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êliT au-dossous de -f- 2^“, c’est-à-dire qu’elle se maintenait entre ce terme et ‘r 25°. Or , comme la température moyenne du Caire <!8t' d(! -h 22°, et que Jérusalem se trouve plus au nord d’environ 2 degrés , deux degrés de latitude correspondant sous ces climats à une variation d’un demi à trois quarts de degré du tliermoinètre centigrade , la température de cette ville devait être peu supérieure à + 21". La moyenne des Limites entre les points extrêmes où la datte mûrit, et ceux où la vigne prospère encore en grande culture, nous donnerait + 23°, nombre exagéré , et que nous pouvons réduire d’après certaines circonstances locales d’environ un degré et demi. Ainsi la température moyenne des premiers âges historiques aurait été en Palestine ce qu’elle est maintenant, c’est-à-dire égale à 21", 5.
D’après ces simples phénomènes de végétation , la température n’a pas été sensiblement altérée depuis Moïse, ou depuis plus de 3,000 ans. 11 n’y aurait donc eu depuis lors aucun changement aux propriétés lumineuses et calorihcjues du soleil. Nous avons déjà prouvé, en traitantde la couche liquide, que d’autres faits non moins positifs cernduisaient à la même conséquence et en démontraient l’exactitude. Certaines données agronomiques semblent en démontrer également la justesse. Ainsi la culture du blé, généralement établie dans toute la Palestine, sullit pour indiquer que
la température de cette contrée ne devait pas surpasser -i” 24° à + 25°. D un autre coté, les arbres à baume de Jéricho marqueraient pour limite inférieure à la chaleur de cette contrée +21°, ou + 22». Etifm les Juifs célébraient du temps de Moïse la fête des tabernacles ou des vendanges , vers le mois d’octobre j aujourd’hui la fin de septembre ou le commencement d’octobre est l’époque où l’on recueille les raisins dans les environs de Jérusalem , et où l’on fait le vin. D’après ces faits, le climat de la Palestine serait le même depuis les temps les plus reculés ; d’autres observations non moins précises nous apprennent que les climats de l’Europe n’ont pas éprouvé non plus de variations.
11 est également certain que plusieurs parties de la France ont conservé la même température et n’étaienf pas plus froides jadis qu’actUellement. Strabon nous a donné la ligne des Cévennes comme la limite septentrionale , où le froid arrête les oliviers ; cette limite est encore la même. D’autres parties de l’Europe n’étaient pas plus chaudes autrefois que de nos jours.
Les Grecs apportèrent le dattier (cordia myxd) dé Perse dans leur patrie. Suivant Théophraste, cet arbre n’y donna point de bons fruits, et cependant la datte, sans atteindre à sa maturité complète à l’île de Chypre, y est pourtant mangeable. La chaleur dont cé
fruit a besoin pour arriver à une parfaite maturité lui manquait donc dans les premiers temps.
S’il faut en croire Théophraste et Pline, les plaines de Rome étaient couvertes de hêtres. La température la plus forte que ces arhres peuvent supporter, et qui leur permet de végéter avec vigueur, üe dépasse pas + 10*’ centigrades. Or, comme la température moyenne de cette villeestprès de + 4 5®, 5, il estprohable qu’il ya eu erreurdans la traduction du mot latin, qui se rapportait à un tout autre arbre qu’au hêtre commun {Jàgus sjlvatica des botanistes). Du moins, au dire de Pline, le laurier et le myrte y croissaient avec vigueur, et cependant ces arbres ne prospèrent pas ensemble dans les mêmes lieux. Ces deux derniers végétaux supposent aux contrées où ils croissent une température moyenne de + 1 3® ou + 1 4®, bien supérieure à celle qui convient au hêtre.
Pline nous apprend encore que le laurier et le myrte prospéraient dans toute l’Italie moyenne , même à quelque élévation sur le flanc des montagnes. Or ces végétaux n’y dépassent pas maintenant la hauteur de 400 mètres, d’où l’on pouvait conclure que l’ancienne Rome ne devait pas être sensiblement plus froide que Rome moderne. Il parait également qu’elle n’était pas plus chaude, d’après ce que dit Pline des lieux où croissaient les lauriers. Us y mouraient en effet quelquefois j dés lors la température moyenne
ne devait pas surpasser de beaucoup + 13®; car la végétation habituelle du laurier et du myrte annonce 1 4 degrés au moins, et la mort de ces végétaux nous donne un nombre peu au-dessus de + 1 3®.
Ces deux quantités se concilient parfaitement avec la supposition d’une température moyenne constante, laquelle ne parait pas avoir dépassé + 15®,5. L’époque des vendanges dans la campagne de Rome , telle qu’elle est déterminée par Varron, conduit également à la même conséquence, et fait supposer à cette partie de l’Italie la chaleur que nous lui avons attribuée.
Ce que nous venons de dire du climat de la campagne de Rome peut également s’appliquer à la Toscane. La constance de la température de cette dernière contrée a été démontrée par les recherches auxquelles M. Libri s’estlivré. Ce géomètre a compulsé les registres du P. Raineri ehargé dans le xvi' siècle, par l’académie del Cimento, de faire des observations thermométriques en Toscane, et il en a déduit les mêmes conséquences. La comparaison des maxima et des rninima, rapprochés des observations des écoles pies de Florence, prouve que le déboisement des montagnes opéré depuis une soixantaine d’années n’a amené en cette contrée, contre une opinion presque générale, aucune diminution sensiblede température.
En effet, au xv!*" siècle, la chaîne des Apennins était
couverte di‘ forêt» j cependant, dan* l’espace de 1 6 années (16G5 à 1680), leP. Rainerivitson thermomètre à — 5^, une autre à — 5“,6, une troisième à — 9°,4, et enfin une quatrième année à — 12", 9, Ces froids excessifs n’ont pas même été atteints, dans l’hiver extraordinaire de 1829 à 1830. Ainsi le déboisement des montagnes de la Toscane n’a eu nullement l’effet qu’on lui supposait, c’est-à-dire d’en abaisser la température. Le climat de celte contrée ne parait pas en avoir été affecté ; on peut en dire autant d’une fouie d’autres causes dont on a gratuitement exagéré l’influence.
M. Edmond Biot est arrivé au même résultat en étudiant pour une même zone de la Chine , dans les temps anciens et modernes, les plantes habituellement cultivées, l’époque de l’éducation des vers à soie , celle de l’arrivée et du départ des oiseaux voyageurs, et diverses circonstances météorologiques. La parfaite identité de ces phénomènes aux mêmes époques indique que la température de la zone qu’il a étudiée autour du 35" parallèle n’a pas sensiblement varié depuis la plus haute antiquité.
Ce savant a extrait ses données , pour les temps modernes , des relations des missionnaires et des voyageurs européens , et pour les temps anciens, des livres sacrés, le Chi-King et le Choii-King, d’un ancien calendrier des Hia , et d’un chapitre du vieux livre
Tscheou-Chou. Ainsi , d’après ces données et les limites fixées parles anciens livres chinois (et par exemple le Chi-King traduit parle P. la Charme , missionnaire) à la culture du mûrier, du riz, de l’oranger et des autres végétaux , il n’y a eu rien.de changé dans l’époque de leurs récoltes.
Ces recherches ont fait connaitre des analogies dans les phénomènes de la végétation , qui sont autant d’indices en faveur de la constance sensible de la température depuis les temps anciens dans la zone étudiée et actuelle.
Divers passages du Chi-King montrent que l’éducation des vers à soie était habituelle dans cette même zone dès le x.'* ou le xii® siècle de notre ère. Or, comme pour une même partie de la Chine ces éducations commencent dans le même mois aujourd’hui et daus les temps anciens , il s’ensuit que la température ne doit point avoir varié. L’époque ou commençait l’éducation des vers à soie est fixée aux premiers jours d’avril par un calendrier rural, connu sous le nom de calendrier des Hia ; ce document très-ancien se rajvporte à la vallée du fleuve Jaune , cultivée par arrosement. Or, précisément à la même époque, commence actuellement l’éducation des vers à soie, dans la partie centrale de cette contrée qui donne la plus grande quantité de ce produit.
L’identité de l’époque de l’éducation des vers à soie
est une preuve très-forte en faveur de la constance du climat dans cette zone. La probabilité de ce fait physique peut encore être confirmée pour les divers mois de l’année par l’identité des époques assignées] aux principaux travaux de l’agriculture dans les temps anciens et modernes , et par la similitude des phénomènes indiqués comme spéciaux à chaque saison, par des documents rédigés à plus de deux mille ans d’intervalle (note 47).
Il en est de même de la zone entière de l’Asie, comprise entre les 32' et 30' parallèles. Toute cette zone offre une constance sensible dans sa température , depuis les temps les plus anciens où elle a été habitée. Cette constance a été rigoureusement constatée pour la Palestine, et d’une manière probable pour la Chine centrale.
