APLATISSEMENT
Mercure.
Insensible.
Yénui.
Insensible.
Terre.
Mars.
Tp4‘
Jupiter.
Saturne.
Les éléments d’Uranus etdes planètes microscopiques nous sont tout à fait inconnus.
Note 62, page 332.
Si la terre elles autres planètes du système solaire, ou le soleil luiméme, résultent de la condensatioD de la matière nébuleuse, les pmdifications que la terre a éprouvées étaient nécessaires pour l’amener à son état actuel. Sans doute les commotions qu’elle a ressenties dans sa portion solide, l'exliausscment des grandes chaînes de montagnes, sont, si l'on veut, par rapport à nous et pour les végétaux et les animaux dont elles ont anéanti les traces, des révolutions effroyables; mais, relativement à la lerre et au but pour lequel elle a été créée, ces évéueiuenls étaient dans l’ordre de la nature.
11 fallait que des inégalités couvrissent la surface du globe; sans elles en effet les eaux courantes n’auraient pas pu la parcourir, car toute sa surface aurait été couverte d’une couche liquide plus ou moins profonde. Un pareil état de choses ne pouvait convenir aux animaux ter*
reslres qni devaient la peupler. Dès lors il y a eu nécessité que des continents surgissent au-dessus du sein des eaux, et, pour opérer un pareil exhaussement, des soulèvements dans l’écorce du globe ont été indispensables.
Ces modifications ont amené toutes celles qui ont eu lieu plus tard : et peu à peu, par suite de leurs effets, la terre est arrivée à l'étal de stabilité dans lequel nous la voyons maintenant. Cette stabilité assure la perpétuité des êtres actuellement vivants; du moins peut-on prévoir avec quelque probabilité qu'ils dureront avec les mêmes conditions d’existence tant que des causes en dehors de celles qui agissent ne viendront pas troubler ou détruire cet ordre et celte harmonie.
Note 5.3, page 334.
Un des points les plus importants de l'Instoire des végétaux et des animaux des temps géologiques, c’est que leurs anciennes générations n’ont pas toujours existé, même lorsque la surface du globe offrait une portion solide ou des continents élevés au-dessus du sein des eaux. L’observation fixe avec assez de rigueur le point de la terre où elles ont commencé; elle nous apprend que leur existence est postérieure à l’époque de la formation de notre planète.
Quant à ces générations considérées en elles-mêmes, elles paraissent s'être succédé en raison directe de la complication de l’organisation, cl la vie a marché ici-bas du simple au composé. Cette loi, la plus générale des anciennes créations, offre cependant quelques exceptions; toutefois elles sont bornées aux êtres les plus simples, c’est-à-dire aux végétaux et aux animaux dont l’organisation est peu compliquée; c’est donc chez les plantes cryptogames et chez les animaux invertébrés que se manifestent principalement quelques exceptions à la loi de complication.
Ainsi les mollusques céphalopodes, les plus avancés en organisation de tous les invertébrés, ont paru cependant aux premiers âges où la vie s’est manifestée à la surface de la terre, et l’eiiscmblc de leur organisme est tout aussi perfectionné, que celui des espèces de cet ordre actuellement vivantes. De meme, les végétaux cryptogames senii-vasculairesde la famille des fougères, des lycopodiacéeset des équisétacées, les plus perfectionnés de cet ordre de plantes, ont prospéré dès les plus anciennes époques, tandis que nous n’y avons pas encore aperçu la moindre trace des végétaux cryptogames de la forme la plus simple, tels que des champignons, des lichens, des hépatiques ou des mousses. Les restes des monocotylédones des couches placées le plus bas dans
l’intérieur de la terre appartiennent également aux familles les plus élevées de celle classe de végclaux. Uc pareilles exceplions ne se montreiit pas chez les animaux terrestres, c’est-à-dire chez ceux qui respirent l’air en nature ; car on ne pourrait pas en irouvcr une fondée dans l’apparition de quelques araclinidcs ou de quelques insectes lors du dépôt des terrains houilicrs et meme des terrains de transition.
Cette particularité lient probablement à la lenteur de leur développement et surtout à celle des mammifères terrestres. Ces derniers n’ont paru qu’avec les formations tertiaires. Si l’on suppose que les deux ou trois individus de Stoneslield appartiennent réellement aux tnammifér.'s, ce que contestent bien des zoologistes, leur petit nombre dans CCS cüiiclics secondaires prouve qu’à cette époque, quoique récente en (omparaison des formations de transition et houillères, les animaux d.o cette classe jue trouvaient pas encore des circonstances favorables à leur existence, puisqu’ils y étaient si rares.
Si nous comparons maintenant l’homogénéité des tissus végétaux avec la complication des tissus organiques animaux, il est difficile de ne pas convenir que l’organisme des derniers est plus avancé et plus perfectionné que celui des plantes. Or donc, si la loi générale de l’organisation a eu lieu en raison directe de la complication, il est naturel que les êtres les plus simples aient paru avant les plus perfectionnés. D’après celte conséquence en quelque sorte nécessaire, les mammifères terrestres, placés au plus haut degré de la série des êtres , ont apparu fort lard sur la scène de l’ancien inonde.
D’autres motifs peuvent faire concevoir pourquoi les végétaux terrestres ont précédé les animaux qui respirent l’air en nature. Ces derniers se nourrissent uniquement de plantes ou d’autres animaux plus faibles et moins bien armés. Or, si des espèces herbivores ont dû exister avant les races carnassièces^ita clé nécessaire.que des végétaux pussent servir d'aliment aux animaux herbivores.
