‹ De la crèation de la terre et des corps cèlestes, ou Examen de cette question l'œuvre de la crèation estelle aussi complète pour l'univers qu'elle parait l'ètre pour la terre?Chapitre 3 sur 15 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

V lîx

fc ocr*^-^

Avant d’entrer dans l’examen de la question que nous nous sommes proposé d’éclaircir dans cet ouvrage, qu’il nous soit permis de répondre aux Observations qui nous ont été adressées relativement à notre travail sur la cosmogonie de Moïse. Nous le devons d’autant plus que les recherches auxquelles nous allons nous livrer sont le complément et, pour ainsi dire, la conséquence de tout ce que nous avons écrit sur le premier et le meilleur des livres. ^

Nous remercions d’abord l’auteur de ces Observations du ton de politesse avec lequel il a présenté ses objections. Nous voudrions bien le remercier également au nom de la religion, dont il croit avoir servi les intérêts -, mais nous nous permettrons de lui faire remarquer qu’il parait s’étre éloigné du but qu’il s’est proposé.

il est certains faits physiques dont il n’est plus

possible à l’époque où nous vivons, de contester et de nier la réalité ; on le peut d’autant moins qu’on parle au nom d’une religion aussi amie des lumières que jalouse du bonheur des hommes.

Sans doute, ainsi que M. de Bonald l’observe luiniéme dés le début de son livre, la révélation ne saurait être en désaccord avec la science ; car la vérité est une, et ne peut souffrir le moindre partage. Mais il ne saurait ignorer que , dans le siècle dernier , où le scepticisme tyrannisait en quelque sorte l’opinion, on a constamment considéré comme inconciliables avec les livres saints, les faits physiques que l’on ne pouvait pas comprendre.

*■- Dés lors n’est-il pas utile, et l’on pourrait peutêtre dire nécessaire, de démontrer, en prouvant l’accord des laits géologiques avec les vérités révélées, que les progrès de la science ont détruit >de fond en comble toutes ces hypothèses gratuites inventées par les philosophes du siècle qui vient de finir.

Eh quoi! les travaux des Cuvier, des Buckland et des Herschel auraient été inutiles, et nos efforts auraient été également vains pour suivre de loin l’exemple de ces grands maîtres ? Tout au plus auraient-ils abouti à créer des suppositions hasanlées , et à imaginer des systèmes bizarres. Mais n’y a-t-il donc pas quelque avantage à prouver à ceux qui ne croient pas à la révélation, que ce n’est point sans

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raison que les Leibnitz, les Newton, les Pascal et les Bossuet ont incliné leurs fronts devant les saintes Ecritures? N’y a-t-il pas également quelque profit à faire sentir aux hommes qui ne sont point dominés par des idées préconçues, que l’Ecriture, source inépuisable de toutes les vérités morales , contient la substance des principaux faits physiques, que nous n’avons cmmus qu’aprés dix-huit siècles d’observatkm.

Aussi, en invoquant les progrès de la science, et cherchant à profiter de tout ce qu’Us nous ont récemment apiuris, nous avons cru reconnaître que le véritable sens du texte de la Genèse n’avait pas été encore bien compris. Nous avons particuliérement porté notre attention sur le mot hébreu iomj dont l’interprétation est d’une si haute importance pour saisir l’ensemble du récit de la création. C’est ce mot fom que, faute d’en comprendre toute la portée, on a ti'aduit d’abord par vifAspa, puis par diesj et enfin par /ou/'j comme s’il pouvait désigner un espace de temps aussicourtque le sont les jours de vingt>-quatre heures. Cette interprétation a paru à la fois singulière et surannée à- l’auteur des Observations j mais il s’agit de savoir si elle mérite ce double reproche.

Nous ferons seulement remarquer, relativement au dernier, qu’entre les traductions adoptées du mot iom, celle que nous avons suivie est la plus moderne

de toutes. Elle serait même tout a lait de notre époque si saint Augustin ne l’avait en quelque sorte autorisée, en faisant observer qu’il était difficile de se prononcer sur la nature des jours de Moïse, quoiqu’il parût bien constant qu’ils ne pouvaient être semblables aux jours de vingt-quatre heures.

L’intervalle de temps nommé jour est mesuré par la révolution de la terre sur son axe, en présence dit soleil éclairant; dés lors il n’y a pas eu de véritable jour avant le moment où le soleil a pu répandre d’une manière constante la lumière sur notre planète. Cet astre n’a reçu qu’à la quatrième époque les atmosphères lumineuses qui lui donnent ce pouvoir; aussi dés ce moment seulement il a été disposé à servir de signe pour séparer les temps et les saisons, les jours et les années, ainsi que le dit expressément le quatorzième verset de la Genèse.

