . etles disciples de Jésus-Christ ont cité l'Ancien Testament selon la version des Septante. Cette version était admise dans la primitive Église ; elle était même, dans l'Orient, la règle suivie pour la détermination des époques relatives à Adam , au déluge et à Abraham , ou au calcul des temps historiques écoulés depuis l’origine des sociétés humaines. Aussi donnerons-nous la préférence à cette chronologie , avec Eusèbe, le P. Pezron, Champollion et plusieurs autres commentateurs , comme à celle qui concilie le mieux les faits historiques et les faits physiques. ‘
Les recherches de la critique moderne, ainsi que le fait observer Champollion, confirment de plus en plus la date admise par les Septante. Aucun des monuments antiques de l’histoire profane, encore subsistant de nos jours et remontant à une époque certaine, ne contredit la date assignée au déluge par cette version. Ces monuments ne peuvent, au contraire, se concilier avec l’époque donnée au déluge par les textes hébreux de la Bible et de la Vulgate, qui en est la traduction. La version des Septante éclaire donc seule les premiers temps de l’histoire sacrée et profane ; dès-lors elle doit être préférée relativement aux évéments des âges primitifs. |
Tel est l’intervalle de temps qui a séparé la création de l'homme du déluge. Cette première époque constitue ce que les chronologistes ont appelé le premier âge du monde.
L Voyez Résumé de chronologie, par Champollion. Paris, 1830, pag. 109 et 103.
Le second âge s'étend depuis ie déluge jusqu’à Abraham. Ce patriarche termine la vingtième génération d'hommes dont Adam forme le premier chainon. Du moins Eusèbe la règle ainsi, et nous adopterons sa chronologie sur ce point, sans discuter les opinions qui ont été émises sur une époque aussi importante. La naissance d'Abraham se lie avec l’histoire profane d’une manière plus intime que celle des patriarches qui l'ont précédé. S’il pouvait entrer dans notre plan d'établir le synchronisme entre cette époque et celle du règne des divers souverains de l'Orient, nous profiterions des lumières que l’évêque de Césarée a répandues sur cette double chronologie ; mais cette discussion nous entraînerait trop loin.
Nous ne perdrons pas de vue que les différences qui existent entre les événements de ce second âge intéressent principalement l’histoire profane ; aussi y porterons-nous toute notre attention.
La diversité des versions de l’Écriture est grande sur ces intervalles et sur la durée totale du second âge, quoiqu’elle soit moindre qu’en ce qui concerne la première époque de l’histoire sacrée.
La version des Septante et celle des Samaritains font naître Abraham 942 ans après le déluge, tandis que le texte hébreu n’admetqu’un intervalle de 292 années entre ces deux événements. Il suit de ces nombres, dérivés de la succession des générations qui ont eulieu depuis Noé jusqu’à
Abraham , que leur différence n'est pas moindre de 650
ans. Cette différence entre les Hébreux d’une part, les Septante et les Samaritains de l’autre , relativement au
second âge, affecte sensiblement la durée générale des temps depuis Adam jusqu’à la naissance d'Abraham.
On peut comprendre les temps historiques écoulés depuis la première apparition de l’homme jusqu’à la naissance d'Abraham dans les termes suivants. D’après les trois textes principaux de l'Écriture , cette supputation donne également la date de l'apparition de l’homme à l’époque où parut ce patriarche.
Septante. Samaritain.Texte hébr.
Âge du monde au déluge......... 2262 1307 1656 Age du déluge à Abraham. ....... 942 ‘ 942 293 Totaldelâge du mondeà Abraham. 8204 2249 1948
Le texte des Septante assigne, d’après ces nombres, à la durée des temps antérieurs à Abraham, 955 ans de plus que les Samaritains, et 1256 de plus que les Hébreux.
Cette différence reste constante pour les temps postérieurs à Abraham: car, après ce patriarche , les textos marchent d’accord ; tous mettent le même intervalle entre sa naissance et le commencement de l'ère chrétienne. Selon eux, il se serait écoulé entre la venue de l’homme et la naissance de Jésus-Christ 5248 années, d’après les Septante ; 4295 d’après les Samaritains, et seulement 3992 d’après les Hébreux.
