‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiquesChapitre 21 sur 80 · VE · texte numérisé non relu

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confirme d'une manière puissante l'observation de leurs traits et de leur physionomie. Ses guides , Chaldéens ou Kurdes, s’entendaient, en parlant leur patvis, avec les Juifs parlant l’hébreu littéral, tout comme les paysans des comtés de Galles et de Cornouailles s'entendent avec les Bas- Bretons du Finistère. M. Boré a prouvé par le rapprochement des deux langues hébraïque et chaldéenne, qu'il étudie depuis plusieurs années au milieu d'hommes qui n'en ont pas d’autres, que les Hébreux et les anciens Chaldéens sortent d’une même souche et sont un seul et même peuple. ( Note 65.)

Ainsi, la philologie et l’histoire naturelle marchent d’accord, comme toutes les sciences qui ont pour but la connaissance de la vérité ; elles démontrent que les Chaldéens, loin d’être plus anciens que les Hébreux , dérivent d’une même origine et ne sauraient en être distingués. Cette démonstration est venue, en quelque sorte, confirmer ce que nous avons fait observer sur l'antiquité des uns et des autres. (Note 64.)

Il est remarquable de retrouver non plus l’histoire d'un peuple, mais ce peuple lui-même. C’est ce qu'a fait M. Boré, en prouvant que les Chaldéens, qu’on croyait éteints depuis si longtemps, existaient encore au centre de l’Asie occidentale, dans les montagnes qui étendent leurs innombrables rameaux entre Mossoul et Sultimania. Ils se nomment eux-mêmes et sont appelés par les Arméniens, leurs voisins, Childam ou Assori, et Mukin par les Kurdes.

Ces faits doivent nous faire espérer que les difficultés que l’on rencontre à chaque pas dans les annales des pre-

— MY — miers âges des peuples sémitiques disparaitront, du moins en partie, par la comparaison que l’on commence à établir entre les langues dont ces peuples ont fait usage.

La philologie comparée a déjà été très-utile pour la connaissance et l’origine des anciens peuples et des monuments qu'ils nous ont laissés.

Cette science, en nous faisant connaitre les lois ou les modes divers qu'ont suivis les antiques idiomes en se transformant en d’autres plus récents , nous a permis d'apprécier en quelque sorte la dégénérescence qui a fait dériver du sanscrit les langues modernes de l’Inde, à peu près comme nous le faisons des idiomes néo-latins sortis du langage superbe de l’ancienne Rome. D’un autre côté, ellenous a montré que l’indoustan et le français se rencontrent parfois dans des expressions presque identiques rendant du moins les mêmes idées, coïncidence qui ne se conçoit que lorsqu'on a égard à l’affinité d’origine qui existe entre le latin et l’idiome des Vedas. :

Comme la similitude ou la différence de langues est presque toujours l'indice de l’unité ou de la diversité de l'origine des peuples qui les ont parlées , on trouve dans la philologie comparée, ou l'étude comparative des idiomes, un guide sûr pour éclairer les ténèbres de l’histoire primitive.

Toutes les grandes nations de l'antiquité, quelques-unes de celles qui ont laissé les traces les plus profondes dans notre civilisation européenne , et qui sont même les véritables causes de sa grandeur morale, n’appartiennent pas à la famille indo-européenne.

Il se trouve au sud de la vaste région où ces idiomes sont parlés, un autre groupe de langues qui en diffère complètement dans son organisme , et accuse par cela même une diversité d’origine. Tels sont les idiomes sémaëtiques parlés par les Hébreux ou les Juifs , les Chaldéens, les Assyriens , les Phéniciens, les Syriens, les Lydiens et les Arabes. À cet idiome appartiennent les Livres sacrés des Hébreux, des chrétiens, ainsi que ceux que les Musulmans regardent comme tels. |

Cette simple énumération suffit pour faire saisir l’immense importance des peuples sémitiques dans l’histoire du monde, auquel ils ont donné la croyance d’un Dieu unique créateur de tout ce qui existe. À côté de ce grand titre moral , il en est d’autres aussi glorieux : tels sont la création du commerce , de la navigation, de l’industrie , de l’administration intérieure, qui sont également l’œuvre des peuples sémitiques. Voilà quelques-unes des causes qui nous ont porté à éclaircir autant qu'il nous a été possible l’histoire de ces peuples, qui ont joué un si grand rôle dans l’antiquité.

