‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiquesChapitre 16 sur 80 · I. Hébreux · texte numérisé non relu

I. Hébreux

Les observations que nous avons faites dans le précis de l’histoire sacrée, nous dispenseront d’entrer dans de grands développements sur le peuple hébreu. Nous noûüs bornerons à indiquer dans le tableau de l’histoire profane, les dates que nous n’avons pas données dans celui qui est relatif à l'histoire sacrée. Les unes confirment celles du premier tableau, et les autres se rapportent à des événements importants qui se sont passés depuis le déluge jusqu’à l’ère chrétienne. Nous y avons ajouté le détail des différentes générations qui ont existé depuis Adam jusqu'à Noé, et de

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celles qui, depuis ce patriarche, se sont succédé jusqu’à Abraham. Ces générations fixent d’une manière plus précise les dates des premiers âges de l’histoire, sur lesquelles règnent les plus grandes incertitudes. (Note 50.)

Toutefois, les doutes qui existaient uniquement sur les premiers événements historiques, ne sauraient nous empécher de reconnaitre que la Judée a jeté le plus grand éclat parmi les nations de l'antiquité, par sa grandeur morale et religieuse. Considérée sous ce rapport, elle a été mfiniment supérieure aux Égyptiens, dont l'illustration tient aux progrès qu'ils ont faits de bonne heure dans les sciences, ainsi que dans l’art de construire de grands monuments, qui ont été érigés par l’abus du pouvoir et que le temps n’a pu effacer.

Les Hébreux sont encore supérieurs aux premiers habitants de l'Égypte sous ce dernier point de vue, ainsi que nous l'avons déjà prouvé 1.

Du reste, que sont les arts et les monuments, privés de la notion de Dieu? Ils sont sans action sur le cœur et la pensée de l’homme. Les idées qui dominaient chez les anciens Égyptiens, ainsi que chez les autres nations païennes, étaient les plus fausses et les plus absurdes quant à ce qui concerne la toute-puissance de Dieu. Ils attribuaient à la divinité suprême les mêmes passions qu’à l’homme,

lorsqu'ils ne la considéraient pas comme au-dessous de l’homme lui-même ; en effet, dans leurs fictions mythologiques, ils l’envisageaient comme étant le partage des animaux les plus vils et les plus immondes.

1 Voyez la page 68 du même volume.

Les Hébreux, par la connaissance qu'ils avaient de Dieu et de ses perfections, étaient non-seulement au-dessus des Égyptiens et des autres peuples idolâtres, mais ils étaient également supérieurs aux autres nations païennes d’une moindre ancienneté. Tels sont les Grecs, qui n’ont dû leur haute renommée qu'aux arts et à la perfection de leur littérature, où ils ont créé tant de chefs-d'œuvre. Les Hébreux ont eu les mêmes avantages sur les peuples de l’ancienne Rome, qui se sont également illustrés dans la culture des lettres. Les Romains, devenus si fiers par leur haute prospérité et l'éclat de leurs victoires dues à leur esprit politique et guerrier, n'étaient pas plus avancés sous le rapport religieux que les Grecs, qui les avaient précédés sur la scène du monde. .

Les progrès que les Hébreux avaient faits eux seuls dans la connaissance de Dieu, donnent à leur histoire un intérêt particulier; cet intérêt s'accroît lorsqu'on compare les lumières qu'ils avaient acquises sous un rapport aussi essentiel pour l'amélioration de l’humanité, à l'ignorance complète en matière religieuse des nations au milieu desquelles ils étaient disséminés.

Il est enfin une dernière observation dont l'importance est trop grande pour que nous la passions sous silence. L'histoire du peuple hébreu place l'origine du genre humain dans le centre de Asie, point où se trouve la plus haute chaîne du monde. Cette contrée est la plus favorable à la dispersion des peuples, qui sont partis de ce centre, d’où is ont irradié et ont pu répandre avec plus de facilité que de toute autre partie de la terre leurs nombreuses tribus.

On peut faire une autre remarque, qui a aussi une certaine valeur. La plupart des écrivains de l'antiquité ont admis que les premiers établissements de l’homme ont été placés sur les points élevés de ce grand continent, d'où ils se sont répandus dans les autres régions. Les fleuves qui naissent de ces hauteurs ont été leurs premiers guides, et comme les premières routes de leurs antiques migrations. En effet, les premiers peuples ne se sont jamais avancés dans la direction des grandes chaînes ; ils ont constamment suivi le cours des fleuves et des rivières ; aussi les courants d’eau et non les montagnes ont-ils servi de limites aux peuplades primitives, dont les habitations sont venues se grouper sur les bords des eaux courantes.

Ces circanstances nous expliquent pourquoi l'Asie a été le berceau du genre humain et pendant longtemps le centre

et le point de départ de la civilisation; elle a dû cet avan- .

tage à l'élévation de la plupart des régions qui en font partie. Ainsi se justifie le dire de la Bible sur la partie du monde la première habitée. En plaçant l’origine des hommes auprès des chaînes de l'Himalaya et du Caucase, l’Écriture ne s’écarte pas de l’opinion qui assigne l’origine des sociétés humaines auprès de cette chaine, dont les hauteurs séparent le midi du nord de l'Asie. ( Note 51.)

Les sommets les plus élevés du globe sont, en effet, dans cette vaste partie de l’ancien continent. C’est de l'Asie que nous sont venus les principaux animaux domestiques; nous lui devons également les plantes potagères les plus utiles et les arbres fruitiers les plus savoureux. Elle nous a enfin dotés des céréales, si nécessaires à notre nourriture,

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et dont les tiges presque indestructibles nous abritent contre la rigueur des saisons. ( Note 52.) |

C'est de l’Asie que nous sont venues les traditions qui nous éclairent sur les premiers pas que nous avons faits dans la civilisation, à laquelle nous avons été comme poussés par une puissance irrésistible. Les bienfaits que cette vaste contrée en a obtenus la première, ont été en partie la cause des progrès que les anciens Égyptiens ont fait de bonne heure dans la culture des sciences et des arts. Ce perfectionnement fait par les nations asiatiques, suivi plus tard par celles qui habitaient la partie orientale de l'Afrique, leur a permis d'élever des monuments aussi remarquables par leur grandeur, la solidité de leurs matériaux, que par le luxe de leur sculpture et de leurs ornements. (Note53.)

