Les principaux avantages de ce système sont
1° La possibilité de fournir de l'eau nouvelle à chaque compartiment ;
2° Un égouttement énergique ;
3° Le produit à égale qualité d'eau est plus grand que sur d'autres plans inclinés, où la même eau tombant d'un compartiment à l'autre, les parties inférieures des prairies ne reçoivent que de l'eau complètement dépouillée de principes fertilisants.
Que, dans le dernier cas, la dépense d'eau soit beaucoup moindre, ce n'est qu'un avantage relatif, qui peut être apprécié
quand l'eau manque et lorsqu'on est réduit à la faire servir c
pour l'humectation que pour l'amendement.
En écartant la rigole de colature du premier plan inc1 e la rigole de déversement du second, et ainsi de suite, on se oche
du système d'ados à flancs inégaux décrit [168], avec diffé-
rence cependant qu'on n'obtient ceux-ci que par transfr ion successive, tandis que ceux-là sont construits par déblais e1 remblais immédiats et complets.
177. Tracé des ados perfectionnés. — Comme dans le système à plan incliné, le tracé des canaux de dérivation et de décharge doit être le premier travail, et même, dans les prairies humides ou marécageuses, il faut se hâter d'établir les canaux afin d'égoutter le terrain.
Le fond du canal d'alimentation indique la situation des rigoles de chaque ados [170]. Les rigoles de colature doivent être placées de façon à ne pas subir le reflux du canal de décharge. On désigne ensuite la délimitation par série des ados, qui doivent être irrigués en même temps par la même rigole de distribution; car plus le canal principal a de pente, moins on peut établir de planches d'ados sous la même horizontale.
La terre nécessaire à la construction des ados et de leurs pignons est prise sur les flancs, au bord des rigoles de colature, qui ellesmêmes auront une certaine pente.
La profondeur des rigoles de colature de séparation se fixe, tant par la pente qui leur est nécessaire que par la hauteur que doivent avoir les ados, en tenant compte toutefois du foisonnement de la terre.
178. Pour une surface de 3m,o0 de largeur [fig. 60), présentant 0m,30 de pente à partir de la rigole de distribution jusqu'à celle de colature, les ados à établir présenteront à leurs pignons c/, d'un remblai de 0m,30.
La terre nécessaire sera enlevée en c, près de la rigole de colature, qui ne commence qu'à une distance de lm,o0 de la rigole de distribution et forme ainsi une sorte de pignon concave ac'a correspondant au pignon convexe gdg.
La profondeur à laquelle doit être la tête du piquet en c est [171] 0m,21 en contre-bas du sol, et il reste encore 0m, 90 de pente à la rigole de colature, ce qui, pour une largeur de 28m,50, suffit, d'autant plus que cette rigole sera creusée dans le sol.
La figure 60 montre par sa coupe dd! le remblai en d, et par sa coupe cc'\ le déblai en c.
La terre ameublie de la coupe gdg sera équivalente aux déblais du profil a'c'a", etc., ou à peu près.
Coupe selon W' Fig. GO.
Du reste, un transport de terre d'un ados à l'autre pourra être rarement évité, à cause des inégalités du sol.
Dans les marnes sablonneuses, où le foisonnement du sol est faible, on aurait été forcé de baisser encore en c la rigole de colature, de l'établir même presque de niveau ou de ne donner que 0m,24 au pignon, afin d'avoir assez de matériaux.
179. La largeur et la longueur des ados perfectionnés est déterminée dans les paragraphes 143 à 145 ; pour le tracé exécuté, on peut se reporter au paragraphe 163, figure 51.
Comme la longueur des ados ne doit pas dépasser 24 à 30 mètres, et qu'ordinairement les prairies ont une plus grande étendue, il sera nécessaire de placer plusieurs étages d'ados l'un audessus de l'autre. Chaque étage exigera un canal d'alimentation, si l'irrigation ne peut se faire qu'avec de l'eau qui n'a pas encore servi.
On n'emploie qu'au pis aller le système d'irriguer directement les étages inférieurs avec l'eau qui a servi plus haut, et, dans ce cas, les rigoles de déversement des étages inférieurs doivent être
13o DE LÀ CRÉATION DES PRAIRIES.
assez basses pour qu'il ne se forme pas de reflux dans les rigoles de colature des étages supérieurs.