11 est donc établi, par tous ces faits, que les climats terrestres sont et restent à peu près invariables ; en effet, l’oscillation extrême des températures moyennes annuelles ne varie pas d’une année à l’autre de plus 1 ° à 2“ du thermomètre centigrade.
On ne pourrait pas supposer le contraire, de ce que des animaux dont les analogues ne vivent plus aujourd’hui .que dans les régions tropicales ont été découverts sous les glaces de la Sibérie, avec leurs chairs, leurs poils et leurs téguments, circonstances qui semblent indiquer un refroidissement instantané.
Digiîircn ■.•y
Remarquons d’abord que ces faits, antérieurs aux époques historiques, se sont passés dans la période géologique; par conséquent, ils ne peuvent rien nous apprendre sur les changements qui pourraient avoir eu lieu depuis la première de ces périodes.
Mais, en admettant le contraire, elle ne saurait indiquer un refroidissement dans cette partie de l’Asie. La conservation de ces animaux s’explique par le froid qui règne dans la terre à 5 ou 6 pieds de profondeur, au milieu de la chaleur des étés actuels. La température de l’air étant de + 25° à + 30°, M. de Humboldt a trouvé, entre les 54° et 58° de latitude , quatre puits peu profonds sans reste de glaces sur leurs bords , dont la température était de — 2°,6 à — 1°,4. Le sol reste gelé à 12 et à 15 pieds de profondeur, au delà du parallèle de 62° dans les steppes, et même de celui de 60° dans des lieux assez peu élevés. Ainsi, dans toutes ces contrées, la glace souterraine est un phénomène général.
Le sol de la Sibérie n’est , dans aucune saison , dégagé de glace ; il ne se montre souvent flexible qu’à la profondeur de 127 ou de 128 mètres. Cette immense épaisseur de terre gelée prouve qu’il doit être depuis longtemps dans les mêmes conditions. Aussi les cadavres ensevelis à une certaine profondeur s’y conservent sans se décomposer.
Malgré ces conditions, les lions de l’ancienne
Grèce , le tigre royal de la Dzoungarie , la panthère irbis ou à longs poils , parcourent ces latitudes élevées. Ces animaux nous expliquent pourquoi les pachydermes à poils longs et épais , dont les espèces différent totalement des races actuelles , ont pu habiter des régions encore plus boréales.
Or , sj pendant un été sibérien une des dernières modifications du globe a fait périr les éléphants et les rhinocéros d’espèce perdue , qu’on peut supposer avoir été errants à cette époque vers les bords du Vilhoui et l’embouchure de la Léna, leurs cadavres y ont trouvé à la profondeur de quelques pieds d’épaisses couches de terre congelée , capables de les garantir de la putréfaction.
De légères secousses, des crevassements du sol, bien moindres que ceux qui ont lieu de nos jours sur le plateau de Quito et dans l’Archipel, ont pu facilement les enfouir. Dés lors, la supposition d’un refroidissement subit n’est pas nécessaire pour concevoir comment l’éléphant et le rhinocéros ont été trouvés avec leurs chairs et leurs téguments sous les glaces du pôle. Si les tigres, qui s’avancent à plus de cent lieues au nord au delà du 40' degré de latitude, arrivaient dans la Sibérie jusqu’aux parallèles de 62® à 6.5", ils pourraient, par l’effet d’éboulements ou d’affaissements du sol ou d’autres circonstances analogues, offrir dans l’état actuel des climats asiatiques, des
phépoménesde conservation semblables à ceux qu’ont présentés le mammouth de M. Adams et le rbinocéros du VUboui.
Quoi qu’il en soit, l’état d’intégrité des restes de ces derniers n’est point une preuve que la température de la surface du globe ait éprouvé quelques variations depuis les temps historiques. Tout au plus annoncet-il que cette température n’a pas été constamment la même aux diverses époques géologiques, et que son abaissement a été un phénomène, non pas instantané , mais successif.
Pour expliquer la présence des cadavres presque entiers des rhinocéros sur les bords du Vilhoui ou celle des éléphants de la Léna dans les régions glaciales, il est inutile d’avoir recours au choc de la terre par une comète. Lors même que cette supposition pourrait être admise , elle ne pourrait expliquer ces faits. Si la Sibérie s’était trouvée aux époques géologiques dans le voisinage de l’équateur : un renflement liquide de plus de cinq lieues d’épaisseur produit par le mouvement rotatoire de la terre l’aurait pour lors recouverte. Après cette circonstance, on se demanderait où se seraient rencontrés les éléphants et Icsrhinocérosque tous les faits prouventyavoirréellementvécu.
Quelque ingénieuse que soit l’hypothèse de M, Elie de Beaumont, pour expliquer la présence de ces animaux au milieu des glaces polaires, elle est moins
fondée que celle de M. de Humboldt. Du reste, la première se rattache au système à l’aide duquel M. de Beaumonta fait concevoir la formation des montagnes.
Ainsi, d’après lui, la chaîne du Tun-Chan aurait été soulevée en hiver dans un pays dont les vallées nourrissaient des rhinocéros et des éléphants. Les montagnes qui composaient cette chaîne étaient pour lors couvertes de neiges. Les vapeurs chaudes sorties de la terre au moment de cette effroyable convulsion du sol ont dù fondre en partie ces neiges. L’absorption de la chaleur qui en a été le résultat a amené peu à peu la température de l’air au-dessous de zéro. Cette température aurait produit également les courants d’air établis par la fonte des neiges.
Ces courants, entraînant avec eux les cadavres qui se trouvaient sur leur passage, les ont transportés en huit jours, ou en moins de temps encore, avant que la putréfaction pût s’en emparer, dans les parages de la Sibérie. La gelée les a ensuite saisis elles a conservés dans l’état d’intégrité où nous les rencontrons. Mais nous le répétons, pour faire concevoir ces phénomènes, il n'est point nécessaire, ainsi que l’a fait observer M. de Ilumlwldt, d’avoir recours à des hypothèses gratuites, puisqu’ils s’expliquent de la manière la plus simple et la plus naturelle. En effet, la présence de ces cadavres, (jui conservent encore leurs téguments, leurs chairs, leurs poils, tient à ce
que, lorsqu’ils ont été transportés dans la partie la plus septentrionale de l’Asie , des éboulements les ont enfoncés dans un sol glacé. De pareils événements, s’ils avaient encore lieu , nous présenteraient, au bout de plusieurs siècles, les animaux de notre époque aussi intacts que ceux dont les glaces de la Sibérie nous ont conservé les restes.
Ainsi , par rapport à ces opérations des temps géologiques, on ne peut pas prétendre avec fondement, que les lois de la nature ont été interrompues, et qüe de pareils phénomènes ont dù être opérés par des causes en dehors de celles qui agissent sous nos yeux. Les lois de l’ancien monde n’ont jamais été différentes de celles du monde actuel, et à aucune époque la nature ne s’est écartée du plan d’unité qu’elle s’est formé dans la confection des choses créées.
L’influence de la diversité des effets de la pression n’est pas moins sensible sur l’état des corps que celle de la température. Une augmentation de pression peut faire passer certains gaz à l’état liquide, liquiditéqu’ils perdent à la vérité bientôt, par une faible augmentation dans la température, ou par la suspensioii de la force qui les aurait comprimés.
Si de pareils gaz, devenus liquides paruneaugmentation de pression, comme on peut supposer celle qui existe dans l’intérieur de la terre, reprenaient rapidement leur forme gazeuse, soit par l’action de la cha-
leur, soit par une diminution dans la pression , il en résulterait nécessairement de violentes explosions. Si, par exemple, une chaleur considérable venait à agir sur l’acide carbonicpie liquide renfermé à l’état libre dans des roches situées à de petites profondeurs , ou sur celui qui s’y trouve en combinaison à l’état solide, les couches de la surface seraient fracturées et disloquées, leur résistance étant moindre que la force expansive des gaz échauffés dans l’intérieur de la terre.
Les grandes fentes et les inégalités que l’on rencontre de toutes parts à la surface du globe paraissent dues à ces causer ; elles nous indiquent les effets de la pression et de la température sur l’état des corps. Ces dislocations ne peuvent avoir lieu sans que le sol ne Hotte en quelque sorte sur des matières fluides ; elles ne sauraient non plus se concevoir que par l’existence de matériaux échauffés et susceptibles d’une grande expansion situés au-dessous des parties exhaussées.
Ces phénomènes sont analogues à ceux qui se passent dans un bassin gelé, où aucun déplacement ne saurait avoir lieu, si la totalité del’eau qu’il renferme est changée en glace; tandis qu’il en est tout le contraire lorsque la surface seule est consolidée.