Antérieui’ement à cette coordination du soleil, rieir ne mesurait donc la durée du temps, et le temps proprement dit n’existait pas encore. Aussi, d’après la remarque judicieuse de M. Cahen (1), l’expression iom ne peut être considérée du moins pour l’intervalle écoulé avant l’appropriation ou la coordination

(1) La Bible, traduction nouvelle avec l'hébreu en regard, par S. Cahen, tom. i, pag. 3, vers. U.

lie l’astre auquel nous devons le bienfait de la lumière, que comme exprimant l’idée d’une époque indéterminée. S’il en est ainsi pour cette première partie du récit de la Genèse, comment douter qu’il n’en soit pas de même relativement aux époques qui ont suivi cette coordination?

La fausse interprétation donnée au mot iom en a fait admettre une non moins inexacte, pour les mots ereh et boker ; ces mots signiGent non le soir et le matin d’un jour, mais la Gn et le commencement d’une période. Une observation bien simple semble du moins le démontrer. Toutes les époques actuellement terminées offrent ce même refrain à’ ereh et de boker, c’est-à-dire que les mots de la fm jusqu au commencement y sont constamment répétés. Il n’en est plus de même lorsqu’il est question de l’époque à laquelle nous appartenons ; celle-ci, n’étant pas encore achevée, n’a pas dû avoir ce même refrain, quoiqu’elle ait eu plus d’un soir et plus d’un matin.

Pour donner au mot iom l’interprétation en faveur de laquelle M. de Bonald se prononce , on est forcé de prendre les expressions du cinquième verset de la Genèse, pour/o?//', nuit, soir et matin. Or, pour entendre ces expressions dans ce sens, il faut nécessairement concevoir le jour, comme la demirévolution diurne, et la nuit comme l’autre partie de la même révolution. On est ainsi obligé d’admettre

la révolution diurne à une ëpocpic où le soleil n’avait pas reçu ses atmosphères lumineuses, et où, par conséquent, il n’était pas encore un corps éclairant.

Une pareille conséquence, aussi contraire à un fait si clairement exprimé dans le quatorzième verset de la Genèse, devrait rendre fort circonspect dans l’appréciation d’une interprétation qui a du moins l’avantage d’être plus conforme au texte que celle que l’on voudrait faire adopter.

Bossuet, Cuvier, Deluc et Ghampollion ont donc eu raison de ne pas considérer le mot iom comme exprimant des intervalles de temps aussi courts que le sont les jours de vingt-quatre heures , mais bien comme des époques indéterminées pendant lesquelles ont été edectuées les opérations successives de la création. Quoique cette opinion ait paru singulière et surannée à M. de Bonald, elle est cependant la seule qui se puisse concilier avec le texte, de même qu’avec les faits physiques qui ont aussi leur autorité.

Puisque à ses yeux les Pères de l’Eglise ont pu, sans trop accorder à la métaphore, prendre la création partielle ou successive de Moïse comme une pure fiction, on ne voit pas pourquoi il ne permettrait pas de conserver exactement le sens de ce récit, et de donner au mot jour la signification qu’il a en hébreu . M. de Bonald semble accordiT trop facilement des

titres d’admission aux explications qui favorisent sa manière de voir, et ne pas agir de la même manière à l’égard de celles qui peuvent la contrarier.

Faut-il, par exemple, expliquer la création des sept époques ou des sept jours? Il regarde comme une haute sagesse de la part de Dieu d’avoir mis des intervalles entre ses créations ; et le Créateur lui parait avoir montré par là qu’il agissait avec toute liberté, et sans fatalité. Lorsque ailleurs il incline à penser que le monde a été créé en un seul instant, ce mode de création lui semble plus digne de la toutepuissance divine , que celui qui le soumettrait aux lois du temps émanées cependant de la sagesse supérieure.

Si donc mou interprétation pouvait s’accorder avec ses idées, il trouverait probablement en sa faveur des raisons encore plus puissantes que celles qui me la font préférer. A la vérité, les faits ont pour moi une autorité qu’ils ne semblent pas avoir pour M. de Donald; voilà peut-être la cause de la divergence qui nous sépare.

L’auteur des Observations trouve également extraordinaire que l’on veuille déduire du texte de Moïse qu’il y a eu deux créations ; l’une qui se rapporterait aux corps célestes, et l’autre relative à l’organisation de la terre dans leurs formes et leurs dispositions actuelles. Nous le remercions de cette objec-

tion, puisqu’elle nous fournit le moyen de donner en quelque sorte une démonstration de -ce point si important dans l’histoire de l’univers.

La solution d’un problème d’astronomie regardé jusqu’à présent comme tout à fait insoluble nous en donne, ce semble, les moyens. Ce problème est relatif à l’appréciation de la distance qui nous sépare des étoiles considérées à tort comme fixes ; car il est maintenant reconnu qu’il n’en existe pas de pareilles, et que toutes se meuvent, mais avec des vitesses plus ou moins grandes. Cette appréciation avait été regardée jusqu’à nos jours comme tout à fait impossible à fixer avec quelque certitude. Cependant la distance qui nous sépare des étoiles appelées fixes a été appréciée par l’expérience directe au moyen de l’héliomètre, instrument à l’aide duquel on mesure la distance du soleil et des planètes.

