PRÉFACE. VII
venir maintenant à cette pratique, dans tous les cas où elle est applicable.
Dans nos régions, les graminées sauvages supportent seules l'irrigation ; c'est par elles que nous retenons sur les prés les richesses abandonnées qui sont en suspension ou dissoutes dans l'eau. Il y a là un capital considérable en engrais, qui s'augmente encore des boues des chemins et des jus de fumiers que les cultivateurs négligents laissent écouler dans les mares et les ruisseaux. Les grandes pluies, les fontes de neiges enlèvent toutes ces matières fertilisantes aux lieux habités, aux forêts, aux pâturages, aux cultures ; elles les entraînent vers les rivières, qui les portent à la mer, où elles sont perdues sans retour ; tandis que des systèmes rationnels d'irrigation permettraient de les retenir au moyen de l'endiguement des petits cours d'eau, et de les utiliser en les répandant par des canaux sur les prairies environnantes.
Toute propriété à laquelle on rend, en engrais, par l'irrigation des prairies, plus de matières que ne lui en enlèvent la vente des récoltes et celle des animaux et de leurs produits, doit gagner en fertilité. Il faut donc admettre que l'on peut vendre sans danger une partie de son foin ; car ce n'est pas au sol, mais au bien sans maître qu'on a recueilli dans l'eau qu'ont été empruntés les éléments nécessaires pour le produire.
L'entretien bien entendu et l'amélioration des prairies irriguées, d'après les méthodes les plus sures, peuvent dès lors être rangés au nombre des questions importantes de notre époque. Il faut chercher constamment la solution de ces questions dans des travaux appuyés sur les faits et l'expérience du passé.
L'auteur de ce livre pense donc qu'un ouvrage traitant à fond de ces matières ne peut qu'être utile. Il espère d'autant mieux avoir rendu service en y développant les théories et les faits les plus récents, que l'application rationnelle du drainage aux p rai-