Ainsi le rayonnement delà chaleur et la tendance de la croûte solide extérieure à se conformer à la surface fluide inférieure ont paiement contribué, dès le
principe de la consolidation du globe, à produire à sa surface les inégalités qui la sillonnent de toutes parts. Ces effets n’ont plus lieu maintenant d’une manière sensible , par la constance presque rigoureuse de la température de l’écorce de notre planète. Sans doute, l’enveloppe solide qui constitue les couches terrestres diminue constamment quoiqu’elle ne cesse pas d’em* brasser la masse interne, dont la chaleur décroît continuellement. Cette diminution, qui suit l’affaiblissement de cette dernière cause, marche avec une extrême lenteur; aussi n’en apercevons-nous pas les résultats, tant ils sont minimes quant à la forme et à la constitution physique du globe.
Ce qui prouve combien ces causes sont restreintes dans les actions qu’elles produisent, c’est la permanence du jour sidéral. En effet, lorsqu’un corps solide tourne sur son axe , la somme des produits de chaque molécule par sa vitesse et sa distance à l’axe, est constante. Si la terre ou plutôt sa surfaee se refroidissait continuellement , son volume diminuerait d’une manière sensible, et elle tournerait plus vite* La durée du jour sidéral éprouverait une diminution d’autant plus considérable que la vitesse de translation serait plus grande. Or, comme depuis les temps les plus reculés on n’a pu constater aucun changement dans cette durée , il s’ensuit que les causes qui pourraient y opérer des variations ont cessé tout à fait*
11 est donc rationnel d’en conclure que la température et la pression sont arrivées à un état fixe à la surface du globe, stabilité vers laquelle elles ont probablement tendu dès l’origine des choses. Ainsi il n’est aucun fait positif, duquel on puisse induire que la chaleur solaire a varié avec le temps. Si elle éprouve la moindre différence , elle doit être bien légère ; car on n’a point encore constaté le refroidissement dans aucun climat.
Seulement, d’après des données qu’Herschel ne nous a pas fait connaître, il a avancé que l’effet thermométrique direct des rayons solaires est de 48®,8 au cap de Bonne-Espérance, tandis qu’en Europe il ne dépasserait pas 29°, 5. Il faut bien observer que, dans les expériences qui ont conduit Herschel à admettre un pareil résultat , il plaçait ses thermomètres à l’abri de tout rayonnement terrestre; car l’on sait que les instruments qui en éprouvent les effets s’élèvent dans les contrées tempérées jusqu’à + .53“. Cette circonstance annonce combien les nombres adoptés par ce grand astronome sont au-dessous de l’effet total ressenti par les instruments météorologiques.
Du reste, quelque grandes que paraissent les quantités de chaleur que le soleil nous envoie, elles sont cependant loin d’être la totalité de celles qui parviendraient à la terre si elle était privée de son atmosphère. En effet, quand cette dernière a toutes les
apparences d’une sérénité parfaite, elle absorbe encore prés de la moitié de la totalité de la chaleur que le soleil répand sur la terre; l’autre moitié de cette chaleur vient tomber sur la surface du sol ; elle s’y trouve directement répartie, suivant qu’elle a traversé l’air atmosphérique avec des obliquités plus ou moins grandes.
Etudions maintenant la partie solide de la terre, élevée au-dessus des eaux, qui constitue les îles et les " continents, aün de nous assurer si, comme l’atmos- / phére et les mers, elle est terminée,
La couche solide que les mers ne recouvrent plus occupe environ le quart de la surface du globe. Son épaisseur, calculée d’après les phénomènes que pré^ sente l’accroissement de la température intérieure, paraît surpasser de beaucoup la profondeur de la . couche liquide. En effet, les calculs de Laplace ont prouvé, en prenant pour base la théorie des marées, que les plus grandes profondeurs des mers ne dépassent guère 4,000 ou au plus 5,000 mètres. Or cette profondeur est à peine la 25“ ou la 30“ partie de l’épaisseur de la couche solide , qui s’étend de 25 à 30 lieues au-dessous de la surface du globe.
Si l’on évalue les inégalités dont cette jwrtion solide est hérissée , et si on les rajjproche par la pensée, on se figure des anfractuosités immenses, du moins
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par rapport à nous et aux forces dont nous disposons !
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volume de la terre, que les plus grandes hauu^irs connues , et les profondeurs exlréuies du bassin des mers, sont peu de chose relaliveiueut aux dimèn-: sions de notre planète. Elles sont moindres qu un millimètre par rapport à un mètre, ou tout au plus ce que les aspérités d’une peau d’orange sont «mxpaiativement à ce fruit (note 48), ,
Ces inégalités ou les grandes chaines de montagnes, dont la direction la plus générale coïncide assez bien avec celle des continents où elles ont surgi, sont ellesmêmes une preuve de la température élevée de l’in- . térieur du globe. Elles paj’aissent tenir à l’influeuce qu’une planète üquéliée dans sa partie ceuüale doit nécessairement exercei’ sur sa surface endm^ip.
U est évident que si le globe avait été, constamm jjit solide dans sa totalité, U nè présenterait pas les n-mibreuses éminences dç sa surface extérieure. D’un auU e côté, si ces éminences avaient été produites par quelque phénomène astronomique, on observerait, un rapport entre la directiou des chaînes de montagnes ■ et la position des pôlçs et de l’équateur. Or, comn^- de pareilles coïucidences ne se montrent nufle part, on îX’-*. ' 5 ne saurait attribuer la formation des moptagues a une ' " ‘ ^ ■ pareille.cause ni au choc d’un corps en tuouvement^i^i
aurait heurté la terre. On ne saurait attribuer de pa-
- • . - ; . .■ vN -, • .
lors même que l’on suppoScj ail a ces astre» iim- masse etunesolidité qu’ils soûl loin d’avoir. Eueftct, si Un pareil corps venait à heurter notre plauéto, il y produirait des inégalités disposées plus ou nioins symétriquement autour d’un point , mais non des ride» dirigées parallèlement les unes à l’égard des autres, et cela sur une grande étendue.
Telle est cependant la disposition générale des montagnes; on ne voit pas du moins entre elles de relations évidentes par leur répartition eu groupes rectilh gnes. Elles en ont néanmoins avec les dimensions du globe terrestre, parla propriété que {>arait avoir chaque système , d’embrasser plus ou moins exactement une demi-circonférence de sa surface. Du reste, eu considérant chaque système de montagnes, quelle que soit son étendue, eonime le résultat d’un seul naouvemeut de dislocation de la croûte terrestre, il est aisé de se représenter géométriquement ledéplacpraent des parties nécessaires pour que cette crpute se ride sui-r vaut une portion considérable de l’un de se» grands cercles. On concevrait moins faeileuu'nt les changer ments qui devraient avoir lieu si elle venait à se rider ’ seulement dans un espace plus circonscrit. (note 49). '
Les faits sont du l'este d’accord avec cettç supposition ; par son refroidissement, la croûte extérieure ’ de la terre s’est ridée, fracturée et déplacée dans des direction» déterminée» et constantes pour une (
t . yt
..mMK’
seule et même révolution. Ces soulèvements ont suivi . une direction parallèle à un même grand cercle de la terre. Aussi les chaînes de montagnes exhaussées à une même époque ont un semblable système d’alignement. Le principe de la constance des directions des masses minérales est non '^seulement beau en théorie générale; mais ses applications sont aussi iitiles que curieuses. r ■ ' ^ ^
C’est en pai tant de ces faits que les ^couches de houilles exploitées en Belgique ont été suivies jusqu'au milieu des terrains plats de la Flandre française. La prolongation des couches mises à découvert à Mons - a conduit à celles des mines d’Aniche etdeValçnciennes, et en ont ainsi fait découvrir de nouvelles et de non ^ moins riches. Les dislocations de l’écorce du globe, quelque irrégulières qu’elles paraissent, sont donc soumises à des lois générales relativement à leur alignement et à leur disposition. Ainsi tous les' filons d’un même district', dont la nature est identique, sont dus à des fentes parallèles , ouvertes simultanément et remplies pendant la même période. La contemporanéité des fractures parallèles, et la diversité d’âge 'des fentes de directions différentes reconnue pour les filons 'métalliques , est' générale à toutes les dislocations de l’écorce minérale, du globe'. Ainsi la direction des montagnes doit coïncider avec l’époque de leur soulèvement ou de leur exhaussement. En effet ,
l’observation directe démontre que toutes celles dont
les directions ne coïncident pas les unes avec les autres - ] •. ont été exhaussées à des époques diverses. Les rapports
que l’on reconnaît entre la position des montagnes et
tel • grand cercle de là terre , et la coïncidence de • .
la position de leurs chaînes avec les époques de leur ‘ .
