VI PRÉFACE
croire qu'on pouvait se passer des prairies. On négligea leur entretien, on en diminua l'étendue, on abandonna les ouvrages d'irrigation, et l'attention fut exclusivement dirigée vers la culture des champs.
Dans les contrées seules où florissait l'élève du bétail et où la production des céréales ne venait qu'en seconde ligne, particulièrement dans les pays montagneux, le soin des prairies, devenu traditionnel, se conserva. On peut citer, entre autres, les pays de Siegen et de la Dill, où l'amélioration des prairies s'est développée depuis le siècle dernier d'après des règles certaines. Ces contrées peuvent être aujourd'hui proposées comme modèles aux agriculteurs de beaucoup de régions de l'Allemagne et de l'étranger.
Mais, dans ces derniers temps, les propriétaires même qui cultivent des plaines basses et fertiles, dont la production en céréales s'était maintenue abondante pendant de longues années, sont revenus de leur erreur et ont compris l'importance des prairies. C'est depuis que la culture du trèfle sur de grandes surfaces n'est plus aussi productive qu'autrefois et depuis que le rendement des céréales semble soumis à des vicissitudes plus fréquentes. Les conseils de Liebig ont éveillé l'attention de tous les cultivateurs sensés, en prouvant d'une manière évidente la nécessité de rendre complètement au sol les substances que la culture lui enlève.
Le principe sur lequel il faut fonder actuellement l'exploitation du sol est que, dans la succession des années, la restitution des matières fertilisantes doit être au moins en équilibre avec les matières enlevées, si l'on veut conserver et rendre durable la fertilité des champs. Plus le prix de cette restitution est minime, comparé à celui des produits obtenus, plus le revenu net d'une ferme est élevé.
Si, autrefois, l'on a cherché et trouvé cette compensation à bas prix dans l'irrigation, il serait déraisonnable de ne pas re-