DIVISIONS DE LA MALADIE
A l'ensemble des désordres que nous venons d'exposer, qui marquent le début de la maladie et sont communs à toute coxalgie, quelles que soient la nature de son point de départ et la texture du tissu primitivement envahi, succèdent des déviations dans la direction du membre. — La flexion permanente, avec abduction et rotation en dehors, ou bien avec adduction et rotation en dedans ; — des modifications sensibles de longueur ; — un allongement, un raccourcissement apparents ou réels ; — telles sont les conséquences premières de la position vicieuse à laquelle le membre pelvien est réduit. Dans l'opinion générale, la luxation du fémur en est le résultai définitif.
Élevant à la hauteur d'un caractère pathognomonique ce phénomène ultime, plusieurs auteurs ont tiré de sa constatation même, la dénomination de luxation spontanée qu'ils ont assignée à l'affection, et sous laquelle ils l'ont décrite.
Ayant reconnu chez certains sujets, une augmentation dans les dimensions du membre, chez certains
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autres un raccourcissement puis la luxation, ils ont conclu que toujours identique avec elle-même, l'évolution de la coxalgie comprenait deux périodes : celle d'allongement, celle de raccourcissement du membre, couronnées par un résultat unique, l'expulsion de la tête fémorale hors de sa cavité. Infirmée par les observations de Paletta, énergiquement combattue par Larrey, taxée d'inexactitude par M. le professeur Cruveilhier, une semblable manière de voir est à peu près délaissée de nos jours. « L'allongement du membre, » dit M. Cruveilhier (i), n'est pas un phénomène con- » stant. Dans un grand nombre de cas le raccourcisse- » ment survient d'emblée, et sans allongement préala- » ble. » Et il ajoute : « Ce fait est important à noter, » car il établit qu'il doit y avoir quelque différence » entre les cas de luxation spontanée avec allongement » préalable, et ceux de luxation spontanée sans allonge- » ment préalable. » Il n'est pas besoin d'insister ; cette atteinte, qui sape une de ses bases, fait chanceler la doctrine ci-dessus énoncée. Peu satisfaits de l'indécision dans laquelle, au lit du malade, elle laissait l'esprit, quelques chirurgiens ont cherché, dans l'analyse des lésions propres à chacun des organes qui entrent dans la composition de l'article, nne classification naturelle de la maladie. C'est ainsi que Lloyd et Brodie, décrivant à part une coxalgie débutant par les os, une par les cartilages, une par la synoviale, une enfin par le tissu fibreux, auraient, sans contredit, jeté une vive lumière sur la question, s'ils avaient fourni à l'appui de leur système
(1) Cruveilhier, Aria'omie paihologique^ t. I, p. àli8.
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des éléments précis d'un diagnostic diiFérentiel entre les formes nombreuses qu'ils assitznaient au travail pathologique. Or, c'est précisément à cet égard que leurs travaux laissent le plus à désirer. D'ailleurs les opinions émises avec un talent véritable par Brodie sur l'ulcération des cartilages, sa nature et ses conséquences, sont elles-mêmes, de nos jours, controuvées de la manière la plus absolue.
Renchérissant encore sur cette théorie de divisions multiples, il s'est trouvé des auteurs pour envisager comme autant d'entités spéciales des coxalgies osseuse, cartilagineuse, synovialC;, fibreuse, cellulaire, tendineuse, musculaire, etc. Proposition dénuée de tout caractère philosophique : nous la repoussons, et parce qu'elle n'est propre qu'à fourvoyer le diagnostic, et parce qu'elle jure avec l'observation.
Avec des vues bien autrement synthétiques, M. le professeur Nélaton, embrassant d'un même coup dans leur période initiale les maladies articulaires, les range dans deux classes distinctes.
Première classe : Affections qui débutent par les tissus osseux et cartilagineux intimement unis.
Deuxième classe: Affections qui débutent par les tissus fibreux et séreux liés par des connexions non moins étroites.
Cette classification nous paraît la plus naturelle. Elle sera d'un grand secours pour le praticien ; à une condition pourtant, c'est qu'il possédera des signes certains pour reconnaître laquelle de ces deux espèces se présente à lui dans un cas donné. Comme ses prédécesseurs, malbeureusement, M, Nélaton est muet sur ce point,
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Plus heureux que nos devanciers, nous croyons être en demeure d'indiquer avec précision à l'aide de quels signes il sera loisible de distinguer si une coxalgie affecte le tissu osseux, si c'est dans le tissu séro-fibreux qu'elle siège, si elle intéresse à la fois ces deux systèmes organiques.
Pour suivre un ordre méthodique, il nous faudrait, à l'exemple de M. Nélaton, diviser de prime abord les coxalgies en deux classes : la première affectant les tissus séreux et fibreux, et que, nous nommerions capsidaire ou péri-articulaire ; la seconde affectant le tissu osseux, et que pour cette raison nous nommerions osseuse ou intracapsulaire. Mais les symptômes de ces deux espèces de coxalgies sont confondus dans tous les auteurs ; épars, leurs faisceaux ne présentent aucune base pour notre classification. Nous serons donc forcés pour notre instruction de reprendre ces symptômes un à un, de les analyser avec soin, et quand, guidés par l'anatomie pathologique, nous aurons reconnu à quel genre de lésion ils se rapportent, de les grouper. Alors seulement verrons-nous se constituer chaque entité pathologique.
Aux préludes de la coxalgie succèdent, nous l'avons dit, la flexion permanente du membre et sa déviation, soit dans l'abduction et la rotation en dehors, soit dans l'adduction et la rotation en dedans.
Dans la première forme de l'affection, si Ton couche le malade sur un plan horizontal, on reconnaît que, malgré la flexion de la cuisse sur le bassin et du genou sur la cuisse, le membre paraît plus long que celui du côté sain.
Dans la seconde forme, celle dans laquelle le membre est tourné en dedans et est porté dans l'adduction, il paraît plus court.
MÉCANISAIS DE L ALLONCil-.MENT DU .MEMRRE. 103
Divisons donc provisoiroiiuiiit la coxalgie eu deux ordres : dans le premier, comprenons les cas où le membre paraît plus long et est porté dans l'abduction.
Rangeons dans le second ceux dans lesquels le membre est porté dans l'adduction et paraît plus court.