Il est enfin une autre remarque relatives la tardive apparition des mammifères carnassiers. Elle prouve que la succession des êtres vivants a eu lieu ici-bas en raison directe de la complication de leur organisme ; car ces carnassiers, plus avancés et plus perfectionnés que les races herbivores qui leur servent de pâture, ont dû par cela même être précédés par ceux-ci.
Il est du moins certain que le règne animal prend au règne végétal ses éléments organiques tout faits, et restitue à son tour, par l’intermédiaire de l’air et du sol , aux végétaux les principes au moyen desquels ces derniers se déveli ppenl et arrivent à leur perfection. C’est là une admirable réciprocité de service, un mmeilleux échange de vie
riilri; les deux régnes, qui annonce combien la nalurc veille à leur conserva lion.
Il découle eiiane do ces faits une conséquence géologique d’une haute iK)rlée; c’est que les végétaux terrestres ont dù exister avant les animaux qui vivent sur les terres sèches et découvertes, puisque ceux-ci tirent essentiellement leur nourriture des plantes. L’observation des couches fossililcres continne une conséquence qu’on peut déduire à priori, et par suite de déductions établies sur le raisonnement le plus simple.
Il y a donc eu progrès marqué et sensible dans l’apparition des êtres vivants ; ce progré.« actéd’autant plus manifeste qu’on l'étudie dans les êtres les plus compliqués, c’est-à-dire les dicotylédons parmi les végétaux, et les mammifères terrestres parmi les animaux. Pour le prouver, il nous sutfira d’élndierla succession des êtres animés dont les couches terrestres nous ont conservé la généalogie.
On peut circonscrire les anciennes générations dans trois grandes périodes aussi nettement déterminées par la nature et l’espèce des végétaux et des animaux qui y ont vécu que par celle des dépôts géologiques dans lesquels ils ont été ensevelis.
La première de ces périodes comprend les terrains de transition et houiilers ; clic se compose de quatre classes de végétaux sur les six qui forment la flore actuelle. Sous le rapport de la végétation, elle est donc fort simple, puisque les cryptogames semi-vasculaires y dominent essenlielleinenl,etquelcs monocotylédons et les gymnospermes, plantes d’un ordre plus élevé dans la série, y sont très-peu abondantes. Les agames ont été généralement fort rares pendant la période de transition, ainsi qu’à l’époque houillère. Celte ancienne flore a été encore remarquable sous un autre point de vue, celui de la grande complication qu’oHl eue les cryptogames semi-vasculaires du moment que celte primitive végétation s’csl manifestée à la surface de la terre. Cependant ces cryptogames sont les plus avancées parmi celle grande classe végétale, qui correspond en quelque sorte aux animaux invertébrés.
Les animaux de celle période sc rapportent à trois classes d’invertébrés et à une seule de vertébrés , les poissons, dont l’organisation est la plus simple parmi tes animaux de ce grand embranchement. Certains inverlébrés qui composent le règne animal de celle époque sc font surtout remarquer par la perfection de leur organisme tout aussi grande qu’elle peut l’être ches les espèces vivantes les plus compliquées. Ces invertébrés se rapportent aux insectes, aux crustacés et aux mollusques, dont les particularitésde l’organisation sont tout aussi parfaites que celles qui caractérisent maintenant les espèces les plus avancées.
La seconde de ces périodes, plus étendue que la première, embrasse la presque lolalité des formations secondaires et comprend des végé» taux et des animaux plus variés. Elle réunit cinq classes de plantée sur les six qui font partie de la flore actuelle ; mais, parmi elles, la plus compliquée apparaît vers la fln de celte période, c’est-à-dire, lors du dépôt des terrains crétacés les plus récents. Neanmoins, à aucune époque la vie végétale n’a déployé une vigueur comparable à celle de l'époque houillère, ou elle a acquis le summum de développement qu’elle peut atteindre. Celte flore a donc été plus complète que la précédente, et plus compliquée, car c’est seulement à partir de cette époque que les végétaux dicotylédons ont paru sur la scène de l’ancien monde.
De pareils perfectionnements se sont également manifestés chez les espèces animales; ainsi la seconde période a offert un plus grand nombre de classes dinvertébrés et de vertébrés. Au lieu d’ètrn réduit à l’unique classe des poissons, cet embranchement comprend les reptiles, classe qui n’avait pas paru lors de la 'première période. On parait avoir reconnu quelques traces d’oiseaux dans les formations crétacées. Il y aurait plus encore si l’on considérait les aintnaux de Stoneslield comme ayant réellement up[>at tenu aux inanmiifères, ainsi que le supposent plusieurs naturalistes.
Celle (Mtriode a donc été en progrès sur la précédente; car, si d'une part elle a reçu un grand nombre de reptiles qui y ont pris un accroissement extraordinaire, elle parait avoir eu vers sa fin quelques oiseaux, animaux plus compliqués que les poissons, les seuls représentants des animaux vertébrés lors des premières époques où la vie a brillé sur la terre. Ce perfectionnement n’a pas été moins manifeste lorsqu’on envisage la végétation ; en effet, c’est pour la première fois quelesdlcntÿlédôns l’ont embellie tors de la seconde période végétale
Une plus grande complication’ â^éSfïtÉftïlorsde4a troi9iéine période ; * celle-ci a compris tous les dépôts de sédiment qui se sont opérés depuis les terrains tertiaires jusqu’aux dépôts historiques. Elle a porté sur les classes végétales et animales et sur le nombre des espèces compliquées." Celles-tâ ont été sans cesse en augmentant, cl à tel point que leur rapport avec les races plus simples a été à peu près le môme que maintenant. Il y a donc eu lors ilc celte troisième période progrès dans les rapports numériques des classes et des espèces qui en font partie. Lorsqu’on arrive aux terrains tertiaires ,ce n’est plus d'une manière dubitative que l’on admet parmi les nombreux débris de végètaùx et d’animaux qu’ils recèlent la présence des dicotylédons, des oiseaux et des mammifères. Ce qui prouve d’une manière incontestable la tendance
(le la nature vers le pr(jgrès, c’est que le nombre des espèces qui apparticnnentà ces classes les plus compliquées s'accroît constamment vers les couches les plus récentes de ces terrains. Il y a plus : à mesure que l’on s’approche des derniers temps géologiques , les espèces analogues s’augmentant, elles deviennent même peu à peu semblables aux êtres actuellement vivants. Ces dernières races forment comme le lien qui unit les générations des temps géologiques avec celles des temps historiques.