. soulèvement, annoncent que la cause de toutes ces » . .
inégalités est dans la terre elle -même. Ces phénomènes paraissent dus à l’expansion des fluides élastiques dont la force a été d’autant plus considéra- . , ■
ble que, par le refroidissement de la surface du globe, ■
sa croûte s’est. peu à peu' solidifiée. L’inégalité du , ' - ■
retrait de cette croûte , comparée à la portion plus I . ' , interne de notre planète , l’a fait rider dans un ' . • .
grand nombre de sens et dans des directions assez • . ; .
diverses. Néanmoins les inégalités qui en ont été les résultats n’en ont pas moins coïncidé avec tel cercle , . ■ particulier de la terre, et se rapportent à des épo- ' *•. ques bien déterminées. • ‘ •
' ' Les chaînes de montagnes n’ontdonc pas surgi d’une . .
manière instantanée du sein du globe ; elles ont, au
contraire, été exhaussées d’une manière successive, et après des intervalles de tranquillité pinson moins pro- - . '
longés. Les plus hautes et plus étendues ont été soûle- '
vées les dernières, parce qu’à mesure que la croûte de . ' notre planète devenait plus épaisse, et plus résistante ' ^ par la solidification croissante, les effets de la puissance
impulsive devenaient pins prononcés, à raison de la résistance qu’éprouvait leur action. Du moins les faits nous apprennent que les chaînes des Pyrénées , des Alpes, del’Himalaya, et surtout celles des Andes sont les plus jeunes comme les plus élevées de toutes les montagnes de la terre. • .
La formation des éminences du globe a donc eu lieu par des effets lents et continus. Leur nombre, leur similitude et la périodicité de leurs soulèvements indiquent une même cause, agissant à des intervalles inégaux et à des périodes diverses, mais constamment de la même manière. Un résultat aussi général , soumis à des lois aussi fixes, semble exclure la plupart des causes cosmologiques. Aussi en vain a-t-on voulu les expliquer à l’aide d’un déplacement dans l’axe de la terre ou le choc d’une comète. Ces causes auraient produit des effets instantanés; cependant ces phénomènes ont été produits et se sont continués pendant des temps fort longs (note 50). ..
Du reste, les chaînes de montagnes les plus hautes ' et les plus étendues ont une bien petite importance par rapport à notre planète , dont elles n’occupent qu’une faible partie. D’après M. deHumboldt, elles composeraient à peine la 100' partie de la superficie du globe; encore peu d’entre elles ont atteint une hauteur considérable. Aussi la plus grande élévation, qu’auraient les terres sèches et découvertes , si elles
étaient nivelées , serait peu au-dessus de 100 à 150 m<';tres. Toutes les inégalités qui couronnent la surface des continents, réduites à une mesure ou à un niveau commun, ne dépasseraient pfts 300 mètres audessus de rOcéan. Si donc par la pensée on disposait des montagnes pour combler les vallées et les mers afin de niveler la surface du globe, Celle-ci s’élèverait tout au plus à 30 et peut-être seulement à 20 mètres au-dessus du niveau actuel de l’Océan.
Les inégalités de la surface du globe sont de plusio’.irs ordres, du. moins d’après la cause à laquelle on doit attribuer l’origine des matériaux qui les com-., posent. Ainsi le plus grand nombre de ces matériaux remonte à la formation du premier sol produit par un pur effet thermométrique , c’est-à-dire’ par un simple abaissement dans la température; ils peuvent être comparés aux rugosités dès laves refroidip.8. D’autres, qii • l’on peut considérer comme des matières de remblai, ont été déposés sur le sol primitif par une cause ignée, analogue à celle qui produit les érup-^ tions de l’Etna, dn Vésuve et de tous les volcans brû- ‘ lants. Dans certaines circonstances, au contraire, ces ' matières ont eu une origine aqueuse, et sont le résulta t des dépôts entraînés ou précipités parles eaux ; ces , dé[)ôts ont été parfois assez abondants pour former des bancs, des collinesou même des chaînes de montagnes.
Enfin , certaines inégalités ou aspérités de la croûte
du g]ol>e paraissent dues aux commotions intérieures qui bouleversent et déplacent encore' aujourd’hui quelques portions de sa croûte superficielle.- '
Ainsi suscitées par le refroidissement ou l’abaissement de la tenipérature de la terre, deux grandes forces, l’une intérieure et l’autre externe, ont ci-éé le sol solide, et l’ont couvert d’éminences plus ou moins considérables. La première , ou l’action ignée, a principalement dominé aux premiers âges de notre planète; mais, lorsqu’elle a eu produit les grands phénomènes du globe , la seconde, ou l’influence de l’eau, a exercé son empire sur les matériaux terrestres.
Ces deux causes agissent encore sous nos yeux, seulement avec une intensité et une généralité beaucoup moindres que dans les temps géologiques. La première surtout est plus bornée; elle produit même des effets différents, peut-être à raison de ce qu’elle agit sur>des points -isolés. Telles sont les éruptions volcaniques actuelles. La seconde ou l’action de l’eau u’opère plus -des dépôts d’une certaine étendue, en comparaison de ceux qu’elle a formés lors des périodes géologiques. Néanmoins, les résultats de ces deux actions peuvent faire concevoir les amas immenses de matériaux de sédiment qui ont été précipités aux premiers âges de notre planète. . -- ^ ■
. Lorsque, par l’abaissement de la température terrestre, la croûte, superficielle du globe a passéaTétat
. * fl.:'
solide , son durcissement "n’a pas été instantané; elle a subi au contraire des phases diverses, et a éprouvé bien des modifications avant de parvenir à son étatacluel.Ëu effet, cette portion extérieure a passé par deux grandes périodes, qui n’ont eu rien de commun, ni par leur influence, ni par les effets qui en ont été la suite.
La première, la, plus ancienne, est celle où les terrains, cristallins massifs composant l’ossature du globe, et qu’une chaleur excessive maintenait à l’état liquide, se sont solidifiés en partie par sa diminution et son affaiblissement. Cette solidification parait avoir eu lieu antérieurement à l’existence des êtres vivants ; car l’on n’en découvre. aucune trace dans les terrains cristallins, il en existe à peine quelques vestiges dans les formations opérées par un abaissement de température, et que les eaux ont plus tard remaniées.
A cette période, la plus importante dîms l’histoire de la partie solide , en a succédé une autre plus récente, où des matériaux de sédiment ont été précipités dans le sein des eaux. Celle-ci ne possédait plus une chaleur aussi considérable que la première période; aussi a-t-elle offert des conditions favorables aux êtres vivants. Elle les a donc vus' apparaître, d’abord peu variés et peu compliqués sous le rapport de leur organisation, et se perfectionnant de plus en plus, à mesure qu’aux premières générations il en succédait de nouvelles. . -
Cfette période de sédiment, essentiellement influencée par les eaux, a été divisée en plusieurs époques aussi discernables par la nature des précipités qui s’y sont opérés, que par lesgenres et les espèces des êtres vivants qu’elles recèlent. Ces dépôts aqueux ont. été d’autant plus alwndants, et d’autant plus continus, qu’ils ont eu lieu aux: premiers temps géologiques, ils ont donc diminué d’une manière progressive , ' en étendue, en épaisseur, et sous le rapport mémede la variété de leur composition; mais, comme les deux natures ont marché en sens inverse, tout le contraire a eu lieu chez les êtres vivants. Ceux-ci se sont succédé sur le globe en .raison directe de la complication de leurorganisation, en sorte que les plus simples ont paru avant les plus compliqués. Ces derniers n’ont brillé sur là scène de l’ancien mondeque lors des derniers temps géologiques, ou les plus rapprochés de l’époque historique.
11 parait même que ces dépôts de sédiment se montrent d’autant moins disposés en véritables couches ou en stratification manifeste, qu’ils ont eu lieu dans des temps rapprochés des âges historiques. Ainsi les formations quaternaires les plus jeunes des terrains géologiques sont essentiellement composéespardes masses désagrégées, le plus généralement pulvérulentes, comme les sables d’eau douce et les dépôts diluviens de cette grande époque;
Il n’en est pas cependant tont à fait ainsi de la
puissance ou de l’épaisseur des formations stratiHées. Elle se montre en effet d’autant plus considérable, que les terrains de sédiment se rapportent aux âges les plus anciens , quoique leur stratiQcation soit peu manifeste lors des dépôts géologiques les plus récents; elle se présente encore moins parmi ceux qui appartiennent aux temps historiques.
Les deux causes, celles du feu et de l’eau, dont l’influence a été si grande sur le globe, agissent encore sur la constitution et la configuration du sol , mais avec une moindre intensité. Elles ont donc exercé , soit séparément , soit simultanément ^ leur effet depuis les temps les plus reculés. L’action ignée a dû précéder celle dé l’eau; car, pour que des eaux liquides aient pu se rassembler et déposer des sédiments ; et pour que des végétaux et des animaux ‘aient pu exister, il a fallu qu’un premier sol fût déposé et complètement solidifié, Ce sol, ou ïes terrains primitifs antérieurs aux êtres vivants , a été le résultat de l’endurcissement de la masse planétaire à l’extérieur ; l’aplatissement que cette masse a pris vers les pôles est comme un témoignage de la mollesse complète ou de la liquidité primitive des matériaux de la terre. * . , -
Cette mollesse , suite de la liquidité primitive du globe, n’a pas pu être produite par l’eau , qui compose à peine lacinquante-milliémepartiedii voliimede.
notre planète, et (jui, par son mélange avec sa partie solide , n’en changerait pas la consistance. Il paraît donc certain que, d’après sa forme et sa Cgure , la terre devait être d’abord entièrement à l’état de vapeur, puis à l’état liquide , et enfin molle à sa surface jellea perdu peu à peu ce dernier état par le refroidissement. L’intérieur le conserve cependant encore à raison de la chaleur centrale.
