‹ De la crèation de la terre et des corps cèlestes, ou Examen de cette question l'œuvre de la crèation estelle aussi complète pour l'univers qu'elle parait l'ètre pour la terre?Chapitre 10 sur 15 · V. Des étoiles filantes · texte numérisé non relu

V. Des étoiles filantes

INous venons de voir que les plus impalpables des particules de la matière nébuleuse formaient les aurores boréales, dont les teintes brillantes rappellent parfois l’éclat des étoiles filantes. On entend sous ce nom ces corps qui, surtout pendant les belles nuits

d’été, semblent traverser les espaces interplanétaires avec un éclat particulier analogue à celui des étoiles ordinaires. Ces astres paraissent formés par des parties un peu moins ténues et un peu plus denses de la matière nébuleuse que celles dont sont composées les aurores boréales. Ces portions plus condensées de cette matière auraient cependant des mouvements plus accélérés, et se montreraient sous la forme de ces astres qui, à raison de leur splendeur et de la rapidité de leur course, ont été nommés étoiles Jilantes.

Ces météores ou plutôt ces astres ne se forment pas plus dans notre atmosphère, que leur lumière n’est due à des traînées de gaz hydrogène enflammé. Leur parallaxe les place beaucoiqa plus haut que, dans les théories adoptées, les limites sensibles de l’atmosphère ne semblaient le comporter. Du moins, des observations comparatives faites en 182.‘1 à Breslau, à Dresde, à Leipe, à Brieg, à Gieiwitz, etc., par le professeur Brandes et plusieurs de ses élèves, ont donné jusqu’à 500 milles anglais (environ 25 lieues de poste), à la hauteur de certaines étoiles filantes.

La vitesse de ces météores est quelquefois de 36 milles (12 lieues par seconde), c’est-à-dire, à peu prés le double de la vitesse de translation de la terre autour du soleil. Si l’on voulait considérer la moitié de cette vitesse apparente comme une illusion, et comme un effet du mouvement de translation de la

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terre dans son orbite , il resterait toujours 6 lieues à la seconde pour la vitesse réelle des étoiles Glantes.

Or, ce mouvement serait encore plus accéléré que celui de toutes les planètes supérieures, la terre exceptée.

Lorsqu’on cherche la direction apparente suivant laquelle les étoiles filantes se meuvent le plus ordinairement, on reconnaît, par une tout autre voie que celle que nous avons indiquée, que si elles s’enflamment dans notre atmosphère, elles n’y prennent pas du moins naissance, et qu’elles viennent du dehors. Cette direction, la plus habituelle des étoiles fllantes, semble diamétralement opposée au mouvement de translation de la terre dans son orbite.

Quoi qu’il en soit, l’étonnante apparition des étoiles filantes et des bolides observée en Amérique dans la nuit du 12 au 13 novembre 1833 , semble annoncer qu’outre les grandes planètes il circule autour du soleil de petits corps célestes. Ces astéroïdes , pour nous servir de l’expression qu’Herschel a appliquées

Cérés, Fallas, Junon et Vesta, se meuvent en quelque sorte par groupes; ils ne deviennent visibles qu’au moment où, pénétrant dans notre atmosphère, ils s’y enflamment. Néanmoins il en existe quelquesuns d’isolés, ainsi que ledémontre l’observation assidue des étoiles filantes.

L’apparition de ces astres est souvent tellement

considérable, qu’il est presque impossible d'en évaluer le nombre. Ainsi, en 1833, les étoiles filantes se succédaient à de si courts intervalles en Amérique, que les évaluations les plus modérées ont porté leur nombre à plusieurs centaines de mille. Ces astéroïdes furent aperçus au - dessus de la côte orientale de l’Amérique, depuis le golfe du Mexique jusqu’à Halifax, depuis neuf heures du soir jusqu’au lever du soleil , et même en plein jour dans plusieurs localités (note 5).