Ainsi , quoique les Hébreux aient été constamment les seuls qui ont professé le culte d’un seul Dieu , et que le paganisme soit resté le partage des autres nations sémitiques, une pareille croyance , en s’infiltrant en Grèce, a exercé la plus notable influence sur la grandeur du peuple hellénique, et l’a purifié des extravagances qui déparent à la fois la religion et l’art indiens. |

L'unité originaire des langues sémitiques, reconnue depuis deux siècles environ, nous a prouvé que c'était à

ces langues que se rapportait celle dont les Hébreux ont fait constamment usage. La langue hébraïque, qui est

aussi celle de la Bible, la plus ancienne de toutes, n’a rien de commun-avec les idiomes de l'Europe, auxquels elle est complètement étrangère. Quoique Israël ait eu seul de tous les peuples d'Orient l’avantage d'écrire pour le monde entier, il ne faut pas pour cela considérer la langue des Hébreux comme la source de tous les idiomes connus, erreur que n’autorisent nullement les textes sacrés, et qu’ils ne sauraient sanctionner en aucune manière.

Cet aperçu, tout succinet qu'il est, suffit pour faire

Saisir l'intérêt de la philologie comparée pour résoudre

quelques-unes des difficultés que présente l’histoire des premiers âges. |

Le nom de Childam est. le même que celui de Chaldéens ; Quant à celui d’Assori, il dérive de ce que les anciens Chaldéens occupaient la Babylonie, la Mésopotamie, la Syrie occidentale et le royaume d’Assyrie. Enfin, la langue de ces Childam est la même que celle des Chaldéens. S'il est vrai que chez tous les peuples le perfectionnement du langage soit en rapport avec le développement de l'intelligence et le progrès des sciences et des arts , l’industrie et l’habileté des peuples de l'Asie occidentale nous annoncent à quelle hauteur de civilisation devaient être parvenus les Chaldéens, si souvent cités par les auteurs sacrés et profanes.

Nous aurions voulu inscrire sur les tableaux les noms et les listes des rois qui ont gouverné la Phénicie aux premiers âges historiques ; mais nous avons été forcé d'y

renoncer, faute de données précises pour le faire avec quelque certitude.

Tout ce que nous savons de l’histoire des Phéniciens nous a été conservé dans la Genèse, et en partie par Philon. Les Livres Saints nous apprennent que ces peuples étaient gouvernés par un prince du nom de Sidon, qui donna son propre nom à la ville qu'il fonda dans la Palestine. Du moins les Sidoniens semblent les mêmes que les Phéniciens, car les uns et les autres habitaient la terre de Chanaan, que l’on nomma plus tard la Palestine. Cette contrée était peuplée également par les Æthéens, les Jéduséens et les Amorrhéens ; aussi, lorsque Josué en

fit la conquête, il y trouva ces nations réunies, qui s’op- |

posèrent en vain à sa marche triomphante.

Ges différents peuples descendaient de Chanaan, fils de Cham, qui, suivant toutes les apparences, vintau monde peu de temps après le déluge. L’Écriture ne les a pas désignés sous le nom de Phéniciens, quoiqu'’elle parle de la Phénicie à l’époque d'Abraham, et qu’elle place cette contrée dans les environs de Damas.

Chanaan, s'étant dirigé vers la Palestine peu de temps après la construction de la tour de Babel, y fonda un empire nouveau, qui devint plus tard l’origine de celui de la Phénicie, dont il est question dans la Genèse. Ainsi, lorsque Abraham arriva en Palestine, il y trouva les Chananéens, qui, déjà établis dans cette contrée, n’y avaient été précédés par aucune autre nation; seulement, les peuples

1 Voyez Genèse, chap. XIV, v. 48.

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qui habitaient la contrée à l'époque à laquelle Josué en fit la conquête, ne paraissent pas avoir été les mêmes que ceux qui y étaient établis du temps d'Abraham. (Note 65.) Lorsque Josué se fut emparé de la Palestine et qu'il en eut chassé les anciens habitants, ceux-ci se retirérent sur les côtes de la Méditerranée et y prirent le nom de Phénicions. Ces peuples s’adonnérent à la navigation, et ceux qui restèrent dans la Palestine s’établirent auprès des côtes. Ils abandonnérent aux Hébreux la culture des terres et le som d'élever des t'oupeaux.