Si l’on soustrait le total des années écoulées depuis l'apparition de l’homme jusqu’à Abraham , de ceux admis par les Septante et les Samaritains, on aura-pour les deux textes le même chiffre 2984, qui correspond à l'intervalle
écoulé entre ce patriarche et Jésus-Christ. Cet intervalle ne Il. 18
sera plus que de 2336 années, si l’on suit le texte hébreu. On peut arriver au même résultat d’une tout autre manière. Nous avons vu que les Septante donnent à l’existence de l’homme, à l’époque d'Abraham, 955 de plus que les Samaritains et 4206 de plus que les Hébreux. Maintenant, si l’on soustrait de 5248, intervalle d'Adam à Jésus-
Christ admis par les Septante, le nombre 4293 adopté par -
les Samaritains pour le même intervalle, la différence entre ces deux nombres est seulement de 955 années.
On obtient également le même chiffre en additionnant l’époque du déluge avec le chiffre 942, qui représente la naissance d'Abraham, ce qui donne en totalité 3204 ; en retranchant ensuite de cette somme le nombre 2249, qui résulte de l’addition des deux chiffres 1307 et 942, admis par les Samaritains pour les époques du déluge et de la naissance d'Abraham, on reconnaît par ce calcul que les textes des Septante et des Samaritains ne sont en désaccord que pour les temps antérieurs à Abraham.
Il en est de même pour les deux versions des Septante et des Hébreux. Si l’on retranche 3992, nombre adopté par les derniers pour l'intervalle écoulé d'Adam à Jésus- Christ, de 5248, admis par les Septante , on trouve une différence de 1256 années. Si nous répétons à l'égard de ces nombres les mêmes opérations que nous avons faites pour la comparaison des autres versions, nous arriverons toujours au même résultat.
On se rappellera que les Septante admettent 3204 années d'Adam au déluge, qui, ajoutées à 2044 années depuis ce patriarche, donnent bien 5248, admis par eux depuis
mens ee
l'apparition de l'homme jusqu’à l’ère chrétienne. Si de ce nombre 3204 on soustrait le chiffre 1948, somme de 1656 et 292, admis par les Hébreux pour le déluge et la naissance d'Abraham, on aura également 4256 années, nombre trouvé par l’autre mode de calcul. Ainsi , il n’y a désaccord entre les différents textes que pour les époques antérieures à Abraham ; car tous placent la naissance de ce patriarche 2044 années avant l’ére chrétienne.
L'époque d'Abraham intéresse moins directement l’histoire profane que la date du déluge. Cette dernière est liée d’une manière immédiate aux progrès de la civilisation, qui ont été si rapides après ce grand événement. Ces progrès pourraient paraître prodigieux, quoiqu'’ils ne doivent jamais être calculés sur le temps , si des traditions antédiluviennes ne s'étaient conservées et avec elles la pratique des arts. Aussi l’Écriture en nomme les inventeurs, dés les premières générations qui suivirent le renouvellement du genre humain. Il serait d’un grand intérêt de remonter par elles jusqu'aux arts que l’homme, guidé par le besoin autant que par son intelligence, inventa dés l’en-
fance de Ja civilisation.
On arriverait ainsi aux premières ébauches de l’industrie naissante, et l’on pourrait démêler quelques traits de cette archéologie anté-diluvienne, dont les premiers pas se perdent dans la nuit des temps.
Quelque importance que puisse avoir un pareil travail, il est trop étranger à nos études habituelles pour que nous osions l’entreprendre. Sans doute cet objet éveillera l’attention des savants, et nous leur devrons ainsi quelques
lumières sur des temps dont l’homme a si peu gardé de souvenirs.
Il ne nous reste plus qu'à résumer nos observations, et, pour être plus clair, nous le ferons sous forme de tableau.
Dale des principaux événements qui ont eu lieu depuis l'apparilion de l'homme, jusqu'à l'époque actuelle, 1859,
I. Il. LIT, Selon les Septante. | Selon les Samaritains.| Selon les Hébreux.
Du premier homme
au déluge !....... 2262 années.| 1307 années.| 1656 années. Du déluge à Abraham| 942 — 943 — 292 — D'Abraham à l'ère
chrétienne....... 204% — 2044 — 2044 — Du déluge à l'ère
chrétienne... ..... 2986 — 2986 — 2336 —
Date du premier
homme à Jésus- Christ......,..... 5248 — 4293 — 3992 —
td
Age du monde depuis le premier homme jusqu'à l’époque actuelle, 1859....| 7107 années.| 6152 années.| 5851 années.
