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On distingue deux systèmes principaux d'irrigation

Dans le premier, l'eau n'est pas en contact avec la surface des prés ; elle ne fait que remplir les fossés qui les sillonnent, et en saturer le sous- sol d'humidité ; dans le second, elle coule en torrent sur les prés, ou les arrose tout doucement.

121. Irrigation par Infiltration. — Ce système ne doit être employé que quand on est dans l'impossibilité d'humecter la sur-

face de la prairie par suite du niveau relativement trop bas des eaux. On doit considérer son action comme procurant simplement de l'humidité au terrain plutôt que comme une véritable amélioration ; cependant les sels dissous dans l'eau, ainsi que le limon qu'elle tient en suspension, peuvent, par la capillarité du sol, arriver aux plantes et en développer la vigueur.

122. Ce système est principalement applicable aux prés qui ont très-peu de pente et où l'eau, baignant le sous-sol et s'élevant jusqu'à la couche supérieure du terrain, provoque la croissance d'herbes aigres et de mousses, et amène la formation de la tourbe.

Par l'établissement, dans le sens de la pente générale du terrain, d'un ou de plusieurs fossés principaux [97] acquérant une pente réelle au moyen de plusieurs profondeurs et d e petits fossés qui y débouchent (ou même des tuyaux de drainage), on obtient le dessèchement.

La terre provenant de ces travaux est répandue sur le pré.

123. On complète ce système par une écluse x (fig. 40) placée

au point de sortie des canaux, par laquelle on peut refouler l'eau à volonté, et mettre ainsi le pré à sec ou lui rendre également l'humidité nécessaire à la végétation. De novembre en avril l'écluse

est ouverte; le reste du temps on la tient fermée, en n'abaissant 1< niveau des eaux que temporairement pour l'époque de la fenaison, Cette opération produit une amélioration extensive ; elle est pei coûteuse, et si avantageuse qu'on ne saurait l'exercer sur une tro] grande échelle. Plus on desséchera de marais et d'eaux stagnantes, plus on agira d'une manière bienfaisante sur le climat d'un pays, sur l'agriculture et sur la santé des hommes et des animaux.

124. Ce système a pourtant quelques inconvénients : il ne peul être employé que pour un terrain léger et perméable, et non poui un sous-sol argileux et froid ; la fumure ne peut pas être faite avec des composts ; quand les fossés sont profondément talutés, il y beaucoup de terre perdue; le niveau de l'eau ne peut pas toujours être ramené à sa première hauteur, et plus le sol et ]< sous-sol sont compactes, plus l'humectation réussit lentement.

En outre, une irrigation trop haute et trop prolongée peut aussi détruire très-facilement les bonnes espèces de plantes.

On ne peut donc retirer de ce système de véritables avantage qu'en l'exerçant dans des terres légères, situées à une expositioi chaude, et surtout en lui donnant une application rationnelle.

Dans un pays à culture intensive il est incontestablement préférable, si l'on a un écoulement suffisant, de drainer les terrains d< nature marécageuse et de les transformer en terres arables.

125. irrigation par submersion. — Les inondations se produisent naturellement dans les vallées à faible pente où les cours d'eau, débordant à certaines époques, submergent les terres environnantes pour un temps plus ou moins long et leur procurent ain* un amendement.

Quand ces inondations naturelles ont lieu régulièrement ai printemps et à l'automne et que leur eau ne charrie pas de substances nuisibles, elles apportent aux prairies une fumure gratuite qui assure chaque année une riche récolte en foin ; mais, dans le* années sèches, le regain est peu abondant et même incertain.

Il est beaucoup plus avantageux de pouvoir régler les inondations au moyen de digues et d'écluses. On n'a pas à craindre alors qu'elles viennent envaser le foin ou entraîner la récolte fauchée.

126. Les travaux au moyen desquels on peut diriger et retenir l'eau plus ou moins longtemps sur un pré, ont comme point de départ les conditions d'établissement suivantes :

1° Le pré inondé doit être commandé par un cours d'eau qui lui fournisse l'eau nécessaire ;

2° La surface doit être parfaitement de niveau, en sorte que l'on puisse faire écouler l'eau ;

3° La pente ne doit pas dépasser 1 à 1,5 pour 1000, sinon :

A. Les digues destinées à maintenir l'eau seraient trop hautes dans les parties basses ;

B. La couche d'eau présenterait le même inconvénient ;

C. Avec une faible quantité d'eau, il faudrait trop de temps pour recouvrir toute la surface à irriguer.

127. Quand la prairie est horizontale et la masse d'eau dont on dispose considérable, on donne de grandes dimensions aux divers compartiments ; on peut aller jusqu'à vingt-cinq hectares ; il est préférable toutefois de ne pas dépasser une moyenne de 12 à 20 hectares.

Chaque compartiment doit être entouré de digues à crêtes horizontales dépassant le niveau de l'eau de la hauteur qu'atteignent les lames dans leur choc.

La terre dont ces digues sont construites provient des fossés à talus très-évasés qui les accompagnent, et qui servent à l'arrivée ou au dé-

part de l'eau ; les divers travaux de nivellement fournissent aussi de la

terre.

La figure 41 donne le plan et la coupe d'un pré ainsi disposé.

L'arrivée de l'eau est réglée par une écluse 5 ; d'autres écluses k, h permettent ou interceptent la communication des divers compartiments entre eux.

128. Les irrigations de printemps et d'automne demandent à être exécutées avec beaucoup d'attention si l'on ne veut faire périr les plantes.

On doit en limiter le nombre et la durée d'après leur nécessité, et avoir égard à la nature du sol et à la température. Pendant l'été, il suffit de remplir les rigoles pour entretenir de l'humidité.

129. Le système d'irrigation par submersion présente les avantages suivants :

1° Là où un arrosement ordinaire serait insuffisant, il ne faut qu'une faible quantité d'eau, jointe à une pente insensible, particulièrement en été ;

2° Son établissement et son entretien sont simples et peu coûteux ;

3° Pourvu que l'eau soit limoneuse et le sol perméable, des sables infertiles, du gravier même, peuvent être transformés en bonnes prairies ;

4° Les plantes submergées sont soustraites à l'action de la gelée, les sols marécageux ou tourbeux sont comprimés et saturés de substances minérales, et les animaux malfaisants sont détruits ;

5° On fait périr les plantes nuisibles, telles que bruyères et mousses.

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