‹ De la crèation de la terre et des corps cèlestes, ou Examen de cette question l'œuvre de la crèation estelle aussi complète pour l'univers qu'elle parait l'ètre pour la terre?Chapitre 4 sur 15 · TO · texte numérisé non relu

TO

fut. » Ces mots sont non-seulement sublimes , en ce qu’ils indiquent qu’entre la volonté divine et l’aotion il n’y a point d’intervalle , mais parce qu’ils nous donnent l’idée la plus juste de l’apparition de la lumière, qui a jailli d’une manière instantanée à la parole du Tout-Puissant.

11 y a en effet une grande différence entre ces deux manières d’entendre le texte; la dernière, la seule qui s’accorde avec le sens naturel de l’hébreu, se concilie a,ussi d’une manière parfaite avec les découvertes les plus récentes sur le mode de propagation de la lumière. Nous ne nous arrêterons donc pas davantage sur cet objet, d’autant que nous l’avons discuté avec étendue dans la seconde édititm de la Cosmogonie de Aldise (1). Nous éprouvons cependant le ix-gret de n’avoir pas rendu ce passage d’une manière aussi concise dans notre traduction, et d’avoir ti’op sacrifié à notre langue dans son interprétation.

M. de Bonald, malgré ses habitudes de critique délicate , n’a pas craint de repousser avec une sorte de dédain la différoice que Buckland a admise entre les verbes bara et asàh; car, entre l’action de créer et de cooi'donner ou d’approprier , il y a une distance

(I) Seconde édition, loin, i, pag. iO, 81, 22ti, 117 et suivantes, Paris, Lagny frères,' libraires, 1841. ' ‘

immeuse. Ainsi, lorsque Moïse nous parie de la création (lu soleil et des astres stellaires qui eut lieu dans le commencement, il se sert du mot tara, tandis que lors de la quatrième époque , où le soleil reçut ses atmosphères lumineuses, source à peu près unique de la chaleur et de la lumière. jx)ur la terre, il emploie au contraire le verbe asah. Or, je le demande à M. de Bonald lui-même, n y a-t-il pas ici quelque diversité dans les termes ? Dès lors, n’est-il pas du devoir de celui qui cherche à démontrer l’accord des faits physiques avec le récit de la création , de faire saisir cette différence. On le doit d’autant plus, que cette distinction porte sur un des points les plus importants du récit.

L’auteur des Observations l’a si bien saisi, qu’il en a convenu. (( Vous voulez, dit-il, qu’à la quatrième époque Dieu ait disposé le soleil , la lune et les étoiles dans le ciel (1 )'!» Eh bien, à la bonne heure ! cet aveu est naïf sans doute; mais ce que nous n* saurions concéder à M. de Bonald , et ce qui he résulte nullement du texte de la Genèse, ni d’aucune de nos expressions, c’est que la terre ait reçu sa forme actuelle avant les autres corps célestes. En effet, notre planète et tous les corps de l’univers ont

(t) Pag. 29 des Oburvations.

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été créés dés l’origine des choses; mais, après cette création générale, les astres ont reçu des dispositions particulières qui les ont amenés à leur étal actuel. Moïse, dont le dessein était de faire connaître aux hommes le mode de formation de la terre, a insisté bien plus sur cette formation que sur la coordination des autres corps célestes. Dans le peu qu’il nous dit de ces derniers, il est facile de comprendre que le soleil et les étoiles avaient déjà reçu leur organisation complète, lorsque encore aucun animal n’existait sur la terre. Ainsi notre planète était loin d’être achevée, lorsque déjà le soleil et les étoiles brillaient au ciel et répandaient leur lumière, source de tant de biens. De même la terVe donnait à son satellite une partie de la lumière qu’elle empruntait à l’astre du jour, et à son tour la lune diminuait l’obscurité des nuits terrestres.

Sans doute l’écrivain sacré a dépeint en quelques mots l’appropriation desétoiles; peut-être l’a-t-il fait pour prévenir les peuples confiés à sa sagesse que ces astres étaient aussi sortis des mains du Créateur. Mais puisque les étoiles, soleils d’autres mondes, dont nous ignorerons probablement toujours l’existence, vu l’immensité de l’espace qui nous en sépare, ont reçu seulement à la quatrième époque leurs dispositions définitives, IcS trois premières époques ne peuvent pas avoir été des jours semblables aux nôtres.

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puisque rien n’eu réglait encore la durée. 11 a dû en être également des époques suivantes, jusqu’à l’apparition de l’homme, par suite du temps nécessaire à ce que leur lumière pût parvenir jusqu’à nous. Ainsi la terre n’a pas été, et n’a pas pu être achevée en même temps que les astres stellaires , destinés à viviGer par la chaleur et la lumière qu’ils répandent les corps planétaires de leurs systèmes.

Cette nécessité résulte de la nature des choses; aussi on ne conçoit pas trop comment Duguet a pu voir dans le soleil un nouveau venu dans le monde , « moins ancien que le jour, moins âgé qu’une fleur, moins nécessaire qu’aucun des effeis qu’on lui attribue ('!)., «Pourtant il ne peut y avoir de jour sans soleil, pas plus que sans soleil il ne peut y avoir de fleurs. 11 faut en quelque sorte fermer» les yeux à l’évidence, pour ne pas reconnaître que tous les mouvements qui ont lieu ici-bas dépendent de l’action des rayons solaires.

Par cette action les eaux des mers circulent en vapeur à travers les airs, arrosent la terre en faisant naître les sources et les rivières. Elle produit également l’agitation de l’atmosphère et. les dérangements de l’équilibre électrique de cette vaste couche aéri-

0) Diigu .'t, Ouoraga des tiie jourK.

forme, qui donnent naissance aux phénomènes du magnétisme terrestre. A son iniluence lumineuse sont dus les dérangements d’équilibre chimique des éléments, dont les compositions et les décompositions donnent lieu à de nouveaux produits, occasionnent des transports de matériaux, et mettent la nature dans un mouvement continuel.

L’état de lente dégradation des matériaux solides de ta surface de la terre, qui produit les principaux chafngements géologiques et la diffusion de ces solides dams les eaux de l’Océan est encore sous sa dépendance. De même, par l’action vivifiante des rayons solaires, les végétaux, après avoir été formés aux dépens de la matière inorganique, servent à leur tour à l’entretien des animaux et même à celle de l’honune. Il y a plus encore, la chaleur a jadis converti les végétaux dcTancien monde en de grands dépôts de force mécanique , devenus de nos jours la source de tant d’industrie, l’on pourrait presque dire, de tant de merveilles.

Aussi Tot^nisation, le sentiment, le mouvement spontané, ’la vie, n’existent à la surface de la terre que dans les lieux exposés à la lumière solaire. La fable du' flambeau de Prométhée était donc l’expression d’une vérité philosophique qui n’avait point échappé aux anciens. Sans la lumière, la nature serait sans vie ; elle serait morte et inanimée. Un Dieu

bienfaisant, m l’apportant sur notre globe, y a répandu l’organisation, le sentiment et la pensée, émanation sacrée de sa toute-puiseanœ (1). La nature, dans son admirable simplicité, a donc mis les principaux phénomènes du monde matériel sous la dépendance de l’action solaire. Antagoniste de l’attraction ou de la force de condensation, elle la règle et en détermine l’intensité, depuis qu’à la quatrième phase de la terre, elle en a reçu le pouvoir.

A la vérité , l’action solaire n’a pas été constamment la seule force dominante à la surface du globe ; la chaleur centrale y a longtemps exercé son iniluence. Peut-être l’aO'aihlissement de cette source de chaleur a-t-elle été la cause de la destruction des anciennes générations, dont les couches fossilifères nous ont conservé les l'estes. Mais ces débris d’êtres, qui jadis ont vécu, sont, par rapport à l’histoire de la terre, ce que les médailles et les ruines sont par rapport à l’histoire du genre humain. A leur aide, nous pouvons jeter quelques jalons dans le passé et fixer quelques dates relatives pour des temps qui n’ont jamais eu aucun homme pour témoin.

