CONSIDERATIONS GENERALES
« La syphilis est, de toutes les affections du cadre nosologique, la plus régulière et la plus méthodique dans son développement. Rien dans son empire n’est livré au hasard; elle ne connaît pas l’anarchie. Elle a ses formes de début comme elle a ses symptômes éloignés. Elle prend pour chacun de ses âges une physionomie particulière. »
Ainsi Ricord formulait ce que nous pouvons appeler les lois de la syphilis. Et plus loin il ajoutait :
« La syphilis, dans le plus grand nombre des cas, parcourt son orbite avec la régularité que mettent les mondes à fournir leur carrière, Chaque accident, chaque phase, chaque groupe, a son époque et son heure fixées d'avance, presque
invariables. Telle manifestation paraît aujourd'hui, je suppose, mais il faut encore plusieurs mois, plusieurs années peutêtre, pour que telle autre se produise. Et ainsi pour l’évolution de toute la syphilis. »
Cette évolution se déroule en trois périodes nettement tranchées, indépendantes les unes des autres. Nous connaissons les élapes de la syphilis, nous prévoyons ses échéances : après le chancre, lésion initiale, vont apparaître les accidents secondaires, puis tertiaires.
Tel accident caractéristique de la période secondaire ne se retrouve pas dans la période tertiaire, et telle manifestation de cette dernière ne se constate habituellement pas au cours de celle qui l’a précédée.
Mais ces règles si absolues souffrent des exceptions. Et s'il est prouvé que la période primaire de l'infection syphilitique est définie par le chancre induré, et presque uniquement par lui, il est non moins certain que des accidents tertiaires peuvent avancer dans l’ordre chronologique et faire leur apparition à la période marquée par Ricord comme secondaire. Bien mieux, n'est-il pas arrivé de voir coexister des lésions secondaires avec un chancre induré? Quoique cela ne soit pas très fréquent, il nous souvient d’avoir observé des cas où un malade, chez lequel on diagnostiquait un chancre induré en pleine évolution, nous montrait en même temps une roséole secondaire bien caractérisée.
Et alors nous avons allaire aux syphilis graves, précoces, galopantes, comme Ricord les appelle Tui-même, car, malgré son absolutisme, il avait reconnu que ses lois pouvaient être violées.
I disait : « Je ne connais d’exceptions à cette règle (succession de périodes) que quelques cas fort rares de ces véroles dites galopantes, où des accidents de toute nature et de toute forme, mais toujours des plus graves, éclatent peu de temps après le chancre, et se succèdent avee cette incroyable rapidité, cette formidable influence, qui rappelle les néfastes récits du xvr° siècle, »
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Si Ricord dit ne connaître comme exception à la règle des trois périodes que les syphilis précoces et pressées d'aboutir, nous savons maintenan£ que les accidents secondaires peuvent se rencontrer, alors que leur temps serait normalement révolu, et donner à la période tertiaire l'apparence de la précédente. Ces accidents peuvent également se constater après l'apparition de manifestations tertiaires.
Si nous voulons illustrer d'exemples ce que nous avancçons, nous pouvons prendre comme {type les accidents, plus fréquents chaque jour, d’arséno-résistance. Souvent, à propos de ces malades, nous constatons, en pleine période secondaire, des accidents à type tertiaire. Ici les deux dernières périodes de la syphilis empiètent l’une sur l’autre et réalisent des manifestatins de l’ordre dit « accidents secondo-tertiaires ».
Malgré tout, il est des cas plus rares encore, plus anarchiques si nous osons nous exprimer ainsi. Ce sont ceux où, sur le même malade, à la même-époque, côte à côte pour ainsi dire, on observe des accidents secondaires typiques et des accidents tertiaires non moins typiques.
Sommes-nous près de la contagion, en pleine période marquée par Ricord comme secondaire? Nous pouvons avoir affaire alors à un cas de tertiarisme précoce et avoir coexistence des deux lésions. Sommes-nous au contraire dans le cadre de la période tertiaire” Nous pouvons avoir affaire à un cas de syphilis secondaire tardive, et notre coexistence peut avoir lieu.
Nous avons observé ce cas, pour la première fois, au cours de nos études médicales, au Dispensaire de prophylaxie antivénérienne, à la consultation de M. le Professeur agrégé Joulia, en septembre 1929. Cela piqua vivement notre curiosité, et nous avons accepté avec plaisir la proposition de M. le Professeur agrégé Joulia d'étudier cette question et de faire de cette étude le sujet de notre thèse inaugurale. Nous avons fait des recherches, et 1l nous a semblé, en eflet, que les observations de cet ordre, très rares, il est vrai, étaient éparses dans la littérature médicale, et que ce serait peut-être faire œuvre utile
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que de les rechercher, d’en faire un choix, de les classer et de les publier ensemble. À ces observations, nous avons la bonne fortune de pouvoir en ajouter deux inédites, celle dont nous parlions plus haut, et üne deuxième recueillie à la clinique dermalologique, dans le service de M. le Professeur Petges. En cela surtout, pensons-nous, réside l'intérêt de notre travail.
Après un historique de la question, nous passerons à son étude clinique. Nous essaïerons ensuite de condenser et d’analyser les idées des différents auteurs qui s’en sont occupés au point de vue de la pathogénie. Enfin nous consacrerons quelques pages au pronostic, au diagnostic et au traitement.