Lestraditions que Moïse nous a laissées sur la dispersion des peuples, particulièrement sur les enfants de Noé, se trouvent dans le chapitre X de la Genèse, monument

précieux non-seulement sous le rapport historique, mais

par l'intérêt général qu’il présente sous le point de vue de la classification des diverses races humaines. La marche adoptée par l’auteur de la Genèse est, en effet, en tout point conforme à la méthode suivie par les historiens et les naturalistes modernes.

D’après le tableau ethnographique tracé par Moïse dans le chapitre X de la Genèse, Noé et ses trois fils, Sem, Cham et Japhet, se dispersérent et se partagèrent la terre. Sem, le frère aîné de Japhet, eut plusieurs fils, Elam, Assur, Arphaxad, Lud et Aram. Le premier donna son

nom à l'Élymaüs, et Assur fonda Ninive, que la Bible dis- IL, 19.

tingue soigneusement de Babylone. La date de cette ville paraît antérieure à l’époque où la race sémitique conquit l'empire de l'Asie occidentale. Arphaxad s’étendit sur la rive orientale du Tigre, dans la haute Mésopotamie ; Lud, le quatrième fils de Sem, le père de la nation lydienne, étendit considérablement ses conquêtes au nord-ouest du berceau des Sémites, au sein de l’Asie Mineure.

Il reste encore, dans la filiation de Sem, Aram qui occupa les pays situés au sud-ouest en deçà et au-delà de l’Euphrate, en suivant les vallées du Liban.

Elam, Assur et Arphaxad marchèrent tous-trois vers le Midi, et Lud, trouvant la plupart des positions occupées dans cette direction, se rejeta à l'Occident, dans des contrées également favorisées par la nature‘. Aram prit une route différente et nouvelle, la seule qui restait encore à parcourir aux Sémites, à l'exception du Nord et du Levant, d’où devaient les repousser la hauteur des montagnes et la rigueur du climat.

Tel est l’ordre de la marche suivie par les enfants de Sem dans leur dispersion. Cet ordre de la filiation des petits-fils de Noé est comme un témoignage comparatif de leurs établissements; la situation géographique des empires sémitiques se prête très-bien à cette interprétation du texte sacré. Îl est vraisemblable que les Sémites, aux-

quels les Hébreux comme Moïse lui-même appartenaient, avaient conservé un souvenir exact de l’ordre dans lequel les colonies émigrantes s'étaient dispersées lorsqu'elles avaient quitté le sol de leur patrie primitive.

i Genèse, chap. X, vers. 22 et 32.

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On a voulu voir dans les nègres les descendants de Cham, quoique Moïse ne les ait pas compris parmi les enfants de ce patriarche. On à cru pouvoir le supposer, en raison de ce que les nègres occupaient dans Afrique ancienne les mêmes limites qu'aujourd'hui, et qu’ils auraient pu avoir des rapports fréquents avec les Égyptiens. Mais pour faire admettre cette supposition, il faudrait prouver que les nègres existaient il y a au moins trente-cinq siècles ; c’est ce que l’on ne peut établir par aucune preuve positive.

[l importe peu que le nom de Cham, le père des Chamites, signifie en hébreu chaud, ou quelque chose debrûlé, (calidus), car cette expression s'applique aussi bien à des peuples dont la peau est olivâtre qu'aux nègres proprement dits.

Comme les Égyptiens et les Phéniciens étaient de race blanche et que les fils de Cham étaient tous frères, d’après Moise, les Chamites ne devaient pas être nègres. Ce fait est d'autant plus probable que le mot Cham, dans son sens originaire, veut dire visage brûlé mais non nègre.

| L'expression Cham, ou plutôt Ham, s'applique à la grande tribu dont les peuples de la Phénicie et de l'Égypte étaient primitivement descendus. Le mot Ham en hébreu signifie proprement chaleur ou feu; aussi l’a-t-on donné aux peuples placés sous l’influence d’un soleil ardent, et dont la peau noire était comme brûlée,

Cette-couleur n’était que secondaire chez les Chamites ; elle n’avait pas la même intensité ni la même noirceur que chez les nègres. Les Égyptiens continuèrent longtemps de désigner leur pays sous le nom de Ham ou de Chemi. Ce nom était bien celui que la race égyptienne s'était elle-même donné. Cette dénomination ne leur , avait pas été imposée par les étrangers, ni même par les Hébreux,

Les Grecs, en appelant Éthiopiëns, Aiiores, les peuples de Kousch, autre branche de la grande famille des Chamites, y ont attaché le même sens. Aussi, dès que les Phéniciens apparaissent dans l’histoire, il sont signalés au milieu des Éthiopiens de l’Asie, que Moïse leur donne pour frères et qui étaient de race blanche. Les notions que nous devons à la Genèse sur les différentes branches de la race de Cham, sont donc exactes.

La peau noire ne caractérise pas seule la race nègre; car les Abyssiniens et les Hindous ont la peau très-foncée et n'en appartiennent pas moins à la race caucasique ou blanche. Il en est de même des Maures, quoique, dansle moyen âge, on les ait confondus dans le langage vulgaire avec les nègres ?.

Serait-ce enfin parce que les Chamites ont été maudits par Noé, et que les nègres semblent en porter plutôt les marques que tout autre peuple #? Mais les effets de cette malédiction ne se sont pas moins accomplis dans toute leur

leurs devanciers. On a prétendu que comme les peuples qui habitaient l'Égypte étaient assez avancés dans les arts industriels; on avait donné le nom de leur pays, Chemi, à la science sur laquelle se fondent bien des branches de l’industrie, Chimie dériverait donc, si cette étymologie est fondée, du mot égyptien Chemi.

1 Il en est différemment aujourd’hui, où le nom de race éthiopienne est synonyme de race nègre.

2? On sait que l’on désigne sous le nom d’Abyssiniens les anciens peuples qui habitaient l’Abyssinie, et Abyssins ceux qui habitent maintenant la même contrée.