(1) Paroles de Lavoisier dont M. Dumas, dans sa leçon sur la statique chimique des êtres organisés, a fait une si brillante application. Paris, 1841, Furliii .Masson, libraires,

Lue grande ditt'ërence existe cependant entre ces deux clironométres ; le premier ne peut en effet nous donner des dates précises, mais seulement nous permettre d’établir quelques relations entre les époques où se sont passés ces divers événements. Au moyen du second de ces chronomètres, nous supputons les temps avec une exactitude rigoureuse; car des dates précises sont souvent écrites sur les ruines elles-mêmes ou sur les médailles destinées à perpétuer le souvenir d’un fait historique. D’ailleurs, d’après les caractères de l’architecture de ces ruines, ou l'habileté avec laquelle ces médailles ont été frappées , on parvient presque toujours à remonter jusqu’à l’époque précise qu’elles rappellent.

C’est là tout ce que les recherches de la géologie nous ont permis de faire; loin que l’on doive s’en étonner avec l’auteur des Observations, il y a lieu d’espérer que, par suite des progrès de la science, elles acquerront dans peu un plus grand degré de certitude. Ces recherches nous apprennent que les végétaux terrestres ont précédé de beaucoup les espèces animales qui habitent «paiement les terres sèches et découvertes. Cette primitive végétation a été néanmoins accompagnée par quelques animaux à respiration aérienne. Ceux-ci s’y trouvent en si |>elit nombre (à peine en connaît-on cinq ou six individus),

qu’ils ne méritent presque pasd’étre cités comme une exception à la grande loi établie dans le récit de la création.

L’apparition des animaux habitant les terres sèches et découvertes aurait donc eu lieu en même temps que celle des végétaux; sous ce rapport, l’observation des couches fossilifères ne confirmerait pas entièrement la Genèse. Ce fait nous a valu les reproches de M. de Bonald ; mais nous avons fait saisir son peu d’importance relativement à l’aulorité de l’Ecriture, qui ,ne peut cependant être en opposition avec les phénomènes physiques.

Cet habile écrivain aurait dû comprendre toute la portée de nos observations; mais, puisque nous avons eu le malheur de ne pas nous faire comprendre, nous allons encore mieux exprimer notre pensée.

La science admet à priori que les végétaux terrestres ont dû précéder les animaux qui ont le même genre de station. Elle se fonde à cet égard, sur la nécessité que des plantes fussent répandues en certain nombre à la surface du globe lors de l’apparition des animaux, les végétaux devant fournir à ces derniers les matériaux propres à les alimenter. D’un autre côté, elle admet encore que les espèces herbivores ont dû précéder les races carnassières, puisqu'en définitive elles leur servent de nourriture. De même, les animaux qui se nourrissent à la fois de plantes et de

chuir devaient être les derniers à arriver sur la terre^ les êtres des deux régnes étant nécessaires à leurs besoins, ainsi qu’à leurs conditions d’existence.

Cette supposition, dont le plus simple raisonnement démontre assez l’exactitude, est loin d’étre gratuite; elle est démontrées la fois par les faits et par le texte de la Genèse. En effet, d’après les recherches géologiques, comme d’après l’Ecriture, l’homme omnivore par excellence , le plus jeune entre les êtres vivants, a couronné l’œuvre de la création. Ainsi Moïse a connu, soit par inspiration, soit tout autrement, ce que la science la plus haute vient de nous révéler et de nous apprendre.

L’objection que l’auteur des Observations emprunte à M. Buckland , sur la présence des animaux marins dans les mèmès terrains de transition où l’on observe un grand nombre de végétaux terrestres, n’est pas aussi grave qu’elle parait l’être au premier aperçu. Ces animaux, habitant le sein des mers, n’ont aucun rapport avec ceux dont l’influence est si grande sur les plantes terrestres. Aussi ne voit-on presque aucune trace de ceux qui vivent sur les terres sèches et découvertes, au milieu des débris de l’ancienne v^étation , ainsi que nous venons de le faire -observer.

Moïse a donc dû porter uniquement son attention sur les végétaux terrestres et sur les animaux qui

habitent aussi le» terras séclies et découvertes. Dès lors il a eu raison de dire que les premiers avaient paru avant les seconds; car il y avait à cet égard né^ cessité, et nécessité absolue. Aussi la science la plus positive est-elle forcée de l’admettre.

On peut du reste remarquer que les animaux des terrains de transition sont réduits à des invertébrés et à la classe la moins avancée sous le rapport de roiv ganisation des vertébrés , c’est-à-dire à celle des pois^ sons. Cette classe, la moins importante de toutes celles des animaux à vertèbres , sous le point de vue de ses dimensions, est aussi celle qui frappe le moins les regards et qui échappe le plus à nos investigations. Peut-être ces motifs ont porté l’écrivain sacré à ne point en faire mention dans la première partie de son récit; dés lors on ne saurait lui en faire un reproche.

Cette discussion nous amène, comme malgré nous, à faire , relativement au travail de M . de Bonald , une réflexion qui nous parait n’étre pas sans fondement. En écrivant la Cosmogonie de Moise, notre but a été de montrer que le récit que nous devons au législateur des Hébreux sur la création est d’accord avec ce que la science la plus haute nous a dévoilé ; les progrès de l’intelligence nous révèlent donc de plus en plus ce qu’il y a d’admirable dans le premier et le meilleur des livres. Nous ne l’avons

cependant considéré que comme une œuvre humaine, et non comme une œuvre inspirée; car si nous l’avions envisagé sous ce dernier point de vue , nous n’auriqns pas pu l’étudier , ainsi que nous l’avons fait, sous un rapport purement scientifique.

Nous avions cru nous être mis par là à l’abri de toute accusation d’hétérodoxie; |>ourtanl le paragraphe de la page 39 des Observations tend de fait, sinon d’intention, à mettre le lecteur en défiance contre nos principes. 11 nous importe donc à plusieurs égards de réduire à leur juste valeur les reproches que l’on nous a adressés; ils sont trop graves pour être passés sous silence.

M. de Bonald ne contestera pas sans doute qu’un fait présente plusieurs faces. L’expression de ce fait est susceptible d’autant de considératious que ce fait présente de points de vue particuliers. Vue par certain côté isolément, cette expression peut présenter quelque obscurité à cause de l’ignorance , de la prévention ou de tout autre motif. Ces propositions que vous acceptez, je pense, contiennent tout juste ma réponse à votre accusation.

En effet, la création du monde est un fait dont le récit de Moïse est l'expression. Ce récit peut être examiné sous divers points de vue. Il peut l’être sous un côté religieux, ou sous un aspect historique, ou enfin sous ses rapports scientifiques.

Il est donc permis de s’assurer si ce récit est aussi bien confirmé par la science géologique que par les monuments historiques? C’est même sous ce double rapport que nous l’avons étudié dans notre seconde édition. Mais, lors même qu’il nous serait arrivé de conclure à cet égard d’une manière négative, la théologie la plus sévère ne pourrait incriminer nos conclusions; car, dans l’infàillibilité de ses vues, elle n’y verrait que l’impuissance de la science, ou une nouvelle preuve de l’insttllisance des documents historiques, lorsqu’ils s’appliquent aux premiers âges de l’humanité.

Personne plus que moi ne s’incline devant l’immuable et suprême vérité des livres saints. Désireux toutefois d’examiner le récit de la Genèse sous un rapport historique et scientifique, de le mettre en rapport avec les découvertes actuelles, il m’a paru important, indispensable même, de rappeler ce but aux personnes qui jetteraient les yeux sur mon livre. Si donc en le parcourant des dilficidtés se sont offertes à leur pensée, elles n’ont pas pu se méprendre sur la valeur de nos paroles. Nos avertissements étaient donc nécessaires afin que nos expressions ne fussent pas prises comme ayant une valeur absolue, mais uniquement relative.

Il serait souverainement injuste de rendre la religion , c’est-à-dire la •vérité, justiciable en quelque

— as-

sorte de rimpuis8ance de la science ou de l’incertitude de l’histoire : cela me parait assez évident pour ne pas devoir y insister plus longtemps ; seulement M. de Bonald, par suite de sa loyauté, voudra bien convenir qu’il a prêté à nos paroles une signiûcation par trop favorable à son système d’objections.

