IH
Quand la science qui étudie les langues conservées et les histoires écrites, aura épuisé ses moyens d'investigation, il faudra recourir encore à la Genèse pour combler les lacunes qui resteront, sans doute, dans ce vaste travail.
Nous avons donc eu peu de chose à faire, pour prouver la supériorité de l'Écriture sur la science humaine. Nous nous sommes assuré que, par suite des progrès de la géologie et d’une connaissance plus approfondie de la Genèse, la concordance entre l’histoire biblique et les faits physiques est devenue plus facile qu’elle ne l'était : il y a environ un demi-siècle. |
Il est toutefois quelques points importants dans l’histoire de la terre, dont la géologie réduite à ses propres forces ne nous aurait pas donné la solution. À Ja vérité, un autre ordre de faits, tels que l’observation des corps célestes , soit stellaires soit planétaires, aurait pu nous faire . apprécier les changements opérés successivement et survenus dans le cours des siècles. Il nous aurait également appris que de pareils changements se continuent dans les astres qui ont fait l’objet de la première création, et ne sont pas encore appropriés ni complétement coordonnés. La formation des corps nouveaux qui se produisent chaque jour dans l’immensité des cieux, nous permet de comprendre que l’univers et la terre qui en fait partie n'étaient pas entièrement achevés lorsqu'ils sont sortis du néant à la voix de Dieu. Créée au commencement , la matière qui devait composer l’ensemble des corps célestes n'a été coordonnée et appropriée que plus tard et graduel-
lement. L'espace en contient des quantités immenses ; elle
formera des astres nouveaux, tant que la matière éthérée et nébuleuse, dont la température diminue sans cesse, sera susceptible de se condenser et de prendre des dispositions nouvelles. (Note 113.)
La Genèse nous apprend que la lumière qui a séparé le jour des ténèbres a apparu avant que le soleil eût reçu le pouvoir d'éclairer la terre. La lumière primitive a done été mise en action dès la première époque , tandis que c'est seulement à la quatrième que le soleil a pu répandre ses rayons vivifiants sur le globe qui nous a été donné pour
demeure. La chaleur et l'éclat des rayons lumineux lui
auraient été d’ailleurs inutiles, puisque la terre n’avait pas encore été peuplée par les plantes et les animaux. Dès que ces êtres eurent paru, la lumiére et la chaleur solaire devinrent nécessaires, et depuis lors notre planéte en éprouve les effets. ( Note 114.)
Quant à la chaleur propre que le globe reçut dans l’origine , devenue inutile par l'effet des rayons solaires , elle s'est affaiblie peu à peu, et à tel point qu’elle n’est presque plus sensible à la surface.
D'un autre côté, l'atmosphère , telle qu’elle est composée mainteriant, ne pouvait être nécessaire que lorsque la terre aurait reçu des êtres vivants. Elle devait , en effet, entretenir la respiration, et servir d’abri contre le froid glacial des espaces interplanétaires. Aussi la science a-t-elle démontré que les débris des végétaux des premiers âges, snsevelis dans les vieilles couches du globe, annoncent que la composition de l’atmosphère, aux premières époques où la vie a apparu, n'était pas la même que celle de
nos jours. Cette circonstance remarquable nous permet de mieux comprendre certains phénomènes du monde actuel et du monde passé. |
La cosmogonie de Moïse a un caractère non moins frappant d’exactitude , lorsqu'elle embrasse et examine les détails relatifs à la création. Elle n’a jamais admis , comme la plupart des systèmes antérieurs à la science actuelle , que la formation du globe terrestre et des êtres qui y sont disséminés ait eu lieu par explosion et d’une manière instantanée. Elle a , au contraire , formellement exprimé que tout avait été produit ici-bas d’une manière graduelle et successive. Ainsi, elle nous a appris, avant l’observation des couches fossilifères , que la vie avait marché du simple au composé , et que les êtres vivants s'y étaient succédé en raison directe de la complication de l'organisme.
En déroulant à nos yeux le tableau des premières créations, elle nous à montré les végétaux précédant les animaux, les plantes les plus chétives paraissant avant les herbes, de même que celles-ci avant les arbrisseaux et les arbres. Elle a suivi, avec non moins d’exactitude, et d’époque en époque , le développement pourtant si compliqué du règne animal. Elle a compris le progrès qui s’est opéré successivement chez ces êtres organisés, progrès commençant par les espèces aquatiques, dont les représentants sont les races privilégiées des poissons et les races plus merveilleuses encore.des grands lézards. (Note 115.)