Les nouvelles habitudes des Phéniciens les portérent sur les bords de la Méditerranée , particulièrement dans les Gaules , l'Espagne et l'Afrique. Ils s'étendirent également dans quelques parties de l’Asie-Mineure et acquirent de grandes richesses par leur activité et leur industrie. Ces richesses ne firent que s’accroitre par leurs progrès dans les arts et la navigation; elles leur donnèrent un grand renom chez les Grecs, et plus tard chez les Romains. Aussi est-on peu surpris de voir Homère faire mention des Phéniciens dans ses deux poèmes de l’Illiade et de l'Odyssée. Il y parle même de Sidon, capitale de la Phénicie, comme d'une ville remarquable par ses richesses et la quantité de métaux précieux quis’y trouvaient réunis. Le poète nomme, parmi ces métaux, le cuivre, dont l'emploi était si répandu dans la haute antiquité ‘. Hérodote, tout en mentionnant les Phéniciens, les a signalés comme les premiers auteurs des divisions qui éclatérent plus tard entre les Grecs et les peuples barbares.

! Jliade, XXI, v. 747, — Odyssée , XV, v. 424.

‘. Tout ce.que nous savons de l’histoire des Phéniciens sa borne à quelques fragments de Sanchoniaton recueillis par Eusèbe et par Porphyre, enfin à ce que nous apprennent l'Écriture et Josèphe ‘. Sans ces documenis , qui n’ont pas une grande importance, à raison de leur faible étendue et du peu de détails qu’ils renferment, les Phéniciens, fameux dans l’antiquité, nous seraient à peu près inconnus, faute d’annales et de traditions. Joséphe nous apprend encore que la fondation de Tyr, ville bâtie par ces peuples, remonte à 240 ans avant l'édification du temple de Salomon, ce qui en fixe l’époque vers l’année 1244 avant l'ère chrétienne *.

D'après Hérodote, la presqu'ile de Tyr, qui fut convertie en une ville florissante, reçut les premiers colons phéniciens 2300 ans avant lui, c’est-à-dire 2800 ans avant l’ère chrétienne. Cette date n’est, du reste, qu’approximative, ainsi que le fait observer M. Ch. Lenormand , dans son Cours d'histoire ancienne.

Ce que Moïse rapporte de Sidon est un témoignage décisif en faveur de l'authenticité du Pentateuque ; s’il garde le silence sur Tyr, c'est que cette ville ne fut fondée que lorsque les Philistins d’Ascalon', jaloux de la prospérité des navigateurs phéniciens, eurent attaqué et détruit Sidon, leur ancienne capitale.

. Quant à la ruine de cette grande cité, elle paraît avoir

1 Josèphe; Contra Appion, lib. I, pag. 1042, et Lib. VIT, — Antiquit., cap. II.

? Voyez le Commentaire de dom Calmet sur Josué, chap. XIX, v. 29.

eu lieu, du moins d'après Trogue Pompée :, un an avant la prise de Troie. Quelque antiquité que puisse avoir cet . événement, on ne peut pas le segsrder comme antérieur à Moise, qui a considéré Sidon comme la capitale de la ligue phénicienne, Tyr n'existant pas encore*.

L'histoire des premiers habitants de la Phénicie est bien mcomplète, puisqu'elle se borne à ces données. Les anpales de toutes les nations ne sont guère plus préeises ni plus certaines, lorsqu'on veut remonter jusqu’à leur berceau ; elles seraient environnées de plus graves difficultés, si nous ne possédions le Pentateuque, le seul guide que nous ayons pour les premiers temps historiques.

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