La ren)arque la plus singulière que présentent les anciennes créations, c’est d'avoir été composées pendant longtemps d’espèces aquatiques. Seulement, chez les végétaux , les espèces terrestres ont été en proportion numérique sujiérieure aux marines. Quant aux animaux qui ont eu ce même genre de station, ils ont commencé par des races semi-aqualiques, c'csl-à-dire vivant dans le sein ou ou iKtrd des eaux.
Il y a donc eu progrès dans la uiarclie de l'orgaiiisalion cl dans le genre de station qui a été particulier aux diflerentes espèces végétales et animales, lorsqu’on suppose que la .station sur des terres sèches et découver s est la plus parfaite possible, relativement à la composition de notre globe. Aussi voyons-nous surtout les animaux commencer par des espèces marines, auxquelles ont succédé d’abord les races fluvialilcs, puis semi-aqualiques, et enlin des espèces complètement terrestres.
Mais dans les combinaisons aussi diverses que multipliées que, par suite du changement des circonstances extérieures, l’organisation des anciennes créations a éprouvées, il n’y a jamais rien eu de déréglé. Les phénomènes de la nature ne nous paraissent tels que parce que nous n’en savons pas toujours bien saisir les rapports.
La loi du perfectionnement, écrite en traits ineffaçables dans les entrailles de la terre, n'est pas moins sensible chez les productions actuelles. Seulement elle a été toujours plus évidente chez les animaux que chez les végétaux. Ainsi, lorsque des récifs ou des lies s’élèvent au-dessus de rOc('an , les plantes les plus simples apparaissent sur leur surface dénudée ; mais, lorsqu’un peu d’humus s’est accumulé sur ces rochers inadréporiques, des végétaux plus compliqués s’y établissent peu à peu et comme par degrés.
Cette végétation nouvelle attire bientêt quelques animaux d’abord simples et devenant graduellement plus avancés en organisation. La seule différence entre ce qui se passe maintenant et ce qui a eu lieu jadis tient à ce que les êtres qui s’établissent sur ces récifs ou sur ces lies nouvelles, n’appartiennent point à une création tout à fait différente de celle qui caractérise l’époque actuelle, comme cela a eu lieu pour les créations successives des temps géologiques.
Enfin l'ancienne création, si distincte de celle qui brille à nos regards, ne peut sous aucun rapport être considérée coninie un complément de la création actuelle, car elle ne comble pas les lacunes qui existent entre certaines classes; elle ne donne pas non plus une symétrie complète au tableau irrégulier des êtres vivants. On ne peut pas davantage considérer les êtres qui en faisaient partie comme la souche des espèces vivantes. Rien du moitis ne démontre, ainsi que nous l'avons déjà fait observer , soit par rapport aux êtres ensevelis dans les couches terrestres, soit relativement à ceu.% qui sont aujourd’hui répandus sur la surface du globe, la possibilité de pareilles transformations, ni l'existence de races intermédiaires entre l'ancienne et la nouvelle création.
Note 54, pape 336.
Le nombre des volcans éteints est extrêmement considérable dans l’ancien continent, bien plus que dans le nouveau; il y est même , d’autant plus grand , qu’on examine ceux qui ont existé dans l’intérieur des terres. Auprès du bassin des mers ou dans des tics d’une petite étendue se trouvent ta plupart des volcans brûlants, du moins ceux qui lancent des laves ou des matières solides. Il n’y en a pas de pareils dans l'intérieur des terres à plus de douze lieues des mers; ce phénomène est si général que le volcan de Jorullo,au Mexique, situé à trente-six lieues de distance de l’Océan, est la seule exception connue.
Sans doute, le centre de l’Asie à plus de quatre cents lieues des mers, offre des traces de phénomènes volcaniques; mais les éruptions de ces bouches ignivomes lancent seulement des gaz ou de la vapeur d’eau. Ou n’en voit du moins jamais sortir des matières solides analogues aux laves du V’ésuve, de l’Etna ou du pic deTênériffe. D’autres phénomènes analogues ont eu lieu sur un grand nombre de points du globe; mais, lorsqu’ils sont à plus de douze lieues de l’Océan , ils sont bornés à des dégagements de gaz ou de vapeurs aqueuses.
Les formations volcaniques qui se produisent encore depuis les temps historiques sont généralement peu étendues; leur existence est éphémère, ainsi qu’on peut en juger par la courte durée de l’ilc Nérita. Ces pitons, opérés dans les points les plus bas de la surface du globe ou dans le sein des mers, prouvent, ainsi que les circonstances qui ont accompagné les formations volcaniques des temps géologiques, qu’il existe une certaine relation entre ccs phénomènes cl la présence de l’eau.