Elle anime ensuite les airs d’un grand nombre de volatiles, et peuple de nombreux quadrupèdes les terres sèches et découvertes. Les herbivores, les premiers créés, furent bientôt suivis par les carnassiers. (Note 416.)
Aprés ces progrès continus et constants, dont le dernier terme devait être l’homme, le dominateur de ce monde apparaît enfin, et avec lui la fixité des phénomènes naturels ouvre une ère nouvelle pour tous les êtres vivants; désormais ils ne seront plus menacés par l'instabilité des milieux et des agents extérieurs.
Les restes nombreux des anciens végétaux dont la terre a été embellie, les ossgnents des animaux divers qui y ont vécu, annoncent qu'il s’est opéré ici-bas de grands et de nombreux changements. Les catastrophes qui ont détruit, en tout ou en partie, les anciennes générations , semblent avoir eu lieu avec une certaine régularité. Du moins la position de leurs débris est en harmonie avec les subdivisions des terrains stratifiés qui les recélent.
Au milieu de la variété infinie de ces corps organisés, pour la plupart inconnus dans la nature actuelle, et dela diversité des dépôts où ils sont ensevelis, on reconnait des lois constantes, en quelque sorte immuables. En étudiant ces dépôts, on détermine aussi bien la nature et l'espèce des êtres organisés, que la date et les modifications des couches où ils se trouvent. Au sein de ce désordre apparent , les restes des plantes et des animaux se succèdent par générations distinctes et différentes de celles qui les ont précédées, comme de celles qui les ont suivies.
Ces groupes d'êtres particuliers ont d’autant moins d’analogie avec les espèces actuelles , que leur antiquité est plusi grande et la profondeur des couches où ils se trouvent plus considérable. La plupart appartiennent à des genres éteints, et un grand nombre à des espèces perdues.
Ces espèces ont parfois vécu et ont péri dans Île lieu même où on les rencontre, ou à des distances très-rapprochées. Dès-lors , les couches qui les renferment ont dû être-déposées pendant des périodes d’une longue durée et à de grands intervalles. Ainsi, les êtres organisés qui se sont succédé à la surface de la terre n’ont rien de commun avec la création à laquelle nous appartenons, du moins sous les rapports spécifiques,
C'est donc à la suite d'essais nombreux et à chaque grande modification du globe, que les espèces vivantes se sont peu à peu perfectionnées, non dans leur type spécifique, puisqu'il est resté constamment immuable, mais dans leurs familles et leurs classes. Les formes de la nature animée se sont régularisées ; elles se sont harmonisées avec les besoins de l’homme, de cet être privilégié venu le dernier sur la terre pour rendre hommage au Créateur.
Tel est le tableau que l'Écriture présente à nos méditations ; la science, loin de le changer, l’a grandement complété par ses démonstrations et ses découvertes.
La Genèse nous donne seule quelques notions précises sur les deux principales époques de l’histoire de l’homme, celles de sa venue et de son renouvellement après une terrible inondation. Le déluge n’est pas uniquement décrit dans les Livres Saints ; toutes les nations en ont reconnu Ja réalité et en ont conservé le souvenir. La plupart en ont fixé la date à une époque tellement rapprochée de celle de la Bible , qu’elle semble en avoir été tirée *.
! Ce que nous venons de dire ne nous explique pourtant pasles descriptions que plusieurs auteurs profanes nous ont données de ce grand événement, et par exemple ce qu’Ovide nous en a appris
Cette date, si essentielle dans l’histoire de la terre, nous l'avons vérifiée à l’aide des traditions de tous les peuples. Nous sommes arrivé ainsi à la fixer à 3300 ou 5%00 ans avant l'époque actuelle, en nous appuyant sur les monuments des Hébreux et des Égyptiens, et les notions historiques recueillies par les autres nations que nous pouvions interroger.
Afin de déterminer cette date d’une manière plus précise que les premiers commentateurs de la Bible, nous sommes entré dans le domaine de l’histoire ; nous nous sommes attaché à concilier la chronologie avec les affirmations de la science géologique. lei, nous avons profité des travaux des érudits de nos jours. Nous en avons formé un faisceau, et leur ensemble nous a fourni des lumières qui ont singulièrement éclairé ce point important de l’histoire de l’humanité.
