CHAPITRE PREMIER
Historique
La crâniectomie chez les microcéphales compte à peine quinze ans d'existence. Nous trouvons relatée en 1878, dans la presse médicale belge l'opération pratiquée pour la première fois sur un enfant idiot, âgé de deux ans, par le docteur Fuller de Montréal. Le but de ce chirurgien en enlevant par le trépan des morceaux de crâne était de permettre l’expansion du cerveau et par suite le développement des facultés intellectuelles : « L'état mental, dit le journal, a été amélioré, mais il s’est produit une paralysie du bras avec du refroidissement des extrémités ; les accidents disparurent. Encouragé par ce premier résultat, le D' Fuller a l'intention d'enlever une nouvelle rondelle osseuse pour voir ce qu'il
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en adviendra. Que l’on dise ce que l’on veut, il n’y a encore que les chirurgiens pour avoir de ces audaces. »
L'appréciation était sévère et il est probable qu'on la considéra comme juste ou que la chose passa inaperçue, puisqu'il faut arriver à la fin de 1889 pour entendre Gueniot émettre des vues toutes théoriques au sujet dela trépanation chez les idiots.
Ce dernier passant complètement sous silence la tentative faite par le D' Fuller s’exprimait ainsi dans une communication faite à l’Académie de Médecine: « Aujourd’hui que la chirurgie crânienne, grâce aux pratiques antiseptiques, est devenue d’une réelle bénignité, ne pourrait-on pas concevoir une opération libératrice, qui permettrait à l’encéphale de prendre, au moins en partie, son expansion naturelle ? C’est à l’aide d'opérations successives, pratiquées à de longs intervalles, que je comprends la possibilité de réaliser cette conception thérapeutique. »
Elle resta toutefois une simple vue de l’esprit jusqu’à ce que, deux ans plus tard, le 9 mai 1890, le professeur Lannelongue, pratiqua sa première crâniectomie sur une petite idiote de quatre ans. Il fit connaître les premiers résultats obtenus par lui dans une communication à l'Académie des sciences. Le professeur Verneuil, dans un discours à cette assemblée, adressa ses félicitations enthousiastes à l’auteur de cette tentotive qui, d’après ce chirurgien éminent: « était une conception rationnelle, inspirée par l’anatomie et la physiologie pathologique et qui avait déjà donné, conformément à l’a priori théorique, un résultat remarquable. »
Nous entrons dans la première phase de l’histoire de la crâniectomie : la phase d’enthousiasme.
Le 31 mars 1891, le professeur Lannelongue présente au congrès de chirurgie un travail qui repose sur une appréciation de vingt-cinq opérations.
Sur 25 cas, ce chirurgien compte 24 guérisons opératoires et une mort en quarante-huit heures par septicémie aiguë ou écoulement continuel du liquide céphalo-rachidien; trois süuppurations minimes dont la plus forte a duré trois semaines. Aucun cas de nécrose.
Le plus jeune enfant avait huit mois, le plus âgé douze ans et demi; sur les vingt-cinq cas, il y avait treize garçons et douze filles.
” Il constate qu’un grand nombre de ses petits opérés ont été améliorés, soit au point de vue de la marche, soit au point de vue intellectuel.
Dans cette même séance, le Dr Th. Anger, de Paris, relate l'observation d’une enfant idiote, âgée de huit ans, qu’il a opérée. Il a recu des nouvelles de sa petite malade un mois après l’opération. Son état s'était amélioré. Il y avait un changement notable et très favorable sous le rapport de l'intelligence. Aussi, sans vouloir tirer de ce fait des conclusions formelles, ce chirurgien le considère conime très encourageant et se loue de son intervention.
Après lui, Maumoury, de Chartres, et Heurtaux, de Nantes, rapportent trois cas dont aucun ne leur a donné de résultat favorable.
Mais quelques insuccès n’empêchent pas la crâniectomie de rester en honueur et les observations se multiplient aussi bien à l'étranger qu’en France.
Parmi ces nombreuses interventions, quelques-unes restent inefficaces et décident certains chirurgiens à délaisser cette opération, tandis que de réelles améliorations obtenues par
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d’autres les encouragent à la pratiquer de nouveau. L’enthousiasme du début a déjà bien décliné. Nous entrons dans une phase nouvelle : celle du découragement qui deviendra bientôt, avec les altaques violentes de Bourneville, celle de la défaveur et, nous osons le dire, d’un trop complet abandon.
Nous r’essayerons pas de donner une énumération complète de nombreuses publications faites dans les revues ou journaux scientifiques. Nous nous bornerons à citer celles qui nous ont paru intéressantes dans l’histoire da sujet qui nous occupe.
Ransonhoff (Méd. News.) juin 1891. Linear Craniectomy for microcephalus) opère une petite fille, âgée de trois ans, dont la tête est un peu petite. L'enfant ne paraît connaître ni les personnes, ni les objets qui sont près d'elle. Toutes les deux heures cri encéphalique, précédant une attaque épileptique. On enlève un lambeau osseux sur le côté droit de la tête, large d’un demi-pouce et long de cinq pouces et demi. Trois mois après l'opération, les diamètres transverse, bipariétal, bifrontal, biauriculaire, sont augmentés. L’intelligence s’est un peu développée, l'enfant reconnait sa nourrice.
Nous trouvons à la même époque deux cas nouveaux publiés par Keen (Amér. J. Of, Thé. méd. sc.), l'un observé par l’auteur, où la mort a tenu à la parésie cardiaque, l'autre de Sach et Gerster, où elle était due à une anémie aiguë. Keen attribue ces accidents à la longueur de l’anesthésie et conseille d'employer la pince coupante comme meilleur procédé pour abréger l'opération. Dans le même but, il rejette la crâniectomie bilatérale pratiquée en une
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seule séance. Pour lui, deux crâniectomies unilatérales, faites successivement, auront moins de danger.
Cerné (Normandie miädic., 15 octobre 1891) a obtenu, chez un enfant microcéphaie de trois ans, un développement manifeste du corps et de l'intelligence. Le crâne s’est allongé.
Au sixième Congrès de chirurgie (Gazette des H6pitaux, 1892), Largeau fait une communication sur un microcéphale de trois ans, dont les sutures et les fontanelles ont disparu, à qui il a taillé sur le côté gauche un lambeau de huit centimètres de long sur sept de large et enlevé une large plaque osseuse qui fut ensuite réappliquée. L’amélioration fut immédiate, et, sept mois après, l’enfant put prononcer quelques paroles, tenir les objets.
Chez deux enfants arriérés, Chénieux, de Limoges (Gazette des Hôpitaux, 189%), a eu des résultats satisfaisants. Le professeur Lannelongue avait déjà opéré un de ces petits malades le long de la suture fronto-pariétale droite, et la famille satisfaite demanda à Chénieux une seconde intervention. Elle fut pratiquée sur la suture fronto-pariétale gauche. L'amélioration fut notable, et, à propos de cette observation, l’auteur propose de faire d'emblée la crâniectomie transversale.
Dans un article sur la chirurgie intra-crânienne, paru dans les Archives provinciales de Chirurgie en février 1893, le docteur Jaboulay publie trois observations de microcéphales qui ont subi la crâniectomie et chez qui les résultats oblenus ont été peu satisfaisants.
Ainsi qu’on peut le voir daus les quelques observations que nous rapportons, la cräniectomie chez les microcéphales donne à quelques chirurgiens des résultats d’une