• Ce que la terre a éprouvé semble avoir été ressenti par les autres planètes du système solaire. Ces planètes se meuvent comme elle autour du. soleil d’occident en orient. Par des causes semblables à celles qui ont agi sur le globe terrestre, ces astres planétaires paraissent avoir été dans un état de mollesse ignée, et ne devoir leur forme qu’à un refroidissement plus ou moins prompt. Aussi le calcul prouve que l’aplatissement de Jupiter est d’un quatorzième dans le sens de son axe de rotation , et celui de Saturne d’environ un onzième. Ces quantités se trouvent justement en rapport avec le mouvement de ces • corps beaucoup plus rapide que celui de la terre - (note 51). ' ■ - . •
La terre, ainsi que probablement les autres planètes , a une existence et une chaleur à elle pro- -pres ; seulement , ces corps célestes ont éprouvé successivement des changements d’état et des phases diverses, qui les ont amenés à leur état actuel (note 52).
11 est donc indispensable de distinguer dans Tbistoire du globe les faits qui appartiennent à la pellicule que nous désignons sous le nom de sol, de ceux qui ont rapport à la masse même de notre planète. Les phénomènes de 'ce genre peuvent très-bien s’expliquer par - les causes qui agissent constamment sous nos yeux et par les forces qui nous sont connues. Lorsque de pareilles ayalogies ne paraissent pas bien fondées , il faut mieux s’abstenir d’émettre - des opinions sans fondement, qui donnent une apparente satisfaction à l’esprit, et le dispensent trop facilement de toute recherche ultérieure.
La composition, la structure, l’origine et le mode de formation du sol ou de la croûte superficielle du globe , n’ont presque rien de commun avec la masse intérieure que cette croûte recouvre et, circonscrit. Le sol est donc une partie sur-ajoutée, accessoire, une espèce de tégument des parties intérieures, que tout fait présumer être’ à l’état liquide. Ce sol pourrait ne pas .exister, être double ou triple en épaisseur, ou composé d’une tout autre manière ; néanmoins le rôle que la terre est appelée à jouer dans le système du monde pourrait ne pas en être modifié et encore moins changé. ' ' , . - , .
Toutes les matières qui constituent notre globe pourraient passer et.repasser alternativement de l’état fluide à l’état solide, que. notre planète n’en
occuperait pas moins la même position dans l espace,' qu’elle le parcourrait avec la même vitesse et d’après ■ les mêmes lois. ■ ‘ '
L’état actuel de la terre doit être considéré comme une des phases de son histoire ; l’existence du sol ou 'de la croûte extérieure solide sur laquelle s’appuient les eaux et l’atmosphère, ainsi que les êtres qui habitent soit les continents, soit les, mers > soit les lacs, sont des ©irconstances éphémères dans la vie astro- ^ nomique de cet astre. Ces milliers de végétaux et d’animaux qui fourmillent ici-bas seraient une circonstance tout aussi passagère que ces nombreuses générations qui ont tour à tour apparu, et dont les couches de la terre nous ont conservé la singulière généalogie, si le globe n’était pas arrivé. à un état ferme et stable. Les anciennes générations, si diffé^ rentes les unes des autres , nous disent assez que les matériaux qui en recèlent les restes ont dû mettre un’ temps fort long à se superposer dans l’ordre où notis les observons aujourd’hui (note 5.3). ' ' v.
• • La solidité de la croûte extérieure ou du sol a d’abord consisté dans une simple' pellicule placée entre les parties du globe refroidies et l’atmosphère qui demeurait à l’état aériformè. Celte enveloppe solide ' s’est contractée peu à peu parlé refroidissement.de la terre; ellcs’eStensuitefendueetfracturée dans lessens tes plus divers, mais cependaut d’âprés des lois assez
constantes. Alors, d’une part, les matières fluides de l’intérieur de la terre se sont fait jour à travers les fentes, et se sont épauchéesau dehors, ç’est-à-dire à sa surface, ou dans des points qui en étaient plus ou moins rapprochés.
D’un autre côté, une partie de§ vapeurs aqueuses répandues en abondance dans l’atmosphère est tombée sur la terre à l’état de pluie , par l’elfet de ce même refroidissement; peut-être y a-t-elle formé les mers, les lacs rt les fleuves pu toutes les eaux disséminées à la croûte du globe. De cette époque ,dato la formation réelle du sol solide et supt*rficiel , état tout à fait comparable à ce que nous voyons actuellement, quoique sa solidité et son épaisseur aient été sans cesse en augmentant par l’abaissement progressif de la température.
11 est presque inutile d’ajouter que, lors même que la solidification de l’écorcedu globe marcherait beaucoup plus vite, cette solidification, qui deviendrait de plus en plus considérable, serait sans influence sur la vie des végétaux et des animaux. Probablement elle , n’exercerait pas non plus d’action sur l’ensemble des phénomènes qui se passent à la surface de la terre. Ainsi tontes les causes agissantes, enaugmentant même leur puissance, ne saui’aient troubler rordreeirharmonie qui régnent dans Tuniversalité des choses créées.
Les dépôts de sédiment, et l’on peut ajouter ceux
qui doivent leur origine à une cause ignée , tels - que les volcans, ont diminué d’une manière progressive,, dans leur étwidue et leur épaisseur, depuis les temps géologiques les plus anciens aux plus nouveaux. Cette diminution est devenue plus sensible encore pendant l’époque historique, où il ne s’en forme presque pas (note 54). . •
Tout au plus se dépose-t-il dans le sein des eaux douces quelques matériaux calcaires^ qui ne rappellent les anciens précipités lacustres que par leur mode de formation. De même il s’opère dans certains bassins fermés, tels que celui de Messine, des dépôts marins qui y prennent la consistance des bancs pierreux tertiaires, dont ils nous retracent la manière et le mode de précipitation. De même encore, les coquilles qui meurent dans le sein des mers actuelles s’y pétrifient comme celles des anciens âges saisies ensuite par les sables que les vagues entraînent sur les rivages, elles y composent des grés coquilliers analogues à ceux des terrains tertiaires (note 55).
. . Ces effets, bornés et infiniment restreints, ressemblent peu à ceux des premiers âges , où des couches fossilifères ont été déposées. Toutefois, avec les matériaux que les fleuves arrachent aux continents et entraînent "dans le bassin des mers, ces grès coquilliers et les limons qui viennent les recouvrir préparent des bancs alternatifs de dépôts marins et des
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eaux douces ; ces alternances nous apprennent comment ont été produites celles des terrains géologiques.
Tels sont les seuls dépôts solides qui se précipitent maintenant à la surface du globe , et qui dépendent de l’action de l’eau.
Considérés sans doute d’une manière absolue ces dépôts annoncent que les précipités solides ne sont pas complètement achevés. 11 en est ainsi des matériaux que l’action des eaux courantes détachent du sommet des montagnes et entraînent dans les vallées et jusque dans le sein des mers. Envisagés sous le rapport de leur Véritable importance, on voit ces dépôts se former constamment aux dépens des terrains déjà produits. Dés lors il est naturel d’en conclure que tout est terminé pour la partie solide de la terre due à des formations aqueuses, circonstance qui s’accorde avec ce que nous avons déjà fait observer par rapport aux couches liquides et aérifoimes.
On ne peut pas supposer le contraire de ce fait particulier aux zoophytes de sécréter en abondance de la matière calcaire, et de former ainsi des récifs et des îles au-dessus du sein des eaux. Cette sécrétion est un fait de leur organisation , et du même ordre que celui que présentent les mollusques. Ces derniers soutirent en effet des eaux des mers les matières calcaires qui doivent former leurs coquilles, à peu près comme
les vertébrés tirent de leurs aliments la matière qui
doitcqrnposor leur charpente osseuse, et pour certains d’entre eux la coque solide de leurs œufs.
On ne doit pas supposer (jue tout n’est pas achevé sur le globe , sous le rapport de l’accumulation de la matière solide , par celle circonstance que le plus grand nombre des végétaux sécrètent des quantités plus ou moins considérables de carbone. Outre que cette pioduction est un acte qui tient à leur organisation et au mode de leur alimentation , il n’y a pas création de. matière solide par le fait de cette assimilation , consécjuence nécessaire de la vie. 11 n’y a pas plus ici création que dans le transport des matériaux arrachés aux continents d’un point à un autre de ces mêmes continents. On ne pourrait voir un pareil acte que si la matière solide était produite par une formation de toute pièce ou par un changement d’état originaire.