Moyenne entre ces trois nombres : 6370.
Tel est le résumé des dates que l’on peut assigner aux événements qui se sont passés sur la terre depuis que l’homme y a posé le pied. Les dernières de ces dates, et même la movenne des trois, s'accorde moins bien avec
1 Le système du premier homme a été admis non-seulement par Moïse; mais par d'autres cosmogonies. Les Perses ont adopté cette opinion, comme la croyance d’un Dieu unique se retrouve avant le législateur des Hébreux chez Abraham. |
les faits historiques et physiques qui se sont succédé depuisle déluge. Aussi adopterons-nous la plus longue, celle admise par les Septante, parce qu'elle se concilie mieux avec les événements que ces dates rappellent.
Pour terminer ce que nous avons à dire sur l’histoire sacrée , il ne nous reste plus qu’à faire mention des faits historiques de la troisième époque dont parle l'Écriture.
Sans doute, les faits qu’elle rapporte n’ont pas une relation bien directe avec les questions que nous nous sommes proposé d’éclaireir ; ils nous permettront toutefois de fixer avec une plus grande précision la naissance de Moïse, ainsi que la date de la délivrance des Israélites , points historiques qui ont une assez grande importance pour l’objet de notre travail. Ces époques déterminées, nous serons fixé sur celle du Pentateuque, livre dans lequel nous avons puisé les documents dont nous avons fait usage.
La troisième époque comprend l'espace de temps écoulé depuis la vocation d'Abraham jusqu’à la sortie des Israélites d'Égypte. Sa durée a été fixée par Moïse lui-même et par saint Paul, à 450 ans.
Nous avons vu que la naissance d'Abraham se rapportait, d’après les trois textes , à la même date, c’est-à-dire à 2044 années avant l’ère chrétienne. Ainsi, en admettant que sa vocation eût eu lieu quarante-quatre ans après sa naissance , cela porterait la délivrance des Israélites , qui
paraîtraitavoir eu lieu 450 ans après, vers l'an 1550 avant
Jésus-Christ. D’un autre côté, si l’on admet que Moise était pour lors dans sa soixantième année, ce calcul fixe-
rait la naissance de ce législateur vers l’an 1630 avant ll. 18.
lére chrétienne , en sorte que Moïse serait antérieur à l'époque actuelle d’environ 3469 ou 3589 années, nombres assez généralement adoptés.
Ce calcul n’a pas été cependant admis par tous les commentateurs de la Bible. Dom Calmet, auquel nous devons d'excellentes dissertations sur l’Écriture sainte , rapporte la vocation d'Abraham à l'an du monde 2237 et à 1951 années avant l’ère chrétienne.
La différence est ici peu considérable , car elle n’est que de 79 ans en moins, relativement à la date de 2000 avant Jésus-Christ, que nous avons adoptée. Comme tous les commentateurs ont admis qu'il s'était écoulé 450 années entre la vocation d'Abraham et la délivrance des Hébreux, ce nombre sert à fixer la date de la naissance de Moïse. Il s’ensuit que si l’on regarde comme justes les nombres 2237 et 1951 , fournis par dom Calmet comme exacts, cette délivrance aurait eu lieu vers 2687 après Adam et 4491 avant l’êre chrétienne. Mais ces données ne s'accordent pas avec celles des Septante ; celles-ci fixent l’époque du déluge à 2262 ans après la création du premier homme, et portent la délivrance des Hébreux à 5316 années après la même époque.
La date que nous venons d’assigner à la naissance de Moïse n'a pas été adoptée par MM. Poirson et Cayx. Ils en ont avancé l’époque et l’ont placée l’an 1725 avant Jésus-Christ, 95 années plus tôt que nous ne l’avons fait, d’après un calcul fondé sur deux données principales : la première, celle de la naissance d'Abraham, suivie par les trois versions de l’Écriture, et la seconde qui se rapporte
au troisième âge de monde, dont la durée a été fixée par Moïse lui-même à #50 ans , ainsi que l’ont admis dans la suite saint Paul, et de nos jours dom Calmet.