Etudions maintenant le passage qui a excité la censure de l’auteur des Observations, aOn que l’on puisse juger avec connaissance de cause de l’état de la question. 11 fait observer que nous ne nous sommes pas prononcé sur ce qu’il y a de surnaturel dans les causes du déluge. Nous avons dit, en effet, « que s’il ne nous était pas donné de soulever le voile qui couvre ce grand phénomène, il nous était permis du moins d’apprécier les causes probables et naturelles qui ont pu l’opérer. »

Nous ne pouvions pas prononcer en théologien sur ce qu’il peut y avoir de surnaturel dans cette catastrophe. Nous l’avons examiné, comme tout autre phénomène naturel, d’après les lois connues et maintenant établies, et nous l’avons ainsi étudié sous le point de vue historique et scientilique, c’est-à-dire dans le sens des paroles dont M. de Bonald a cru pouvoir s’armer contre nous.

Les physiciens ne sauraient être satisfaits de tout autre genre d’explication; car ils admettent avec beaucoup de dilbculté les interprélatious qui, pour

faire comprendre un fait précis, ont recours à une interversion des lois de la nature. Aussi, pour rendre raison de cette catastrophe, ont-ils supposé qu’il ne serait pas impossible que le soulèvement de la chaîne des Andes eût influé sur sa grandeur et sur son étendue. Du moins cette chaîne, qui traverse en entier le nouveau monde, paraît être sortie la dernière du sein des eaux ; comme elle a soulevé tous les terrains antérieurs aux dépôts diluviens et a laissé ceux-ci intacts, elle se rapporterait presque à la même époque que le déluge.

Mais y a-t-il dans ce soulèvement, comme dans ceux qui ont produit les chaînes des Alpes, de l’Himalaya ou des Pyrénées, quelque chose de miraculeux, ainsi que le suppose M. de Donald ? C’est ce que nous ne pouvons lui concéder; il nous paraît en effet peu fondé, lorsqu’il dit « que, miracle pour miracle, il aime autant la pluie de Moïse et l’ouverture des cataractes célestes, que ces exhaussements qui, à ses yeux, ne sont pour rien dans le déluge. »

Les événements auxquels sont dues les diverses chaînes de montagnes, sont des événements nécessaires dans l’histoire physique de la terre. Notre planète devait en elTet présenter des inégalités plus ou moins considérables, afin de permettre aux eaux du ciel de se distribuer sur ses diverses parties. Elles étaient peut-être encore plus nécessaires, à raison de

l’influence qu’elles exercent sur les principaux phénomènes atmosphériques. Aussi l’inégalité du sol est probablement une condition des astres planétaires, même de ceux qui, comme notre satellite, sont dépourvus d’atmosphère, ou n’en ont qu’une excessivement rare et extrêmement déliée.

Quoi qu’il en soit de cette dernière conséquence, les montagnes étaient dans l’organisation de la terre une nécessité d’autant plus grande, qu’olTrant de grandes masses d’eau, notre planète est aussi environnée d’une vaste couche aéri forme, où est disséminée une quantité variable de vapeur aqueuse. Cette vapeur y étant maintenue par l’évaporation d’une manière constante, il fallait, pour qu’elle pût entretenir les mers et les rivières, qu’en se répandant sur la surface du sol elle pût s'écouler vers leurs bassins. Les montagnes et les inégalités de la croûte superficielle ont non-seulement facilité cet écoulement, mais seules l’ont opéré; car il n’aurait pas été possible, si elles n’avaient pas existé.

Elles sont donc chargées de faire profiter les portions des continents hors du sein des eaux, de cette réciprocité de services qui, par l’elTetde la chaleur et d’autres causes extérieures, maintient les pluies en rapport avec la marche et la mesure de l’évaporation. Sans doute les rapports de ces deux ordres de phénomènes sont réellement admirables par leur stahi-

“• io —

lité; mais, quoique merveilleux, ils ne tiennent nullement du miracle, ainsi que le suppose l’auteur des Observations.

Sans doute la science ne peut admettre, dans son état actuel, que les eaux du déluge se soient élevées au-dessus des plus hautes montagnes ; car les dépôts de cailloux roulés qui prouveraient la réalité de ce fait ne se montrent jamais à une aussi grande hauteur. Les dépôts diluviens se rencontrent à peu près uniquement sur les portions les plus abaissées de notre planète; ils ne dépassent guère 2,000 ou 3,000 mètres au plus. La chaîne del’Himalaya présente cependant plusieurs pics dont l'élévation n’est pas moindre de 8,000 mètres au-dessus du niveau des mers.

D’un autre côté, si l’exhaussement de la chaîne des Andes a exercé une grande influence sur le déluge et l’a occasionné, du moins en partie, par le dérangement qu’il aurait produit dans la masse des eaux existantes, son effet nécessaire et naturel a été de porter ces portions des continents hors du sein des eaux. Aussi est-ce seulement au pied de la longue chaîne des Andes, et bien au-dessous des pics du Nevado de Sorata, d’illimani ou du Chimborazzo, dont le plus haut n’a pas moins de 7,696 mètres, que l’on découvre des traces du diluvium. La plus grande partie de la chaîne, et surtout les points les plus élevés en

soat complètement dépourvus ; comme uuUe part on n’observe le moindre dérangement dans la position horizontale des dépôts diluviens, ceux-ci n’ont pas dû être déplacés par le soulèvement de la chaîne, au pied de laquelle ils sont dispersés.

£n examinant donc la question sous un rapport purement scientiQque, nous avons dû chercher à concilier la Genèse avec ces faits, qui ne sont ignorés d’aucun physicien. 11 nous a paru que, comme Moïse était loin de connaitre toutes les montagnes de la terre, il était probable qu’il a’avait porté son attention que sur celles qu’il connaissait. 11 n’avait pro> bablement nulle idée de l’élévation des pics de l’ilimalaya, des Ândes, ou de ceux qui font partie de la chaîne des Alpes. Par suite de cette exagération si familière au style oriental, et dont peut-être ce grand législateur n’a pas su toujours se préserver, il a pu supposer que les eaux du déluge s'élevèrent de quinze coudées au-dessus des plus hautes montagnes.

11 serait possible cependant, que le texte n’eût pas été parfaitement compris, et n’eût pas reçu sa véritable interprétation. Si cet examen ne devait pas nous entraîner beaucoup trop loin, nous porterions maintenant 1 attention sur cet objet ; mais , comme nous nous proposons d y revenir plus tard, nous n’en dirons pas davantage pour le moment. Du reste, tout

ce que Moïse a voulu dire, c’est que les eaux couvrirent tous les lieux habités, même les plus élevés, de manière à engloutir l’espèce humaine, à l’exception du petit nombre d'hommes que Dieu avait voulu épargner.

Ce qu’il y a de grand et d’important dans ce cataclysme, c’est la destruction du genre humain : quant à l’élévation plus ou moins grande des eaux qui avaient occasionné le déluge, elle était tout à fait indifférente; il suffisait aux desseins de la haute sagesse qui l’avait ordonné, que cette élévation fût assez considérable pour dominer tous les points habités par l’homme. C’est là le fait essentiel , et, pour ainsi dire, le fait unique, qu’il faut prendre dans le récit que Moïse nous a donné de cette grande et terrible catastrophe. £n l’envisageant sous ce point de vue, la science peut s’accorder avec l’Ecriture. Sans doute, la Bible n’a pas besoin de l’appui des connaissances hunaaines ; toutefois cet accord est un avantage que le théologien le plus sévère ne peut et ne doit dédaigner.

On n’est donc plus dans le vrai lorsqu’on ne veut pas comprendre l’intérêt que peut avoir la religion à montrer l’harmonie qui *existe entre les faits rapportés par la Genèse et ceux que l’observation nous a dévoilés. On ne peut guère ignorer que tous les hommes éclairés ne partagent pas l’inllexible rigi-

dité de certains théologiens, et qu’il n’est pas sans quelque importance de chercher à les concilier avec l’exfréme rigueur de leurs opinions.