Vous avons déjà fait observer que les volcans brûlants lançant des
laves étaient généralement peu écartés des mers , et noua ajouterons qnc les formations volcaniques de l'époque géologique sont accompagnées presque constamment par des dépéts Quviatiles et lacustres d'une grande étendue. Ainsi plusieurs de ces bouclies ignivomes , qui n’ont cessé leur action qu’après la retraite des mers , n’en ont pas moins lancé leurs feux , lorsque des masses d'eau douce les recouvraient en partie. Tels sont les volriins éteints du plateau central de la France, dont les produits sont tous mélangés de dé|>éU fluviatiles et lacustres.
Il est donc de lait certain, et les nombreux foyers volcaniques éteints en srjnt du reste une démonstration assez complète pour ne pas douter que ces phénomènes perturbateurs , ainsi que les tremblements de terre, ont considérablement diminué même depuis les temps historiques. Il est facile de s'en convaincre en jetant les yeux sur les tables, qui ont clé dre.ssées, des diverses époques auxquelles les tremblements de terre se sont fait ressentir. Ces tables démontrent que ces ébranlements du sol deviennent de jour en jour moins nombreux et moins terribles. Ils ne sont même très-redoutables que dans le continent le plus récent, ou dans les des rapprochées de rAmérique.
Note 65, paf/e 330.
I.a petite éti tiiii.ie des dép<'il8 opérés sur la surface de la terre depuis les temps histo iqiiesest réellement frappante à côté du développement et de l'cxtensii n des terrains de sédiment de l'é|H)que géologique. 11 ne faut pas croi! 7 pourtant que les oprirations de la nature soient pour cela inlerronij ties, et que les causes qui ont agi aces anciennes époques aient cessé leur action. Seulement leur énergie et leur puissance sont devenues moins considérables.
£n effet, les fleuves entraineiK toujours dans le sein des mers les matériaux qu'ils ont arrachés aux continents, et ils élèvent leur fond à l’aide des limons qu’ils entraînent avec eux. I>es dépôts solides s’amassent donc dans le sein des mers, tandis qu’une partie est rejetée sur les rivages, ou ils forment des monticules plus on moins élevés de sable toujours agités et battus par les vents par suite de leur mobilité. Il en est de même dans l’intérieur des lacs. Ces limons ensevelissent dans leurs dépôts un grand nombre do corps organisés, qui s’y pétrifient, comme l’ont fait dans les anciennes eaux les corps organisés des temps géologiques.
La matière inorganique des coquille.'' abandonnées par les mollusques qui les habitent , se détruit peu à peu dans le sein des eaux ; il s’en substitue une autre plus dense et plus compacte, puisqu’elle ne
renferme plus de traces de substance organique. Souvent la matièré inorganique, substiluéeà l’anciriine, prend une forme cristalline, qui n’avait jamais caractérise la première. Quelquefois la forme du carbonate de chaux nouveau est déterminable; alors elle dépend toujours du rhomboèdre qu’affecte cette substance.
De pareils effets ont lieu par rapport aux os entraînés dans les eaux des mers ; ils y deviennent plus solides et plus denses qu’à l’état frais, par lasubstitutionqui s'y opère de la matière organique en unematière inorganique. Jusqu’à présent nous n’avons pas observé dans les ossements des substitutions aussi complètes que celles qui se présentent chez les coquilles. Mais évidemment les ossements éprouvent dans le bassin des mers des altérations analogues, c’est-à-dire qu’ils reçoivent entre les mailles de leur substance organique plus de matière inorganique que celle quly existait à l’étal de vie. Toutefois, celle matière brute ne s’y amasse point et ne s’y accumule pas en quantité assez considérable pour opérer la pétrification complète des ossements comme elle le fait pour les coquilles.
Les végétaux eux-mêmes se pétrifient comme les ossements et les coquilles toutes les fois qu’ils sont dans des circonstances favorables à la substitution de la matière inorganique. La présence d’une grande masse d'eau , comme celle qui existe dans les mers, les lacs et les grands fleuves, parait nécessaire à celte opération. Les autres conditions dépendent de la proportion de carbonate de chaux en dissolution ou en suspension dans l’eau, et des effets électriques qui en déterminent la précipitation. La lenteur de la décomposition du tissu organique n’est pas sans quelque influence sur la production de ce phénomène ; elle est avantageuse à une substitution qui s’opère molécule à molécule; car la matière nouvelle prend et Suit tous les linéaments du corps organisé, et à tel point que la pétrification n’en change ni la forme ni les caractères.
D’après ces faits, il existe une grandedilTércnceentrelesvéritables pétrifications, qui opèrent un changement total dans ^a nature et la composition du corps organisé, et les incrustations. C Iles-ci se bornent à le revêtir d’une matière inorganique qui se me;:'.-: sur eux sans pénétrer les tissus organiques qui composent le débr s qu’elles ont recouvert. Aussi, en brisant ces enveloppes extérieures p.oduitcs par les incrustations, on retrouve intact le corps sur lequel elles sont venues s’appliquer. On n’a jamais douté que de semblables dépôts ne se soient produits à toutes les phases de la terre ; mais on ignore qu'il se forme encore des pétrifications; aussi avons-nous cru nécessaire d’y insister.
Ces pétrifications sont souvent saisies par des limons meubles qui se
durcissent roinme elles dans le sein des eaux ; dès lors on peut s’étonner qu’elles n’aient pas composé des bancs coquilliers d’une certaine étendue. Cependant ces bancs nous donnent une idée de la manière dont ont été produits ceux des temps géologiques, et ils se forment assez promptement, à en juger par les roches coquillièrcs modcrne.s des bords de la .Méditerranée. Il faut donc que l’époque de leur formation ne renionle pas Irès-liatil, puisqu’elle est si peu avancée.
