DES PLANS
Il va sans dire que plus l'eau est à un niveau élevé au-dessus de la prairie, plus les irrigations sont faciles.
151. Du clioiv et de l'établissement du système d'irrigation. — Le choix du système d'irrigation à adopter dépend principalement des pentes de la surface, de la nature du sol, de la quantité d'eau dont on dispose, des dimensions et de la forme du pré où on veut l'établir, et en outre des rapports personnels du propriétaire ou du fermier avec ses voisins [§125 à 145].
La direction de la ligne de plus grande pente indique celle des canaux de décharge.
On n'arrivera à des travaux rationnels et en même temps peu dispendieux, qu'en évitant autant que possible les terrassements d'une certaine importance, et en adaptant son plan avec soin aux diverses conformations du terrain.
Ce but ne peut être atteint que quand les rigoles de distribution sont parallèles aux lignes de plus grande pente, ou, ce qui revient au même, quand les rigoles horizontales de déversement les coupent à angles droits.
152. La pente elle-même indique s'il faut choisir les plans inclinés ou les ados.
La nature du sol et la quantité d'eau dont on dispose [§ 142] sont de plus des indications spéciales pour l'opportunité des terrassements à exécuter.
La direction à donner aux diverses rigoles est souvent limitée par le morcellement des prairies, et par la forme et la dimension des parcelles dont on ne peut modifier arbitrairement la position.
La consolidation ou réunion des parcelles d'un territoire fait disparaître tout à fait cet inconvénient ; mais elle est malheureusement exécutée dans peu d'endroits, ce qui empêche fréquemment l'établissement d'irrigations rationnelles.
153. Division du sol en confins et parcelles. — Le règlement et la réunion des prairies morcelées sont nécessairement précédés d'un arpentage exact, et offrent la meilleure occasion pour l'établissement d'un système d'irrigation, qui pourra être exécuté d'autant mieux et avec d'autant moins de frais que l'arpenteur et l'irrigateur s'entendront davantage pour ces travaux, ou mieux encore, quand ces deux spécialités seront réunies dans une seule personne capable.
La délimitation des parcelles de chaque propriétaire est formée
par les lignes de confins g (fig. 46 et 47) et les lignes de parcelles/? (1).
Ces lignes sont tracées sur le terrain au moyen de petites rigoles taillées dans le gazon et sont marquées par des bornes.
Il est important de faire servir ces rigoles autant que possible de rigoles d'irrigation et de colature, et on les trace plus ou moins parallèles à la ligne de plus grande pente afin de ne pas gêner l'irrigation.
J54. Dans le cas de terrassements considérables, cette dernière condition est moins importante, vu qu'au moyen de remblais ou de déblais, on peut obvier à certaines difficultés. Si, au contraire, le
Chemin.
Fig. 46.
sol conserve son relief naturel, il est souvent difficile d'établir les canaux en concordance avec les confins. Dans ce cas, on doit considérer l'irrigation comme le but principal du tracé des fossés et des canaux, et traiter séparément les lignes de parcelles.
(1) Les figures 46 et 47 représentent une prairie avant et après l'exécution de la consolidation ou réunion parcellaire avec abornement général.
DES PLANS. lil
Un bon irrigateur, plutôt que de se plier aux exigences mal motivées du propriétaire ou de l'arpenteur, renoncera à l'exécution
Fis. 47.
de travaux qui ne lui feraient pas honneur, tout en étant coûteux pour les propriétaires et peu avantageux pour le pré.
155. La dimension des confins dans les prairies morcelées a naturellement un rapport très-variable avec celle des parcelles, et, comme celles-ci sont toujours fixées d'après les rapports de la propriété, la formation des confins est principalement soumise à la dimension des parcelles, et en outre à la conformation et à la qualité du sol.
Cette règle se rapporte moins à la longueur qu'à la largeur des
confins, qui souvent ne doit pas dépasser une certaine limite, sous peine de rétrécir outre mesure les diverses parcelles et de les rendre incommodes pour l'irrigation.
156. En égard à l'irrigation, il faut limiter aussi la largeur des confins, lorsque ces derniers doivent être les seuls canaux employés.
E Nassau, pour la réunion parcellaire des prairies, on a établi une surface de 6 ares 25 centiares comme minimum, et si la largeur des confins ou la longueur des parcelles est fixée à 40 mètres, la largeur de ces dernières ne peut avoir moins de 15m,6025 ; avec une largeur de confins de 50 mètres, la largeur des parcelles est de 12m,50 au minimum.
S'il se présente de grandes parcelles, plus grandes que celles dont nous venons de parler, la largeur des confins n'en sera pas limitée , attendu que l'établissement de l'irrigation étant l'objet principal des travaux, l'irrigateur, s'il le faut, coupera des confins en deux et plusieurs parties par les canaux.
157. La forme des parcelles peut être arbitraire ; on ne doit chercher que des figures commodes pour l'irrigation, et régulières, sans être toutefois astreintes au parallélisme qu'exigent en quelque sorte les terres de labour.
Que la parcelle présente un triangle ou un trapèze, qu'elle soit plus ou moins large à un bout qu'à l'autre, on comprend bien que cela n'est d'aucune importance pour le propriétaire, si de bonnes conditions d'irrigation donnent à sa terre une valeur véritable.
La régularité du dessin est donc reléguée au second plan, et on fera mieux d'adopter la forme triangulaire pour la première parcelle à la prise d'eau de chaque canal, plutôt que la forme régulière et carrée peu favorable à l'irrigation.
Les arpenteurs et les propriétaires attachent encore trop d'importance à des délimitations rectangulaires, et, le plus souvent, l'irrigation en souffre.
158. Tracé du système en pente naturelle ou par rigoles de niveau et de déversement. — Si l'on adopte ce système, on commencera par le tracé du canal de dérivation (aa\ fig. 48) et du canal de décharge [bb') [§ 137 et 87 à 100], à moins que celui-ci ne soit naturellement indiqué par un cours d'eau.
Les différentes espèces de rigoles et de canaux décrites jusqu'à présent ne sont pas toutes employées dans ce système, mais le canal
^^H^^-^-t^MH-^
Fig. 48.
de répartition vv', tracé suivant la ligne de plus grande pente, est indispensable [§ 91].
De là partiront les rigoles de déversement r, r, tracées horizontalement au moyen du niveau de maçon, d'après les principes exposés au paragraphe 93.
On commence le tracé de ces rigoles à partir du canal de répartition en marquant le point de départ avec un petit piquet ; on cherche les deuxième, troisième, quatrième points... à égale hauteur ; on les marque tous de la même manière, et on trouve ainsi le bord inférieur de chaque rigole, qui suit avec différents angles les ondulations du terrain [fig. 48), et ne court en longues lignes droites que dans les prés unis.
Après avoir tendu un cordeau, on coupe le gazon au moyen du croissant ou d'une bêche ; le bord supérieur se trace à vue d'œil à la distance convenable [§ 94], et ensuite on enlève le gazon.
159. Dans les prés aigres, qui reçoivent en grande abondance des eaux chargées d'oxyde de fer, et dont le sol froid a de la tendance à devenir marécageux, on peut établir, au-dessus et tout près de chaque rigole de déversement, des rigoles de colaturee, e, e, (fig. 49). Ces dernières, emmenant l'eau qui a servi, permettent de donner de l'eau nouvelle à chaque compartiment.
Cette méthode n'est pas applicable dans les pentes et les sols légers, parce que les rigoles de colature s'ébouleraient.