$ L’infériorité de la race nègre et sa laideur ne sont pas une preuve de son origine chamique, et comme une marque de la colère divine , dont elle éprouverait encore les effets,

rigueur. Les Chamites ont entièrement disparu de la terre; h Syrie et la Palestine n’ont plus que des Sémites pour habitants ; la population actuelle de l'Égypte est arabe ou grecque ; les Barabras et les Kabyles n’ont plus qu'une vague ressemblance avec les Nubiens et les Libyens des âges reculés. Les exemples qui pourraient nous faire juger de la race de Cham n'existent plus que dans les productions de l’art et dans quelques momies des catacombes de l'Égypte.

Quant aux races ensevelies dans les vastes tombeaux de cette dernière contrée, il n’y en a pas que l’on puisse rapporter aux nègres. Les crânes de toutes les momies ont la forme européenne , sans aucun rapport avec l’organisation des têtes de la race nègre; leurs cheveux noirs, bien plantés, longs et divisés en nattes, sont souvent retroussés sur le crâne, en raison de leur longueur.

Le roi Aménophis, premier fondateur de la dix-huitième dynastie égyptienne, est bien représenté une ou deux fois sur les monuments de l'Égypte avec la peau noire; mais il y est aussi, et en plus grand nombre , avec une teinte rougeâtre, ainsi que Fa fait observer Rosellini. Il en est de même de la femme d’Aménophis , également figurée parmi les peintures des hypogées de Thèbes, et que l’on y voit indifféremment avec la peau noire ou rouge. Néanmoins, le roi Aménophis, pas plus que sa femme, n’étaient nègres, ce qui prouve qu’une raison symbolique a présidé au choix de la couleur que le peintre leur a attribuée.

Ces faits ne peuvent donc pas nous apprendre l’époque où les Égyptiens ont connu les véritables nègres, puis-

qu'aucun d’entre eux ne se rapporte à cette race. On croit toutefois en avoir reconnu les traces dans le tombeau de Ménephthah Ier. Ce tombeau paraît renfermer quatre types principaux. Le premier se rapporte aux Égyptiens; le deuxième à un peuple beaucoup plus blanc ; le troisième à une nation à peau noirâtre, que l’on a rapprochée de la race nègre ; enfin , le dernier de ces types signale des hommes encore plus blancs que ceux de la deuxième race et d’une stature plus élevée. |

Peut-être les statuaires égyptiens ont-ils voulu par là indiquer les variétés humaines qui leur étaient connues, premièrement les hommes à peau noirâtre ou les nègres, à leur gauche et dans le midi de l’Afrique ; les Sémites, à leur droite et au nord de la vallée ; enfin, les différentes tribus japhétiques, distantes de l'Égypte et reléguées sur les montagnes de l’Asie intérieure.

Mais pour que ce monument sépulcral pût nous apprendre si les nègres étaient connus des Égyptiens à l'époque de Moïse, il faudrait que l’on fût certain qu'il a été érigé © ou à la naissance ou pendant la vie de ce législateur. Il faudrait enfin que des naturalistes habiles vinssent nous certifier que les hommes à peau noire figurés sur le tombeau de Ménephthah , sont réellement des nègres et non des individus de la race caucasique analogues aux Abyssiniens ou aux Hindous. Tant que cette double preuve ne sera pas faite, ce monument ne saurait rien nous dire de certain touchant une question sur laquelle Moïse a gardé le silence.

Toutefois, parmi les peintures coloriées du voyage

de Hôoskings en Éthiopie, on a représenté, à côté des Égyptiens , des hommes dont la peau est d’une couleur noire de jais, avec des cheveux crépus et la face proéminente. Comme ces caractéres signalent des hommes de la race nègre, 1] ne s'agirait plus que de savoir à quelle époque se rapportent ces peintures, pour apprécier celle où les nègres ont été assez connus pour que les peintres aient pu les représenter sur les monuments.

On voit sur quelques édifices égyptiens dont la date remonte, à ce que l’on présume, à plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, quelques portraits de races colorées qui ont une certaine analogie avec les nègres, ou du moins qui contrastent, par le profil de leurs têtes , avec les peuples de l'Égypte. Cette circonstance, jointe au dire de Diodore de Sicile, qui rapporte qu'à une époque que la chronologie ne peut fixer, l'Égypte avait reçu des colonies éthiopiennes,” pourrait peut-être nous expliquer les peintures du tombeau de Ménephthabh, et celles qui ont été publiées dans le Voyage de Héoskings!. Elle servirait également à nous faire comprendre comment fon voit sur plusieurs sandales conservéesdans les collections d’antiquités égyptiennes, des figures de Scythes , peuples pasteurs, accolées à celles d'hommes à peau noire qui ont quelque analogie avec les nègres.

Enfin, sur l’un des monuments de Thèbes, probablement dédié à un intendant duroi Toutmosis II1 (le cinquième monarque de la dix-huitième dynastie }, on suppose que l’on a

1 Héoskings travels in Æthiopia above the second cataract of the Nils, London, Longman, 1838, in-4c avec cartes.

voulu représenter des nègres , des populations mélangées, ou des espèces de mulâtres, des Kouschites de Méroé, derace blanche, différents Éthiopiens, probablementdes Nubiens de la race caucasique, etdes Scythes.Ce monument, postérieur au tombeau de Ménephthah, le serait par conséquent à l’auteur du Pentateuque ; il semble prouver que Moïse n'a pas pu désigner les nègres dans son tableau ethnographique des peuples, puisqu'il ne les connaissait pas, et peut-être même n'existalent-ils pas encore comme race distincte.

Japhet, le troisième fils de Noé, eut lui-même sept enfants, qui occupèrent une plus grande étendue de pays que ne le firent les autres enfants du même patriarche. Aussi, d’après la Genèse (chap. IX, vers. 27), Japhet, dontle nom signifie extension, indique-t-1l celle que ses nombreux enfants ont prise dans leurs lointaines migrations. Probablement cette circonstance a porté plusieurs historiens à rattacher les Tartares à la race japhétique,-comme d’autres ont vu dans les nègres les descendants de la race chamite.