Cette pluie d’étoiles filantes est loin d’avoir été la seule observée en Amérique. De semblables averses d’étoiles avaient eu lieu en 1799. Nous en devons la connaissance à M. deHiunboldt. Il en a été de même au Groenland et en Allemagne, d’aj)rès un grand nombre d’observateurs. Ce qui est non moins remarquable, toutes ces étoiles filantes ont paru dans la nuit du 11 au 12 novembre. L’Asie, et particuliérement l’Arabie, a été également témoin de ce phénomène, toujours à la même époque; mais seulement sur une moindre échelle.

Dé pareilles apparitions ont également eu lieu à l’époque du 8 au 18 octobre, et cela pendant plusieurs années. La nuit du 9 au 10 août en 1836, 1837, 1838 et 1839 s’est fait surtout remarquer par un nombre extraordinaire de ces météores. M. Capoci, directeur de l’observatoire de Naples , a également

aperçu cette grande quantité d’étoiles iilantes qui ont encombré le ciel pendant la nuit du 1 0 août, surtout vers le matin.

La quantité des étoiles filantes qui parcourent les espaces célestes est si grande que M. Herrich , en cherchant à se faire une idée exacte du nombre de celles qu’on voit chaque vingt-quatre heures, en laissant de côté les averses des mois d’août et de novembre, a supposé qu’environ trois millions de ces météores pénètrent journellement dans l’atmosphère terrestre. Cette observation a été confirmée par celles d’Hersehel. D’après ce grand astronome, la majorité des étoiles filantes paraît émaner d’un centre ou foyer qui n’est pas fixe relativement aux étoiles , mais bien par rapport à l’horizon visible. Ainsi ces astres convergent à une direction près d’une quinzaine de degrés, vers un point qui a un azimuth d’environ 120“ à l’ouest du point sud, et à une hauteur d’environ 30" au-dessus de l’horizon (note 6).

Herschel regarde comme un fait presque général que la très-grande majorité des étoiles filantes suit une route déterminée et dirigée vers un même point de l’horizon. Ce point est un peu au nord-est et à 15 ou 20" de hauteur. Cette circonstance s’est du moins représentée constamment dans tout le mois de novembre dernier, avant comme après le 13, et ne s’est pas encore démentie jusqu’à ce jour.

Ces observations et une foule d’autres, qu’il nous serait facile d’ajouter si cela pouvait être nécessaire, prouvent que le retour des étoiles filantes, des aurores boréales et des aérolllhes ayant lieu à des époques fixes, ces phénomènes ont une sorte de périodicité. Celte périodicité avait été remarquée depuis longtemps; il suffit pour s’en convaincre de jeter les yeux sur l’Introduction à la philosophie naturelle, traité que Aluschenhroeck a publié on 1762. On la trouve encore mentionnée dans un manuscrit conservé à Cambridge, intitulé : Ephemerides rerum naturalium , qui remonte à la fin du xvii* siècle.

Elle résulte également de l’observation faite en 1779, par sir Ilamilton, d’une éruption du Vésuve qui a coïncidé avec l’apparition d’un grand nombre d’étoiles filantes. Cette observation se trouve rapportée dans le toni. lxx des Transactions philosophiques. Ces faits s’accordent parfaitement avec ceux qui ont été consignés par M. (73101) Gannet dans son Historical register of the aurora hore.alis, inséré dans les Mémoires de l’académie d’Amérique publiés à Boston en 1785. Il en est de même de ceux qui ont été rapportés par M. Webster, dans son Histoire de la maladie pestilentielle qui, en 1798, ravagea les environs d’Hartford. La périodicité des retours des astéroïdes est donc non-seulement un fait qui résulte des obser-

vatioas récentes, mais encore de celles dues aux phy* siciens du siècle dernier (note 7).