Aussi avons-nous pris la plume pour leiir montrer que Moïse, considéré non comme un homme inspiré, mais seulement comme un homme ordinaire, avait été singulièrement au-dessus de son siècle et nous avait laissé une cosmogonie dont l’exactitude se vérifie chaque jour. Déjà, par suite des progrès toujours croissants de la science des faits, et les recherches philologiques, Moïse est sorti victorieux de cette lutte dont il a été si longtemps l’objet. Son livre paraîtra bien plus étonnant encore, lorsqu’on l’aura débarrassé, à l’aide d’interprétations plus éclairées, des obscurités dont nous venons de présenter, du reste, la plus grande. Nous n’avons pas cru devoir la dissimuler et encore moins la passer sous silence; les motifs qui nous ont déterminé ne nous mériteront pas, nous le pensons du moins, le blâme de l’auteur des Observations.

Nous ne croyons pas , du reste , trop présumer de la science, en supposant que sous peu le voile mystérieux qui couvre encore certaines parties de la Genèse sera entièrement déchiré; ce bienfait nous devons l’attendre des lumières nouvelles qu’elle apporte chaque jour dans le champ de la discussion. Les hommes éclairés appellent cette époque de tous leurs

vœux, et c’est là uu bel héritage réservé sans doute à nos descendants.

Nous voici enfin amvé à la dernière critique de M. de Bonald, et à l’une des plus importantes de toutes celles que nous devons à son esprit exercé. Cette critique est relative à l’unité d’origine du genre humain. Gomme chrétien, nous sommes sur cette question tout à fait de l’avis de M. de Bonald ; mais , lorsque nous l’envisageons sous un point de vue purement scientifique, elle nous parait présenteras plus graves et les plus sérieuses difficultés (1).

Si la race éthiopienne ou nègre ne différait de la race caucasique ou blanche que par la couleur de la peau, il ne serait pas extrêmement difficile de se rendre raison de cette différence. Mais, outre la diversité de ce caractère, qui- frappe les yeux, ilen est une foule d’autres bien plus importants, et qui tiennent aux considérations anatomiques les plus profondes, et de l’ordre le plus élevé. Aussi la science n’a pu . jusqu’à présent parvenir à résoudre comment de pareilles différences ont pu se produire , si , comme • ' , certains faits tendent à le prouver, l’espèce humaine, ' ’

(1) On ne lira pas sans fruit l'écrit publié en 1836, par M. Broc, sur les races humaines (Pai-is, Tilliard, rue Saint-Kyacinthe Saint- Michel, .30;.

lual^i'c »es uemi>reu»e8 variétés , provieut d’un type unique ou d’une seule souche.

Povir comprendre la valeur de ces faits , il est nécessaire d’entrer dans quelques détails, afin d’en faire saisir toute la portée. Ils auront peut-être l’avantage de réconcilier l’auteur des Observations avec l’opinion de Cuvier. Âu moyen de ces explications, M. de Bonald se. convaincra probablement que, par unité d’espèce, cegrand naturaliste entendait et devait entendre unité- d’origine ; car plusieurs individus d’une même espèce n’annoncent nullement une diversité de type, lors même que ces divers individus auraient été créés ou placés dans différents lieux de la terre. Du moins il est généralement admis dans la science que l’espèce est la collection des individus qui en font partie, quelque considérable que puisse être le nombre des io-> dividus. -,

Cette remarque suffit pour faire saisir l’importance do la définition de l’espèce et combien il est essentiel de déotéler les caractères qui empêchent de la coafopdre avec les variétés. Cellesrci peuvent être plus oi^ntoins prononcées, tm raison du temps ou de l’importance des causes de variations qui ont agi sur elles ; mais, quelque considérables qu’elles soient , un lien commun les rattache les unes aux autres , ainsi qu a la souche de laquelle elles proviennent.

11 parait donc nécessaire, avant de discuter la

question de l’unitë du genre humain sous un point de vue purement scientifique, de définir avec précision le sens que l’on doit attacher aux tnots espèce et variété. Si l’on a tant discuté sur cette question, c’est faute probablement de s’être fixé sur la véritable valeur de ces deux expressions.,

La génération, quel qu’en sok le mode, ou de quelque manière qu’elle s’opère, semble être le type et le seul fondement sur lequel on puisse établir ce premier point de départ. Ainsi tous les individus qui peuvent se reproduire et se perpétuer indéfiniment les uns avec les autres sont d’une seule et même espèce (1).

Les dilKrences qui distinguent Ces individus, quelque grandes qu’elles puissent être, në sont, en définitive, que des variations d’un même type. Ainsi, tant que ces différences n’altèrent pas le type essentiel , et que les individus chez lesquels elles existent peuvent se perpétuer par leur réunion , elles constituent uniquement des variétés.

On distingue cependant ces variétés en deux ordres, d’après la constance ou la fugacité des caractères qui les différencient. Les premières ou les principales

(1) Voy. la PkÿHologie médicale de (lerdy, particulièrement le chapitre du genre humain, de ses espèces et de scs variétés toi# i’

pag. 284 et suiv., Paris, Crochard, 1832. Id., l’ouvrage de M. Broc’ déjà cite, pag. 3.

présentent une permanence presque constante dans leur type et une uniformité remarquable entre tous les individus qui s’y rattachent. Les secondes ou les dérivées sont au contraire susceptibles de variations presque infinies dans leurs traits distinctifs; mais, excessivement fugaces , ces traits s’effacent et disparaissent pour ainsi dire par l’effet des causes les plus simples et les plus naturelles.

Les unes , les variétés du premier ordre ou fondamentales, remontent si haut , que leur point de départ ou leur origine se perd dans la nuit des temps; les autres moins importantes, les variétés du second ordre ou passagères, sont assez rapprochées de nous pour que l’on puisse presque toujours déterminer leur point de départ.

On peut citer comme exemple du premier ordre de ces variétés, les trois principales races humaines, savoir 1° la race blanche ou caucasique; 2“ la race jaune ou mongolique; 3" la race noire ou éthiopienne. Cet ordreestloin d’être arbitraire, comme on pourrait le supposer. En effet, considérée sous le point de vue de leur ancienneté, la cace blanche est la plus nombreuse et la plus avancée en organisation parmi les variétés de l’espèce humaine. Elle parait également être la souche de laquelle sont provenues les deux autres variétés, d’abord la race jaune, et en second lieu la race nègre.

On peut comprendre parmi les variétés du second ordre les dérivées des trois races fondamentales, et dont il est possible de reconnaître le type ou les types desquels elles sont parties. On peut comprendre parmi ces variétés secondaires les races américaines, colombiennes ou finoises, et une foule d’autres qu’il serait trop long d’énumérer, mais dont il est presque toujours possible de déterminer le point de départ et souvent d’arriver jusqu’à la souche primitive.

Si donc les races humaines, quelles que soient leurs dissemblances, sont susceptibles de donner par leur réunion des individus féconds, elles Constituent une seule et même espèce. On peut en trouver en quelque sorte la preuve dans plusieurs faits communs à l’universalité de ces mêmes races.

Ainsi toutes offrent une égalité remarquable entre la durée de leur vie, en même temps qu’elles sont susceptibles de développer et de perfectionner leur intelligence. Elles peuvent les unes aussi bien que les autres transmettre à leurs descendants l’édu- , cation qu’elles ont reçue de leurs aïeux. Toutes admettent l’existence d’un être supérieur; elles lui rendent même un culte plus ou moins perfectionné selon le degré de leurs lumières et de leurs croyances. Elles ont généralement un langage, moyen sûr et facile de communication entre elles, En effet, l’homme est le seul d’entre tous les animaux qui soit doué de

la parole, dont il se sert pour exprimer ses pensées et ses sentiments.

£n6n, ce qui n’est pas moins digne d’attention , tous les hommes, à quelque race qu’ils appartieiment, sont affectés par certaines causes pathogéniques , et tous sont affligés par les mêmes maladies, quoiqu’elles varient suivant les climats et certaines circonstances locales. Les mêmes douleurs les tourmentent et les assiègent partout, aussi bien que des passions plus ou moins vives, et plus ou moins violentes. Les hommes les plus avancés en civilisation en éprouvent les plus terribles effets , tout comme le sauvage qui ne sait pas même se mettre à l’abri des injures de l’air (1).