On ne cite guère parmi les dépôts de ce genre que ceux des ports de Messine et de Copenhague, ainsi que les roches calcaires qui , sur les cèles de la Guadeloupe, ont enseveli quelques ossements de Caraïbes, anciens habitants de cette contrée. Outre ces formations marines, on peut, à la vérité, signaler celles des environs d’Alger, caractérisées par un amas de coquilles plus considérable qu’aucune des roches coquillières des temps géologiques ; mais nulle part ces bancs, d’origine morlerne ou historique, n’ont acquis une certaine étendue ni une puissance qui puissent être comparées à celles de la moindre des couches de l’ancien monde.
Les dépôts où l’on découvre des pétrifications opérées dans le sein des eaux douces sont encore plus restreints que ceux produits depuis les temps historiques dans les eaux salées ; ils se bornent à quelques bois transformés en partie eu carbonate de chaux et en arragonite. On a cité ceux de l’Auvergne, et les poutres du pont de Trajan qui ont été silicifîées dans les eaux du Danuhe. On peut signaler encore les dépôts d’eau douce découverts dans les lacs de l’Ecosse, dépôts qui renferment une grande quantité de graines de charaignes d’eau (chara) converties en carbonate de chaux, comme celles qui abondent dans les formations lacustres des terrains tertiaires.
iVote 56, page 344. '
Des preuves physiques incontestables et des traditions positives attestent la réalité des cataclysmes qui, à une époque peu reculée, ont ravagé la surface d<? la terre. Parmi toutes les preuves du déluge, nous en rappellerons une peu connue, l'es médailles ont été trouvées <à Apamée en Phrygie ; elles représentent une eai.sse llottanl sur les eaux contenant un hoinine et une femme. \ droite, on y voit un oiseau tenant une branche entre ses pattes, et on y lit distinctement sur la face de l’arche les deux lettres grecques Kw. Ces médailles du temps de Septime Sévère ont une signification trop facile à saisir pour insister plus longtemps à cet égard. Les faits géologiques nous apprennent également que s’il peut y avoir eu plusieurs déluges, il en est un plus considé-
rable que tous les autres : celui-ci a exercé des ravages bien supérieurs à ceux que pourraient produire les plus terribles inondations actuelles.
Ce déluge, avec lequel parait avoir coïncidé le surgissement des Andes, a dissémine à la surface du globe de nombreqx et d’immenses dépéls de cailloux roulés. On leur a donné le nom de dépéts diluviens ou de diluvium, aQn de rappeler par là leur origine. La grandeur et la grosseur de ces matériaux annonceni la v ioleiice et la puissance de la cause qui les a dispersés. D’autres effets, plus gigantesques encore, semblent dépendre de cette cause, quoiqu’aux yeux de naturalistes habiles le transport des blocs erratiques fort loin de leur origine puisse plutôt être attribué à l’action des glaciers sur les montagnes élevées qu’à celle de l’eau en mouvement.
En considérant la dispersion des blocs erratiques comme un des résultats du déplacement des glaces des hauteurs, les effets diluviens n’en ont pas moins un caractère de grandeur tout particulier. Aussi, à la vue de l’ensemble de ce jihénomène ou de la dernière modiFication que la surface du globe a éjirouvée, on se demande quelles causes ont pu lui donner cette universalité.
Parmi celles qu’on lui a assignées, il n’en est pas dont l’action soit plus aisée à comprendre que le surgissement subit des grandes chaînes de nioidagnes. L’n pareil changement de niveau dans une si grande quantité de matière solide a dù faire éprouver un notable changement au niveau des eaux, et par conséquent les distribuer d'une manière fort inégale sur les diverses parties de la terre. Mais les chaînes de montagnes de l’ancien continent, telles que l’Hiraalaya, les Alpes et les Pyrénées, avaient atteint leur hauteur actuelle lorsque le déluge a exercé ses ravages. Par conséquent leur exhaussement y a été sans effet.
Une chaîne du continent le pins nouveau de l’Amérique parait avoir été exhaussée presque simultanément avec le dernier grand cataclysme, à en juger par la position des dépôts diluviens qui sont à sa base. L’étendue et la hauteur des .\ndcs qui parcourent du sud au nord toute la longueur du continent américain, en s’élevant d’une manière subite, a dù produire un violent mouvement au milieu des eaux, du sein desquelles elles se sont exhaussées. Par suite de cette action, l’Océan a dù refouler une partie de scs eaux vers l’ancien continent, et y proiluiredes effets d'autant plus terribles que la cause qui les opérait était instanlanée.
Si les dépôts diluviens avaient été le résultat d’une irruption marine, ils devraient présenter quelques restes organiques propres à déceler
lenr origine. Les cailloux ronli^s qui composent la plus grande partie du diluvium ne devraient pas être semblables par leurs formes à ceux que charrient les eaux courantes. Ils seraient analogues aux galets aplatis plus étendus dans le sens de leur longueur que dans celui de leur largeur , que les mers rejettent sur leurs rivages. Si ces cailloux avaient été entraînés et ballottés par les eaux des mers, ils ne présenteraient point la forme globulaire qui caractérise les galets des dépôts diluviens.
Ces matériaux transportés devraient être beaucoup plus mélangés , c’est-à-dire qu’ils devraient appartenir à toutes les régions. Leur direction ne serait pas non plus bien déterminée ; on ne pourrait pas arriver jusqu’à leur point de départ. On ne trouverait pas la moindre coïncidence entre la nature des roches qui composent les cailloux roulés des dépôts diluviens et celles des pays voisins des lieux où ils ont été disséminés. En effet , la distribution des galets du diluvium diffère souvent dans des localités assez rapprochées les unes des autres, et dans ces variations il existe un rapport entre eux et les roches des montagnes les moins éloignées.