On comprend que, par cette accumulation de canaux d'alimentation et de colature, beaucoup de pente est dépensée en pure perte pour le pré.
Cet inconvénient est évité au mo)en des ados en étages décrits précédemment [164], et ce système peut aussi être pratiqué pour les ados perfectionnés, en tant que les matériaux le permettent.
Ces ados en étages admettent aussi l'établissement de rigoles en pattes d'oie ou par razes d'Hùgelgràben, o, o, o (fig. 61), qui, pre-
Fig. 61.
nant dans les colateurs l'eau qui a déjà servi dans les étages supérieurs, la ramènent au sommet de l'étage inférieur, ce qui permet son emploi subséquent.
180. Ce système présente en outre l'avantage de pouvoir se passer des chemins de récolte, que rend indispensables l'emploi des petits ados exécutés sur de grandes surfaces [145].
Ces chemins s'établissent ordinairement le long des pignons de» ados étroits, sous forme d'un plan légèrement incliné, qui reçoit, par les rigoles de déversement des ados prolongées, l'eau fraîche distribuée ensuite sur la surface par de petites rigoles horizontales.
On peut cependant se dispenser complètement de ces chemins dans les prairies établies suivant le système dit. par construction compliquée (en allemand, zusammengesetzten Ban).
181. Tracé du système par construction compliquée. — En général, les principes indiqués ci-dessus pour le système à plans inclinés et pour le système à planches en ados trouvent ici leur application.
RECONSTRUCTION NATURELLE. 13f
Il se présente deux cas : le plan incliné est en amont ou en aval des ados, ou bien les ados et les plans inclinés sont alternés.
Dans ces différents cas, un emploi répété de l'eau est très-facile, car là où on peut mettre des plans inclinés, il y a toujours plus de pente que là où on ne peut établir que des ados; et, de plus les ados sont sur des terrains plats, dont l'eau stagnante est souvent chargée d'oxydes de fer et plus nuisible qu'utile pour un fréquent usage. l
Ce système , outre les avantages et la facilité qu'il offre pour l'irrigation, l'entretien des prés et la récolte, se recommande particulièrement par l'économie de l'eau, considération bien plus importante dans les contrées morcelées et industrielles du sud de l'Allemagne que dans les grandes propriétés du nord.
Il y a en effet partout des localités où il est plus avantageux d'employer, pour l'arrosage répété de grandes surfaces, la petite quantité d'eau dont on dispose, que de ne pas s'en servir du tout ou seulement sur des surfaces restreintes.
182. Exécution de la reconstruction des prés. — Les travaux qu'on exécute dans les prés ont pour but le nivellement du sol et l'établissement de fossés.
Nous avons indiqué [147] les instruments qu'on doit employer. ' L'habitude seule peut rendre les ouvriers assez habiles pour faire de beaux travaux à bon marché.
Un autre point important est l'époque des travaux. Les travaux qui ne comportent pas de terrassements de la prairie même peuvent être exécutés au printemps, à l'automne, et pendant des hivers doux, sans nuire à la récolte.
Dans la -reconstruction de prés perfectionnés, les mouvements considérables de terre demandent un temps sec et persistant ; l'époque la plus convenable aux travaux est après la récolte du foin, dût-on même perdre le regain.
Pour des travaux d'une grande étendue, on devra sacrifier la récolte complète d'une année.
Il faut, autant que possible, commencer par les parties les plus mauvaises de la prairie, et ne passer que plus tard aux meilleures, sans pour cela s'écarter du plan général des travaux à exécuter.
183. Travail du gazon. — On doit mettre tous ses soins à la conservation du gazon, car de son remplacement dépendent le prompt rétablissement, le rendement et l'état normal du pré. Aux endroits où il faut que le gazon soit enlevé, on pratique cette
opération au moyen de la pelle de Siegen ou de l'écobue, qui a une largeur de 0",05 à 0"\06 (1).
A l'automne, les gazons ne reprenant plus et pouvant être gâtés parla gelée, on leur donne plus d'épaisseur ; pendant la saison chaude, ils peuvent rester minces.
Les racines coupées et raccourcies des herbes se développent promptement, et le gazon reprend ausssitôt.
Le gazon pris sur des places sèches s'émiette facilement, tandis que celui qu'on lève dans des prairies humides est très-résistant. D'après ces considérations, on fixera l'épaisseur du gazon, en ayant soin de la conserver exactement, afin d'obtenir une surface bien plane dans l'opération du replacement.