L'époque de 1630 avant l'ère chrétienne, admise par la plapart des commentateurs pour la naissance de Moïse, semble plus d’accord avec les faits historiques qui servent à la déterminer, que celle adoptée par MM. Poirson et Cayx. Ces historiens font naître et mourir Moïse en 1725 et 1605, nombres qui ne s'accordent pas avec ceux admis par plusieurs chronologistes pour l'établissement du gouvernement des Juges. Ils fixent, en effet, cet établissement à l’an 1554 avant l’ère chrétienne. Leur institution a été nécessairement postérieure à Moïse; si l’on convient que la date de 14630 est la véritable époque de sa naissance , sa mort doit avoir eu lieu 1510 ans avant l'êre chrétienne. Elle aurait été de 44 années postérieure au gouvernement des Juges, si la date de 1554 était exacte, ce qui ne saurait être admis.
Le plus grand nombre des historiens s ‘accordent à COnsidérer la Genèse comme écrite il y a trente-cinq siècles, date qui coïncide avec celle que nous avons adoptée. Elle différe du reste fort peu de celle qui résulte des calculs de MM. Poirson et Cayx. En effet, d’après eux Moïse aurait composé le Pentateuque en 1695, époque de la délivrance des Hébreux ; quant à sa mort, ils la rapportent à l'an 1605 avant l'ère chrétienne. Ainsi, en admettant qu'il l'ait écrit 4655 ans avant cette époque, ce livre aurait main-
‘tenant (1859) 3514 années, date semblable à celle que nous avons obtenue par une tout autre voie.
D'après l’Écriture, les événements postérieurs à l'apparition de l’homme , et que nous avons compris dans deux périodes, embrassent cinq espaces de temps, caractérisés par des faits historiques dont l'importance est assez grande d’après les événements qui s’y sont passés.
Le premier âge s’étend depuis l'apparition de l’homme jusqu’au déluge ; sa durée la plus longue a été fixée par les Septante à 2262 années.
Le deuxième âge comprend le temps qui s’est écoulé depuis le déluge jusqu’à la vocation d'Abraham ; ou un espace de 986 années.
Le troisième âge commence à la vocation d'Abraham et s'étend jusqu’à la sortie d'Égypte ou jusqu’à la délivrance des Israélites. De la comparaison des dates égyptiennes avec celles données par le Pentateuque, il résulte que les Hébreux sont sortis de l'Égypte sous la conduite de Moïse plus de seize siècles avant l’ère chrétienne, ce qui rap: porte cet événement ä environ 3456, ou, en compte rond, 3500 années avant l’époque actuelle’ (1859). Moïse, et plus tard saint Paul, ont fixé à durée de ce troisième âge à 450 années, ainsi que nous l'avons déjà dit. (Note 47.)
Le quatrième âge embrasse un espace de temps plus considérable ; commençant à la délivrance des Israélites, il se prolonge jusqu’à l'ère chrétienne et comprend un intervalle de 1570 années.
Enfin, le cinquième âge du monde, le plus révent de |
! Cette date de 3456 est fondée sur la supposition que la naissance de Moïse a eu lieu en 1630 avant l’ère chrétienne, et que Moïse est sorti de l'Égypte à l’âge de 40 ans.
tous, commence à la naissance de Jésus-Christ, sa durée n'est encore que de 1859 années. Les cinq âges réunis comprennent ainsi un intervalle de 7127 années.
Telles sont les divisions admises par l’Écriture et dans lesquelles elle a fait entrer les temps écoulés depuis l’apparition de l'homme jusqu'à l’époque actuelle. Si nous avons insisté sur ces divisions, c'est afin de faire saisir les motifs qui ont guidé les écrivains sacrés dans leurs calculs et leurs supputations.
Dans ce qui précède, nous avons porté l'attention sur plusieurs dates importantes pour la détermination des principaux faits historiques, tels que la venue de l’homme, le déluge, la naissance d'Abraham et de Moïse, et nous avons fait saisir combien il est difficile de fixer avec précision ces diverses époques.