Cette dernière opimion n’a pas paru fondée à un grand nombre d’écrivains modernes, qui ont considéré les Chamites non comme de race éthiopienne, mais de race blanche, dont les traces sont entièrement effacées. Malgré toutes leurs recherches, ils n’ont pas pu trouver de place pour les nègres parmi les nations de l’antiquité; aussi n’ont-ils pas été étonnés que Moïse ne les ait pas même nommés dans le tableau général qu’il nous a laissé des peuples de son temps.

Les monuments de l’art judaïque confirment puissam-

ment l’antiquité des Hébreux, que l’on avait si longtemps contestée ; on avait même soutenu que ces monuments

n'avaient jamais existé. M. de Saulcy a prouvé, à l’aide des vestiges archéologiques encore subsistants en Judée, qu'il en était différemment ; ce que démontrent, du reste, les faits artistiques fournis par l'Écriture sainte dans plusieurs livres de la Genèse , comme l’Exode , les Nombres, le Deutéronome, qui sont relatifs aux temps antérieurs à l'établissement définitif d'Israël sur la rive droite du Jourdain. Le même archéologue a pu également , à l’aide des livres de Josué , des Juges, de Samuël, des Rois, des Prophètes, parcourir les époques comprises entre l'installation à Jérusalem de la dynastie de David et la captivité des soixante et dix années ; il a pn même s’assurer de la date à laquelle a eu lieu la reconstruction du temple après le retour de Babylone et le règne des dynasties Asmonéenne et Hérodienne, jusqu’à la destruction définitive de la natiopalité judaique.

M. de Saulcy a eule premier le bonheur de reconnaitre l'emplacement de la cité biblique nommée Hazor, capitale du royaume de ce nom dans le Kénaan, démolie par Josué, relevée plus tard de ses ruines et de nouveau détruite par Nabuchodonosor. Le même antiquaire y a découvert un vaste édifice qu’il a considéré comme un temple construit à limitation de celui de Jérusalem ; il s’est même convaincu que parmi les ruines de l'antique Hazor, il y en avait de deux âges, Ainsi, les monuments cyclopéens, d'appareil vraiment gigantesque, lui ont paru se rapporter à cette ville, détruite de fond en comble par Josué et par Barak. Quant aux vestiges de construction qui couronnent le pâté de di-

verses collines, il y a reconnu l'immense acropole de cette JE, 20

même cité, rebâtie par Salomon, prise par Teglat-Phalasar et ruinée pour toujours par Nabuchodonosor.

On sent quel intérêt s’attache à des monuments qui appartiennent aux rois de Juda et d'Israël, et même au temple de Salomon. L’historien Flavius Josèphe a servi de guide à notre voyageur à travers les magnifiques fragments de construction salomonienne, répandus aujourd’hui sur de très-grandes étendues. Il y a ainsi aperçu une muraille d'enceinte bâtie par Salomon et dont il existe encore de grands vestiges, fait des plus remarquables, après les destructions successives dont la ville de Jérusalem a été si souvent affligée. Ces ruines, tant est merveilleuse leur conservation, tant est splendide le choix des matériaux qui les composent , pourraient facilement être prises pour des monuments de construction récente.

M. de Saulcy a également observé aux pieds-droits d’une porte encore debout, des moulures qui ne sont ni byzantines, ni romaines, ni grecques; du moins elles ne ressemblent en rien à celles que l'architecture classique nous montre ; elles sont donc des moulures juives et, mieux encore , des moulures salomoniennes.

Ce qui est non moins curieux, on voit sur l’un des bords du petit vallon appelé Tyropæon, trois rangs de voussoirs magnifiques ayant appartenu à l'arche d’un pont qui traversait la vallée et reliait en ce point le plateau du mont Moriah ou du Temple, avec celui du mont Sion ou du Palais. Cette découverte est d'autant plus précieuse , que l’on n’a pas trouvé la moindre trace de voûte dans les édifices antiques de l'Égypte. Cette absence prouve que

les Juifs n'ont pas tiré de l'Égypte les principes de l’art architectural qu’ils ont adopté. On constate facilement que l'art judaïque a été grandement influencé par les architectes assyriens. Ce qui le confirme, c’est que M. V. Place a trouvé une magnifique voûte en plein cintre et de douze mètres sous clef, dans les fouilles de Korsabad.

Ces monuments, étudiés avec soin par M. de Saulcy, donnent la plus haute idée de la science des constructions pratiquées par les Juifs dès le règne de Salomon, c’est-àdire plus de dix siècles avant l’ère chrétienne. L'usage de la voûte circulaire et de l’emboîtement pour les sols de balcon , existait donc et était pratiqué par les Juifs. Ce genre de construction annonce une science très-avancée de la coupe des pierres et de l’appareillage des voussoirs. L'art judaïque avait ainsi des ressources que les Égyptiens eux-mêmes ne possédaient pas, puisque probablement ceux-ci n’ont pas connu l’art d'établir des voûtes.

Les murailles d’Hazor se rattachent du reste au monument le plus somptueux dont l'antiquité sacrée nous ait conservé le souvenir ; encore debout après tant de siècles,

- elles nous disent ce qu’était l’art en Judée à l’époque de

l'érection de ces monuments.

Il. Égyptiens.

L'histoire des Égyptiens se divise naturellement en deux périodes. La première se rapporte aux temps fabuleux ; la seconde, fondée sur de véritables annales conservées dans les archives des anciens temples, et sur l'autorité des monuments publics dont l'Égypte est couverte, a seule quelque chose de certain. Leur autorité est devenue plus

grande depuis les recherches faites de nos jours dans cetta terre si féconde en souvenirs!.

Ces recherches ont prouvé que, malgré les ravages que les édifices de l’ancienne Égypte éprouvent depuis deux mille ans, aucun État moderne ne peut lutter avec elle pour la grandeur et la magnificence de ses monuments. Malgré leur nombre, ils n’attestent cependant pas une aussi haute antiquité que le feraient supposer les annales égyptiennes. Il y a, en effet, dans la chronologie sur laquelle reposent ces annales, deux époques distinctes : les temps fabuleux et les temps historiques. Les Égyptiens s'étaient fait un système de chronologie particulier , que leurs annales nous onttransmis et dont nous pouvons nous former une idée précise.