On a pourtant supposé que certaines maladies affectaient plutôt telle race que telle autre , et, parmi ces maladies spéciales, on a notamment cité le pian des négrea. Mais lea travaux d’Alibert ont fait voir que les blancs y étaient également sujets, quoique le pian soit excessivement rare dans les régions tempérées. Lette maladie, essentiellement climatérique et locale, ne se développe que dans des circonstances qui se

(1) Voy. V Histoire naturelle du genre humain, par James Cusvles Ricliai'd,(1iins l'original anglaisou dans la iraductioii allemamie qui en a tHé |ml>liée à I,<'ip3(ig en 1841, par Wagner.

représentent peu en Europe, où la race blanche a principalement V fixé son séjour. Ainsi cette maladie n’est point une aSection particulière à la race nègre, car elle afflige généralement toutes les vari^ës humaines dans les lieux où elle est endémique.

Lorsqu’on observe l’homme en général, qu’on suit ses pas dans tous lieux où il s’est succeSsiv^ent établi , on le voit éprouver les mêmes douleurs > recevoir les mêmes impressions morales , et partout jouir seul d’une intelligence susceptible de continuels et d’immenses perfectionnements. 11 est donc ration'^ nel de voir dans cette communauté de maux et d’affections , ainsi que dans la perfectibilité morale de l’homme , une preuve de l’unité de son espèce et de son origine.

Sans doute la révélation a admis sans restriction que tous les hommes étaient parvenus d’un seul , et que les changements divers que ses descendants avaient éprouvés étaient une suite de leur désobéissance aux lois de Dieu. Aussi M. de Bonald s’étonne que nous invoquions les lumières de la science lors-< que la révélation nous a éclairé ; nous nous permettrons de lui faire observer que la science n’est pas une croyance, et encore moins une foi, et que pour elle il faut qu’un fait physique soit démontré pour qu’elle puisse l’admettre. Pour arriver à cette dé-^ monstration , nous allons nous livrer à quelques re->-

cherches ; elles nous démontreront que les caractères primitifs de l’espèce humaine doivent étrt* depuis longtempsprofondément altérés , du moins lorsqu’on les observe dans les diverses races qui la composent. Ils le sont tellement, qu’il est extrêmement douteux, d’après les nombreuses causes de variations auxquelles l’homme; a été exposé, que ces caractères aient pu nous parvenir dans toute leur pureté.

Ces causes, lorsqu’elles ont agi d’une manière profonde, ont produit dans l’espèce humaine des différences d’organisation, qui en devenant héréditaires, ont constitué les grandes variétés auxquelles on a donné le nom de races. Ces variétés semblent avoir été les effets de leur croisement mutuel , de l’influence du climat, de la nourriture, et surtout de celle des milieux ambiants , ainsi que nous le ferons observer plus tard.

La difliculté de la question tient donc principalement à la détermination des causes auxquelles il faut attribuer les différences des trois grandes variétés de l’espèce humaine, et comment de la race blanche, considérée comme type , ont pu provenir les races jaunes et nègres. Si les deux dernières sont réellement dérivées d’une même souche, le genre humain, aü lieu de se perfectionner ou d,’avancer vers une organisation plus compliquée, aurait marché en sens contraire, puisqu’il se serait continuellement abâtardi ,

et aurait tendu constamment vers un organisme de moins en moins avancé.

Si donc les animaux ont marché vers un perfectionnement gradué, l’homme, en abandonnant les lumicrés de la raison et se privant de cette intelligence supérieure qui le distingue entre tous les êtres vivants, est devenu de plus en plus semblable aux brutes. Il n’avait cependant à son origine que des rapports plus ou moins éloignés avec eux par son organisation, r Aussi par un retour vers cette intelligence, précieuse émanation de la Divinité, les races les plus abâtardies reviennent 'bon-seuleraent vers la dignité morale de l’homme, mais encore vers la dignité physique de notre être.

Ce retour vers le perfectionnement matériel de l’organisation nous donne en quelque sorte la clef de toutes les dégradations qui ont amené insensiblement la race blanche à ces races abruties qui peuplent les contrées brûlantes de l’Afrique ou les îles de l’Océanie. Mais n’anticipons pas sur ce que nous aurons adiré à cet égard ; avant d’arriver aux caractères distinctifs des principales races humaines, étudions le mode de distribution que notre espèce semble avoir suivi à son origine.

Si nous consultons les monuments et les traditions de cette partie de l’histoire de l’humanité, ils nous apprendront que, différemment desanimaux, l’homme

a ëtë placé sur un point duquel il a irradié et s’est répandu peu à peu et par degrés sur toute la surface de la terre. Les mêmes traditions nous disent encore que notre espèce, primitivement placée au centre de l’Asie, est prtie de cette contrée la plus favorable ù sa facile dispersion, pour aller se distribuer dans toutes les autres contrées, où elle a établi peu à peu ses nombreuses tribus.

^ Cette condition particulière à l’homme , qu’aucun animad n’a partagée avec lui , parait peu favorable à la multiplicité de l’espèce humaine. Si cette multipli* cité avait été dans les desseins de la nature, elle au« rait dû suivre par rapport à l’homme ce qu’elle avait déjà fait pour les animaux , dont les espèces , extrêmement variées, ont été disséminées sur la terre par

Aussi lorsqu’on change d’hémisphère, tout dans la création, à l’exception d’une seule classe d’objets, se trouve changé. On rencontre à la surface de la terre, non-seulement de nouvelles plantes et de nouveaux animaux , mais dans le ciel même de nouvelles constellations viennent frapper les regards. C’est uniquement dans l’intérieur du globe que l’on découvre les mêmes espèces minérales et les mêmes associations d’espèces qui constituent les roches ou les principaux matériaux inorganiques en grande masse. Il est diflicile de se rendre compte de ce mode de distribution

particulier à tous les êtres organisés, sans supposer l’existence primitive d’un certain nombre de foyers de création épars sur la surface du globe, et la formation, dans chacun de ces points, d’un certain nombre d’espèces particulières , dont les tribus se sont peu à peu étendues au loin.

Par suite de ces centres de création distincts , la distribution des mêmes espèces n’a pas eu lieu sur des continents différents , ou sur des continents dont l’exhaussement au-dessus du sein des eaux ne s’est pas opéré à la même date. Chaque continent a en effet ses espèces propres; leur analogie avec celles des autres terres est d’autant plus grande que ces portions maintenant solidifiées diffèrent le moins par l’époque de leur exhaussement. Ainsi les races disséminées sur le sol du nouveau monde ont plus de rapports avec celles de la ISouvelle-Hoirande, que celles-ci » n’en ont avec les espèces de l’ancien continent.

Quant aux végétaux et aux animaux des îles , ils se rapprochent principalement de ceux des continents.

Du reste, peud’îlesont des créations distinctes et jiarticuliéres, à moins qu’elles n’aient une grande étendue. L’ile de Madagascar est peut-être la seule exception à cette loi générale ; mais, d’après la nature et la particularité de ses productions, elle paraîtrait avoir été séparée de quelque grande terre, dont elle a conservé la plupart des particularités.

Si donc l’homme est parti d’un seul point pour aller peupler successivement les diverses contrées du globe, il a dû être singulièrement affecté par la différence des climats et des milieux dont il ressentait tour à tour l’influence. Par l’effet de ses migrations, tout a été changé autour de lui; pression, chaleur, humidité, nourriture, impression des objets extérieurs sur son imagination, tout a été nouveau pour ses sens. Dés lors , ces diverses causes agissant soit simultanément , soit les unes après les autres sur son organisation, ont pu produire les modifications variées que présentent les diverses races humaines.

Elles l’ont pu, avec d’autant plus de raison, qu’en même temps que la diversité des conditions extérieures agissait sur elles , elles éprouvaient les effets de leur croisement. Probablement ces influences longtemps prolongées ont opéré toutes les variations que l’organisation de l’homme a éprouvées dans son ensemble, comme dans les détails de, sa structure. Aussi, les variétés de l’espèce humaine paraissent d’autant plus stables qu’elles ont été plus longues et plus difliciles à s’établir. En effet, par la continuité de certaines actions , des modifications de forme et de structure sont devenues pour ainsi dire invariables , et ont constitué par la succession des temps des caractères fixes et constants.