M. Bessel a profité, pour observer la parallaxe d’une étoile fixe, de la précision des observations offertes par son héliomètre de Frauenhofer. 11 a cherché, au moyen de cet instrument, à apprécier la parallaxe annuelle de la 61® étoile du Cygne, qui par son mouvement propre donne lieu à croire qu’elle est la plus rapprochée de nous. Elle présente, en outre, l’avantage d’être une étoile double, ce qui contribue à la précision des observations.

Parmi les étoiles qui environnent celte double.

iVf . Bessel eu choisil deux qui sont en etfet plus distantes que celles qu’il avait remarquées en 1834; comme ces deux sont de la neuvième ou de la dixiéme grandeur, elles sont par conséquent assez lumineuses pour pouvoir être observées presque toujours. L’une est à peu prés perpendiculaire à la direction de ces deux étoiles qui composent la double; l’autre est presque dans celte direction. M. Bessel observa donc, au moyen de l’héliométre, les distances de ces étoiles, au point situé au milieu des deux étoiles de la double, ce qui est la méthode d’observation la plus précise.

D’après ce grand astronome, l’erreur moyenne de la parallaxe annuelle de la 01'’ du Cygne (— 0",3136) étant = rh 0",0202, ne s’élève par conséquent qu’à un quinziéme de la valeur trouvée. De plus , son influence sur les distances suivant assez bien la marche que la théorie prescrit, on ne peut plus révoquer en doute la sensibilité de la parallaxe de cette étoile.

En la supposant = 0,3136, on trouve la distance exprimée en demi-diamètre de l’orbite de la terre, — 6.57700; la lumière emploie 10,3 ans pour parcourir cette distance. Le mouvement apparent de la 61* du Cygne étant un arc de 5",123 de grand arc par an, cette étoile et le soleil doivent avoir un mouvement annuel relatif plus grand que 16demi-

diam«^tres de l’orbite de la terre. L’aberration constante de l’étoile, causée par ce mouvement, doit s’élever jusqu’à 52".

Si l’on parvient à connaître les éléments de l’orbite que les deux étoiles de la double décrivent autour de leur centre de gravité commun, on pourra déterminer la somme de leurs masses ; mais les observations de la position relative de ces étoiles sont encore loin d’être sullisantes pour la détermination de l’orbite. Elles indiquent seulement que le mouvement angulaire est à présent d’environ deux tiers de degré par an, et que la distance apparente a passé son minimum (de 1 5 secondes environ) vers le commencement de ce siècle.

On peut seulement en conclure que le temps périodique surpasse 540 ans, et que la distance moyenne des deux étoiles se présente sous un angle plus grand que 15". Si l’on voulait partir de ces nombres, on trouverait la somme des deux masses à peu prés égale à la moitié de celle du soleil. Mais ce point de fait, quelque important qu’il soit, ne pourra être fixé que par des observations suivies pendant un temps assez long et sulfisant pour la détermination de l’orbite. Quand des observations, séparées par de longs intervalles des lieux que la double occupera entre les petites étoiles environnantes, auront fait connaiti'e son centre de gravité, on aura aussi les deux masses

séparément ; mais il est aisé de juger qu’il n’y a pas moyen d’anticiper sur ces résultats.

M . Arago a fait observer, relativement à cette note que M. Bessel avait adressée à l’académie des sciences, qu’il avait lui - même inséré des détails curieux sur la parallaxe de la 6i^ étoile du Cygne, dans l’Annuaire du bureau des longitudes de 1834. 11 y montre que la méthode des distances au zénith absolues, observées au cercle répétiteur, donne à peu prés le même résultat que les mesures héliométriques de M. Bessel.

D’après l’idée, en général très-plausible, que les étoiles les plus brillantes doivent être les moins éloignées de la terre, lc 9 astronomes s’étaient anciennement accordés à chercher les parallaxes, surtout dans les étoiles de première et de seconde grandeur. Depuis, on a eu quelques raisons de croire que certaines étoiles peu remarquables par leur intensité pourraient se trouver parmi les plus voisines. Voici, du moins, sur quels indices on peut le présumer.

On appelait jadis les étoiles les fixes. Elles ne méritent pas cependant cette qualification. Toutes marchent en effet) toutes ont un mouvement propre. 11 ne faut pas entendre par là ces mouvements de circulation d’une petite étoile autour d’une grande ) mais d’un mouvement qui, depuis qu’on l’observe, a toujours été dirigé dans le même sens, et qui est

destiné à la longue à mêler ensemble les étoiles de différentes constellations. 11 est naturel de croire que, plus ce mouvement propre est fort , et plus l’étoile dans laquelle on l’observe doit être rapprochée de nous. D’après cette base, la 61' du Cygne, qui a un mouvement propre annuel de plus de 5 secondes, se présentait naturellement comme pouvant offrir des chances de parallaxe sensible.