On a cependant observé que la périodicité des étoiles filantes ne devait pas être constante ; du moins pendant la nuit du 12 au 13 novembre 1837 on n’en a point remarqué ; cependant cette nuit a été fort claire. Les astéroïdes avaient donc manqtié au rendezvous ; dès lors on a supposé, malgré les assertions de M. A rago, qu’il ne pouvait plus être question de leurs retours périodiques. Mais, d’après cet habile astronome, les apparitions antérieures des étoiles filantes à cette nuit du 12 au 13 novembre n’auraient pas eu lieu exactement à la même date, et leur absence à l’é- ’ poque précise à laquelle elles étaient attendues ne prouve absolunîent rien contre leur périodicité. D’ailleurs, la clarté de la pleine lune aurait suffi pour effacer toutes celles de ces étoiles que l’intensité de leur lumière aurait placées au-dessous de la seconde grandeur. En admettant la constance de la date, rien ne dit en outre que ce n’est pas de jour que les étoiles attendues ont traversé l’atmosplière de Paris.

On n'a jamais prétendu que l’atmosplière tout entière de la terredûtètre envabie par le courant de ces météores. En 1833, lorsque en Amérique ils étaient un objet d’effroi pour les populations, oi\ les remarquait à peine en France. En 1836, sur la Bonite, on

n’aperçut que quelques rares étoiles filantes : cependant la même nuit en Europe leur grand nombre frappait tous les yeux.

M. Chasles a admis la périodicité des étoiles filantes. Tl a consigné son opinion dans le catalogue qu’il adressé de leurs apparitions pendant six siècles, c’està-dire depuis 5‘2R jusipi’à 1T2d. l)ans ce long intervalle aucune apparition d’étoiles lilantos n’a été mentionnée par les chroniqueurs pendant les mois de janvier et de février; une seule a eu lieu dans les mois de juin, d’août et de septembre; deux en novembre; quatre en mai; cinq en décembre; six eu octobre ; sept en avril; neuf en mars; dix en février, et vingt et une dont la date du mois est inconnue. Quant aux apparitions d’étoiles filantes isolées, elles se sont manifestées en janvier, en mars, en avril, en juin, en septembre, en novembre et en décembre. Ces trois derniers mois sont ceux où leur nombre parait avoir été le plus considérable.

On remaripie, dans le catalogue des apparitions des étoiles filantes en masse, l’absence presque totale de ces astres en novembre, époque où elles sont actuellement périodiques chaque année. Celte circonstance semble annoncer que le plan de l’orbite de ces astéroïdes qire l’on voit vers le 13 novembre a éprouvé un déplacement considérable, et que, par suite de cette

perturbation, ils sont devenus maintenant visibles à cette même époque de novembre (note 8).

Sur les soixante-sept apparitions de ces étoiles en masse, quarante-six avec dates de mois appartiennent probablement à plusieurs systèmes dillerents d’astéroïdes se mouvant en masse. Il semble cependant qu’il en est un qui se distingue par une périodicité annuelle assez bien indiquée. Ce phénomène a apparu en février au vin‘= siècle. On le trouve d’abord en 741 , et il s’est renouvelé pendant un siècle dans le même mois de février ; ce système parait être le même que celui qui plus tard s’est montré en mars et puis en avril. Peut-être est-ce le même que nous voyons actuellement en novembre. S’il en est ainsi, il aurait paru à peu près pendant cent vingt-cinq ans dans chaque mois , en supposant que le déplacement du plan de son orbite ait été régulier ; alors le phénomène du 1d novembre devra être transporté dans peu d’années au 14 novembre, puis au 15, au IG et ainsi de suite.

M. Chasles a fait de plus remarquer que certains chroniqueurs assurent que les étoiles fdantes paraissent plusieurs nuits de suite, ce qui semble indiquer que ces astéroïdes forment une espèce d’anneau continu. Aussi a-t-il supposé que l’anneau de Saturne, au lieu d’être un corps compacte et continu, comme on l’admet assez généralement, pourrait bien n’étre

qu'un assemblage de corps ayant entre eux des intervalles plus ou moins considérables, mais insensibles à raison de leur énorme distance de ia terre. Ces astres divers projetteraient leur ombre sur Saturne, comme s’ils formaient une masse compacte. Le mouvement de rotation de l’anncaii de cette planète, reconnu par Herschel, s’accorde parfaitement avec cette supposition; car la multitude de satellites qui forment cet anneau semblent animés d’un mouvement de rotation analogue à celui des étoiles fdantes. Cette hypothèse est loin d’être nouvelle ; Cassini avait considéré, il y a longtemps, l’anneau de Saturne comme formé par une suite de petits satellites planétaires.