184. D'après leur forme et leurs dimensions, on distingue les gazons carrés et les gazons roulés.
Les gazons carrés sont partagés en plaques dont la dimension est en rapport avec celle des outils; les gazons roulés se lèvent en bandes de 0m,24 à 0m,27 de large sur 2 mètres de long. On les roule sur un Mton pour augmenter leur longueur, mais il faut pour cela du gazon très-solide.
Les gazons roulés ont surtout pour avantage de pouvoir être facilement replacés.
On peut encore procéder de cette manière pour le revêtement des canaux à talus inclinés et des ados naturels.
La figure 62 indique la manière d'opérer lorsqu'on veut construire un fossé. Dans son axe, on sépare les deux côtés de bandes suivant la ligne ab ; ces bandes sont ensuite découpées perpendiculairement, puis roulées en c. Le fossé est creusé à la profondeur voulue, et il ne reste plus qu'à laisser les bandes se dérouler jusqu'au fond, en restant attachées au pré parleur extrémité supérieure. Elles sont ainsi moins exposées à être entraînées par le courant que les plaques carrées de gazon, qui doivent toujours être maintenues au moyen de petits piquets.
18o. On peut aussi adopter cette pratique pour l'établissement des ados naturels, surtout aux endroits qui doivent être recouverts
(1) Cette opération, particulièrement avec la charrue à vis de Hohenheim, procure une économie considérable pour des travaux simples sur de grandes surfaces. Elle rend aussi de grands services dans la construction des ados pour établir un grand nombre de fossés sur de mauvais gazons. [Soie de l'auteur.)
de 0m,lo de terre au moins; le gazon roulé de cette manière est facilement replacé sur le remblai.
On trace la ligne médiane de chaque ados ab [fig. 63), et on continue l'opération comme au numéro précédent, en roulant tou-
Coupe selon ghi, Fis. 63.
tefois une moins grande largeur de gazon à la naissance qu'au pignon des ados.
Cette méthode est la transition des ados naturels aux ados perfectionnés ; elle se trouve aussi placée entre ces deux systèmes pour le prix de revient. Elle est moins coûteuse que le dernier et plus chère que le premier.
186. Travaux de terrassement. — L'ingénieur expérimenté réduira autant que possihle les mouvements de terrain, ce qui, avec une certaine expérience et des plans hien établis, ne présente pas une grande difficulté.
Il observera les règles suivantes :
1° Ne jamais enterrer profondément la première couche du sol située sur le gazon [16] ;
2° Eviter autant que possible les déblais considérables, car on remarque pendant longtemps à ces endroits une croissance plus faible de l'herbe, tandis que, sur un remblai de gazon et de terre végétale, l'herbe croît incomparablement mieux presque sans irrigations ou amendement. Le principe des ados naturels repose en partie sur cette circonstance ;
3° Organiser le travail de manière à opérer les terrassements à la pelle ou à la bêche, en évitant, autant que possible, les grands transports de terre ;
4° Laisser la terre dans son état d'ameublissement jusqu'à 0m,30 de profondeur, et ne damer que le sous-sol dans les remblais plus élevés;
5° Laisser quelque temps à découvert les sols marécageux contenant des oxydes de fer, mais recouvrir tout de suite les terres de bonne nature (1);
6° S'arranger de manière à avoir plutôt de la terre en moins qu'en excès, car il est plus facile d'en apporter que de la ramasser en couche mince sur une grande surface, de la mettre en tas et de l'emporter ensuite;
7° Commencer simultanément les travaux de déblais et de rembiais pour opérer l'échange des masses de terre.
187. Il ne faut pas baser les terrassements uniquement sur le calcul des déblais et remblais, mais il faut s'appliquer aussi à les estimer à vue d'oeil.
Par l'habitude, on arrivera à juger sûrement des masses de terre à remuer, et à pouvoir corriger les hauteurs pendant le travail, sans pour cela déranger les plans.
(1) En transportant du gazon aigre sur un sol sec, et vice versa, on assure une prompte transformation des herbes. (Note de fauteur. )
Qu'on veuille bien songer que l'abaissement ou l'élévation de 0m,03 sur une surface de 90 mètres carrés, produit un cube de 2mc,70 en plus ou en moins, représentant le chargement de 75 à 80 brouettes.