Aussi MM. Arago et Alatthieu l’observèrent avec beaucoup de. soin pendant le mois d’août 1812, et pendant le mois de novembre suivant. La hauteur angulaire de l’étoile au-dessus de l’horizon de Paris, à l’une de ces épo<jues, ne surpassa la hauteur angulaire observée à l’autre que de de seconde.

Une parallaxe absolue d’une seule seconde aurait nécessairement amené entre ces deux hauteurs une différence de 1", 2. Leurs observations n’indiquent pas cependant que le rayon de l’orbite terrestre ou 39 millions de lieues, soit vu de la 61' du Cygne, sous un angle d'une flemi-seconde. Mais une base vue perpendiculairement sous-tend un angle d’une demi-seconde, quand on en est éloigné de .412 mille fois 39 millions de lieues. Le nombre qui résulte de cette multiplication indique une distance que la lumière ne pourrait franchir en moins de six ans, quoiqu’elle parcoure, comme tout le monde sait, 80 mille lieues par seconde.

Cette étoile se déplace tons les' aus en ligue droite, de plus de 5 secondes. A la distance qui nous en sépare, une seconde correspond au moins à 80 millions de lieues. Tous les ans la 61 « étoile du Cygne parcourt au moins 400 millions de lieues , et cependant naguère on l’appelait une étoile fixe (1).

L’imagination s’effraye de pareils nombres; et nousmêmes nous faisons tous les ans plus de 200 millions de lieues autour du soleil. Quelque grandes que soient ces distances , elles ne sont rien en comparaison de celles qui nous séparent des nébuleuses , et surtout des plus éloignées (2).

Voyons ce qui en est de leur éloignemeiil. La voie lactée est une lueur blanchâtre produite par un

(1) Comptes rendus de l’académie des sciences de Paris, tom. vil, 785, 1838.

(2) l.es nébuleuses iic sont peul-élrc autre chose t|u’une quan-

tité prodigieuse d’éloiles infiiiinient éloignées et placées à peu près dans la même direction. C’est là l’opinion de tous les aslrouomes; elle n’est pas en opposition avec le texte des livres saints. Seulement ils ont exprimé ces idées dans un langage conqiris do tout le. monde, à peu près comme celui dont la science elle-même a d abord fait usage d’après les mouvements apparents des astres, et sui les faits tels qu’on les a jugés primitivement. Tout autre langage, surtout s’il avait été réellement scientifique, n aurait pas été à la portée de toutes les intelligences; c’est ce que Moïse a voulu éviter. •

nombre immense d’étoiles. Mais de ce que certaines d’entre elles ont une faible lumière, il ne faut pas en conclure qu’elles sont moins lumineuses en ellesmêmes que les autres. Sans doute, cela peut être vrai en général ; mais il est extrêmement probable (jue, sur le nombre, il s’en trouve d’aussi grandes (jue les étoiles de première grandeur que nous connaissons. Or, pour qu'une étoile de première grandeur ne nous apparaisse que comme une étoile de seizième grandeur, telle que les plus faibles de la voie lactée, il faudrait que sa distance fût rendue environ 200 fois plus grande qu’elle ne l’est en réalité ; alors sa lumière mettrait plus de 1,000 ans à arriver jusqu’à nous.

La distance est bien plus surprenante encore lors- (|u’on considère celle qui nous sépare des nébuleuses. En effet, la voie lactée parait, pour sa forme et sa constitution, tout à fait de même nature que ces nébuleuses : comme celles-ci sont en très-grand nombre, il n’est pas déraisonnable d’admettre qu’il y en a plusieurs qui égalent la voie lactée en grandeur réelle.

Si cette comparaison est juste, ainsi que tout porte à le supposer, il s’agit maintenant de savoir à quelle distance il faudrait reculer la voie lactée pour qu’elle nous apparût comme les plus grandes des nébuleuses. Le calcul prouve qu’il faudrait l’éloigner

à 115 fois sa distance. Or nous avons déjà trouvé cette distance ; la lumière la franchit en plus de 1,OOU ans. 11 faudra donc bien plus de 100,000 ans pour que la lumière nous arrive de la nébuleuse dont nous venons d’étudier la marche.

On peut même doubler ce nombre, eu considérant qu’il est vraisemblable que nous sommes au milieu de la nébuleuse appelée voie lactée , et que la lumière doit mettre 2,000 ans pour parcourir le diamètre de cette même nébuleuse. Si en partant de ces faits, nous cherchons à quelle distance il serait nécessaire d’éloigner la voie lactée pour ne plus la voir que sous un angle de i degré, qui est l’étendue des plus grandes nébuleuses, nous trouverons que cette distance est égale à 1 15 fois son diamètre, c’està-dire que la lumière ne la parcourt qu’en 115 fois 2,000 ans ou 230,000 ans. Tel est donc l’éloignement de plusieurs des nébuleuses, dont nous apercevons la lumière. C’est une conclusion surprenante sans doute ; elle n’en est pas mcuns fondée sur des analogies bien admissibles, et ne se trouve en opposition avec aucun fait positif (1).