Jaloux de se donner une haute antiquité, et ne pouvant remplir leur histoire d'événements réels, ils ont embellie de narrations hypothétiques à l’aide desquelles ils ont prétendu ‘que leurs monarchies avaient commencé 36525 ans avant l’ère chrétienne. Cette supputation a été reconnue mensongère par tous les chronologistes qui se sont occupés de leurs annales.

Les Égyptiens , par suite de l'abus du pouvoir absolu

! Nous devons espérer avec M. Biot que, conformément au témoignage d’Aristote ou de Sénèque, on trouvera tôt ou tard, dans les monuments égyptiens ou dans Îles papyrus, des documents astronomiques importants, tels que les dates d’éclipses de soleil ou de lune, au moyen desquelles on pourra reconstruire en toute rigueur la chronologie de l'ancien empire égyptien, sur lequel nous n’avons jusqu'ici que des données confuses, éparses, disjointes et souvent contradictoires.(Comptes-rendus de l'Académie des sciences de. Paris, 16 août 1853, tom. XXXVII, pag. 257.)

qui les régissait, ont élevé sans doute des monuments admirables et presque indestructibles. Mais ces édifices attestent le peu d’antiquité de leur construction ; ils sont loin de confirmer ce que leurs traditions rapportent.

On doit considérer seulement comme historique la partie de ces annales confirmée par les monuments ; tandis que celle qui se rattache à des événements hors de la marche ordinaire des choses, doit être envisagée comme problématique et même comme fabuleuse. Celle-ci ne repose sur aucun document authentique, ni sur des faits réels ; elle ne saurait donc être regardée comme certaine et mériter le nom d'histoire. Cette partie des anciennes annales de FÉgypte comprend les temps que l’on ne peut appuyer sur aucun genre d'autorité et qui ne reposént sur rien de réel ni de certain. (Note 54.)

L'histoire authentique de l’Égypte commence à l’époque où des faits positifs et des monuments contemporains des événements qu'ils rappellent, viennent unir leur témoignage à celui des annales écrites. Cette histoire, la seule qu'on puisse considérer comme véritable , est basée sur deux principaux écrits rédigés par Manéthon , qui nous ont été conservés par Georges le Syncelle et Eusèbe. Ces annales sont la vieille chronique et la liste des dynasties ‘ royales égyptiennes. [l existe également d’autres traditions écrites, analogues à ces annales : telles sont les listes des anciens rois d'Égypte, tracées sur papyrus en caractères hiéroglyphiques, et les tables généalogiques de ces mêmes rois, plus ou moins complètes , dressées pour différentes

époques.

Il. 20.

Peu de livres nous restent sur l'histoire de l'Égypte, jusqu’au temps où ce royaume devint une province de l'empire des Perses. Ces écrits, réduits à peu près au second livre d’Hérodote et au premier de Diodore de Sicile, se rapportent aux dynasties rappelées par Manéthon et à quelques fragments historiques. Ces fragments ont été cités par Josèphe, Eusèbe et Georges le Syncelle. Nous devons enfin à Eratosthènes , bibliothécaire d'Alexandrie, une liste des rois de Thèbes. Divers auteurs juifs et arabes nous ont laissé également des catalogues des anciens rois de l'Égypte.

Ces historiens, même Hérodote, le plus ancien de tous, sont postérieurs à l’expédition de Cambyse. Ce dernier écrivait du temps d’Artaxerxès Mnémon, plus de cent ans aprés Cambyse, tandis que Manéthon et Eratosthènes ont paru sous les successeurs d'Alexandre, et Diodore du temps d'Auguste. |

Hérodote énumère 340 rois d'Égypte, depuis Ménès jusqu'à Cambyse.Il évalue la durée de leurs rèêgnes à trois par siècle , ce qui fait plus. de onze mille années. Il n’en nomme pourtant qu'une vingtaine , ce qui explique les incertitudes qui règnent sur l'existence de ces prétendus rois. Diodore en compte 420 jusqu’à la même époque; mais, comme Hérodote , il n’en nomme que vingt, à peu près les mêmes que ceux de Manéthon. Diodore nous a fait : connaitre la durée de leur règne. Les mêmes listes nous ont été données par Jules l’Africain , Eusèbe et Georges le Syncelle. Ces divers historiens ne s'accordent pas cependant sur la durée du règne de ces souverains ni même sur l’ordre de leurs dynasties.

Ératosthènes, qui a écrit du temps de Manéthon, nous a laissé aussi une liste de 30 à 40 rois de Thébes. La plupart de ces princes ne se retrouvent pas dans les dynasties de Manéthon.

Telles sont les principales sources où nous pouvons puiser des documents sur l’histoire de l'Égypte. Elles sont loin de présenter la certitude qui convient aux traditions historiques. Le seul fait sur lequel ces événements s'accordent est le commencement du règne des hommes par Ménés, ou Minès, qu'ils placent à la tête des rois d'Égypte.

On a voulu voir dans ce Ménès le même personnage que Noé ; l'un et l’autre étant les pères communs des hommes et ls premiers chefs du genre humain. Ainsi Noé, dont le nom en hébreu s'écrit Net, et signifie repos, paraît être le même que Mnée qui en est dérivé et a le même sens!.

Enfin , suivant Hérodote , l'Égypte n'était du temps de Ménèsqu’un marais, à l’exception du seul canton de Thèbes? . Il en était de même à l’époque de Noé, où la terre fut submergée par le déluge. L’arche , nommée en hébreu thbé ou thebah, fut seule exceptée de la submersion totale?. On a voulu assimiler cette arche au canton de Thèbes. On conçoit qu’à l’aide de pareilles ressemblances et des noms qui peuvent avoir quelque analogie, il n'est rien qu'on ne puisse assimiler.

1 Voyez le verset 29 du chapitre V de la Genèse, ainsi que le verset 21 du chapitre VIIT , où il est question de Noah ( Noé) qui veut dire repos , adoucissement ou consolation. Aussi Lemech dit qu’il le consolera de ses travaux et de la malédiction que Dieu a répandue sur la terre.