Les étoiles fdantes n’ont donc pas leur origine dans notre atmosphère; elles scmiblent formées par des masses cosmiques qui se meuvent dans les espaces planétaires avec des vitesses tout au moins égales à celles des planètes. Toutefois, lorsque ces masses cosmiques viennent à rencontrer la terre, elles s’enflamment par la résistance et le frottement, et deviennent lumineuses; quelquefois même elles crèvent en l’air, et projettent sur le sol des masses plus ou moins considéi ailles de fer ou d’autres roches.

On ('St arrivé à cette certitude, en déterminant la hauleur de ces astres, leurs vitesses et leurs directions, seuls éléments qui peuvenl permettre de décider si les étoiles fdantes se forment ou non dans notre

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atmosphère. La première série d’observations entreprise pour s’assurer de ce point de fait a été conçue par MM. Brandes et Benzenberg.

Ces astronomes ont pris une ligne de neuf mille's anglais de longueur pour base de leurs opérations; ils se sont placés aux deux extrémités pour observer ces phénomènes dans des nuits convenues. Aussitôt qu’une étoile filante était aperçue, ils traçaient sur une carte céleste sa direction apparente, en notant l’époque de son apparition et de son extinction, et toutes les autres circonstances qui pouvaient caractériser sa marche.

Ils purent calculer de cette manière la hauteur de vingt-deux météores, du 1 1 septembre au 4 novembre 1798. Le minimum de hauteur était de 16 milles anglais ; sept s’étaient montrés à une hauteur inférieuie à 45 milles; neuf, de 45 à 50 milles; six, à une hauteur de 90 milles, et un à une hauteur de 140 milles.

Deux seules observations ûrent juger de la vitesse de ces astéroïdes. Dans une circonstance, cette vitesse était de 25 milles par seconde, tandis que dans une autre elle était de 17 à 21 milles seulement. Le résultat le ])lu8 remarquable que présenta l’un de ces météores fut de paraître se diiiger de bas en haut, comme s’il eût été projeté par la terre.

Ces observations ne firent plus douter aux physi-

cieiis qui les avaient entreprises, de la parfaite identité entre les chutes des étoiles filantes et celles des autres météores ignés, du moins sous le rapport de leur vitesse et de leur hauteur.

Encouragé par ce premier succès, Brandes fit eu 1833 une autre tentative sur une plus grande échelle, afin de déterminer les vitesses et les hauteurs des étoiles filantes, au moyen d’observations simultanées faites par lui et par plusieurs personnes qu’il s’était associées à Breslaw. Elles furent continuées depuis avril jusqu’en octobre; pendant cet intervalle, on observa jusqu’à dix-huit cents étoiles filantes dans différentes localités. Sur ce nombre, quatre-vingt-dixhuit avaient été aperçues en même temps dans plus d’une station. On reconnut que la plus faible hauteur de ces astres était de 45 milles, la plus grande d’environ 400, et la moyenne d’environ 1 46 milles.

On détermina ensuite la courbe qu’avaient décrite trente-six de ces météores ; pour vingt-six, le mouvement avait eu lieu en bas, il fut cependant horizontal dans un seul cas, et dans les neuf autres, ces astres parurent se porter visiblement en haut. Dans trois circonstances seulement, on put déterminer leur vitesse. Les résultats furent respectivement de 23, de 28 et de 37 milles anglais par seconde; la dernière vitesse était presque double de celle de la terre. Les trajectoires furent très-rarement des lignes droites ; le

plus souvent elles étaient courbes, tendant soit k l’horizontalité, soit à la verticalité ; elles avaient parfois une direction serpentiforme.

