‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiquesChapitre 17 sur 80 · NS ES · texte numérisé non relu

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is ne nous ont pas non plus transmis une seule date relive à son histoire. Cette longue suite de souverains, qui ont régné pendant tant de siècles sur la haute et basse Égypte, qui l’ont couverte de monuments dont les restes nous étonnent encore par leur grandeur, et qui l'ont fertilisée par d'immenses ouvrages d'art, atteste une civilisation déjà très-avancée, quand les Grecs étaient encore barbares. Ces monuments ont cependant été érigés et en quelque sorte confondus les uns avec les autres, à des époques incertaines et perdues dans la nuit des temps.

Ils nous apprennent toutefois qu'à une époque récente, qui se rapporte au règne de Ptolémée-Philadelphe, un prêtre d’'Héliopolis dont nous avons déjà parlé, Manéthon, avait compilé, par l’ordre de ce prince, une histoire chronographique des princes dont les noms et la durée de leurs règnes étaient rangés consécutivement depuis une antiquité fabuleuse. Ce travail ne nous est parvenu qu’en fragments incomplets rapportés en quelque sorte accidentellement par des écrivains postérieurs, et cela avec des différences déplorables. La eritique moderne, malgré tous ses efforts, n’a pas trouvé le moyen d’y rattacher une seule date absolue , quoique les recherches de Champollion aient constaté que les Égyptiens tenaient des registres continus des règnes de leurs rois, soigneusement spécifiés en années , mois et jours.

C’est cependant sur ces données incomplètes que l’on a

voulu attribuer aux Égyptiens une haute antiquité, mais

complétement chimérique. Lorsqu'on essaie seulement de remonter jusqu’à huit ou neuf siècles avant notre ère, on

trouve entre les dates absolues de leur histoire, des incertitudes ! que l’on ne saurait évaluer à moins de deux cents

ans.

Parmiles événements importants de l’histoire de l'Égypte,

on peut citer : 1° l'invasion des rois pasteurs, qui a eu lieu vers la fin de la seizième dynastie ; les deux dynasties contemporaines qui régnèrent en même temps pendant 262ans; 2 l'administration de Joseph en Égypte sous les rois pasteurs, qui occupèrent Memphis, tandis que les Pharaons restérent les maîtres de la haute Égypte ; 3° la réunion de l'Égypte à la Perse, après la conquête de Cambyse , et le commencement de la vingt-septième dynastie ; 4o la conquête d'Alexandre et la fondation d'Alexandrie , commencement de la trente-deuxième dynastie ; 5o l'établissement de la trente-troisième dynastie, dont l'origine remonte vers l’an 300, et qui a subsisté jusqu’à la domination romaine , l’an 51 avant l’ére vulgaire. Cette dynastie a reçu le nom d’indépendante.

Nous aurions pu étendre ce tableau historique ; mais comme la suite de la chronologie n’est plus contestable, il nous à paru inutile de prolonger cette discussion. Notre but est de faire comprendre que la véritable histoire profane n’est point en contradiction avec l’histoire sacrée, et que l’une et l’autre ne donnent guère à l’homme plus de 7600 à 7800 ans d'existence.

! Voyez le Mémoire de M. Biot, sur quelques dates absolues qui peuvent se conclure des dates vagues inscrites sur les monuments égyptiens. Comptes-rendus de l'Académie des sciences de Paris, tom. XXXVI, pag. 245 (7 février 1853).

Nous avons préféré dans ce travail l’autorité d'Eusèbe à celle de Jules l’Africain, particulièrement pour la confection de nos tableaux, parce que nous n’avons qu’une seule copie des listes de cet historien, tandis que nous possédons trois copies différentes d’Eusébe : l’une en grec recueillie par le Syncelle, la version arménienne, et la traduction litme de saint Jérôme depuis la seizième dynastie.