? Voyez Hérodote, liv. II, 4. '

3 Voyez les chapitres VI, VIT et VIII de la Genése,

Nous ne nous arrêterons pas sur des similitudes aussi hypothétiques, d'autant qu’on en trouvera les principaux traits dans l’Histoire des temps fabuleux , par M. Guérin du Rocher. Il parait que, pour composer leur histoire, les Égyptiens, dispersés comme les Hébreux dans les États des rois de Babylone, puisèrent leurs principaux documents dans les Livres Saints. Ils le firent avec d'autant plus de raison, que ces Livres concernaient toutes les nations, particuliérement les Égyptiens. Aussi les traditions véritablement historiques, loin de contredire l'Écriture, lui prêtent au contraire leur appui, et la confirment depuis Ménès jusqu’à Amasis, ou depuis le déluge jusqu’à la captivité de Babylone.

Les livres de Moïse, connus des Égyptiens dès la plus haute antiquité, paraissent avoir été traduits avant la version des Septante. Aristobule, ancien écrivain juif cité par Eusèbe , assure” qu'avant Démétrius de Pbalère, et antérieurement au règne d'Alexandre et du temps des Perses, l’histoire de la sortie des Israélites d'Égypte avait été traduite *. Il semble en avoir été ainsi de l’histoire des prodiges opérés en leur faveur, comme de celle de la conquête de la Terre promise et l’exposition de toute la Loi.

On présume qu'à l'époque de Salomon, par suite des relations que ce prince établit avec Hiram, roi de Tyr, les Phéniciens avaient eu connaissance des Livres Saints, Ils ont pu les emporter avec eux , comme ils avaient fait de

! Tom. Ï, pag. 126 et suivantes ; tom. IV, pag. 144, ? Voyez Eusèbe ; Præpar., lib. XIII, cap. 42,

plusieurs objets consacrés à Dieu, qu’ils avaient enlevés et transportés dans leurs temples !.

Parmi les tables gravées sur les bas-reliefs de plusieurs temples , la plus célèbre est celle que MM. Drovetti et (ailljaud ont découverte au nord d’Abydos. Le dernier roi de cette liste est Sésostris, chef de la dix-neuvième dynastie. Quant aux premières , effacées en partie par suite des mutilations , elles paraissent remonter au-delà de la seizième dynastie , c'est-à-dire, au-delà de celle qui seule semble avoir une date certaine.

Ces listes et ces tables ont à peu près la même valeur historique que la vieille chronique et les listes de Manéthon. À la vérité, la critique, surtout pour les temps anciens, ne saurait accorder une grande confiance à de pareils documents. Ceux-ci, du moins pour les époques reculées, semblent avoir été faits après coup. On y a placé bout à bout les noms des princes contemporains qui régnaient en même temps dans les différents États de l'Égypte. On a ainsi admis pour cette partie de l’Afrique jusqu’à sept dynasties , placées non parallèlement, comme cela aurait dü être, mais les unes à la suite des autres. Elles présentent donc une période sept fois plus considérable qu'elle ne l’a été réellement. Sans nier l’antiquité de cette monarchie, ou plutôt des monarchies égyptiennes, la saine critique ne saurait leur supposer une date aussi ancienne que celle qu’on s’est plu à leur attribuer. |

Les Égyptiens, au lieu d’établir d’une manière solide leur ancienneté, ont mis la postérité dans l'impossibilité de

1 Joël, IE, 5,

fixer l’époque de leur origine et de déterminer l’ordre de succession de leurs princes.

On ne peut pas non plus distinguer les principaux moparques cités dans l’Écriture sainte. sous le nom de Pharaons; car cette dénomination, commune à un grand nombre de princes, a le même sens que le mot roi et ne peut rien spécifier. Aucun souverain d'Égypte n’a été mentionné dans l’Écriture sous son véritable nôm, avant Sésac, c’està-dire, antérieurement à l’an 974 avant l'ère chrétienne.

Pour arriver à quelque chose de certain sur l’histoire des Égyptiens, il faut revenir à ce que nous en dit l'Écriture , qui attribue leur origine à Cham, fils de Noé, et à Mesraïm, fils de Cham, ce qui ferait remonter la colonisation de l'Égypte vers l'an 2600 ou 2700 avant l’ère chrétienne, et 4559 avant l’époque actuelle.

Aussi est-elle parfois désignée sous le nom de terre de Chanaan dans les Psaumes. Cette circonstance ne fait pas cependant que , dés la plus haute antiquité, l'Égypte n'ait eu un système d’annales nationales uniformes dans leur ensemble et dans leurs détails, du moins pour celles qui se rapportent à une suite d'événements réels. Ces annales nous ont été conservées par Manéthon, grand-prêtre préposé à la garde des archives des temples de l'Égypte, sous le règne de Ptolémée-Philadelphe. (Note 55.)

La certitude n’est cependant complète que pour celles qui sont appuyées sur d’autres monuments. Ainsi, lorsqu'on trouve sur la porte d’un temple une inscription qui rapporte le nom d’un roi et le nombre d’années qu'il a régné, l’on doit croire à son existence. Si l’on avait un ou plusieurs témoignages de cet ordre, pour chacun des

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princes nommés dans les listes de Manéthon, il serait bien difficile de ne pas accorder une entière confiance aux données que ces listes nous fournissent et aux conséquences qui en découleraient. Ces témoignages manquent pour la partie la plus ancienne de ces catalogues. Ils existent, au contraire , pour les époques suivantes ; la certitude des annales égyptiennes , fondée sur les monuments contemporains, ne commence, en effet, qu’à partir de ces époques récentes.

Si nous examinons les principaux monuments du sys-

tème général de chronologie historique adoptée par les anciens Égyptiens, nous verrons que la vieille chronique telle que Georges le Syncelle nous l’a conservée en grec, ne mérite pas une entiére confiance. Cette chronique, dont l'auteur est resté inconnu, offre des noms grecs qui cerfainement n'étaient pas dans le texte égyptien, où les dieux portaient le nom.qui leur avait été donné dans le pays où ils étaient adorés.