La direction prédominante du mouvement était du N.-E. au S.-O., par conséquent dans un sens contraire à la rotation de la terre dans son orbite. Cette circonstance n’est pas sans quelque importance sous le rapport de la théorie physique de la formation de ces astres nouveaux.

Des observations semblables ont été entreprises depuis lors, par MM. Quetelet et Wartmann, et, d’après la diversité de leurs résultats, il est évident que les hauteurs et les vitesses des étoiles filantes sont trèsvariables et très-incertaines. Cependant la plupart de ces astéroïdes paraissent être, au moment de leur apparition, dans des espaces bien supérieurs aux limites de l’atmosphère terrestre. Leurs vitesses semblent supérieures k celle due à l’attraction solaire qui agit sur des corps placés k égale distance de cet astre (note 9).

Il est difficile de se former une idée exacte des dimensions de ces astéroïdes, tant leur grandeur apparente est variable. Le plus grand nombre paraît égal sous ce dernier rapport aux étoiles de la troisième et de la quatrième grandeur. Quelques-uns se rapprochent pourtant des étoiles de première grandeur, et plusieurs surpassent Vénus et Jupiter en

éclat. 11 est remarquable que les plus gros sont ceux qui ont paru les plus élevés; les petits semblent être distants de la terre d’environ 20 à 40 milles.

Les mêmes observations prouvent qu’à certaines époques de l’année ou voit plus d’étoiles filantes que dans d’autres. Les reloués périodiques de ces astéroïdes ont été principalement signalés en août et en novembre. Parmi les années où ces étoiles ont paru en plus grande quantité, on a surtout signalé 1 799> 1 832, 1833 et 1834. MM. de Humboldt et Bompland avaient déjà compris l’année 1790 parmi celles où cet ordre de phénomènes s’était manifesté le plus fréquemment.

D’après ces observations positives, et le nombre immense de ces étoiles filantes, comment ne pas admettre qu’elles sont produites par la condensation de la matière nébuleuse qui prépare et façonne ces astres nouveaux? D’un autre côté, il est difiicile de ne point le supposer lorsqu’on voit le plan de l’orbite de ces astéroïdes éprouver sans cesse un déplacement considérable. On doute moins qu’il en soit ainsi, en réfléchissant que depuis 528 jusqu’en 1223, il y a eu absence presque complète d’étoiles filantes en novembre et même en août. Pendant ces six siècles, le mois de mars a été d’abord le plus remarquable par la quantité de ses apparitions ; et plus tard ce mois a été remplacé par celui d’avril.

Les faits démontrent encore que les étôiles lilâilteè sont extrêmement cloifjnées de. la terre, et que leur vitesse est très-considérable* Cette vitesse ne semble pas présenter de notables différences suivant le sens de leur direction. Du reste, si ces astres étaient rapprochés de notre planète, leur rapidité serait moins grande que ce qu’elle parait* D’ailleurs, en vertu du mouvement de la terre, celles qui vont dans le S( us (lu mouvement de rotation de cette planète, ou de l’ouest à l’est, auraient tiécessairement leur vitesse augmentée de celle de la terre.

Elle serait au contraire diminuée, si la vitesse des étoiles filantes était précisément égale à celle de Ib rotation de notre planète. Aucune apfiarition de ces astéroïdes n’a jamais présenté nn pareil résultat. On n’a pas observé non plus que les étoiles filantes, dirigées de l’ouest vers l’est, aient une plus grande rapidité que celles qui vont en sens contraire. 11 faut donc qu’elle soit très-considérable par rapjjortà k vitesse de rotation de la terre, et par suite, qu’elleè soient trés-éloignées de notre planète, circonstances qui résultent des observations faites jusqu’à ce jour (note 10),

Si nous nous reportons maintenant par la pensée aux premiers âges de la création, nous voyons la matière élhérée se condenser d’abord vers un centre unique, former une immense atmosphère autour d’un

noyau solidifié. Ces nébulosités se contractent par l’abaissement de la température , leur vitesse de rotation s’accélère, et l’accroissement de la force centrifuge en limite les atmosphères , des zones gazeuses abandonnent successivement le noyau central sans cesser poui' cela d’opérer leurs mouvements autour de lui. Elles forment même, par l’effet d’une nouvelle condensation , les planètes et enfin leurs satellites.