Ce que nous venons de dire suffit pour faire juger à quel point les historiens profanes ont exagéré l’antiquité de la monarchie égyptienne. La seule chronologie raisonnable est celle de Manéthon ; encore suppose-t-elle qu'il s’est écoulé un intervalle de 5300 ans depuis la fondation de la monarchie d'Égypte jusqu’à Ptolémée-Lagus. Pour concilier cette chronologie avec celle de l'Écriture, il faut supposer, avec les critiques les plus judicieux, que les différentes parties de l'Égypte avaient été gouvernées à la fois par différents princes. Manéthon, né à Sébénuytis, ville de la basse Égypte, pendant le règne d'Alexandre, jaloux de flatter l’orgueil national de ses compatriotes , avait réuni les noms de tous les rois dans un seul et même catalogue, comme si chacun d’eux avait régné successivement sur l'Égypte. De cette manière, cet écrivain est parvenu à donner à l’histoire précise et non fabuleuse de la monarchie de l'Égypte une durée de 5300 ans, depuis sa fondation jusqu’au règne de Ptolémée-Lagus.

Cette explication n’est pas seulement ingénieuse , mais elle paraît vraie. On en trouve en quelque sorte la preuve dans les actions attribuées à plusieurs des princes dont il est question dans les listes de Manéthon. Le plus grand

nombre des faits historiques démontrent que ces princes ont été contemporains et ont gouverné simultanément les différentes provinces de l'Égypte. Aussi cette manière d’entendre l’histoire de cette contrée a-t-elle été adoptée par la plupart des chronologistes et des critiques modernes.

Du reste, ainsi qu’on a pu en juger, Manéthon est plus modéré dans ses exagérations que la vieille chronologie égyptienne dont nous avons parlé. On ne peut pas demander des éclaircissements ni des lumières sur le berceau de la monarchie égyptienne, à Hérodote et à Diodore de Sicile ; tout ce qu'ils en rapportent est purement mythologique. Les récits rapportés par ces historiens , récits qu'ils tenaient des prêtres égyptiens et qui ne s’accordent point entreeux, ne peuvent soutenir les regards de la erttique. Ce que nous savons des temps primitifs de l’ancienne Égypte, se borne à ce que nous apprend la Genèse de la dispersion des peuples, époque peu éloignée de l’origine de la première de leurs monarchies.

D’après l’Écriture, lors de cette dispersion, Cham, l’un des fils de Noé, passa en Afrique avec ses quatre fils, “Chus, Mesraim, Phuth et Chanaan. Chus s'établit en Éthiopie; Phuth dans la partie de l’Afrique qui est à l’occident . de l'Égypte ; Chanaan dans le pays qui depuis a porté son nom ; enfin Mesraïm se fixa dans l'Égypte, nommée le plus souvent Chemmis, du nom de Cham et Mesor, celui-ci paraitrait dériver de Mesraïm. Les Juifs désignent encore l'Égyptesouslenom de Cham ,ou sous celui de Misraïm, dénomination qui rappelle le premier mois de l’année, du moins d’après les anciens habitants de cette contrée.

Nous verrons plus tard que des doutes graves se sont élevés sur la question de savoir si Mesraim est le même que Ménés ; quant à ce dernier, il serait, d’après Hérodote et Diodore, le premier prince qui aurait régné en Égypte. ” Ménès eut cinquante-deux successeurs; quoique Diodore nous en ait donné la liste , il n’a pu rapporter aucune de leurs actions ; cependant ces princes auraient gouverné l'Égypte pendant quatorze siècles. Au milieu de ces incerüitudes, on ne peut rien présenter de suivi ni de complet sur les premiers rois de l'Égypte, et encore moins sur l'origine de la monarchie égyptienne.

On n’est pas plus heureux lorsqu'on veut se rendre compte de l’époque à laquelle l'Égypte fut divisée en quatre dynasties : celles de Thébes, de Thin, de Memphis et de Thanis. Ces quatre dynasties ne peuvent remonter trèshaut, car elles n’ont pu se partager l'Égypte qu’à une époque où cette contrée était parvenue à un certain degré de civilisation. En effet, pour habiter l’Heptanome et le Delta, inondés une partie de l’année, il fallait connaître l'art de construire et d’élever des chaussées, ce qui suppose des connaissances positives, et par conséquent une certaine civilisation.