Dureste, une pareille tradition a quelque chose de singulier ; tout en donnant pour l’âge du monde, à l’époque où elle était écrite , la date de 36525 années , elle consacre la plus grande partie de cet espace de temps, ou 34204 ans, au règne des dieux et des demi-dieux. Par une fiction non moins étrange , elle ne réserve pour le règne des hommes que 2324 années. Une pareille disproportion annonce que ce monument est uniquement certan pour les derniers événements.

En effet, d’aprèsla vieille chronique, Héphaistos (Vulcain ou le feu) régna d’abord, mais elle ne dit pas combien son

règne a duré. Hélios, le soleil, fils d'Héphaistos, prolonge ensuite sa domination pendant 30000 ans. Saturne, Chronos ou le Temps, avec douze autres dieux, seraient restés sur le trône pendant. ........... 5984 années. Les huit rois demi-dieux............ U7 — Après eux, treize générations comptées du cycle sothiaque, comprennent 443 ans.

La XVIe dynastie, les Tanites, de 5 générations... 190 La XVIIe dynastie, les Memphites, de 4 générations. 103 La XVIIIe dynastie, les Memphites, de 14 générations 348 La XIXe dynastie, les Diospolites, de 5 générations. 194 La XXe dynastie, les Diospolites, de 8 générations... 228 La XXIe dynastie, les Tanites, de G générations... 4122 La XXIIe dynastie, les Tanites, de 5 générations... 43 La XXIIILe dynastie, les Diospolites de 2 générations. 419 La XXIVe dynastie, les Saïtes, de 3 générations... 44 La XXVe dynastie, les Éthiopiens, de 5 générations. 44 La XXVIe dynastie, les Memphites, de 7 générations. 177 La XXVITe dynastie, les Perses, de 5 générations... 124 La XXVIITe dynastie, ici il y a une lacune... ..... La XXIXe,............... possrsousenose v. 99 La XXXe dynastie, les Tanites, premier roi....... 18

Somme totale donnée par le texte grec.. 36,525 ans.

Georges le Syncelle fait remarquer que le nombre de 36525 ans, divisé par 1461, donne juste 25 périodes sothiaques. Chaque période était formée de 1461 années vagues, composées de 365 jours. :

Cette circonstance infirme singulièrement l'autorité de la vieille chronique égyptienne. Il n’est pas trop possible

de supposer que le hasard ait produit 25 périodes justes , entre le commencement du règne du soleil et la fin-de celuidu roi Nectanëbe, le premier de la trentième dynastie.

Probablement ces dynasties ont été inventées après le gouvernement de ce prince. L’arbitraire à l’aide duquel on est arrivé à la somme des années nécessaires pour former les périodes sothiaques, paraît avoir porté sur les nombres antérieurs à la seizième dynastie. Il était en effet indifférent que le soleil, les dieux et les demi-dieux eussent régné quelques années de plus ou de moins. Aussi, la partie réellement historique de cette chronique ne commence qu'avec la seizième dynastie. ,

Les listes de Manéthon, conservées par Josèphe, Eusébe et Jules l'Africain, ont un tout autre caractère. Ces listes différent encore entre elles pour le nombre, comme pour la durée essentielle des règnes ; la différence est assez grande pour jeter de l’embarras dans la chronologie de l'ancienne Égypte. Mais, pour concilier avec la Genèse la partie de cette chronologie qui repose sur des monuments authentiques, il n’est nullement nécessaire de retrancher les quinze premières dynasties de Manéthon.

M. Marsham a démontré que les dynasties n’avaient pas été successives, mais collatérales et contemporaines, puisqu’elles se rapportaient à des princes qui avaient régné en même temps sur les différents États dontse composel’Égypte.

Lorsqu'on veut apprécier d’une manière exacte la valeur de la chronologie adoptée par tel ou.tel historien, comme par exemple celle d’Hérodote, il faut, avant tout,

se fixer surle mode qu'il a suivi pour composer l’année, IL, 21

base première de pareils calculs. Plusieurs historiens, et entre autres Hérodote, n’ont pas formé leur année comme nous qui la composons de 365 jours, sauf quelques modifications. L'année n’était pour ce dernier historien qu’un intervalle de trois ou quatre mois, ainsi que nous l’apprend Diodore de Sicile. Dès-lors, on doit réduire de beaucoup les 11341 années que cet historien attribuait au règne des hommes, depuis Ménès jusqu’à Solon. En assimilant, avec Ferret, les années à des saisons de trois mois, ou à 2794 années solaires, on détermine par là l'intervalle compris entre l’an 3604 et l’an 740 avant l’ère vulgaire‘.

… Quant aux 9500 ans de Diodore, pris pour des saisons de quatre mois lunaires, ils reviennent à 2964 années solaires qui se seraient écoulées entre Ménès et Cambyse. Ce calcul ferait remonter l'empire de Ménés à l’an 3502, en sorte qu’il n'existe qu'une différence de deux ans entre le calcul d’Hérodote et celui de Diodore de Sicile, ce qui en prouve à la fois la réalité et l’exactitude.

Les progrès qu’a faits de nos jours la chronologie de l'Égyote, font remonter d’une manière à peu près certaine l'histoire de ce pays à 2272 années avant l'ère chrétienne, ou à 4131 années avant l’époque actuelle (1859) ou à 672 avant Moïse. Ceux qui allongent le plus ce terme , ne le portent pourtant pas au-delà de 2888 années avant l’ére chrétienne. Si ce calcul était exact, la chronologie égyptienne remonterait à 1288 ans avant Moïse, ou à 616 ans de plus que le calcul que nous avons adopté.

i Nouvelles recherches sur la division de l’année des anciens gyptiens. (Journal des savants, année 1857.)

En effet, à partir de Ménès, le premier prince du règne des hommes, auquel Manéthon ne donne pour prédécesseurs que des dieux ou des demi-dieux, l’histoire de l'Égypte prend un certain caractère d'authenticité; avant cette “époque, on n’a rapporté dans les tableaux chronologiques que des événements fabuleux dont la réalité ne saurait être admise. Toutefois, on y trouve la mesure du temps qu’a duré chacune des seize premières dynasties et le nombre des rois dont elles ont été composées ; mais elles n’indiquent jamais l'époque à laquelle elles ont commencé ni celle où elles ont fini. Il existe à cet égard une incertitude complète, et rien ne prouve que les dynasties n’aient pas été contemporaines.