Or, ce qui s’est passé jadis pour notre système solaire doit se continuer tous les jours ; il durera même tant qu’il existera dans l’espace un milieu susceptible de se refroidir et de se condenser. On peut donc conclure avec probabilité qu’il se forme aujourd’hui , comme autrefois, de nouveaux corps, de nouveaux systèmes analogues à celui dont nous faisons partie.

La matière nécessaire à la constitution de ces corps est dans les nébuleuses, qui présentent des amas énormes de substances, soit gazeuses, soit liquides, dont quelques parties commencent probablement à se solidifier. Comme les formes, l’éclat de ces nébuleuses, changent ainsi que leur étendue: les astres qu’elles composent ne peuvent être qu’aux premières époques de leur formation.

C’est donc à une semblable condensation de cette matière qu’est due la création des astres nouveaux qui apparaissent au milieu des espaces célestes. C’est

aussi à une cause de ce genre qu’il faut attribuer les aurores boréales, dont la position relativement au méridien magnétique prouve les propriétés éminemment électriques de la matière qui donne lieu à ce phénomène. Il en est de même de l’influence si grande et si constante tout à la fois qu’elles exercent sur l’aiguille aimantée, dans les lieux où elles ne sont point aperçues.

Ce qui fixe l’importance de ces corps, c’est la régularité de leurs apparitions. En effet, si l’on peut citer des apparitions d’aurores boréales dans les divers mois de l’année, on peut du moins affirmer qu’elles ne sont jamais plus fréquentes qu’aux deux époques du retour périodique des étoiles filantes. C’est surtout vers le milieu d’octobre, où régulièrement chaque année ces phénomènes se manifestent ; il y a donc niellement une loi de périodicité dans ces retours constants. Si cette périodicité paraît quelquefois en défaut, il n’en faut accuser que le peu de densité de ces vapeurs nébuleuses qui les rend sujettes à un grand nombre de perturbations. Les relations des aurores boréales et des étoiles filantes sont trop nombreuses et trop intimes pour ne pas les considérer comme dépendantes d’une même cause.

L’observation attentive des étoiles filantes a prouvé qu’elles ü aversaient le ciel dans toutes les directions. Leur grandeur et leur éclat sont extrêmement varia-

blés, et leur distance à la terre nous çst à peu près inconnue. Très-rares à certaines époques, elles se montrent tellement nombreuses à d’autres à peu près fixes, qu’on se trouve naturellement conduit à admettre qu’elles forment des groupes ou des courants qui viennent l encontrer l’écliptique à des époques déterminées.

Toutes les observations annoncent que les principales époques de ces phénomènes sont vers le 1 0 août et le 13 novembre.il parait même, d'après MM, Herman et Chasles, (ju’il existe deux courants placés sur l’écliptique vers 31 fi à 3I8“, et 50 à51” dq longitude. Leur conjonction avec la terre est prouvée par l’extinction notable des rayons solaires (|ui en a été la suite, et qui s’est manifestée quelquefois par un obscurcissement sensible du soleil et toujours par une diminution de ses effets thermométriques , particglièrement vers le 12 mai, époque de l’une de ces conjonctions.

Les observations anciennes s’accordent assez bien avec cette hypothèse , comme on peut en juger en portant son attention sur les tableaux qui ont été publiés par MM. Herman et Chasles, et les recherches de M. Biot fils sur les étoiles filantes aperçues en Chine. Quant an mouvement de translation que paraissent avoir sur l’écliptique les deux courants d’étoiles filantes, les hypothèses des deux physiciens que

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nous venons de nommer ne sauraient être convena^ blement étudiées aujourd’hui , vu le défaut d’observations à cet égard.