Les connaissances historiques se sont enrichies, dans les derniers temps, d’un grand nombre de documents qui ont complètement changé les conclusions des anciens écrivains. Les découvertes de Champollion sur l'écriture égyptienne , les travaux de la Société asiatique de Calcutta, une connaissance plus approfondie des langues et des traditions orientales, une appréciation plus rigoureuse du cäractère propre à chacune de ces mêmes traditions , ont forcé les savants à rejeter du champ de l’histoire les chronologies fabuleuses que les philosophes du dix-huitième siècle apposaient à la chronologie biblique.
dans ses Métamorphoses, et Sénèque dans ses Questions naturelles, liv. III, chap. 47.
Ainsi, les recherches les plus actives, Férudition la plus éclairée, ont démontré que les immenses périodes admises sans nécessité comme sans preuve, n'avaient qu’une valeur mythologique. On a été enfin obligé de reconnaître que les documents historiques n’embrassaient pas des espaces de temps plus considérables que ceux fixés par la Genèse aux événements dont elle a exposé l’ensemble.
Une chose remarquable, et qui annonce à elle seule l'exactitude de ces données, c’est que, à l'insu l’une de l’autre, quoique simultanément , la géologie et l’histoire ont concouru à la même démonstration ; nous avons mis en regard les conséquences de ces travaux, afin qu’on pôt les embrasser d’un seul coup d’œil. Nous avons donné ainsi une nouvelle évidence aux recherches de MM. Champollion, Letronne , de Brotone, Lenormand, et de tant
‘d’autres critiques. Il est donc certain que la chronologie
des Septante est suffisante pour embrasser tous les progrès de la civilisation, ainsi que l’ensemble des traditions humaines.
Sans doute, la date de sept mille cinq cents ou huit mille années , que la Genèse admet pour la date de l'apparition de l’homme , n’a pas été adoptée par la plupart des nations de l’antiquité. Elles l’ont trouvée trop récente pour y faire entrer leurs systèmes fantastiques et leurs traditions fabuleuses. Elles ont cherché à démontrer la prétendue anciennetéde leurs traditions, en s’appuyantsur des observations astronomiques remontant à des tempsfort éloignés de nous.
Si ces recherches étaient exactes, elles assigneraient
la plus haute antiquité aux peuples qui les auraient faites. On. ne pouvait naguère donner un démenti formel à ces: prétendues observations, et nous serions encore impuissants à les réfuter, si les progrès de nos connaissances et des calculs exacts ne nous avaient permis d’en démontrer le peu de fondement.
Les faits astronomiques que l’on avait rassemblés avec beaucoup d’efforts ont été reconnus inexacts , et l’état du ciel qu'ils indiquaient pour une époque déterminée, tout à fait erroné. La science est maintenant en état de le fixer pour un passé presque sans bornes et pour un avenir presque indéfini. Ainsi ont disparu de l’histoire les longues suites de siècles que les peuples anciens avaient ajoutés sux règnes de leurs princes, et’à l’aide desquels ils avaient grandement reculé l’époque de leur origine.
C'est uniquement dans la Bible que l’on découvre quelques données certaines sur les premiers âges du monde. À l'aide des lumières qu’elle nous fournit, nous pouvons suivre les pas des premiers hommes dans la voie de la Civilisation, vers laquelle ils ont été en quelque sorte Poussés par une puissance irrésistible.
La religion, il est vrai, n’a pas besoin, pour établir son autorité, de ces secours surabondants de l'esprit humain ; mais elle ne peut qu’applaudir aux efforts tentés par la science pour se mettre en harmonie avec la Révélation. Divine dans son but comme dans ses moyens, la région où elle est placée est inaccessible aux lumières qui viennent d'en bas ; mais, des hauteurs saintes où elle réside, un rayon descend quelquefois dans les mondes inférieurs livfés
Hu. 33
aux disputes des hommes, et sa clarté révèle à leurs. regards étonnés de nouveaux et magnifiques horizons.