Ces progrès ne sont en effet arrivés, d’après Champol- Jion, que 2200 ans avant notre ère, époque à laquelle on doit rapporter l'érection des grands monuments de l'Égypte. Cet illustre archéologue n’en suppose aucun antérieur à cetle époque; c’est du moins ce qu'il a affirmé dans sa fameuse lettre datée de Paris, le 23 mai 48271. La même

! Par suite des travaux entrepris par M. Biot, sur un calendrier

supposition à été partagée par Rosellini, qui a accompagné Champollion dans son voyage en Égypte. Ce dernier a démontré dans ses recherches sur les monuments de cette contrée, que cette opinion, fondée sur les faits les moins contestables, devait être adoptée avec une entière confiance‘. Les travaux de MM. Burton et Wilkinson sont venus lui prêter leur appui, et en ont confirmé les résultas.

Voilà à quoi se borne ce que nous savons sur l’origine de la monarchie égyptienne et sur la premiére histoire de cette contrée, dont l'antiquité est loin de remonter aussi haut qu'on l’avait supposé. De même, lorsqu'on examine avec une critique sévère les fondements de l’histoire de toutes les nations idolâtres, on reconnaît bientôt que leur commencement n’atteint pas la date de plus de sept ou huit mille ans que la Genèse a fixés pour bornes à l’établissement du genre humain.

Champollion, qui a compulséles dates authentiques des inscriptions royales de l'Égypte et les a comparées avec celles des monuments de la même contrée, s’est assuré

astronomique et astrologique trouvé à Thèbes, en Égypte, dans les tombeaux de Rhamsès VI et de Rhamsès IX, les découvertes de Champollion en ont reçu une valeur inattendue ; elles nous montrent l’astronomie pratique déjà officiellement établie, assidûment cultivée , obtenant à la simple vue des déterminations beaucoup plus précises que nous n’aurions pu le croire, et les coordonnant avec un art qui décèle une certaine connaissance duciel. Comptesrendus de l'Acadèmie des sciences, tom. XXXVII, pag. 263, n° 7 (16 août 1853).

! I monumenti dell’ Egitto e della Nubia, tom. 1, pag. 411.

qu'aucune d'elles ne remontait au-delà de la seiziôme dynastie égyptienne de Manéthon. Le premier roi de cette dynastie paraît avoir été contemporain d'Abraham, en sorte que d’après les monuments historiques de l'Égypte et les traditions les plus positives, la civilisation de la contrée que le Nil fertilise ne remonterait pas au-delà de 2200 ou 2300 ans au plus avant l’ère chrétienne, ou 4159 années avant l’époque actuelle.

L'histoire de l'Égypte reste donc dans les termes de la chronologie de Moïse, selon le texte des Septante qui paraît le plus exact. Ainsi s’évanouissent les rêves de la vanité nationale ou de l'imagination fantastique et déréglée de quelques peuples, et les prétentions chimériques de la philosophie moderne pour détruire les dates admises par l'Écriture. La vérité ne peut que gagner à l’accroissement de la science ; ses progrès ne peuvent que dissiper les nuages à l’aide desquels on a voulu, par suite d'idées préconçues , l’obseurcir et en voiler l'éclat.

Ainsi les progrès de l’histoire. ont prouvé que ce n’est point sur les bords du Nil, où existe une grande variété de végétaux et où se maintient une température favorable aux principales récoltes, que nous devons chercher le berceau du genre humain. En vain les anciens Égyptiens ont-ils prétendu que nulle terre n'aurait présenté, comme celle qu'ils habitent, le pouvoir de fournir aux premiers peuples, et cela presque sans culture, des moissons abondantes pour subvenir aux besoins de leur existence.

Lors même que l'Égypte aurait offert ces divers avantages (ce qu'il serait bien facile de lui contester), ce n’est

pab de ses plaines , quelque fertiles qu’elles pussent être, que l’homme est parti pour aller porter partout les premiers germes de la civilisation, vers laquelle il a été poussé par une force en quelque sorte irrésistible. Cet avantage est dû à une autre terre, bien mieux placée que l'Afrique orientale pour la facilité de la dispersion des tribus humaines. L'Asie le réclame pour elle-même, et la véritable histoire le lui attribue.

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