‹ De la crèation de la terre et des corps cèlestes, ou Examen de cette question l'œuvre de la crèation estelle aussi complète pour l'univers qu'elle parait l'ètre pour la terre?Chapitre 7 sur 15 · II. Des causes de la fttrmation des astres nouveaux · texte numérisé non relu

II. Des causes de la fttrmation des astres nouveaux

11 n’est pas d’idée plus grande ni plus simple que de considérer les astres répandus dans le système solaire comme formés par la condensation d’une matière éthérée ou gazeuse disséminée dans les espaces. Comme des astres semblables n’existent pas seulement dans ce système, mais peuplent au contraire par myriades l’immensité de l’univers, on est irrésistiblement entraîné à adopter une hypothèse qui coïncide si bien avec l’unité de plan que l’on voit régner dans les CBUvres de la création (note 2).

(1) Pater meut utque modo operatur, et ego operor. — Saint Ji^an, V, 17.

Elle s’accorde, d’ailleurs, d’une manière admirable avec l’ensemble des faits qui viennent .lui prêter leur appui et lui donner une grande probabilité. En effet, nous voyons des masses de vapeur, remarquables par leur étendue, tourner autour du soleil dans une période déterminée et d’environ trois ans et un tiers. Ces amas de vapeur, connus sous le nom de comète d’Encke, prouvent qu’une matière gazeuse d’une ténuité extraordinaire peut circuler autour du centre du système planétaire, dans une * période déterminée et suivant un orbite donné. *

Cette matière gazeuse n’est contenue, ou pour mieux dire retenue dans de certaines limites qui diminuent sans cesse par l’effet de sa condensation, que par un milieu résistant d’une ténuité plus grande * encore. Ce milieu, nommé éther, parait remplir la totalité des espaces de l’univers. Ainsi , au delà des limites de l’atmosphère terrestre existe l’éther, matière infiniment subtile et déliée, dont la pression à été évaluée égale à environ 0,00029 cent millièmes de millimètre de mercure. Cette pression met une limite aux atmosphères planétaires, et leur élasticité à leurs extrêmes limites est probablement en équilibre avec la force élastique de la matière éthérée.

Quoique la densité de l’éther soit peu considérable, elle n’est pas moins réelle; elle oppose même une résistance appréciable à la maixhe des corps célestes.

CetU" i J^sistancf a ocoasionné un rrtard de trois heures aux retours successifs de la comète à courte période, qui depuis 1786 a été aperçue en 179.'), 1805 , 1818, 1822, 1825 et 1829. Avant ces dernières époques, M. Encke calcula les perturbations les plus influentes; elles lui annoncèrent un retard de trois heures à chaque apparition de cette comète. 11 en attribua la cause à la résistance de Téther: Néanmoins, une aussi faible valeur que celle observée par cet astronome, qui est de l’ordre des perturbations le plus ordinaireraentnégligées, ne pouvait pas offrir une grande certitude quant à la réalité d’un milieu dense, disséminé dans les espaces interplanétaires.

Aussi, tout en adoptant les idées de M. Encke, à l’aide de certaines particularités remarquées lors de l’apparition de la comète de 1829, la même que celle de 1786, ainsi que l’avait reconnu Olbers, M. Valz donna des preuves irrécusables d’un milieu résistant, disséminé au delà des limites de l’atmosphère, c’està-dire de l’éther. Certaines particularités lui permirent même de déterminer les variations de sa densité, variations' dont on n ’avait pas eu la moindre connaissance avant lui.

La densité et la force élastique de l’éther que cei observateur a prétendu exercer quelque effet au delà dés bornes de l’atmosphère, sont des faits qui ne se trouvent en opposition avec .aucune loi.

M. Biol, dans son mémoire sur les réfractions astronomiques, inséré dans la Connaissance des temps de 1 841 , établit par l’analyse, qu’à la limite de l’atmosphère la densité de l’air et la pression qu’il supporte ne peuvent pas être nuis en même temps. Il faut donc en conclure, ou que l’air à un certain état n’a plus de ressort (ce qui ne se trouverait en contradiction avec aucune expérience physique qui pût démontrer le contraire), ou que l’air à la limite de l’atmosphère, * qui ne peut être sans aucune densité, éprouve une pression produite par la force élastique du fluide élhéré où il est plongé et qui s’exerce sur lui , ainsi que l’a soutenu le directeur de l’observatoire de Marseille (M. Valz), dont nous avons fait connaître l’opinion (1).