Il n’existe pas cependant parmi les races humaines

une différence essentielle d’organisation dont on ne puisse trouver l’équivalent parmi les espèces animales. Les principales races ont leurs analogues parmi la plupart des animaux domestiques. Elles n’en diffèrent pas plus par leur couleur, leurs formes et leur structure, que les chiens, les chevaux, les bœufs, les moutons et les gallinacés ne différent entre eux. Mais, quoique l’homme vive sous l’influence de circonstances qui favorisent et facilitent même les modiflcations de son organisation, il n’eu subit pas cependant l’influence d’une manière indéfinie. Cette observation ne perdrait du reste en rien de sa valeur, lors même qu’on viendrait à démontrer que le squelette du nègre diffère peu de celui de l’orang , puisque certaines races de chien ont la plus grande analogie de structure avec le loup, espèce qui en est si rapprochée.

Un autre fait capital démontre, ainsi que le fait observer le docteur Prichard, que les diverses races humaines sont uniquement des variétés d’une même espèce. Les voyageurs sont parvenus à constater l’origine de plusieurs peuplades de différents - points du globe ; partout ils ont vu ces peuplades inférieures sous le rapport de la beauté de leurs formes et de leur fécondité aux races mères du mélange desquelles elles étaient sorties. Lorsqu’on étudie au contraire les résultats du croisement des races chez les animaux , on voit que non -seulement la fécondité

persislf au niéme degré, mais que les rejetons qui en proviennent l’emportent sur les souches primitives en beauté, en force et en vigueur. Il n’y a donc {X>int de parité sous ce rapport entre l’homme et les espèces animales; ce qui peut jusqu’à un certain point nous faire comprendre comment les races jaune et nègre sont provenues de la race blanche.

L’histoire de l’homme a fait un véritable progrès , lorsqu’on a rapporté à trois types principaux toutes les variétés de l’espèce humaine. Les voies différentes par lesquelles on est arrivé à ce résultat lui donnent la plus grande probabilité. Ainsi Camper, Buffon,Sœmmering, Fallas, Cuvier et Serres y sont parvenus par leurs études comparatives sur le règne animal, Walkenaer par ses recherches sur la géographie , tout comme Cook, Dumont-d’ürville, et une foule d’autres navigateurs, par l’observation directe de l’ensemble des traits et des habitudes des peuples divers.

H ne reste plus qu’à savoir si ces données seront ccmfirmées par la comparaison des langues et par celle des traditions et des monuments des peuples. Quelque grandes que soient les difficultés qui peuvent s’élever sur cette question envisagée sous ce nouveau point de vue, il est probable qu’on la résoudra dans le même sens.

La race blanche, dont toutes les autres sont provenues, doit être la plus perfectionnée, puisque celles

qui en dérivent ont été en se dégradant. L’observation de leurs caractères physiques le démontre de la manière la plus évidente. La première a le front haut, avancé , et l’angle facial ouvert, dépassant souvent 80 degrés, tandis que son ouverture arrive rarement à 70 ou 75 degrés chez les autres races (I).

L’aire du cràue est à peu près quadruple de celle de la face chez les blancs ; tandis que, chez le nègre, l’aire de la face augmente envircm du cinquième. En même temps, chez ce dernier, le trou auditif est beaucoup plus éloigné de l’occiput que chez la race caucasienne. 11 en est de même de la position du trou occipital; ce trou est bien plus en arriére de la tète chez le premier que chez le second. Par suite de cette disposition , la face s’étend aux dépens du crâne , les mâchoires deviennent beaucoup plus proéminentes , et eniin le n^re maintient sa tête dans un plan vertical avec beaucoup de diiliculté.

La proportion de l’ouverture du trou occipital comparé au diamètre du crâne est d’autant moindre que l’angle facial est plus obtus ; aussi est-elle généralement plus petite, comparativement à l’étendue de

(1) Il ne faut pas croiirc cependant que nous donnons à l’angle facial là valeur que lui avait attribuée Camper; car on ne saurait parvenir à mesurer l’intclIigcncc humaine à l’aide d’un quart de cercle.

la boite osseuse, dans la race blanche que dans les races nègre et jaune. La masse cérébrale comparée avec la moelle épinière se montre dans un rapport d’autant plus élevé, qu’on l’examine chez la race la plus perfectionnée. Quant au poids de l’encéphale, il est à peu près égal chez les deux races ; seulement son accroissement a lieu dans des régions différentes de cet organe.

Le cerveau offre un volume et des circonvolutions plus considérables et plus nombreuses chez la race blanche que chez aucune autre.

Si de ces caractères anatomiques profonds, on porte son attention sur les caractères extérieurs des diverses variétés, ils paraissent non moins différents. Ainsi la race blanche se distingue par son visage ovale ; scs traits peu^prononcés ; son front uni ; son nez légèrement arqué, ou long et saillant; sa bouche petite ; ses lèvres et surtout l’inférieure mollement étendues. Les dents incisives des deux mâchoires y sont placées perpendiculairement, et le menton y est plein et arrondi, tandis que les pommettes peu proéminentes y offrent peu de saillie.

Les cheveux de la race circassienne, longs et de couleurs variées, ne sont jamais laineux ni extrêmement crépus. La peau s’y maintient d’un blanc plus ou moins prononcé. Les membres supérieurs, constamment bien proportionnés, y offrent des mouvements fa-

ciles de pronation et de supination de l’avant-bras sur le bras, lesquels sont favorisés par le mode d’articulation du radius et du cubitus sur l’humérus. Les doigts peu longs s’y montrent en proportion avec le pouce, lequel est facilement opposable à tous les autres doigts, circonstance qui fait de la main l’instrument lé plus merveilleux et le plus délicat.

Les membres inférieurs, forts et solides, sont fixés au tronc par des muscles larges et épais. Le col du fémur est tourné très en dehors , et le bassin y est fortement évasé. 11 faut en outre ajouter que les muscles gastronémiens et solaires acquièrent chez les ^ blancs un développement si considérable, que seuls ils ont de véritables mollets et de véritables talons par suite de la saillie en dehors de leur calcanéum. Enfin leurs pieds se distinguent encore par la brièveté dès doigts et le peu de prolongement en avant de leur portion antérieure, caractérisée par le développement du gros orteil.

La race blanche jouit dans sa constitution physique d’une si grande flexibilité, qu’elle résiste beaucoup mieux qu’aucune autre aux plus grandes variations dans la pression et la température. Sa force intellectuelle également supérieure lui donne, les moyens d’ajouter sans cesse à la perfectibilité de son espèce, et de réaliser dans les ouvrages les plus su- ' blimes les plus hautes et les plus étonnantes concep-

tiom auxqiu^tles l’esprit (humain puisse alteiiMLre.

Eh 'bien, 'tous 'les caractères dont nous venons de parlei''s’effacent'pai’ degrés dans les races Jaune et noire , et à tel point cp*e, sous les rapports matériels aussi bien que sous les rapports' moraux, il y a une distance immense entre elles et la race, blanche, qui seule a' conservé- constamment sa supériorité physique et intellectuelle.

Malgré les différences qui existent entre toutes ces races, les plus abâtardies donnent > des individus féconds lorsqu’elles s’unissent 'avec les plus avancées en organisation .'Cette faculté 'de se perpétuer indéfiniment est non-seulement 'fondée sur qtielques faits isolés, mais sur l’ensemble et Tuniversalité des observations de tous les jours.

Si donc les m^es espèces ont senles le pouvoir 'de se perpétuer d’une manière indéfinie, il n’y a dès k>rs qu’une espèce d’homme ; car toutes les variétés humaines, même les plus dissemblables, jouissent de cette faculté éminemment conservatrice.