Dès lors, quoique les cataclysmes qui ont ravagé la surface du globe aient agi d’une manière générale, ils n’en ont pas moins produit des effets analogues à ceux des inondations partielles exercées par des eaux courantes. Ces particularités se font remarquer dans les dépôts diluviens du midi de la France; ceux-ci varient pour ainsi dire à chaque pas, et se montrent à peu près constamment en rapport avec la nature des roches des localités environnantes. Lorsque ces dépôts ne présentent pas une pareille harmonie, on peut remonter jusqu’à leur origine et reconnaître leur point de départ.
Les blocs erratiques, dont les roches n’ont rien de commun avec celles des pays où ils sont disséminés, mais dont la direction est assez bien déterminée, permettent d’arriver jusqu’aux contrées d’où ils sont partis. -Mais rien dans les limons qui les accompagnent ni dans ceux des dépôts diluviens proprement dits, n’indique l’action des eaux salées dans leur Iratisport et leur dispersion.
Le diluvium n’a donc pas été disséminé sur la surface de la terre par une irruption marine, mais par l’action des eaux douces fortement agitées. Dès lors, le surgissement de la Cordillère des Andes, quoiqu’il ait dérangé le niveau des mers, n’a pas dù produire un grand effet sur des inondations du genre de celles des anciens cataclysmes , puisqu’elles ont été opérées par des eaux dont le cours devait être irèsimpétueux.
Il faut donc chercher l’explication de ce phénomène dans une tout
autre cause. Parmi celles qui peuvent avoir produit ies déluges sur l'existence et la réalité desquels toutes les nations sont d'accord, il n’en est pas de plus naturelle que l'excès d'eau qui se trouvait dans l'atmosphère des temps géologiques. Cette surabondance de vapeur aqueuse a dû se précipiter par suite de l’abaissement de la température que tant de faits établissent. Seulement cet affaiblissement, comme la plupart des phénomènes du globe, ne semble pas avoir été instantané. Il s’est opéré, au contraire, avec une certaine lenteur. Il est possible cependant qu’à l'époque où la terre a été ravagée par les déluges , la température soit arrivée à ce terme, au delà duquel des masses d’eau considérables ne pouvaient plus rester à l’état de vapeur dans le bassin atmosphérique.
Ainsi, quoique l'affaiblissement de la chaleur du globe se soit effectué par degrés, la précipitation de la vapeur d'eau itcut avoir eu lieu d’une maniè.'e prompte et rapide; car sa dissolution dans l’air dépend essentiellement de la température. On peut concevoir dès lors la grandeur de ces anciennes inondations, et même présumer, d'après la proportion de vapeur vésiculaire disséminée dans l’atmosphère, que de pareils cataclysmes sont désormais à peu près impossibles.
Pour s’en assurer, il suffit de déterminer la vapeur d’eau disséminée dans l’air atmosphérique, quantité plus considérable sous les tropiques que dans les régions tempérées. En effet, elle compose environ les 50 millièmes de la portion de l’atmosphère qui la contient dans les premières de ces régions, et environ les l6ou les 17 millièmes dans les dernières. Si donc cette vapeur venait à se précipiter en entier dans le même moment, elle produirait sur la surface du globe une lame d’eau de 9 à 10 centimèires d’épaisseur. Il faut bien observer que cette moyenne a été déduite d’après la supposition que la vapeur d’eau compose dans nos climats les 9 millièmes de l'air atmosphérique.
Lors même qu'on la porterait au double, l'épaisseur de cette couche d’eau serait beaucoup trop faible pour produire des déluges analogues au dernier cataclysme dont les faits physiques nous attestent la grandeur et la violence.
La quantité d’eau plus considérable de l’atmosphère des temps géologiques, comparée à celle que l’on y découvre maintenant, est démontrée par un assez grand nombre de faits. D’abord, l’étendue des mers était plus considérable, et le nombre des lacs était aussi pour lors plus grand . Par conséquent, les eén liquides étaient en excès et la chaleur en même temps plus forte; l’atmosphère devait tenir en dissolution plus de vapeur d’eau.
La végétation des temps, qui offrait des circonstances aussi favorables
à sou (léveloppenieiit, a acquis une vigueur qui n’a pas été surpassée depuis lors. I^s animaux aquatiques sont également parvenus à des dimensions supérieures à celles <les espèces actuelles. Les pluies des temps géologiques, qui ont laissé sur les roches de l'ancien monde des traces do leur présence, nous disent assez la grandeur de leurs effets. La violence des pluies des tropiques nous en donne à peine une idée. Les empreintes qu’elles ont laissées sur les roches de l'ancien monde, comparées .à celles que produisent sur le sol les grandes ploies tropictiles, n'ont pas présenté la moindre différence, si ce n’est que les premières ont été opérées par la chute de plus grandes masses d’eau.
Ces faits nous indiquent quelles causes ont pu produire les violentes inondations des temps géologiques et surtout le déluge qui les a surpassées en grandeur et en généralité. Ils nous font concevoir pourquoi l’arc-en-ciel ne s’est manifesté qu’après ce grand éaénement physique. Des raisons du même genre empêchent ce phénomène de présenter ces brillantes couleurs au milieu des régions tropicales, où les pluies sont aussi aiwndantes que violentes. Ces faits nous apprennent enfin que, comme les autres phénomènes perturbateurs, des inondations pareilles à celles du dernier déluge sont désormais impossibles.