Il existe doue dans les espaces interplanétaires, ainsi que dans le système de l’univers, une matière élhérée qui, par suite du rayonnement de la chaleur, tend sans cesse à se condenser. Probablement les phénomènes qui se passent dans les espaces célestes lui sont dus. A elle se rapporte encore la formation des astres nouveaux qui s’ypréparent et qui s’y organisent.

, Les observations récentes d’Hcrschel sur les nébuleuses donnent à cette théorie le plus grand degré de

,t ) Addiliont à la eonnaisxatice det temps pour I84>1 .

vraisemblance. Elles prouvent du moins que les astres nouveaux dont la formation a lieu dans les espaces planétaires sont dus à des masses énormes de matières extrêmement déliées etsiibtiles qui se trouvent aujourd’hui même dans l’actedeleur condensation. Cegi'and astronome a remarqué que parmi les nébuleuses il y en avait plusieurs dont les particules gazeuses commencent à se liquéfier et deviennent peu à peu solides , l’éclat de ces particules augmentant à mesure que la lumière diffuse perd de son intensité.

Du reste, la découverte de la matière éthérée due à la théorie physique de la lumière s’accorde avec tous les faits connus. Aussi son admission ne souffre pas plus de difficulté que l’idée des ondulations lumineuses défendues par Euler et Young, et qui a complètement triomphé par l’importanc^ des découvertes d’Arago et de Fresnel. Depuis les théories fécondes de ce dernier, les travaux plus récents deMM.Hamilton, LLoye, Brewster, Babinet, Seebeck et les recherches mathématiques de MM. Cauchy , Mac-Cullagh et Neumann , il n’est pas possible de mettre en doute l’existence de l’éther.

La théorie physique de l’électricité , excitée par la découverte d’OErstedt et les travaux d’Ampère , con-

duit aujourd’hui à faire dépendre tous les phénomènes électriques des actions mutuelles de l’éther et de la matière pondérable. C’est à cette idée préconçue que

sont dues la plupart des découvertes de MM. Becquerel, de la Rive, Faraday et Savary.

Le principe général vers lequel coùvergent aujourd’hui les trois théories pratiques dé la physique attribue à l’éther, à sa répulsion propre , et aux actions que la matière pondérable exerce sur lui, tous les phénomènes qui dépendent de ces théories. La propagation des vibrations du fluide éthéré donne la lumière et toutes les radiations qui en sont la suite. L’accroissement ou la diminution des masses d’éther qui forment les atmosphères des atomes pondérables produit l’électricité et les phénomènes chimiques, tout comme le mouvement vibratoire de ces atmosphères donne la chaleur.

Ce principe résume à lui seul toutes les hypothèses élaborées et mises au jour dans les temps modernes sur les diverses parties de la physique. Il embrasse et explique sufllsammcnl les phénomènes de toutes les classes. Cette généralité ne démontre pas sans doute son existence réelle ; mais elle lui donne au moins autant de certitude qu’aux idées mères des découvertes modernes , puisque c(‘S idées se trouvent comprises dans l’énoncé complet du principe dont il s’agit. Les conséquences déduites de ce principe se présentent donc avec une probabilité suffisante pour attirer l’attention des physiciens.

Une de ces conséquences est l’existence d’une près- •

sion exercée par l’étlier sur lui-niênie, comme sur tous les corps , et dans l'intérieur de tous les milieux pondérables. La non-manifestation decette pression résulte de ce qu’il n’existe aucun corps dépourvu d’éther, etde ce que toutes les parties du fluide communiquent librement entre elles par les couches qui séparent les atomes pondérables dontle courant n’existe nulle part. Cette pression doit surpasser en grandeur la cohésion de tous les solides transparents; car c’est elle qui les maintient, comme la pression atmosphérique maintient les liquides qui se vaporiseraient dans le vide.

Si l’on n’entrevoit encore aucun genrede baromètre qui puisse faire connaître exactement cette pression , il existe des moyens de constater ses variations; telle est entre autres la mesure du coellicient de dilatation desgaz, dilatation qui attire en ce moment l’attention des principaux physiciens de l’Europe.

D’un autre côté, M. Cauchy a démontré que la matière éthéréc dont la terre est entourée au delà de son atmosphère, et qui environne également à une grande distance le soleil, la lune et les antres astres, lorsqu’elle vient à se mouvoir avec le^ corps célestes, peut produire des phénomènes lumineux vers les limites de ces atmosphères éthérées(l). A ces li-

(1) Complet rendus de l’académie det seieneet de Parti, 1*' semestre, pag. 237.