A la-vérité, plusieurs espèces reconnues comme difsférentes donnent par leur union successive des indituvidus- féconds, tandis que, chez d’antres qui appar— '/tiennent à'une même souche, une seule union suffit icà plusieurs générations.' Remarquons que, dans’l’un "•et I autre cas, l’espèce ne peut se reproduire d’une manière indéfinie; car, dans le premier, cette faculté

s’arrête à la quaU’iéme géqératioa^ ue diépaesa pas, la onzième dans le dernier. Cette circonstance ne se présente du reste que chez des animaux peu avancés en organisation, c’est-à-dii e, chez des invertébrés de l’ordre des insectes.

Les . unions cnti e les espèces diOereates n’ont jaqtais lieu que par rinüucnce de l'homme; on ne les voit point se produire chez les races sauvages ou chez celles qui sont livrées à elles-flaêmes, en sorte qu’elles sont pour ainsi dire forcées, ü faut aùiême,' pour qu’on puisse lesy contraindi e^qiue ces animaux soient soumis à cfiBtaines conditions. Ainsi l’un des. sexes,, au moins, doit êU’e dans un état, de dowasticité; si la domesticité n’est pas une condition absolue, il est pourtant nëces- • saire que les deux espècest soient privéesde leur liberté.

Les. produits forcés de ces unions> contre nature sont si.peu dans l’état normal des êtres chez lesquels . elles ont lieu,, que le, plus ordinairement leure produits, sont stériles et, inféconds. Lorsqu’ils sont aptes' à la génération, ce qui esti fort, rare, ce pouvoir, >lokiM d’être indéfini comme chez les véritables espèces, s’arrête à la troisième ou au plus à la quatrième génération. Les métis qui résultent de l’association de deux espèces différentes ne possèdent donc pas cette faculté génératrice, constamment féconde, dont jouissent seuls les véritables types spécifiques. Dès lors, ils altèrent en quelque sorte l’organisation, puisque

ces métis ne sont pas durables ; car ils ne peuvent pas se propager ni perpétuer leurs races (1).

Quant à l’objection tirée de ce qu’une seule union suilirait dans certaines circonstances à plusieurs générations, elle ne parait pas avoir une assez grande valeur pour apporter quelque modification dans la définition de l’espèce. Cette particularité propre à quelques insectes, spécialement aux pucerons, ne modifie nullement les espèces chez lesquelles elle a lieu ; elle tend uniquement à en assurer la durée. Ce mode tout à fait normal , et qui comme le premier n’est nullement provoqué, est un véritable perfectionnement de la génération ; car, avant tout, la conservation et la perpétuité de l’être vivant sont le point le plus important de son existence.

Ces arguments ainsi écartés, il s’agit de savoir comment, s’il n’y a qu’une seule espèce d’homme, cette espèce unique a pu produire un si grand nombre de races, aussi distinctes par leurs caractères extérieurs que par l’ensemble de leur organisation.

(I) Si quelques espèces voisines, mais distinctes, peuvent se reproduire, les mulets qui en résultent ne peuvent se féconder réciproquement; ils ont toujours besoin d’un individu de race pure ; ei> d’autres termes, les métis^euvent être féconds dans certaines circonstances fort rares, mais ils ne se lécondent jamais les uns les autres.

Pour concevoir comment ces diverses races ont été formées, examinons ce qui s’est passé chez les animaux dont nous pouvons suivre chaque jour les variations. Nous produisons à chaque instant de nouvelles races dans les animaux, en les transportant avec nous dans les climats les plus divers, en leur distribuant la nourriture à notre gré, enfin en les forçant à se croiser de mille manières différentes. A l’aide de toutes ces influences, nous tendons sans cesse à détruire le type invariable des espèces; mais lorsque, libres du joug de l’homme, elles retournent à la vie indépendante, on les voit reprendre instantanément leur type primitif et normal.

Les variations des animaux , par suite de l’influence que nous exerçons sur eux, sont beaucoup plus considérables et beaucoup plus nombreuses que celles que présente l’espèce humaine elle-même. Pour en être convaincu, il suffit de comparer, sous le rapport de leurs variations, l’homme avec l’animal dont il a le plus complètement fait la conquête , le chien.

Celui-ci varie singulièrement par l’effet de notre influence, soit dans son instinct, soit dans son intrépidité. Il varie également dans ses qualités physiques; par exemple, dans sa taille, il diffère comme un est à cinq dans les dimensions linéaires, ce qui fait plus du centuple de la masse.

Ottfi est pins grande que celle que

l’homme présente, même en c<HQp«rant entré elles les races les plus diverses. Les Lapons ^ les Ësquimatix et les Bosehimans n’ont guère moins de 4 pieds, et les Patagons n’arrivent presque jamais au delà de G pieds. Ainsi la plus grande diversité dans la taille de l’homme rentre dans le rapport d’un à un et demi; par conséquent, elle est de trois fois et demie moins considérable que dans le chien. Enfin la masse du corps , comparée dans les diverses races , reste à peu de chose près dans les plus dissemblables ; U Si les animaux qne l’homme a le plus Capprochés de lui ont éprouvé des variations plus grandes et plus nombreuses que l’espèce humaine, nous pouvons concevoir plus facilement celles que nous avons nou»-mémes subies. On ne peut pas supposer que toutes les variations observées chez les races animales ont été produites par l’influence du temps ; car elles sont de beaucoup postérieures à notre existence. Du moins n’en déoouvre-t-on aucune trace chez les anciennes générations, dont les couches terrestres nous ont conservé les débris. D’un autre côté ^ les espèces sauvages restent maintenant immuables dans leurs formes , quelque divers que soient les pays qu’elles habitent. Au milieu des nombreux exemples que nous pourrions citer , il nous suffira de rappeler ceux que nous fournissent le loup et le renard , qui s’étendent

depuis la zoae torride jusqu’à la zone glaciale, et n^éprouvent dans cette immense étendue qu’up peu plus ou moins de beauté dans leur fourrure.

Après ces faits, dont la vérification est facile , essayons de nous rendre compte, comment d’une seule espèce d’homme ont pu provenir tant de races diverses , dont certains rappellent si peu le type primitif dont elles sont sorties. On pourrait supposer que les variations de l’espèce humaine doivent être plus nombreuses que celles que l’on observe chez les animaux , puisque l’homme présente de plus qu’eux un instrument perfectible, l’intelligence, dont le cerveau parait être l’organe matériel.

11 n’en est pas cependant ainsi, quoique en faisant d’immenses prc^rès chez certains peuples le développement de l’encéphale doive entraîner dans son mouvement les formes extérieures qui l’expriment. Cette cause étant éminemment variable, les caractères des différentes races ne peuvent être, par cela même, permanents, ainsi que le prouve l’observation.

Les modifications de l’espèce humaine dépendraient donc de l’organe matériel de l’intelligence, et son influence, bien supérieure aux climats , aurait amené les nombreuses variétés qu’elle présente (1).

(1) Il y a ea effet uoe conneuté marquée entre le système ner

La constance et la puissance de son action semblent avoir produit les diverses races qui s’éloignent plus ou moins du type primitif. Le système nerveux encéphalique, différent pour chaque peuple, a ainsi gouverné les formes extérieures , en même temps qu’il a présidé à la répartition des forces vitales, dont l’intervention a enfin modifié les effets des agents extérieurs.

Le travail intellectuel a nécessairement pour résultat de faire de la tête un centre de fluxion, et d’y faire prédominer l’énergie vitale (1). L’effet d’un pareil phénomène est de donner à la portion de la tête où il se passe un plus grand développement, et d’attribuer au système pileux une activité plus prononcée, qui coïncide avec la plus grande complication du cuir chevelu.

Ces effets ont eu lieu surtout chez la race blanche

veux et toute l’organisation, et particulièrement avec le système osseux qui le protège. Ce lierDier, qui, comme ou l’a fait remarquer, rappelle plutôt un mécanisme qu'un organisme, n en est pas moins une des conditions des pliénomènes les plus élevés et les plus nobles de la vie liumaiiie.