(1) Voy. Hcrstliol , Traité d'astronomie, traduit par Augustin Couruot, pag. 4i§, Paris, Pauliu, li^aire, 183t, et V Uranographie de Francœur, 4' édit., 1828, pag. 202,

S’il n’y avait eu réellement qu’une seule création, ' ou, pour mieux dire, si après la création des corps célestes ceux-ci n’avaient pas reçu des appropriations pai’ticulières à cliacun d’eux, les étoiles, comme les nébuleuses, seraient de la même date que l'homme, et n’auraient pas plus de 7,000 ou î,500 années. S’il en était réellement ainsi, il y aurait aujourd’hui un grand nombre de nébuleuses dont la lumière ne nous serait point encore parvenue, faute du temps suffisant pour arriver jusqu’à nous.

Le nombre des nébuleuses que nous apercevons est déjà extrêmement considérable. Herschel les a divisées en trois classes j il n’en compte pas moins de 2,300 parmi celles qu’il appelle nébuleuses proprement dites. Ce grand astronome rapporte à cette dernière classe les astres qui se forment tous les jours , par l’elFet de la condensation de la matière éthérée, répandue, à ce qu'il parait, en quantité immense dans les espaces célestes. Ces formations nouvelles n’ont que des analogies plus ou moins éloignées avec les nébuleuses de la voie lactée, dont nous apercevons la lumière malgré leur extrême éloignement. Elles en ont encore moins avec les aurores boréales, les aérolithes , les étoiles filantes et les comètes , quoique ces astres, aux premières périodes de leurs phases , paraissent également résulter de la condensation de la

matière éthérée. ‘ *

Si donc il n’y avait eu qu’une seule création, on devrait voir, chaque année, presque chaque jour, apparaître de nouvelles nébuleuses au milieu de la voie lactée. L’observation est loin de conlirmer cette continuelle apparition , et qui prouve que cette dernière supposition est tout à fait gratuite. Le nombre de ces nébuleuses ne s’accroît que par la puissance des télescopes ou des lunettes que les astronomes emploient pour les découvrir au milieu de l’immensité de l’espace.

Du reste, si cette hypothèse, tout à fait contraire au système d’une création primitive et d’une organisation postérieure des corps célestes qui en aurait été l’objet, était exacte, le speetacle que le ciel aurait présenté aux premiers âges du monde, à" Adam et à scs descendants, aurait été aussi extraordinaire que singulier. Le premier homme n’aurait ^ , pas vu, lors de sa venue sur la terre, une seule étoile au ciel ; le soleil , la lune et les planètes auraient été les seuls astres qu’il y aurait aperçus et dont il aurait joui pendant les premières six années. Au delà de cette époque, les étoiles auraient commencé à apparaître successivement , et dans un ordre inverse de leur distance à la terre. La voie lactée n’aurait donc présenté l’aspect qu’elle offre actuellement qu’au delà d’un certain nombre de siècles. Enfin aujourd’hui encore, ainsi que nous l’avons déjà fait obser-

vt-r, des étoiles et des nébuleuses devraient se montrer pour la première fois dans le ciel , c’est cependant ce (pie l’observation est loin de eonfirmer. 11 faut l’avouer, de pareilles conséquences sont tout à fait inadmissibles ; dès lors on est en droit de rejeter la sujiposition qui y a donné lieu. La création des étoiles et des nébuleuses a donc précédé la création de l’homme actuel d’un grand nombre de siècles; toutefois, il est. impossible à la science actuelle de les fixer et même de les évaluer d’une manière approximative. On est ainsi amené, comme forcément, à admettre deux é[x>ques bien distinctes dans la création : la première ou la plus ancienne est celle où l’eiisemblc des «orps célestes est sorti du néant à la voix du Créateur; la seconde, bien postérieure, serait celle où le sol; il, les planètes, et particulièrement la terre, ont re(;u leur organisation définitive, et sont parvenus à leur étal actuel.

Notre glolie ne pouvait eu effet acquérir un état fei ine et stable, que lorsque scs rapports avec le reste de Tunivers aiu’aient été définitivement réglés. 11 fallait mémo que les précédentes créations eussent été entièrement accomplies, afin que la terre pût recevoir des végétaux et des animaux. 11 était même nécessaire que les climats fussent' parvenus- à- une stabilité assez grande pour que l’existence de l'homme ne fût pas compromise. Aussi est-il arrivé

sur cettjp terit* , le dernier entre les' êtres vivants.