Ainsi, malgré les productions ou les transformations qui s’opèrent 'chaque jour dans les corps bruts solides, tout parait achevé par rapport à ces corps ainsi que pour les matières liquides et aériformes.
Examinons enfin si, par suite de l’action ignéequi a iriomphé aux premiers âges du globe , et dont les éruptions volcaniques sont maintenant les seuls effets, il ne se produit pas sur la surface du globe des matériaux solides d’une assez grande étendue. Voyons si les volcans ne seraient pas une preuve que la terre
n’est point terminée , dans ce sens qu’elle ne serait pas encore arrivée à un état fixe et stable.
L’idée la plus générale et la plus large que l’on puisse se former des volcans est de les considérer comme des effets produits par l’action d’une planète liquéfiée dans sou intérieur sur sa surface extérieure durcie. Une pareille action doit produire des phénomènes d’autant plus nombreux et d’autant plus apparents, qu’elle s’exercera sur des points de cette croûte superlicielle moins résistants. Elle doit tendre à diminuer , si cette croûte externe tend elle-même à se solidiQer. C’est ce qui est arrivé à la surface de la terre, où le nombre des volcans éteints surpasse de beaucoup celui des volcans brûlants. Ces derniers se montrent uniquement dans les points les plus abaissés des continents, c’est-à-dire les plus rapprochés du bassin des mers.
En effet, on ne connaît point de volcan lançant des matières solides distant de plus de douze lieues des mers actuelles. Une seule exception nous est fournie à cet égard. Le volcan de Jorullo, situé au Mexique, se trouve à 36 lieues de distance de l’üoéan.
On peut remarquer que le mont Jorullo fait partie des Andes, où existent les foyers volcaniques les plus nombreux et les plus élevés de la terre. Cette chaîne, la plus récente de celles qui sont parvenues à une grande hauteur, appartient aussi au continent qui
parait un clos dorniors sortis du soin dos Vaux. Par cola même, il offre une moindre épaisseur de couches solides que les formations do rancien continent. Si l’on pouvait .se former quehjuos doutes à cet égard , l’accélération et le plus grand accroissement de la température intérieure les détruiraient d’une manière complète.
Ce dernier phénomène rond parfaitement raison de la puissance de l’action volcanique dans le nouveau monde, en comparaison de ce qu’elle est ailleurs. Il explique également comment ses effets s’y font ressentir à de plus grandes distances du hassin des mers. En effet, depuis l’époque où la croûte du glohe a été solidifiée, elle a tendu à accroître constamment d’épaisseur; d’un autre côté, comme les causes qui tendent à la fracturer n’ont pas augmenté en puissance, celles-ci n’exercent plus les mêmes actions que lors des temps géologiques. De pareilles influences doivent même cesser tout à fait lorsque la résistance qui s’oppose à leurs effets devient supérieure à la force impulsive due à l’action ignée.
* C’est aussi ce qui est arrivé à la plupart des volcans dont les feux sont non-seulement amortis, mais ont complètement cessé. Leurs foyers se sont éteints parce que la résistance des couches solides est plus grande que la puissance qui les avait jadis fracturés et exhaussés dans les temps géologiques. Dès lors, les
foyers qui les entretenaient et qui partaient de l’intérieur de la terre ne peuvent plus s’épancher au dehors ni continuer leurs anciennes éruptions.
Ainsi les foyers volcaniques, comme tous les phénomènes perturl)ateurs, et par exemple les tremblements de terre , tendent à disparaître totalement de la surface de la terre, à peu près comme se sont évanouies les causes des grands cataclysmes des derniers temps géologiques (note ,56).
La quantité des matériaux solides arrachés par les volcans aux profondeurs de la terre est loin d’être fort considérable ; on présumerait cependaut le contraire d’après le nombre des foyers volcaniques encore en activité et particuliérement dans le nouveau monde.
En effet, M. Cordier a cubé à Téneriffe en 1803, aussi approximativement que cela lui était possible, les matières rejetées par les éruptions de 1705 et de 1798. 11 a fait la même opération à l’égard des produits de deux éruptions encore plus parfaitement isolées qui existent dans les volcans éteints de l’intérieur de la France, savoir : (en 1806) ceux du volcan de Murol en Auvergne , et (en 1809) ceux du volcan de Cherchemus auprès d’Issardés au Mézin. Le volume des matières de chaque éruption lui a paru fort inférieur à celui d’un kilomètre cube.
D’après ces données et celles du même genre qu’il a recueillies sur d’autres points , il a considéré le vo-
lume d’iin kilomètre cube, comme le terme extrême du produit des éruptions considérées en général. Or une telle masse est peu de chose relativement à celle du globe. Répartie à sa surface , elle formerait une couche qui n’aurait pas j-~ de millimètre d’épaisseur. En termes exacts , si l’on suppose à l’écorce de la terre une épaisseur moyenne de vingt lieues de 5,000 mètres il suffirait dans cette enveloppe d’une contraction capable de raccourcir le rayon moyen de la masse centrale de de millimètre pour produire la matière d’une éruption.
Si en partant de ces données on veut supposer que la contraction seule produit le phénomène , et que par toute la terre il se fait actuellement cinq éruptions par an , terme moyen , on trouve que la différence entre la contraction de l’écorce consolidée et celle de la masse interne ne raccourcit le rayon de cette masse que d’un millimètre par siècle ; s’il n’y a que deux éruptions par an, le même raccourcissement s’opère en deux siècles et demi. Ainsi , dans tous le» cas, il suffit d’une action excessivement petite pour produire les phénomènes de ce genre.
Cette action, si elle est réelle, est nécessairement en rapport avec la contraction totale que le globe éprouve par le refroidissement séculaire. Elle fournit une base pour calculer la faible inüuence de cette contraction sur l’accélération de la vitesse de
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rotation, et pour modifier d’une manière appréciable les’ phénomènes qui en dépendent. Aussi les volcans ont une intensité extrêmement bornée, et malgré l’activité de leurs foyers souterrains ils n’envoient sur la surface du globe que de petites accumulations de matière solide.
Cet état d’équilibre auquel les volcans sont arrivés est d’autant plus remarquable, que leurs foyers sont - entretenus par la température de l’intérieur de la terre ; dès lors il semblerait que les effets qui en dépendent ne devraient pas être arrivés à une fixité et à une stabilité aussi constante. Il en est cependant ainsi d’un autre phénomène non moins curieux et non moins singulier, la constance de la quantité d’eaü que versent au dehors les sources minérales et thermales, et celle des sels qu’elles entraînent avec elles.
La plus grande partie des substances en dissolur-' tion dans les eaux minérales et thermales étant analogues à celles qui s’exhalent, soit des cratères pendant et après les éruptions, soit des courants des laves, lorsqu’ils cristallisent, soit des solfatares, U est extrêmement probable qu’elles dériventd’un réservoir commun. Ce réservoir doit être bien considérable, puisque, malgré l’écoulement continuel des eaux qui en sortent, il en fournit, depuis les temps les plus reculés qu’il nous est possible d’évaluer, la même proportion. Cette constance n’est pas la moindre des
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pariicnlaritës de ces eaux intérieures. Ce qui est non moins remarquable, il en est de même des proportions des substances minérales qu’elles entraînent avec elles. Aussi les eaux thermales de la France qui guérissaient les soldats romains, soulagent encore nos soldats atteints des mêmes blessures, affligés des mêmes maux.
La cause qui entretient les sources thermales est donc arrivée à une grande fixité par rapport à la quantité d’eau qu’elles écoulent au dehors ; il en est dé même de leur température et des proportions des substances qui s’y trouvent en dissolution. Tous ces effets sont à peu près invariables, preuve de la généralité et de la stabilité de l’action qui les produit. D’après l’unité et l’université des lois de la nature, la même cause opère les éruptions volcaniques, les plus brillants et les plus terribles des phénomènes du globe, aussi bien que l’écoulement des eaux qui s’épanchent du sein de la terre avec une température souvent tellement élevée qu’elle dépasse cent degrés. Cette cause ou la chaleur centrale a opéré les grandes modifications de notre planète avant qu’elle fût parvenue à un état remarquable de stabilité. Sa surface y est maintenant arrivée par l’abaissement progressif et graduel de cette chaleur intérieure, dont les effets sont devenus à peu prés|insensibl»5s sur les couches les plus superficielles duîglobe. Elle les avait pour-
tant maintenues à l’ëtat liquide, comme celles qui en composent la partie centrale.
De même, l’état de bouleversement de l’écorce primordiale, a été tel que, considéré en grand, il a produit un amas de décombres pressés les uns contre les autres, et dont les couches sont presque toujours inclinées ou verticales. Depuis que cet état subsiste, l’obliquité d’une quantité innombrable de solutions de continuité, dont quelques-unes ont une étendue immense, fait obstacle à ce qu’il s’établisse sur tous les points un rapprochement des masses élémentaires uniforme et proportionné aux contractions centrales. Le l'approchement a été rem placé par divers changements de niveau qui ont pu affecter de grandes surfaces continentales. Quoique cet effet subsiste encore actuellement, il est à peu près insensible, ainsi qu’on a pu en juger, d’après ce que nous avons dit du relèvement séculaire du bassin de la llaltiqne.