En effet, d’un côté, le manque d’étoiles filantes en novembre de l’an 528 à l’année 1123, et à l’inverse leur périodicité vers les mois de février et mars dans le même intervalle, ont fait supposer à M. Chasles que le courant d’astéroïdes qui produisait alors ces phénomènes est la cause des phénomènes actuels du 1 3 novembre ; seulement dans ces 1 300 ans , le retard de leur apparition a été de 9 mois , ce qui ferait environ un mois de retard pour 125 ans. Mais M. Herman fait remarquer que de 845 à notre époque , le retard peut n’être que de deux mois environ , si l’on admet avec lui une tout autre vitesse de rétrogradation. Ainsi les phénomènes rapportés parles chroniques pour le vin' et leix' siècle pendant les mois de février et mars seraient dus à la même cause qui produit de nos jours , vers le 1 2 mai , un abaissement notable de température.

Sans doute , il est bien difficile aujourd’hui de se prononcer entre ces deux opinions; mais l’une et l’autre tendent à prouver que ces astres varient singulièrement dans leur marche et par suite dans leurs retours. Dès lors leur cours ne parait pas encore soumis à des lois bien fixes ni bien régulières.

H est du reste constaté que la distance des étoiles

filantes à la terre est trop considérable pour admettre que leur formation a lieu dans l’atmosphère, et que ces astres y continuent leur cours. Cette circonstance est plus décisive que les analogies nombreuses qui existent entre ce genre de phénomènes et celui des aurores lioréales. Il n’est pas moins positif que l’éclat incomparablement plus grand des étoiles, leur réunion en masses moins considérables , et leur condensation qui rend sensibles chez elles les effets de la gravitation, sont une preuve (jue ces astéroïdes ont atteint un état de condensation plus avancé que les aurores boréales. Celles-ci seml)lent le premier terme où parvient la matière nébuleuse lorsqu’elle tend .à s’organiser et à former des planètes.

Ces faits et ceux relatifs ;i la périodicité de l’apparition des étoiles filantes résultent des observations faites de nos jours en Europe, et de celbis compulsées par MM. Herman, Chasles et Perrey dans les épo- - ijues déjà anciennes. Les recherches de M. Biot fils sur les registres tenus par les astronomes chinois sont venus encore les confirmer et leur prêter leur appui.

Ces derniers documents sont d’autant plus précieux , qu’ils se rapportent à la Chine, dont l’histoire authentique remonte au moins au x'~ siècle, avant notre ère. Le même savant a enfin recueilli avec le plus grand soin tout ce que ces observations contiennent de relatif aux météores les plus remarquables. 11 en

a trouvé un plus grand nombre dans la partie astronomique des Annales des temps , que dans l’ouvrage de Ma-Touan-Lin. Tous ces documents, dont la plupart ont été rédigés avec soin et par des hommes exercés, confirment pleinement tout ceque nous avons dit de la périodicité de ces phénomènes et de la régularité de leurs apparitions.

Parmi les faits qui prouvent que l’univers n’est point terminé, on peut citer les variations on les changements d’intensité des étoiles, confirmés non-seulement par les observations des astronomes modernes, mais par celles des astronomes grecs.

Hei’schel croit avoir reconnu des changements réels d’intensité dans une très -grande partie des étoiles observées, qui n’est pas moindn^ d’une sur trente, ü’après ces observations, certaines étoiles ne brillent pas d’une lumière constante et avec le même éclat, fait important dont l’avenir nous donnera la confirmation. Nous sommes pourtant certains que les mêmes faits observés par les astronomes de l’antiquité sont tout à fait exacts. En effet, Eratosthène nous apprend (jue de son temps la plus belle des étoiles du Scorpion était la brillante de la .serre boréale. Or, maintenant la serre boréale est moins brillante (pie la serre australe et surtout qu’Antarès. N’est-il pas naturel d’en conclure qu’il y a eu des changememts

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d’intensité dans la constellation du Scorpion depuis le temps d’Eratosthéne.

Un dérangement dans l’ordre d’intensité relatif aux diverses étoiles d’un groupe peut également s’expliquer par l’augmentation des unes et par l’afTaiblissement des autres.