Alors seulement il a pu jouir du spectacle magnifique que Dieu lui avait préparé dans le firmament pour lui montrer à la fois, la variété de Ses créations et l’étendue de sa puissance'. Or un espace de temps considérable a été nécessaire |)our que notre planète pût jouir de la lumière des étoiles, et des nébuleuses qui en sont encore plus éloignées. Cette nouvelle considération nous amène comme forcément a distinguer la création première, celle du ciel et de la terre, de celle où le soleil a iwu ses atmosphères lumineuses et a pu répandre ses rayons bienfaisants sur le globe terrestre. .. ..

Dans l’état actuel de la scietice, il n’est plus possible de contester que des révolutions ont eu liéii sur le globe avant la venue de l’homme, et qu’un temps, dont il est impossible de fixer la durée a été nécessahe pour les accomplir. Mais, puisque' M. de Bonald récuse tout ce que nous ont appris a cet égard les Cuvier et les Buckland, qu’il prenne la peine de fouiller le sol qu’il habite; il y dëcouvrïrâ des preuves irrécusables de ces anciennes révolùtionV que la terre a éprouvées successivement. Il y lira l’histoire des anciennes générations qui s’y sont succédé, et cela bien antérieurement à notre apparition. Il se convaincra ainsi que nous sommes les plus jeunes entre les êtres vivants , et le miracle qu’il veut voir

dans ces grandes catastrophes géologiques, qu*il est le seul à récuser, disparaîtra peut-être à ses yeux.

L’habile écrivain que nous combattons parait vouloir aller jusqu’à supposer que le monde a été créé avec ses fossiles, parce que les lois établies par le Créateur sont essentiellement conservatrices, et qu’il lui parait dilHcile d’admettre qu’il ait créé des étre$ pour les détruire. Sans doute nous reconnaissons avec lui que telles sont les lois établies parla puissance divine; toutefois il n’est pas possible de nier qu’il n’existe encore actuellement un assez grand nombre de phénomènes perturbateurs ; non-seulement ces phénomènes troublent le repos des êtres vivants, mais ils menacent leur existence et l’anéantissent même parfois.

Ainsi puisque leurs effets détruisent souvent des .villes populeuses, désolent même de vastes contrées, est-il donc si diflicile de comprendre les effets qu’ont dû avoir pour les êtres vivants, le soulèvement de la chaîne de l’Himalaya ou des Andes , les plus jeunes entre toutes les montagnes qui hérissent la surface des continents? Est-il donc si diflicile de saisir les conséquences qui ont dû résulter pour la terre de l’abaissement de la température ? Car, que l’on ne s’y trompe point, les climats des pôles ont eu jadis une chaleur égale à celle qui caractérise maintenant les

— ai

contrées équatoriales; tandis qu’une température de + 74® a jadis caractérisé ces dernières.

On voudrait que des causes aussi puissantes, et dont l’influence est si grande sur les êtres vivants , eussent été sans action sur ces mêmes êtres. Cela n’est ni possible ni admissible. Seulement la sagesse divine s’est manifestée en ce que ces causes ont essentiellement exercé leurs effets avant l’existence de l’homme, dont la vie n’a été compromise que par le déluge.

A la vérité, M. de Bonald semble supposer que tous ces phénomènes dont nous cherchons à régler l’étendue peuvent avoir eu lieu par la suspension des lois établies , ou bien parce que d'autres lois régissaient pour lors le monde. Sans doute tout est possible à Dieu , mais il semble peu rationnel de faire intervenir sa toute-puissance, et de lui faire intervertir l’ordre des choses créées, lorsque les effets produits s’expliquent naturellement par les causes actuellement agissantes. Si les agents physiques n'ont plus maintenant une influence désastreuse sur notre planète, ce n’est point parce que les lois auxquelles ils sont soumis ont été changées, mais uniquement par une suite del’ac* croissement d’épaisseur de la croûte solide du globe, et la fixité actuelle des climats (1).

(1) Voy. noire chapitre sur l’avenir physique de la terre, dans le

— aa —

Du reste, invoquer la toute-puissance de Dieu, lorsqu’il s’agit d’expliquer des faits saisissables et à la portée de notre intelligence , c’est éviter les objections , ce n’est pas pi’oduire un argument, c’est échapper à la discussion et la clore en réalité.

Je me permettrai encore de faire remarquer à l’auteur des Observations, que s’il avait voulu distinguer, avec le commuu des hommes, les causes eflicientes des causes occasionnelles, nos expressions n’auraient peut-être- pas encouru ses reproches. En effet, puisqu’il a plu à Dieu d’employer des agents matériels pour réaliser ses desseins sur le monde , il est plus rationnel de penser que ces agents étaient soumisalors, comme aujourd’hui, aux forces qui les niaitrisent, et auxquelles nous ne les voyons jamais soustraits , de telle sorte que poser les uns, c’est admettre les autres.