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mites , l’éther peut être mis en vibration par des mouvements semblables à ceux qu’on observe quand une trombe traverse l’air, ou quand un vaisseau vogue sur une mer tranquille.

Aussi suppose-t-il qu’il n’est point déraisonnable d’attribuer à une semblable cause certains phénomènes lumineux, par exemple la lumière zodiacale, les aurores boréales ou australes, l’éclat des nébuleuses ou même des comètes, en admettant toutefois que la lumière zodiacale dépend de la rotation du soleil sur lui-même , et que le phénomène des aurores boréales se lie au mouvement diurne de la terre.

On concevrait du moins ainsi pourquoi cette lumière parait, à une grande distance du soleil, s’étendre dans le plan de l’équateur solaire; le fluide éthéré , suivant la remarque d’Ampère , pouvant n’ètre autre chose que le double fluide électrique.

Il est dés lors facile de comprendre pourquoi le phénomène des aurores boréales est intimement lié avec certains faits électriques et magnétiques. Déplus, l’éclat des comètes devrait conformément à l’observation s’accroître dans le voisinage du soleil, si le fluide éthéré devenait plus dense près de cet astre, et si l’intensité des vibrations lumineuses augmentait avec le mouvement relatif de deux masses d’éther contiguës.

Sans doute l’hypothèse de M. Cauchy diffère grandement de celle que nous avons adoptée dans cet ouvrage pour expliquer la formation des aurores boréales , des étoiles filantes , des aérolithes et des comètes; mais elle ne lui est pas contra|re. Elle prouve même toutes les analogies qu’ont tous ces phénomènes considérés sous le rapport de la lumière qu’ils répandent, et enfin qu’ils peuvent très-Hen être conçus comme des modifications diverses de la matière éthérée. Aussi, sous ce rapport, l’hypothèse de M. Cauchy nous parait propre à donner à la nôtre un grandi degré de probabilité.

La présenc»! de l’éther dans les espaces célestes permet, du reste, d’expliquer assez naturellement la queue des comètes, ainsi que l’existence des vapeurs produites par l’augmentation de température d’une densité moindre que celle de l’éther; ce qui les fait éloigner du soleil, ainsi qu’un morceau de boisdu fond de l’eau s’élève à la surface.

Les recours fréquents de la comète à courte période à son périhélie ont fait découvrir dans la marche de cet astre un dérangement sensiUe. Les durées moyennes d’une révolution entière de cette petite comète, toute déduction faite de perturbations occasionnées par l’action des planètes dans le voisinage desquelles sa course l’a successivement amenée, ont été calculées par M. Encke. En vmci le résultat :

Du 1786 à 1795 la moyeaue acte de 1208 jours 112.

De 1795 à 1805 id. 1207 id. 879.

De 1805 à 1819 id. 1207 ki. 421.

L’accroissement de vitesse est petit sans doute ; mais il n’est pas moins réel. On ne peut expliquer ce phénomène que par la présence de la matière élhérée ou éther, c’eat-à-dire, d’une substance gazeuse excessivement rare , dont les espaces célestes sont remplis, et dont la densité a opposé une résistance appréciable aux mouvements de la comète à courte période. Cette résistance ne produit pas d’effet sensible sur les planètes , parce qu’elles ont une assez grande densité.

Les comètes, formées pour la plupart par de simples amas de vapeurs légères et très-déliées, sont au contraire notablement dérangées et par suite retardées dans leur marche. Du reste, l’ingénieuse hypothèse de M. Valz a donné avec une exactitudeextraordinaire la loi des variations de volume de la nébulosité, tant pour la comète à courte période que pour .celle de 1618. Si cette hypothèse n’était point fondée, elle n’aurait certainement pas pu faire deviner aussi juste ni aussi vrai. L’éther, ou la matière éthérée disséminée au delà des limites de l’atmosphère, influe peut-être, par l’effet de sa pression, à mettre une limite à la couche aériforme qui entoure la terre. Elle compense même probablement pour les autres planètes l’atmosphère qui leur manque.

Quoique sa pression soit trés-faible, à raison de son peu de densité, ne paraissant pas supérieure à 0,00029 cent millièmes de millimétré de mercure , l’éther n’en constitue pas moins un milieu résistant. Ce qui le prouve encore , ce sont les retards qu’il a occasionnés aux retours de la comète d’Encke ou de 1786, ou enfin à l’astre nommé par M. Encke luiméme la comète de Pons.