La science bien interrogée tient dune le même langage que celui dont les paroles ne sauraient nous tromper: Tant que la terre durera, la tevience et ta moisson, le froid et le chaud, l’été et l'hiver, la nuit et le jour ne cesseront point de se suivre et de se succéder.
Note 57, page 347.
On trouve une confirmation de ce que nous venons d’avancer dans la marche de l’évaporation qui détermine 1» proportion de vapeur aqueuse disséminée dans l'atmosphère. Si le retourde l’eau sur la terre dépend de celte cause, il est évident que si l’évaporation sc maintient ici-bas dans des limites qu'on ne lui voit jamais dépasser, les pluies doivent être dans un état particulier d'équilibre. L’observation cl l'expérience nous apprennent en effet qu’elles sont proportionnées à la quantité d’eau qui sc vaporise.
Celle quantité est égale dans le cours d’une année à une lame d’eau d’environ un mètre d'épaisseur. Ce rapport est sans doute variable, puisqu’il dépend de la température de la pression, et du degré de siccité de l’atmosphère et de son agitation. Mais, comme les variations de CCS différents effets sont exlrcmemenl limitées, la proportion que nous avons fixée h la masse d’eau qui s’évapore en un au est une moyenne assez rapprochée de la vérité.
Ce nombre prouve combien est restreinte l’évaporation de l’eau dont l’étendue est cependant si considérable à la surface du globe; aussi estelle moindre dans les couches liquides du bassin des mers, qu’elle ne l’est sur les masses d’eau répandues sur les continents, les premières s’échauffant beaucoup moins que les secondes.
La petite élévation à laquelle parviennent les nuages, moins grande, à ce qu'il parait, dans les atmosphères océaniques que dans les atmosphères continentales , est encore une preuve de la petite quantité d'eau qui entretient celle qui retourne sur la terre en forme de pluie.
Nous savons peu de chose sur la hauteur ordinaire des nuages, qui se forment au sein des atmosphères continentales et loin des montagnes. Cependant .M.Gay-Lussac parvenu dans son voyage aérostatique, à une hauteur de 1,800 mètres, vit des nuages aussi élevés au-dessus de lui, que les nuages ordi naircs le paraissentau-dessns de la terre. A insi les derniers nuages dépasseraient p*;u dans nos climats, 3,600 mètres. Mais en terme moyen on n’en découvre presque pas au-dessus de 2,800ou 2,900 mètres. Les nuages atteignent rarement la cime du Mont-Blanc; ils arrivent rarement auprès des approches de cette montagne ou sur celte montagne à 5,000 mètres ; ils se maintiennent assez constamment à 1,800 mètres au plus d’élévation.
Leur hauteur est cependant plus considérable dans les régions équatoriales. M. deHumboldla fixé pour dernière limite aux nuages les plus légers, nommés moulons à raison de leurs formes et de leur blancheur, » 7,796 mètres. Mais ils parviennent peu à un pareil niveau; on peut fixer leur plus grande élévation, en terme moyen, à 3,500 mètres ou 4,500 mètres au plus.
Or, comme la haulcur totale de l’atmosphère est de 100,000 mètres, les phénomènes atmosphériques relatifs à la vapeur d’eau, se passeraient dans une épaisseur de couches d’air qui n’en serait que la vingtième partie dans les climats tempérés, et environ Ta qffîflïième partie de sa hauteur totale dans la chaîne des Andes. Ainsi la zone atmosphérique dans laquelle la vapeur d’eau est disséminée en quantité assez sensible, (wur y produire des nuages ou ces amas de brouillards épais suspendus à diverses hauteurs dans fair, est loin d’être fort étendue ainsi qu’on serait tenté de le supposer.
Cette zone est plus restreinte, lorsqu'on porte son attention sur la haulcur moyenne des nuages répandus dans les atmosphères océaniques. La détermination de ces dernières hauteurs obtenues peiidanl la campagne de la Vénus est tout ce que nous en savons. Le résultat moyen qu’elles ont donné aux officiers de cette frégate relativement aux nuages qui se forment dans la région des ventsaliiÈ^, tant dansl’Océan
Atlantique qu’au milieu de la mer du Sud, s’est toujours trouvé compris entre 900 et 1,400 mètres. La limite extrême de 1,400 mètres a été observée le iO février 1838 par IS^jO " de latitude australe, et 109“,5' de longitude occidentale.
Ainsi, en prenant une moyenne entre ces deux nombres, la plus grande élévation que les nuages atteindraient au-dessus de l'Océan ne serait guère que la centième partie de l’atmosphère. Leur hauteur est donc inférieure à celle des nuages des atmosphères continentales.
Note 58, page SWT.
Outre les eaux liquides de la surface du globe, on en découvre dans l’intérieur de la terre. Les faits les plus positifs démontrent l'existence des eaux .souterraines ou inléi ieures ; car partout où l’on creuse, on découvre de l'eau liquide, du moins à une certaine profondeur.
Ces eaux souterraines sont de deux ordres : 1° les profondes ou constantes ; 2- les superlicielles ou accidentelles. Les dernières, les plus rapprochées de la surface, semblent être alimentées par les pluies et les inültrations. Aussi ne sont-elles jamais pérennes, et les masses d’eaux qu’elles déversent au dehors sont aussi variables que la cause qui les produit. Les premières, ou les profondes, paraissent plus indépendantes des causes extérieures et dépendre de bassins intérieurs plus ou moins considérables ; par cela même, elles ne tarissent jamais et fournissent les plus grandes quantités d’eau.