Les véritables données historiques, qui ne sont contranées par aucun monument authentique et dont l'accord avec les faits physiques est non moins positif, nous disent que si la terre est fort ancienne, l’homme y est fort nouveau. (Note 48.) |
En adoptant la date des Septante, l'apparition de l'espèce humaine ne remonterait pas au-delà de 7127 années. Sans doute, cette période a paru bien courte aux faiseurs de systèmes du siècle passé. Elle suffit cependant pour expliquer les progrès de la civilisation de la société humaine, et pour renfermer les événements physiques qui se sont accomplis sur la terre, depuis que sa surface a été le théâtre d’une grande révolution, rapportée par les mé. mes monuments historiques à plus de 5000 ans avant l'époque à laquelle nous appartenons.
— Mi —
Si l’on consulte à cet égard les phénomènes -de la nature, qui ne peuvent nous tromper, ils nous tiendront le même langage. Tous nous disent que l’ordre des choses actuelles ne remonte pas très-haut et que l’action des causes agissantes ne s'exerce avec une aussi faible intensité que depuis des temps peu éloignés de nous. Partout l'homme nous parle comme la nature, soit que l’on consulte les vraies traditions des peuples, soit que l’on examine leur état moral et politique et le développement intellectuel qu'ils avaient atteint au moment où ils ont élevé leurs monuments.
Ainsi s’évanouissent les longues séries de siècles que certains peuples s'étaient plu à s’attribuer, sur de prétendues observations astronomiques dont la science moderne a démontré la fausseté. D'un autre côté, une critique sévère a renversé les traditions d’une pareille antiquité, qui ne reposent sur aucune base solide et n’ont rien de commun avec la véritable histoire. Le progrès des connaissances a détruit d’un seul mot ces calculs, d’une ancienneté indéfinie mais mensongère.
En résumé, les découvertes récentes ont établi, de la manière la plus incontestable, que la venue de l’homme ne remonte guère au-delà de 7556 ou de 7760 années avant les temps actuels.
La science humaine est ici d'accord avec la science révélée, et l’une conduit à l’autre; c’est là le plus beau triomphe de l’intelligence. Dieu, en envoyant dans le monde, la vérité, a permis à l’homme de remonter jusqu'à elle et d'élever le majestueux édifice des sciences qui doivent lui
servir d'aide et d'appui. Sans doute nos connaissances ne sont pas nécessaires à sa gloire, elles lui rendent cependant hommage comme dérivant de lus. Elles nous font comprendre la beauté de ses œuvres et nous permettent de soulever le voile qui couvre la vérité, dont il est la source et l'essence.
Après ce précis d'histoire sacrée, voyons si les traditions etles monuments des peuples idolâtres de l'antiquité contrarient la date que nous avons assignée à l’origine du genre humain. Nous avons exposé les faits relatifs à la chronologie de l’histoire sacrée , en nous fondant sur les Livres Saints qui en sont l’unique base : nous en ferons de même à l'égard des chronologies profanes. Ce sera sur le dire des écrivains les plus accrédités et sur les monuments les mieux observés, que nous en établirons les fondements, rejetant avec soin les récits fabuleux et les témoignages mensongers à l’aide desquels les peuples des premiers âges ont voulu se donner une haute antiquité. Nous les écarterons comme peu dignes de la véritable histoire, qui ne s'appuie que sur des événements réels et établis d’une manière certaine.
Nous nous occuperons, en premier lieu, de l’histoire des Égyptiens, des Grecs et des Romains; nous en examinerons les principaux éléments et nous distinguerons parmi eux les suppositions inhérentes aux systèmes dont différentes notions ont embarrassé les certitudes historiques ; nous verrons combien ces suppositions s’évanouissent, à mesure que l’on arrive à des temps sur lesquels il existe des données positives. Aussi, les seules et réelles difficultés des
chronologies des anciennes époques se rapportent aux premiers âges de l’histoire. En dépouillant leurs traditions des événements fantastiques dont ils ont voulu environner leur origine, on arrive pour toutes à des dates qui frappent par leur harmonie et leur accord.
Nous ramènerons ainsi l’histoire des Hindous et des Chinois aux mêmes proportions que celles qui régissent les traditions des autres nations. Leurs annales nous prouveront, comme celles des autres peuples, que les vrais monuments historiques, loin de contrarier la date donnée à l'apparition de l’homme par les Hébreux, la confirment d’une manière puissante lorsqu'on fait disparaître de leurs annales ce qu’elles renferment de chimérique. ( Note 49.)