Nous avons essayé de tracer ce tableau consolant, pour | prouver à ceux qui vivent sous l'empire de la foi chrétienne , que la science , maintenant plus avancée, écarte | et résout elle-même les difficultés que, dans le principe, | elle avait élevées contre les Livres Saints. |
Sans doute, il n’a jamais été à craindre que les recherches scientifiques pussent être en opposition dans leurs résultats certains avec ce que ceslivres nous enselgnent ; mais des préjugés peuvent souvent obseurcir les faits les plus positifs et les plus constants. Ces préventions, la science moderne les a détruites, en donnant aux faits leur véritable valeur et leur importance réelle. Elle a rendu ainsi un véritable service à la vérité, dont la religion est l'essence et la source.
Éclairé par les lumières que la science a répandues sur toutes nos connaissances , l'esprit humain a pu comprendre la portée d’un livre que plusieurs écrivains séduits par de funestes préventions avaient cru, jusqu’à nos jours, en contradiction avec certains faits physiques.
Le récit de Moïse a pris un caractère de grandeur et de précision , en se montrant d'accord avec les découvertes
des temps modernes. Toutes les sciences ont ainsi concouru au triomphe de la Genèse; elles ont dissipé sans efforts les prétendues obscurités que des esprits peu éclairés et prévenus avaient cru y apercevoir.
En effet, les études géologiques , particulièrement la connaissance des terrains et des couches qui les composent, ‘ ainsi que. celle des générations qui y sont ensevelies,
ont pleinement confirmé la cosmogonie du législateur des Hébreux. Il en a été de même des observations qu'il nous a laissées sur les races humaines qu’ont paru représenter les trois premiers chefs des nations dont il est question dans la Bible , ainsi que les trois principales formes du langage dont se sont servis les peuples à leur berceau. Toutes ces données ont reçu une sanction nouvelle par la découverte des races américaines et océaniques , qui rentrent dans les trois grandes familles dont le genre humain a été composé aux premiers âges de l’histoire. ( Note 417.) Les recherches récentes faites de toutes parts sur les monuments de la civilisation primitive ; les travaux de la numismatique et de l'archéologie ; la connaissance approfondie du système hiéroglyphique suivi par les Égyptiens ; la rectification des erreurs historiques dues à la vanité des anciens peuples ; la confrontation des diverses chronologies ; la restitution à leur date réelle des planisphères des Indes et de l'Égypte : toutes ces données ont confirmé par leur concours et leurs unanimes assertions, la réalité des faits écrits dans le plus ancien des livres, la Genèse. La géologie , l’anatomie comparée , ont reconnu exact l’ordre des anciennes générations annoncé par l’Écriture, conformément à l’histoire des trois fils de Noé, pères des premières races; l'anthropologie a distingué également trois grandes souches parmi les variétés des familles humaines; l’ethnographie a établi trois grandes divisions dans la multitude des idiomes des dialectes éteints. ou existants; la linguistique a singulièrement facilité l’intelligence de l'Écriture sainte ; elle a plus fait encore, elle
nous a mis à même de déterminer avec exactitude les figures et les hiéroglyphes de l'Orient. (Note 118.)
Les explorations des voyageurs modernes ont confirmé | l'accomplissement des prophéties , en même temps qu'elles ont constaté l'exactitude des détails géographiques et scientifiques consignés dans les Livres Saints. La découverte des colonies juives en Perse chez les Afghans, en Chine à Kaisong-Fu, aux Indes à Rajapour et dans l’intérieur de l'Himalaya, a démontré la vérité de Écriture. Elle a été enfin pleinement confirmée par l'identité de race reconnue entre les Juifs et les Chaldéens.
Des témoignages aussi unanimes et aussi nombreux ne sauraient être récusés. Leur puissance doit ramener toutes les opinions à la vérité. Nous aurions voulu la rendre plus pressante et plus vive, afin qu’elle devint irrésistible pour l’aveuglement volontaire et les esprits prévenus. Les Livres Saints auraient ainsi triomphé plus tôt des prétendues erreurs qu'ils ne contiennent pas et qui n’en ont pas moins été longtemps accréditées.
Tels sont les motifs qui nous ont conduit à appeler Pattention des hommes de toutes les croyances sur le premier des livres ; livre réellement étonnant, fait pour tous les âges et dont l’importance a grandi avec eux. Merveilleux pour nous, il le sera plus encore pour nos neveux, dont les esprits, éclairés par des lumières nouvelles, en conce-, vront mieux la portée, et pourront ainsi en mieux apprécier la beauté et la profondeur.