11 en est de même des causes de dislocation de la surface du globe ou des tremblements de terre. Leur action a diminué par l’affaiblissement permanent de la chaleur intérieure. Aussi n’opère-t-elle presque plus de contractions sensibles dans les régions souterraines voisines de la surface. Elle continue seulement ses effets dans la profondeur; elle y augmente l’écartement des masses qui ont éprouvé les premiers effets du retrait, ou elle occasionne parfois de nouvelles solutions
dans ces masses. Ces causes perturbatrices sont donc arrivées, comme celles dont nous venons d’étudier l’action, à un état de stabilité tel, que tout paraît achevé sur la terre, fait essentiel à la sûreté comme à la durée des êtres qui l’animent et l’embellissent.
Tout semble donc terminé sur le globe ; il en est ■ ainsi des êtres qui l’habitent, comme de l’atmosphère dans laquelle ils sont plongés, les mers qu’ils fréquentent , ou les continents sur lesquels ils sont établis. La stabilité des phénomènes qui s’y manifestent et s’y succèdent avec un ordre merveilleux uous apprennent que leur immutabilité est le caractère le plus prononcé et le plus remarquable de l’époque actuel le^ On la reconnaît aussi bien dans riiarmonie des faits météorologiques que dans l’ordre des faits physiques qui se rapportent aux couches liquides et solides de la surface du globe.
L’équilibre règne partout sur la terre, aussi bien dans l’atmosphère que dans les mers et sur les continents. Il existe dans l’uniformité de la composition de la vaste couche aériforme qui l’entoure ; il n’est pas moins sensible dans la distribution de la chaleur, de la lumière et de l’électricité qui animent et vivifient en quelque sorte les molécules de l’Océan aérien. Tous ces effets, quelque grande que paraisse leur. diversité , par des causes sans cesse agissantes se maintiennent dans des moyennes qu’on ne leur voit
jamais dépasser. Il en est de même de la quantité d’eau qui y est disséminée, et dont le retour sur la terre est proportionné à la marche et à l’activité plus ou moins grande de l’évaporation (note 57).
Cette stabilité est encore assurée par l’équilibre des couches liquides du globe , et dans leur niveau à peu près constant, principalement dans celui des mers, qui entourent et circonscrivent les continents. Cet équilibre est probablement tout aussi prononcé dans les eaux qui parcourent l’intérieur du globe ou qui sont amassées dans des bassins plus ou moins étendus (note 58). Il est surtout frappant dans la portion solide de l’eau, distribuée en rochers immenses vers les régions polaires, où elle constitue des montagnes de glace plus ou moins étendues et plus ou moins élevées au-dessus des mers. 11 en est de même de celle qui , disséminée sur les grandes hauteurs, s’y accumule à l’état de neiges perpétuelles , ou y compose des mers déglacé ou de vastes glaciers.
On peut également considérer comme une preuve de la stabilité de notre planète, le peu d’étendue et de puissance des dépôts solides qui se précipitent maintenant à la surface de la terre. Il en est de môme de l’e'space qu’occupent les matériaux transportés et déplacés par les causes actuelles. Ces déplacements, comparés à ceux des temps géologiques, n’ont aucune
importance, en égard à la grandeur, à la forme et aux dimensions de notre planète.
Les causes qui ont jadis disloqué la croûte du globe, et y ont produit un si grand nombre d’inégalités, ainsi que les fractures et les failles qui la divisent et la traversent dans tant de sens différents, sont aussi arrivées à un état de fixité remarquable. Leurs effets sont si bornés que les volcans tendent tous à s’éteindre, et que la plupart ne présentent plus aucune trace d’éruption. Par la diminution de ces causes perturbatrices, les tremblements de terre ou les soulèvements irréguliers du sol solide tendent à s’effacer ou du moins à diminuer dans leur intensité. L’ensemble des phénomènes naturels nous annonce , par. la régularité de leurs effets , l’immutabilité de forme et de position qu’a pris désormais l’orbite de la terre. Il en est résulté la parfaite constance des latitudes terrestres et des faits physiques qui en sont la suite et la conséquence.
Cet équilibre n’est pas moins sensible chez les végétaux et les animaux qui couvrent et embellissent la surface de la terre. Leur renouvellement nécessaire à la durée et à la perpétuité de leurs races se maintient dans un état particulier de stabilité par l’action des espèces les unes sur les autres. Sans doute l’influence de l’homme tond à troubler cet ordre et cette
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harmonie, en favorisant le développement de tous les êtres qui peuvent lui être utiles et usant de toute son intelligence pour détruire ceux qui peuvent lui être nuisibles; mais cette action est elle-même extrêmement bornée , quoiqu’elle remonte déjà bien haut.
Tels sont les seuls et uniques effets de sa puissance. Elle a été vaine et pour ainsi dire sans influence pour intervertir l’ordre général de la distribution des êtres organisés. Cependant l’homme a porté ses pas dans toutes les parties du globe, et il n’existe presque plus pour lui d’asile inex[)loré (note 59). Son pouvoir a été encore moins sensible sur l’ordre de fécondité particulier à chacune des races vivantes, fécondité fondée sur leur nécessité dans le but général et le terme de la création. Les espèces sont donc restées ce que la nature les avait faites; rien n’a été innové pour elles, si ce n’est leur nombre et leurs caractères les plus fugaces, qui ont d’autant plus varié que l’homme les a plus complètement soumises à son empire.
Ce qui est non moins remarquable, toutes ces causes de stabilité ne paraissent avoir commencé leur action, et n’avoir fait sentir leurs effets que depuis l’apparition de l’homme. Cette loi est devenue dés lors la plus absolue du monde actuel , et l’ensemble des phénomènes terrestres a été régi par une seule cause , l’action et l’influcncc solaire. Cependant ses effets n’ont fait sentir complètement toute leur puissance
que lorsque la chaleur centrale a cessé d’exercer une action sensible sur les climats. Celte époque a coïncidé avec la venue de l’espèce humaine ; depuis lors, les températures terrestres sont fixes et stables , et le sort des espèces vivantes ne dépend plus fatalement de l’inconstance et de la variation des climats.
Du moins, depuis ce grand événement, aucune des espèces végétales et animales qui peuplent la terre n’ont cessé d’exister, à l’exception de celles que l’homme peut avoir détruites. Tout depuir, son apparition est ici-lias dans une harmonie et un équilibre qui contraste à\etc les perturbations coutinuelies des temps géologiques, où tour à tour se sont succédé des générations nouvelles aussi différentes de celles qui l<*s avaient précédées que de celles qui les ont suivies.
L’action de l’honime sur la terre qui lui a été donnée en partage n’a pas été moins sensible que sa vtv nue sur la stabilité des causes qui la régissent et en déterminent l’harmonie. En effet, son activité, aiguillonnée par ses besoins , a défriché les plaines , desséché les marais, encaissé les rivières , et mis ainsi des obstacles puissants aux inondations dont les lieux qu’il avait cultivés pouvaient être menacés. 11 a également abattu les forêts trop étendues, resserré dans d’étroites limites les landes où croissaient avec vigueur les bruyères, aün de consacrer le sol à la culture et à
ses continuelles exigences. Portant également son attention sur les animaux qui l’entourent, il a détruit ceux qui pouvaient lui nuire , et multiplié ceux dont il pouvait tirer parti.
L’homme par sa puissante influence a également modifié la distribution primitive des végétaux et des animaux. Il a transporté aviîc lui leurs diverses espèces dans tous les climats, ainsi qu’à toutes les hauteurs. Il a porté parla un certain trouble à leurs passages et à leurs migrations.
La constitution et l’organisation ont opposé cependant des obstacles puissants aux mélanges des espèces, fruits de notre influence. Sans cette résistance, les races agiles, ou les végétaux dont les graines sont légères, seraient peut-être déjà répandus uniformément sur tous les pointsdela terre, etd'autant plus, que leur mobilité est grande et leur agitation plus continuelle.
Malgré ces causes constantes de perturbation , la plupart des régions conservent à |Xîu près les espèces qu’elles avaient reçues dans le principe des choses. Comme peu d’entre elles semblent avoir été dérangées d’une manière notable , les causes qui tendent à les confondre ne doivent pas avoir commencé depuis une époque très-reculée, puisque leurs elfets sent encore si peu sensibles.
Les migrations et les passages qui confondent les espèces d’une région à celle d’une autre ont eu de si
faibles résultats qu’il n’y a pas d’espèce commune entre l’ancien continent et le nouveau monde. Tout au plus, la pointe nord de l’Amérique septentrionale correspondant à l’Asie et séparée seulement par le détroit de Behring, a quelques-unes de ses productions analogues à celles de la partie de l’ancien continent, qui en sont les plus rapprochées.
