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ACTION DE L'EAU SUR LE SOL

33. Des expériences récentes (1) ont prouvé que le sol possède la faculté importante de trouver dans l'eau l'agent d'assimilation des gaz et des substances dissoutes destinés à la nutrition des plantes, et de les retenir avec une force telle que des lavages répétés 'ne peuvent les en retirer. S'il ne possédait cette faculté, une forte pluie ou une irrigation prolongée auraient pour effet, particulièrement sur des terres perméables, d'enlever la plus grande partie de la nourriture des plantes qui est apportée par les engrais et mise en liberté par leur décomposition; l'amélioration du sol par des substances solubles serait donc impossible.

Le drainage ne serait aussi sans cela qu'un moyen prompt et violent de stériliser le sol.

La faculté qu'a le sol d'absorber et de retenir des sels solubles et des gaz n'appartient pas à toutes les natures de terrains; le sable, en effet, ne la possède que très-peu ou même pas du tout, tandis qu'elle augmente avec la proportion d'argile accompagnée de sels calcaires et d'oxydes de fer.

Des expériences ont prouvé que l'absorption a lieu par des causes chimiques et surtout par des causes mécaniques.

Les premières agissent par échange d'acides et de bases, les secondes par une attraction moléculaire semblable à l'effet produit par la fïltration de l'eau trouble sur du charbon pulvérisé, qui par sa nature poreuse absorbe et retient les impuretés de l'eau'; de même les molécules terreuses absorbent les sels et les gaz dissous dans l'eau.

Les plantes doivent donc posséder la faculté de s'assimiler les substances minérales que le sol a enlevées à l'eau, sans quoi l'on ne peut se rendre compte de leur croissance. Une explication complètement satisfaisante de ce phénomène nous manque jusqu'à présent.

34. La faculté plus ou moins grande du sol d'absorber et de retenir l'eau joue évidemment un grand rôle dans les effets de l'irrigation. Dans la conduite de l'eau par des canaux longs et profonds, son contact prolongé avec les berges imprègne celles-ci jusqu'à' saturation des sels qu'elle contient ; telle est la cause de la crois-

(!) V. Liebig, Die Naturgesetze des Feldbaues, p.

C5 et suiv.

sance exubérante des herbes qui les garnissent et de la richesse végétative de la terre qu'on en tire. Cette terre, outre les substances minérales, contient des engrais vaseux plus fertilisants encore. Si un pré a de nombreux canaux ou rigoles, les substances nutritives soustraites à la végétation par l'absorption sur les berges sont dans la même proportion que le nombre des artères de distribution, et les substances nutritives ne sont restituées qu'imparfaitement par le curage.

La réduction en largeur et en profondeur des fossés devrait être la conséquence de ce que ce ne sont pas les sels en dissolution dans l'eau qui ont l'action prépondérante sur les prés irrigués. Les particules terreuses et les substances organiques ont une bien plus grande importance par leur dépôt sur les prés sous forme de limon.

35. Plus la masse d'eau qui s'écoule par un canal sera considérable, plus les substances solubles arriveront en grande quantité sur le pré, après avoir toutefois saturé les berges.

A la surface du pré même, ces phénomènes d'absorption se produisent d'autant plus activement que la couche d'eau est plus mince et surtout qu'elle est en contact avec des milliers de plantes. Des expériences ont montré que les plantes possèdent la faculté de pomper par leurs feuilles, avec une grande rapidité, le gaz acide carbonique et le gaz ammoniaque contenus dans l'eau. Le limon se dépose en même temps, et nous trouvons là l'explication de la végétation luxuriante des endroits qui reçoivent Feau immédiatement des canaux, etdu décroissement de cette même végétation en raison directe de la distance que l'eau a parcourue sur le pré.

Par ces causes, il est avantageux de ne pas trop écarter les rigoles de distribution (4 à 7 mètres). Après avoir arrosé une planche, l'eau est cependant encore bonne pour une suivante, pourvu qu'elle soit rassemblée dans une rigole et conduite un peu plus loin. Son efficacité redevient à peu près la même tant par l'absorption des gaz de l'air que par le lavage et l'entraînement du limon, déposé au fond et sur les bords des rigoles, et l'eau, après avoir absorbé les sels solubles, les rend aux près avec les substances minérales qui lui sont propres.

On prétend aussi que, dans son action sur l'herbe, l'eau peut dissoudre ou entraîner mécaniquement des substances dangereuses pour les plantes, qui ne se déposent que dans L'eau en repos ; par exemple, les terres contenant du fer doivent être pour ainsi dire

APPRÉCIATION DE LA QUALITÉ DE L'EAU. lii

lavées avant de pouvoir produire de bonnes herbes, ce qui souvent demande des années et de grandes quantités d'eau.

Il est évident que, d'après les diverses natures de terrain et d'eau les effets de l'irrigation varient sensiblement.

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