On ne peut admettre comme réelles les supputations d'années admises par Manéthon pour les dieux et les demidieux, quoique ces supputations se trouvent sur des fragments de papyrus découverts dans les catacombes de l'Égypte. Ces fragments sont sans doute les restes d’une chronique éerite en hiéroglyphes et dont les rapports avec les listes de Manéthon ne sauraient être contestés. Mais tout ce qu’ils prouvent, c’est que Manéthon était l'historien le plus accrédité de l'Égypte et que l’auteur de cet écrit a puisé les documents à la même source, ou peut-être dans Manéthon lui-même, comme l’a fait Georges le Syncelle.

Voicidu reste le tableau des dynasties royales égyptiennes, tel qu’il a été tracé par le garde des archives de l'Égypte et tel que nous l’a conservé Eusèbe, dont nous avons souvent invoqué l'autorité. Nous ne le ferons pourtant que pour la partie de ce tableau qui ne parait pas susceptible

d'une contestation sérieuse. Celle-ci comprend uniquement les événements arrivés depuis la seizième dynastie thébame jusqu’à la fin du règne d'Alexandre , ou depuis 2272 jusqu’à l’année 523 avant l'ère chrétienne, comprenant ainsi un intervalle de 1949 années.

Tableau des Dynasties royales égyptiennes, tiré de l'historien Manéthon , par Eusèbe.

XVIe Dynastie Thébaine, 5 rois ont régné 190 2272 avant l’ère chrétienne.

XVIIe Dynastie Pharaons Thébains. 6 rois... 1260 2082 Pasteurs. 6 — .....

XVIIIe Dynastie Thébaine............ 17 — ..... 348 1822 XIXe Dynastie Thébaine............ 6 — ..... 194 1473 XXe Dynastie Thébaine............ 43 — ..,., 178 1279 XXIe Dynastie Tanite............., T7 — ..... 420 1101 XXIIe Dynastie Bubastite............ 9 — ,.... 420 971 XXIIIe Dynastie Tanite............... E— ,..., 89 851 XXIVe Dynastie Saïte...... osssn esse A — ..... 44 762 XXVe Dynastie Éthiopienne. ........ 3 — ,.... 44 718 XXVIe Dynastie Saïte.........,...... 9 — ..... 450 674 XXVIIe Dynastie Persane............. 8 — ..... 190 524 Conquête de l'Égypte, par Cambyse............. 525 XXVIIIe Dynastie Saïte................. A — ..... 6 404 XXIXe Dynastie Mendésienne.......... S — ..... 21 398 XXXe Dynastie Sebmitique............ 8 — ..,.. 38 377 XXXIe Dynastie Persane.............. 5 — ..... 8 339 Conquête de l'Égypte, par Alexandre............ 331 Fin du règne d’Alexandre..........,...,........ 323

Cette seule partie du tableau de Manéthon présente assez de probabilités pour être admise ; elle repose sur des monuments encore existants, qui prouvent qu’à compter

de la seizième dynastie, l’histoire de l'Égypte prend un caractère de vérité qu'on est loin de trouver pour les temps antérieurs. Le tableau des dynasties égyptiennes se termine à la conquête d'Alexandre et à la fin de son règne. Le fils de Philippe forme, avec les rois grecs ses successeurs, la trente-deuxième dynastie, à laquelle a succédé la domination romaine, dont nous expliquerons plus tard la durée.

L'almageste de Ptolémée, où toutes les observations astronomiques sont liées entre elles par un catalogue chronologique très-étendu, est encore un monument historique précieux. On y trouve une énumération continue, régulire et précise, de l'intervalle de temps que ces observations embrassent. ( Note 56.) L'almageste commence à l'avènement historique de Nabonassar, roi de Babylone. D'après l’usage consacré et conservé depuis en Égypte, le premier jour où ce prince est monté sur le trône correspond au 26 février de l’an 746 de notre ère ou de la période julienne 3967.

Le même catalogue se prolonge, suivant la même règle, par une suite d’années égyptiennes complètes à travers la

‘ L’almageste, nommé aussi compositio magna, est dû au même Ptolémée ( Claude), mathématicien de Péluse, auquel nous devons un système du monde ; il ya placé la terre au centre de l’univers. Sa Géographie est un ouvrage bon à consulter pour la connaissance du monde ancien. |

C'est dans l’almageste que Ptolémée, qui vivait sous les empereurs Adrien et Marc-Aurèle, vers l’an 138 de l’ère chrétienne, a placé son catalogue des étoiles et celui qui en avait été dressé par Hipparque.

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série des souverains assyriens, mèdes, persans, grecs et romains , qui successivement ont régné sur la Chaldée ou sur l'Égypte jusqu’à Antonin, qui était sur le trône au moment où Ptolémée composa son ouvrage. Ce document, unique dans l’histoire, nous est connu sous la dénomination de Canon des rois. On ignore complètement d’où il provient et dans quelles sources ont été puisés les matériaux qui ont servi à le construire.

On présume seulement que les plus anciennes traditions antérieures à Alexandre qui s’y trouvent consignées, ont fté tirés des registres des prêtres chaldéens. Elles ont été progressivement complétées depuis, d’après Îles annales grecques. Hipparque doit avoir eu ces traditions sous les yeux, puisqu'il a combiné les observations chaldéennes avec les siennes propres. Ptolémée, qui s'appuie constamment sur les dates signalées par ce grand astronome, dates qui se vérifient par les éclipses qu'il yrattache, ne l’a pas cité une seule fois. Cet élément fondamental de tous ses calculs ne nous a été connu que parce qu’on l’a retrouvé dans les manuscrits de Théon. Ce commentateur l’a rapporté sans aucune explication , comme un texte consacré par l’usage, tant l'esprit de critique scientifique a été rare chez les anciens. -

Gette pièce, si précieuse pour l’histoire et l'astronomie, ne nous fournit cependant aucun renseignement qui s’applique à la chronologie de l’ancien empire égyptien proprement dit. Comme Ptolémée, pas plus que ses contemporains et ses commentateurs, n’a employé aucune observation astronomique faite par les habitants de l'Égypte,

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