Sans doute, d’api'ès l’Ecriture, la mort n’est entrée dans le monde que par le péché; mais l’Ecriture a-t-elle voulu dire par là «jue les végétaux et les animaux n’eussent jamais péri avant la désobéissance de l’homme ? Nous ne saurions le }x;nser; car il faudrait admettre en même temps, que non-seulement le-s animaux sont susceptibles de péché, mais qu’il en est de même des végétaux. On ne saurait du moins

volumo II (le la soromlp éililion de la Cotmogome de Moiee, T.agny frères, l’aris, ‘J vol. in-8».

comprendre pourquoi si avant la chute de l’homnie les premiers n’ëtaient jamais morts, il n’en eût pas été de même des autres.

Cette observation suffit pour faire saisir combien on s’écarte de la raison, lorsqu’on veut pousser à l’extrême un système qui cependant est vrai ' en partie. Quoique M. de Donald, malgré sa haute perspicacité, paraisse ne pas beaucoup s’arrêter à l’autO' rité des faits , il nous permettra toutefois de lui faire observer que la mort des végétaux et des animaux était nécessaire pour compenser et arrêter leur excessive multiplication.

En effet, si les êtres vivants n’avaient pas dû périr, lors même que l’homme n’aurait pas été sujet à la mort, il n*y aurait eu bientôt plus de place sur la terre pour les contenir. Les animaux auraient fini par être plus nombreux sur le globe, que nous ne le sommes nous-mêmes dans les rues les plus fréquentées de Londres et de Paris. D’un autre côté, les animaux n’auraient pas dû se nourrir des végétaux; car par leur action constante ils auraient tendu autrefois comme aujourd’hui à les anéantir. Aussi la première végétation a-t-elle acquis un développement et une vigueur supérieure à celle des végétaux actuels (1).

ft) On ne peut pas faire la niûme objection par rapport àrhotnme;

Cette végétation a été aussi florissante, et l’on pourrait dire aussi prodigieuse, quoiqu’elle eût beaucoup moins de terreau que celle qui brille maintenant à nos veux, parce que rien n’en a suspendu l’efTort. Mais si les animaux s’étaient accumulés sur la terre en nombre immense, puisqu'ils n’aiiraient jamais péri, les races herbivores auraient nécessairement mis un obstacle puissant à tout ce luxe de végétation.

Il y a plus encore, les animaux carnassiers n’auraient pas dû être créés; car ils ne sauraient vivre sans détruire d’autres espèces. Cependant les races carnivores ont été aussi bien l’œuvre de la création que les espèces paisibles dont les végétaux sont l’unique nourriture. Dès lors, il est assez dillicile de pouvoir admettre l’hypothèse que nous combattons.

On nous répondra peut-être que, si l’homme n’eût pas péché, les animaux n’auraient pas éprouvé le besoin de manger, et qu’alors les races carnassières n’auraient ]>as nécessairement anéanti les espèces herbivores. Nous accepterons, si l’on veut, cette objection ; sans doute c’est être peu exigeant, car il n’est

en effet, s’il n’cùt pas péri, il n'aurait pas eu constamnieiit la terre pour sé>ur. Une autre patrie lui était réservée, et par suite des desseins de la sagesse divine, il y aurait savouré de nouvelles et continuelles délices. *

pas de physicien qui voulût souscrire à une pareille concession. Mais nous ne saurions concéder que, pour résoudre cette question, on ne dût pas faire la moindre attention au texte de la Genèse. Ainsi, d’après le seizième verset du chapitre ii. Dieu avait permis à l’homme de manger des fruits de tous les arbres du paradis terrestre, à l’exception de celui de la science du bien et du mal. L’homme devait donc user de nourriture même dans son innocence parfaite. *11 y a d’autant moins de doutes à cet égard, que le vingt-'" neuvième verset du chapitre après avoir fait l’énumération des végétaux, dit expressément que Dieu les donna à l’homme pour lui servir de nourriture, et cela avant l’époque de sa désobéissance (i).j

Lors même que l’homme n’aurait pas péché, il aurait toujours dû prendre dos aliments ; dès lors il est dilTicile de supposer qu’il ne dût pas en être de même des animaux. Du moins, d’après leur organisation, ceux-ci étaient soumis aux mêmes conditions d’existence, et par suite aux mêmes besoins que l’homme.

S'il pouvait s’élever quelques doutes sur celte nécessité commune, le texte les dissiperait encore dc la manière la plus complète. En effet le trentième verset du chapitre i" porte en termes exprès que Dieu a

(1) Voy. é((Blementlo vers. G du chap. iii de la Gtnètê.

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donné tous les végétaux à l'homme pour lui servir de nourriture. Ainsi, d’après les faits, comme d’après la Genèse , les animaux créés avant l’espèce humaine ayant été organisés pour prendre des aliments, la mort a été une conséquence nécessaire de la vie. Dés lors il n’est pas étonnant, qu’ayant paru les premiers sur la terre, on découvre un si grand nombre de leurs débris dans les couches du globe. Cette circonstance prouve à elle seule qu’après une existence plus ou moins longue, les races auxquelles se rapportent ces restes ont di\ nécessairement s’éteindre.