M, Arago trouve une preuve incontestable de la diminution d’intensité d’une étoile, dans une trèsancienne remarque d’IIipparquc. Cet illustre astronome, qui vivait à Alexandrie cent vingt ans avant notre ère, disait en critiquant Aratus : « L’étoile du pied de devant du Bélier est belle et remarquable, w De nos jours, l’étoile du pied de devant du Bélier n’est que de V grandeur.

s’il y a dans le ciel des étoiles dont la lumière parait s’étre complètement éteinte, il en est d’autres qui ont complètement disparu. Ilerschel trouvait déjà le nombre des étoiles perdues fort considérable à une époque où l’atlas céleste ne lui inspirait aucune défiance. Ayant eu ensuite recours aux observations originales de Flainsteed, il découvrit dans l’atlas céleste et dans le catalogue britannique des erreurs nombreuses qui l’obligèrent de modifier ses premiers résultats.

Ainsi après une infinité d’observations, Herschel plaça au nombre des étoiles qui se sont complètement

éteintes depuis Flarasteed , la 9' et la 1 0* du Taureau de 6' grandeur. 11 y comprit également la 55' d’Hercule, insérée dans le catalogue de Flarasteed comme une étoile de 5' grandeur. Le 10 octobre 1781, cet astronome la vit distinctement, et nota qu’elle était rouge. Il l’aperçut de nouveau le 11 avril 1782, et l’inscrivit dans son journal comme une étoile orditnaire. Mais le 27 mai 1792, il n’en restait plus aucune trace; on ne l’a plus aperçue depuis lors.

A tous ces faits, on peut ajouter ceux dont nous devons la connaissance à llerschel , et qui semblent prouver que s’il existe des étoiles dont l’intensité diminue, il en est d’autres dont cette même intensité va en augmentant. Enfin, nous pourrions encore démontrer avec M. Arago qu’il est un certain nombre d’é^ toiles qui ont apparu d’une manière plus ou moins subite dans le ciel, et dont on n’avait aucune idée auparavant. Il nous sullira seulement de citer l’étoile immense observée par Albumazar dans le ix' siècle au 1 5' degré du Scorpion.

L’étendue de cet astre nouveau était trop considérable pour fMqiposer qu’il puisse y avoir ici la moindre méprise; du reste, cette étoile est loin d’être la seule qui ait paru inopinément. On en sera convaincu en jetant les yeux sur la notice que M . Arago a publiée dans X Annuaire du bureau des longitudes

(1842), e( dont nous avons oxtrail les observations précédentes.

Des millions de soleils dont l’espace est parsemé p(‘uvent fort bien éprouver de nombreux changements dans leur constitution physique, dans leur éclat et leur intensité, sans qu’il en soit de même de notre soleil. Cet astre parait être arrivé à un état fixe et permanent dans ses propriétés calorifiques et lumineuses. La terre jouira donc indéfiniment de la chaleur et de la lumière bienfaisantes qui y répandent et y maintiennent la vie dans un éejuilibre non moins remarquable.

Si donc par rapport à la terre et aux astres de notre système solaire tout paraît achevé , il n’en est pas de même des cieux , qui peuvent forl bien avoir été créés tout d’un coup, comme la matière qui compose notre teire et notre soleil, sans avoir ))ourtant reçu leur entière perfection. Comment ne pas le supposer, lors(ju’on voit la matière nébuleuse, et même les a.stres stellaires, éprouver des modifications et des transformations nombreuses et continuelles? Ainsi, par exemple, Sirius était jadis rougeâtre, et en moins de 2000 ans il est passé de cette teinte au blanc le moins équivoque. Sirius est loin d’être la seule étoile qui ait éprouvé un pareil changement, comme il conste des observations d’IIerschel et de M. Struve. Ainsi,

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la torre et le soleil qui l’éclaire et l’anime peuvent fort bien être achevés, sans qü’il en soit de même des myriades de corps célestes disséminés au milieu de l'immensité du Urmament.

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