Les sources fournies et alimentées par ces eaux profondes proviennent probablement des rivières et des lacs qui se trouvent dans l’intérieur de la terre en nombre tout au moins égal h celui des masses d’eaux courantes et stagnantes. Aussi , lorsqu’on s’enfonce profondément, ou découvre de noiubceuscs rivières souterraines. Un peut citer celle qui a été recounue auprès des mines de houille du Vigan, et de plomb de Bleny-.Nant , près de Mold , dans le Flintshire en Angleterre. Cette rivière alimente la célèbre fontaine de Saint-Vinifred- ■Well à Uolyyrell, éloignée de douze milles de la mine de plomb d'' Bleny-Nent.
Les puits artésiens, qui donnent des masses d’eau assez considéra' blés pour former dès leur sortie des torrents ou même de véritabh rivières, sont encore une preuve frappante de l’existence des fleuve;, souterrains; peut-être sont-elles le résidu des eaux qui ont tenu er< dissolutionnu en suspension les terrains de sédiment. L’existence des eaux courantes ot stagnantes intérieures peut ‘ expliquer ce qu’es'; derena l’excès d’oau qui se treuvait dans les temps géologiques à la
surface du globe ; l’cpaisseur des depots scdinicntaircs nous démontre assez la grandeur et la puissance de ces eaux aujourd’hui refoulées dans le sein du globe.
D’autres faits confirment la réalité de ces cours d’eau intérieurs. Ainsi -\1. Fodéré , en étudiant les causes naturelles des inondations extraordinaires de 1H24 dans les pays arrosés par le Rhin , surtout aux environs de Strasbourg, et qui curent lieu dans une partie de la France, en Uollande et en Russie , s’est convaincu qu’elles ne pouvaient pas être l’effet des pluies, puisque ces inondations les avaient précédées. Elles paraissent, d’après lui, avoir été le résultatd’une série de secousses de tremblements de terre manifestées depuis 1820. Ces commotions furent assez fortes pour opérer des affaissements de terrains et enfin la destruction de quelques édifices comme ceux des villes de Cldros .et de Kaisoul.
Ces phénomènes supposent des vides dans l’intérieur du globe; les 'liquides souterrains s’en échappent par l’effet des contractions des couches terrestres, et ils se déversent au dehors en nappes souvent assez abondantes pour former des torrents ou meme de véritables rivières.
L’existence des eaux souterraines, dont les réservoirs sont si étendus que leur masse est à peu près indépendante des eaux pluviales, coïncide d'une manière parfaite avec les lacs des grandes élévations, qui ne reçoivent aucun affluent et conservent néanmoins leur niveau, îivideminent les pluies ne peuvent pas les entretenir dans un état (l’équilibre constant; l’eau qu’elles y déversent étant insuffisante, ces réservoirs doivent la constance de leurs niveaux à la cause première qui les a formés. Cette cause est en effet indépendante des affluents; elle parait avoir opéré ces amas d’eau intérieurs, dont les observations réoentea «009 ont lait connaître l'importance et la grandeur.
Los eaux courantes ou stagnantes suuierratiies sont luurâ fait îndé-" pendantes des pluies; en effet, leur abondance croit avec la profondeur, comme leur température. Il en serait différemment si elles dépendaient de cette cause. On assure qu’il en est ainsi, même sous les tropiques. I/CS pluies y sont cejvendant si considérables, qu’elles ont exigé une végétation toute particulière pour en atténuer les effets. Elles tombent sur le sol avec une force si prodigieuse, que, sans les feuilles larges et épaisses des plantes équatoriales, l’humus en aurait bieiitùt disparu ; le sol ainsi dénudé n’aurait bientôt plus été propre à la végétation. Mais, si d’aussi grandes masses d’eau que celles qui tombent dans les contrées tropicales ne font pas varier d’une manière sensible les sources intérieures, leur abondance doit être extrême, quelque
étendu cl quelque r.ipide que puisse eu être le cours. Ainsi s’explique l'cquilibre dans lequel se maintiennent les eaux soutcrraities, dont la constance est d'autant plus frappante qu’on les examine dans les couches les plus profondes de la terre.
Note 59, page 349.
Il n’existe presque plus de contrée où l’homme n’ait porte ses pas. Des voyages ont été exécutés récemment dans les régions les plus reculées. On peut encore s’en assurer en considérant le nombre des hommes qui peuplent aujourd’hui la surface de la terre. Sans doute, ee nombre ne nous est point connu avec une grande exactitude; mais le chiffre qui le représente peut nous donner une idée de la population du globe. Ce chiffre en porte le total à plus de sept cent millions, répartis de la manière suivante :
Population. Habitants par lieue carrée de SS au degré.
Europe 227,700,000. . . . 472.
Asie 390,000,000. . . . 184.
Afrique 60,000,000. ... 40.
Amérique 59,000,000. ... 20.
Océanie (en y comprenant leslles delà Sonde). 20,000,000. ... 37.
La population, plus ou moins nombreuse d'un pays, dépend moins de son climat et de son étendue que de la civilisation de ses habitants. Dans l’empire britannique, on compte 1,480 habitants par lieue carrée; dans la France, 1,200 pour la même étendue. Prusse n’en a que 893, et la Russie en offre à peine pour la même superficie 202 . Daii.s les possessions asiatiques de relte dernière puissance, il n’existe guère plus de 46 habitants par dix lieues carrées; dans la Xnuvelle-Hollande orientale, on n’évalue leur nombre qu’à environ 23 par cent lieues carrées, c’est-à-dire pour un espace qui en France serait peuplé par près de 120,000âmes.