Si les animaux n’avaiént pas dû périr, lors même que l’homme n’aurait pas désobéi, le serpent, cause première de cette désobéissance, aurait été non-seulement maudit entre toutes les bêtes, et réduit à ramper sur le ventre; mais de plus il aurait été condamné à mourir. Cependant Dieu ne prononça pas contre lui une pareille sentence, parce que, comme tous les autres animaux, le serpent était déjà sujet à la mort. Il n’en était pas de même de l’homme; aussi Dieu, en lui défendant de manger du fruit de l’arbre de la science du t)ien et du mal, l’avertit en même temps que, s’il en mangeait, il mourrait, sentence terrible qui suivit sa désobéissance (1).

(1) Voy. les vers. 17 du chap. ii, et H du chap. iii de la Genèie.

Si ces explications nesuIBsaient pas, et si l’on voulait s’en tenir au texte de l’Ecriture rapporté dans le livre de la Sagesse que M. de Bonald a cité en entier, on ne serait peut-être pas- plus avancé. D’après ce texte. Dieu n’aurait pas fait la mort, et aurait créé tout afin que tout subsistât (1). En effet, toutes les créatures peuvent avoir été saines dans leur origine, n’avoir eu en elles rien de contagieux ni de mortel, et cependant avoir été soumises à l’influence des agents destructeurs.

Ainsi, quoique les végétaux n’eussent en eux- . mêmes, à leur origine, aucun principe de mort, les races herbivores pouvaient les anéantir, tout comme les effets de la dent meurtrière des carnassiers pouvaient faire succomber celles-ci , quoique aucun germe do destruction ne pût les faire périr naturellement. Peut-être doit-on entendre dans ce sens le passage du livre de la Sagesse; dés lors l’auteur des Oûj-e/vat/o«i'auraitbeaucoup trop compté sur ce texte pour le soutien de son opinion, aussi peu d’accoi'd avec tontes les analogies qu’avec les faits les plus positifs.

W. de Bonald nous a fait également le reproche dé

(I) Voy. le livre, de la Sagesse, i, 13, et ii, 2t. où on lil : Invidia autem diaboK mors inlravit in orbem terrarum. '' ' ^ ’

ue pas nous être conrormé à la traduction latine de la Genèse, d’avoir supprimé des conjonctions, et d’avoir changé la signification de certains mots adoptés par les anciens traducteurs. Nous l’avouerons, nous n’avons jamais eu égard aux traductions admises de la Bible, toutes les fois qu’elles nous ont paru contraires au véritable sens du texte. Ce n’est pas que les interprètes qui J’ont fait passer de l’hébreu en grec et du grec en latin n'aient beaucoup mieux connu que nous la langue hébraïque; mais sans doute la science n’était pas alors assez avancée pour qu’ils pussent comprendre toute la portée du récit de la création. C’est là probablement ce qui les a éloignés de l’admirable concision du Pentateuque, et même de l’exactitude de ce récit en ce qui touche l’ensemble des choses créées.

On nous objectera peut-être qu’il ne nous est point permis de prendre une pareille licence, et de donner une explieation différente de celle de la Vulgate. Nous répondrons avec saint Jérôme, qui ne méconnaissait pas non plus l’autorité de la version des Septante faite sur l’original hébreu, que toutes ces traductions ne méritent pas la même confiance que le texte, qui, dans le doute, doit toujours être préféré.

Nous ne voyons pas pourquoi il n’en serait pas de même de la Vulgate, quoique cette version ait été sanctionnée par le concile de Trente, et qu’elle ait été

déclarée authentique. Le concile n’a jamais défendu de recourir aux originaux et de kur accorder la préférence lorsqu’on pouvait en deviner le véritable sens; il a seulement décidé qu’il ne devait être suivi d'une manière liliérale que dans les points relatifs à la foi, ou dans les dogmes essentiels à la religion. La controverse est permise, aux yeux de l’Eglise, à l’égard de la Vulgale, dans tout ce qui ne touche pas à des matières intéressant la foi et les mœurs.

Or, comme, dans les questions que nous venons d'examiner, rien ne peut ébranler la foi la plus vive, ni choquer les mœurs les plus pures, nous sommes autorisés à chercher, d’après les faits qui nous sont maintenant connus, si le texte des premiers chapitres de la Genèse a été bien compris dans les diverses versions que nous en possédons. Aussi persisteronsnous dans l’interprétation que nous avons adoptée après le plus mûr examen , tant qu’il ne nous sera point démontré que nous sommes dans l’erreur. La vérité, but unique de nos recherches, ne saurait être repoussée par nous, lorsqu’elle brille de ses vives clartés.

Les traducteurs du Pentateuque ont-ils bien saisi, par exemple , le sens du troisième verset de la Genèse, lorsqu’ils ont fait dire à Dieu : « Que la lumière soit faite , et la lumière fut faite; » tandis que le texte porte uniquement : « Lumière soit ; lumière

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