(1) Du moins cette action peut très-bien s’exercer jusqu'à l’âge adulte, où la botte erânière oppose une résisiaucc puissante au développement de l’enrèphale. Ceci n’empèehe pas qu’il n’y ait un rapport harmonique entre le contenant et le contenu, ainsi qu’on peut s’en assurer presque à toutes les époques de la vie.

qui, plus parfaite au moral , l'est également au physique. Il s’effectue également par le perfectionnement de l’intelligence chez toutes les races humaines , même chez la plus dégradée de toutes, la race nègre. Si de pareils effets se continuent, et si les progrès de l’intelligence s’étendent de plus en plus, on verra ces hommes à teint fortement coloré , à cheveux crépus ou laineux, ou à cheveux courts, tendre d’une manière manifeste vers la race blanche, celle dont l’angle facial est le plus rapproché de l’angle droit, et#ù les cheveux sont les plus longs , et la peau la moins colorée. ,

Le développement du système nerveux encéphalique, instrument de l’àme dans les opérations intellectuelles, sufBt donc pour produire le passage d’une race à une autre ; car tous les caractères spécifiques gravitent autour de ce premier système, et en suivent les mouvements. 11 est facile de concevoir quelle instabilité existe dans ce développement, et combien doivent être nombreuses les variations qui en sont la suite. On ne doit donc pas s’étonner d’observer un si grand nombre de variétés dans l’espèce humaine , et de reconnaître le peu de permanence de leurs caractères. En effet, à l’influence du système nerveux vient s’ajouter une foule d’autres causes, dont l’action est aussi sensible sur l’espèce humaine qu’elle l’est sur les animaux. !< ,t ,,, ..

' Si l'exercice d’un organe en accroît le développement, une cause contraire ne peut que le diminuer et finir même par en annihiler les elTets, si sa cessation dure longtemps. L’instabilité des races est donc nu fait nécessaire; aussi peut-on la reconnaître, en observant les peuples qui ont abandonné la civilisation, comme en étudiant ceux qui ont fait tous leurs efforts pour en accélérer les progrès. Cette vérité n’est pas une pure théorie; la terre est là avec ses nom- MNiix habitants pour justifier l’exactitude et la justesse de ces aperçus. La race finoise , qui'parait se rapporter à la race blanche, nous offre un exemple frappant de cette marche rétrograde dans le chemin de la civilisation. La taille des Lapons et des Groénlandais, qui en font partie, se fait remarquer par sou extrême petitesse. Leur corps est grêle et faible, et leur front est généralement fort étroit, comme che» tous les hommes dont l’intelligence est peu avancée. Leurs cheveux sont courts, leurs pommettes saillantes, ' et leur teint d’un brun sale.

L’abondante chevelure de la race blanche a ici disparu avec l’activité cérébrale. Les poils , et à leur défaut, le pigmentum, ont dû se montrer sur le reste du corps, en sorte que la peau est devenue plus colorée et les cheveux plus courts qu’ils ne l’étaient primitivement.

Tous ces effets et une foule d’autres dépendent de

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l’afiaiblbsen>€!nt de la civilisation chez certains peuples. Le résultat a été de leur faire p«rdre la beauté et la perfection de leur ty^ primitif. Il ne faut donc pas assigner un berceau différent aux diverses races humaines, ni s’appuyer à cet égard sur l’incompatibilité de leurs caractères; car toutes se fondmt les unes dans les autres parce qu’elles proviennent toutes d’une même soimce. Il ne nous a pas été donné y il est vrai, de suivre pas à pas de pareilles métamorphoses. Les historiens arrivent lorsque le genre humain est déjà loin du point de son départ j les consulter sur cra temps éloignés, c’est demander à l’homme mûr l’histoire de son enfance.

Après ces faits , qui oserait dire que les hommes de couleur, dont la civilisation fait tous les jours de nouveaux progrès, ne remonteront pas au point où nous sommes parvenus maintenant ? Par l’effet du système nerveux encéphalique, nous verrons la coloration de leur peau s’Sffaiblir par degrés, en inênu^ temps leurs cheveux s’allonger, et leur angle facial devenir beaucoup plus ouvert (1).

(1) L’angle facial est un moyen d’investigation que l’oil ne doit pas négliger. Seulement, pour arriver à quelque résultat .satisfaisant par les mesures de la télé, il faut les prendre à l’intérieur; car la capacité d’une cavité, comme le volume d’un solide, n’est connu que par l’appréciation île se.s trois dimensions. Mais toujours est-il que

Ce* peuples, déjà réunis en corps de nation et qui se sont créé une civilisation sous une forme de gouvernement régulier, n’auront bientôt plus rien des nègres dont ils tirent leur origine. Bien dilférents de leurs ancêtres, qui n’ont pas su faire une écriture ni construire le moindre monument, ni enfin avoir une histoire propre à les éclairer sur leur origine et sur leur destinée, ces peuples transplantés dans un monde nouveau y prendront, par suite des progrès de la civilisation, des formes nouvelles, fruits heureux de cette même civilisation dont leur perfectionnement physique ne sera pas un des moindres bienfaits. £n résumé, les traits du visage de l’homme et son angle facial sont subordonnés à son état intellectuel. Cet état gouverne également la coloration de la peau d’une manière indirecte par l’inlluence qu’il exerce sur la distribution du système pileux. Il maîtrise aussi l’ensemble de l'organisation , par suite de son action sur la mesure de l’angle facial, et les conséquences anatomiques qui sont en quelque sorte sous sa dépendance. Aussi l’organisation générale du corps de l’homme est-elle constamment en harmonie avec l’état de la civilisation, et par suite avec le développement de l’intelligence.

la forme du cerveau détermine cunstnmmenl celle du crâne, et que le premier est toujours l’agent dominateur.

Ces faits proclament l’unité du genre humain ; ils nous font du moins saisir comment la race blanche peut être descendue jusqu’à la race nègre, et comment celle-ci tend dans ce moment même à remonter vers son origine , et à se rattacher à la souche d’où elle provient. Us concilient la science avec la religion et même avec les traditions historiques, qui toutes nous représentent l’origine des nations , comme provenues d’un seul homme. • '

Sans doute , on peut opposer à cette solution de la ' science de graves et sérieuses objections; mais ne devons -nous pas espérer, des progrès de la civilisation’ dont l’inüuence peut être grande sur celte question , qu’ils nous donneront bientôt les moyens de dissiper tous les doutes qui l’environnent

encore. •. ■

11 n’est donc pas contraire aux faits physiques de croire , avec l’Ecriture et les traditions historiques, que les nombreuses variétés de l’espèce' humaine, sorties toutes d’une seule souche , ont été produites parla dégradation de ce type primitif. On peut dès lors trouver dans cette dégradation dont la race nègre tend maintenant à sortir du moins en partie , une preuve de cette malédiction dont leur auteur a été frappé, et voir dans les noirs les restes de la postérité de Gham.

Les faits historiques ne sont, pas non plus en opposition avec cette croyance; si la science ne l’adopte pas, elle ne la repousse pas non plus; car ses investigations sont impuissantes pour en démontrer l’exactitude et la réalité. Ën elTet il lui est seulement permis de sondei' les faits physiques, dont l’influence peut avoir produit cette dégradation, et d’en discuter la valeur; mais elle ne saurait aller au delà.

Ën envisageant donc la question de l’unité du genre humain sous un rapport purement scientifique,, nous avons dd nous restreindre à la disqussion des faits qui semblent la démontrer. M. de Bonald nesam'ait nous blâmer de notre rései ve, d’autant plus qu’elle ne nous a< point em|)écbë d'adoptei' l’opinion qu’il a si bien fait valoir, d’après d’autres considérations, d’un ordre encore plus élevé.

On excusera peut-être la longueur de cette discussion, à raison de l’importance des questions qu’il s’est agi d’éclaircir. Puisse-t-elle avoir fait compreu- .dre que la science, envisagée sous son véritable jour, oonûrme d’une manière puissante ce que la révélation nous apprend. C’est là le plus beau triomphe •de l’intelligence humaine. Si nous ,nous sommes approché de ce but, vers lequel tendent tous nps efforts, nous remercierons mille fois l’auteui' 4ps

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Observations , de nous en avoir fourni l’occasion; sans doute il s’applaudira avec nous de la gloire nouvelle que de pareilles discussions peuvent répandre sur la religion, la science la plus solide et la plus consolante qu’il soit donné à l’homme de connaître et d’étudier.

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