Les nébuleuses , ainsi que tous les corps célestes (]ui se forment chaque jour au milieu de l’immensité de l’espace, seraient donc dues à la condensation de cette matière éthérée. C’est aussi ce que nous allons chercher à démontrer ; car l’apparition de ces astres dans le ciel, où ils n’avaient pas été aperçus, est une preuve que l’univers n’est point terminé, puisqu'il s’y produit sans cesse des mondes nouveaux, qui tendent à prendre l’état ferme et stable particulier aux corps célestes totalement finis et achevés.

Depuis les recherches d’Herschel, MM. Smith et Masson , de la société philosophique américaine , en examinant avec soin les principales nébuleuses que ce physicien a fait connaître, ont reconnu qu’elles présentaient des difl'érences essentielles dans leurs formes et leurs apparences. Ainsi , dans la figure de la nébuleuse trifide h 1991 , l’étoile triple n’occupe plus la même place, et ce qui est encore plus remarquable , la petite étoile 30', située au nord de l’étoile

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tripif , est entoiii ée d’une nébuleuse qui n’est inférieure ni en étendue ni en éclata la nébuleuse trifide.

L’accord n’existe pas davantage entre la ligure des astronomes anciens et celle d’Heischel pour la né-^ buleuse h 2008, dont l’aspect ressemble à la lettre grecque n. La plus importante des découvertes de MM. Smith et Masson est la réunion qu’ils ont prouvé avoir eu lieu entre les deux nébuleuses h 2092 et 2093. Ces grandes nébuleuses ou voies lactées ont été décrites et tigurées plusieurs fois par MM. Herschel péie et fils; ils les avaient trouvées

distantes l’une de l’autre des deux tiers d’un degré.

Cependant les astronomes américains ont vu distinctement la matière nébuleuse s’étendre de l’une à l’autre, formant ainsi une tache bien visible dans le ciel, de plus d’un degré en longueur, et n’étant inférieure qu’aux immenses nébuleuses d’Orion et d’Andromède. De pareilles et d’aussi notables différences n’auraient pas échappé , ainsi que le font remarquer MM. Smith et Masson, à l’attention des Herschel, pourvus de bien meilleurs instruments, si elles avaient existé à l’époque de leurs observations. Il est donc probable qu’elles tiennent à [des changements survenus dans l’aspect de) ces astres; depuis qu’ils les avaient observés.

Les nébuleuses sont donc des astres aux premières époques de leur formation, ou les matériaux aux-

quel» sont dus les nombreux eorps célestes produits par la condensation de la matière ëthérée qui les com- [)Ose. Aussi n’y a-t-il j)oint de raison à priori pour ne point admettre que la terre a passé par un pareil état gazeux, et qu’elle a circulé en cet état autour du soleil.

On peut mcnac aller plus loin, et admettre avec Laplace que notre système solaii'e tout entier résulte de la condensation autour de divers centres déterminés 4e cette matière qui constitue aujourd’hui le soleil , les planètes et leurs satellites ; comme cette matière avant sa condensation tournait autour d’un axe général , il en est résulté que toutes les planètes se meuvent maintenant dans une même direction.

Herschel a enûn démontré que, parmi les nébuleuses, il y en avait plusieurs dont les particules gazeuses cocnniençaient à se liquéfier, et devenaient peu à peu solides, l’éclat de ces points augmentant à mesure que la lumière diffuse perd de son intensité- La otatiére nébuleuse tend donc à changer d’état, et la formation des astres nouveaux parait due à sa condcnçatlon constante. Seulement la rareté et le peu de densité de cette matière rendent ce travail extrêmement lent, et bien des siècles s’écoulent avant qu’il soit sensible pour nous.

D’un antre côté , malgré leur grande étendue , les nébulettses n’occupent qu’une bien faible place au

milieu des espaces célestes. A l’aide d’une supposition facile à saisir, ou peut se former une idée de leur peu d’importance dans l’ensemble des systèmes stellaires. En effet, si toute la matière qui existe dans le soleil, les planètes et leurs satellites, se dilatait de manière à remplir l’espace oompris dans l’orbite d’Urauus , et même au delà, la masse entière de cette matière ainsi dilatée ne serait encore qu’un point ■dans l’immensité de l’univers.

Ces phénomènes, par rapport à nous, paraissent d’une grandeur presque incommensurable ; néanmoins ils sont à peine perceptibles, lorsqu’on les compare à l’ensemble des choses créées. 11 en est de même de ceux particuliers à la terre, dont l’étendue et les dimensions ne sont considérables que relativement à nous, et ne sont presque rien quant au volume et à la masse de notre planète (note 3).

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