Cette diversité dans la distribution des êtres vivants, que l’on remarque également lorsqu’on examine des régions moins étendues et plus circonscrites, annonce que les êtres organisés ont été disséminés sur la surface de la terre par centres particuliers de création.
Si nous interrogeons les anciens observateurs sur les voyages des espèces émigrantes, ou sur les passages des espèces erratiques, ils nous apprendront uniquement que les uns et les autres ont été moins étendus autrefois qu’à l’époque actuelle. Mais leur extension n’a pas eflacé les centres de création , en sorte que, malgré toutes les causes qui ont tendu à troubler la distribution primitive des êtres vivants , cette distribution, comme les autres phénomènes de la nature, s’est maintenue dans une stabilité remarquable.
L’homme a également exercé son influence sur le sol le plus extérieur de la surface du globe. 11 l’a approprié à ses besoins, et en lui donnant des formes nouvelles , il en a augmenté la fertilité par l’activité de ses travaux, et les procédés de son industrie.
L’homme a ainsi triomphé d’une terre rebelle, et en est devenu le maitre et le dominateur.
Son intelligence concourt donc, avec l’ensemble des phénomènes de la nature, à rendre la terre qui lui a été donnée pour asile de plus en plus favorable à son existence. C’est dans les lieux qu’il habite depuis longtemps qu’on reconnaît tous les effets de son influence. 11 suffît pour s’en faire une idée de porter à la fois ses regards sur les forêts vierges du nouveau monde et de la Nouvelle-Hollande , ainsi que sur les plaines fertiles de l’Europe tempérée. Au lieu des dangers qui menacent pour ainsi dire à chaque instant sa frêle existence au milieu de ce luxe de végétation , que des nuées innombrables d’animaux ne sauraient arrêter, les campagnes qu’il a fécondées par les progrès toujours croissants de la civilisation ne présentent plus pour lui que paix, bonheur et sécurité.
11 n’a plus à redouter la voracité des animaux carnassiers, ni ce nombre immense d’insectes qui ne lui laissent pas un moment de repos dans ces forêts où il n’a jamais porté ses pas , et dont la hache meurtrière n’a point éclairci les rangs. 11 n’a pas non plus a craindre les funestes effets de ces gaz empoisonnés , d’autant plus redoutables pour sa vie , qu’il ne saurait en empêcher ni en éviter l’action délétère. Admirable concours de l’intelligence humaine avec les phénomènes de la nature ; toutefois sa salutaire
influpnce noijs ^nijonpe dans (^uel)es étroites limites sont restreintes les causes perturbatrices qui pourraient fpenaqer ses jours.
Les faits que nous venons de rappeler semblent dépiontrer qu,c si tout est it<^hevé sur la terre il n’en est pas cjp ïïtême de l’univers. Des corps célestes nouveaux s’y préparent et s’y organisent sans cesse ; probijbl.cment Us continueront à se pi pd|ure tant qu’il y auya dans les espaces la matière nébuleuse à condenser. Supposer le contraire après toutes les prpuves que nops en avons données, serait mettre des bornes à fa puissance infinie de celui qui a créé l’adnjirable asseniblagede l’univers. Son pouvoir créateur y dispose çpnstan>ment des astres nouveaux , dont le bqt final pst probablement le même que pelui pour lequel notre planète ^ conime toutes celles des autres systèinps solaireSj a été créée.
Ainsi l’eqsemble du système aui^uel nous appartenons résulte de la condensation de la matière nébuleuse analogue à celle qui existe sur différents points des vastes régjons de l’espace. Il parait même que les planètes et }eurs satellites oqt dù être séparés dans rprigine des temps de la masse principgile qui constitue aujourd’hui le soleil , et cela par l’eflèt de la condensation de la qiatière (jui les compose. Elles seraient ainsi passées par les mêmes états que prend maintenant la matière nébuleusp , lorsqu’elle forme
successivement les aurores boréales, les étoiles filantes, les aérolithes, et enfin les comètes,
Sans les rapports que ces sstres put ^vpc les phr nètcs dont ils Unissent par prepdre la forme et probablement le cours régulier, U serait tput pussi probable de supposer que le spleil, Jes planètes et leurs satellites ont été créés origiqairement dans |es positions relatives que nous leur voyons occuper aujourd’hui.
Le plan de Ip création serait tout aussi sublimp , si le système solaire résultait de la condensation d’une matière gazeuse, que s’il avait été créé d’abord tel qu’il SC présente maintenant à nqns.
La première de ces bypQtbéses a cepeqdaqt l’avantage de donner dc l’ensemble du système du monde une idée beaucopp plus noble et plqs en harmonie avec les phénomènes célestes qui se passent encore sous nos yeux. Sous ce rapport, comme d’après sa coïncidence avec les faits observés, et pnfiq d’après l’unité de plan qui existe dans tpptes les œuvres dp la créatipn, cette supposition mérite, ce seml^le , d’itrp préférée.
Qpelle que soit l’liyppthèse,que l’op adopte, il est du ntoins certain que la terre doit sa forme et sa figure actuelle à sa liquidité primitive , liquidité produite par l’excès dc sa température. D’après sa composition et les lois connues du calorique, sa surface
a dû se consolider par le rayonnement de la chaleur centrale. Elle a ainsi continué à se refroidir d’une manière constante , tandis que l’intérieur du globe a conservé une haute température; il la gardera probablement longtemps d’après la faible conductibilité des couches qui ont été solidifiées par le refroidissement graduel de la surface.
Finalement , l’écorce la plus superficielle du globe s’est trouvée dans de telles conditions, que sa température au-dessus de celle de l’espace ambiant n’a plus dépendu que de l’influence du soleil et, par conséquent, elle a été plus élevée dans les régions équatoriales que dans les contrées polaires.
Pour bien comprendre l’origine et la formation de la terre livrée à nos recherches et à nos investigations, la science s’élance dans l’immensité des cieux, afin d’y trouver quelques traits de son histoire primitive ; car notre planète, véritable atome de l’univers, est un des myriades des corps qui se meuvent au milieu de l’espace infini. A l’aide des lumières que la science puise dans la marche des astres stellaires et planétaires , elle éclaire des phénomènes physiques du globe, qui sans ce flambeau puissant seraient peut-être tout à fait incompréhensibles. En effet , après avoir considéré la terre en elle - même , il est naturel de chercher à compléter son histoire par l’étude de ses rapports avec les autres corps de l’univers.
En suivant cette marche, nous avons rendu extrêmement probable, que la terre, comme les autres planètes qui se meuvent autour du soleil, a eu la même origine et a été produite par les mêmes causes. Ces astres ont donc eu une existence propre ; les uns aussi bien que les autres ont passé par des états successifs analogues à ceux que paraissent suivre les corps célestes nouveaux qui se forment continuellement au milieu des espaces célestes.
A ce simple fait peut se réduire la solution de la question, que nous nous sommes proposé d’éclaircir, et dont l’examen vient de nous occuper.
Nos recherches nous ont ainsi conduit à étudier les lois qui régissent le monde ; elles nous ont peut-être donné les moyens de nous faire ime idée juste de la nature des corps qui le composent. Du moins elles nous ont permis d’apprécier les changements qu’ils subissent, et les lois qui les déterminent et en règlent l’étendue. Les travaux auxquels nous venons de nous livrer, et qui nous ont fourni de si grands et de si nobles sujets d’étude ont peut-être démontré aux esprits les plus prévenus , et ils nous apprennent en effet , que les mouvements des astres stellait’es ou planétaires ne peuvent être l’effet ou l’œuvre du hasard. Comment l’ordre et l’harmonie que l’on y voit régner de toutes parts auraient- ils pu naître d’une cause purement fortuite ? Cette action , tout aventu-
reuse, ne saurait produire des effets si réguliers et si stables, que le calcul les représente avec une exactitude plus grande encore que l’expérience et l’observation. Ici, les faits sont plus puissantsque les paroles; et les lumières les plus simples sufllsent pour comprendre que le monde ne peut être l’ouvrage d’une cause occulte ou fortuite. Le spectacle de l’univers est l'hymne le plus magnifique et la preuve la plus éclatante de la sagesse et de In puissance de Dieu.
En sondant les secrets de la création à l’aide des sciences qui y découvrent chaque jour des beautés nouvelles, nous avons ennobli nos recherches eu nous proposant pour motif ^ non le désir de satisfaire une vaine curiosité, mais de contribuer de nos faibles efforts à la démonstration de la maguiCcence des œuvres du Créateur de toutes choses.
En développant l’intelligence> les sciences nous attachent de plus en plus à l’auteur de notre être , à l-’auteur des merveilles qu’il se plait à nous révéler graduellement, par suite du progrès toujours croissant des connaissances dont il est la source et la fin. C’est là leur plus beau titre de gloire et le plus bel héritage que nous puissions léguer à ceux qui s’efforceront aussi d’accélérer le progrès des lumières, et d’étendre le cercle des jouissances intellectuelles.