Il faut que les piquets dépassent le sol de toute l'épaisseur du gazon qui le recouvrira.
On place le gazon aussi serré que possible, puis on l'unit au moyen de la batte, après avoir répandu de la terre fine sur les joints.
188. Une méthode particulière pour niveler les prés consiste à y faire arriver des terres au moyen de l'eau qui sert de force motrice : c'est le colmatage.
Distribuer la terre selon sa qualité est difficile ; on ne peut donc la couvrir de gazon qu'après y avoir amené par d'autres moyens une couche de bon terrain.
Les argiles compactes ne se laissent pas traiter par cette méthode; la terre marneuse, au contraire, l'accepte d'autant mieux qu'elle est plus fine, que la masse d'eau est plus considérable, et que la pente suivie par l'eau chargée de terre est plus forte.
On conduit l'eau au versant d'où la terre ameublie est entraînée, et, au moyen d'un endiguement artificiel en fascines, elle va déposer les terres à leur destination.
De cette manière on peut recharger les places marécageuses d'une vallée dominée par un cours d'eau, et la transformer en pré à fort peu de frais.
Suivant les circonstances, ces places sont recouvertes de gazon ou cultivées et fumées pendant quelques années.
189. L'estimation de l'établissement des prés irrigués embrasse les chapitres suivants :
Travail du gazon;
Terrassement;
Établissement des canaux;
Nivellement du sol ;
Construction des barrages et écluses.
De cet ensemble ressort facilement le prix de revient par hectare des constructions naturelles et artificielles. Cependant il est utile et même nécessaire de consacrer encore un sixième chapitre aux soins de surveillance et aux dépenses imprévues.
Les travaux sont exécutés à la journée ou à la tâche. Quant aux terrassements et à l'égalisation du sol, ils ne peuvent être faits de cette dernière manière qu'à la condition d'une surveillance trèssévère ; autrement il est à craindre qu'on n'enfouisse la terre végétale et qu'on ne place les gazons sur un fond stérile.
Pour des travaux donnés à la tache, on doit stimuler l'association entre les ouvriers, qui les rend solidaires, et tâcher de fixer une limite de temps pour l'exécution.
Comme le prix des journées d'ouvriers, et par conséquent celui • des tâches, varient beaucoup selon les pays et les saisons, les tableaux qu'on verra plus loin ne peuvent donner qu'une moyenne pour le travail d'une journée de dix heures.
Naturellement le degré d'habileté, de force, l'appât d'un gain élevé, la nature des outils, du sous-sol, et la saison influent sensiblement sur le travail journalier d'un homme.
190. Travail «fin union. — De même qu'il y a des gazons ou secs, ou humides, ou marécageux, et que le sol où ils poussent est de nature très-différente, de même la journée de travail d'un bon ouvrier sera très- variable.
a L'enlèvement et la mise en tas du gazon, y compris sa division, peuvent être estimés en moyenne à une surface de 125 à 250 mètres carrés pour un homme. Si les gazons sont enlevés au moyen de l'écobue, le travail peut être augmenté d'un quart ou d'une demie, parce que les gazons sont minces et inégaux.
b Le replacement du gazon, suivant qu'on l'a sous la main ou bien à 15 ou 18 pas, et suivant qu'il est en carrés ou en rouleaux, varie depuis 100 mètres carrés jusqu'à 200 et 250 mètres carrés par jour.
c L'égalisation du gazon au moyen de la batte peut aller jusqu'à 375 mètres carrés, quand les ouvriers se relaient.
En général, dans tous les travaux de gazonnement, les résultats sont plus grands quand plusieurs ouvriers se prêtent mutuelle assistance.
On peut compter 1/10 de perte par l'émiettage des gazons, ce qui, du reste, est compensé par l'emplacement donné aux rigoles. 191. Travaux de terrassement. — On distingue généralement quatre classes de terrain :
1° Terre légère, comme terre de jardin et sable mouvant, qu'on ne doit pas piocher ;
2° Terre franche, comme terres marno et argilo-sableuses, sable grossier, en partie à piocher, en partie à bêcher;
3° Terre forte, comme gravier très-gros, glaise, argile, décombres, qu'il faut piocher ;
4° Terrain pierreux, comme roche friable, égale ou compacte, qu'il faut travailler avec le pic.
Pour une juste appréciation des espèces de terre, il faut tenir compte de la sécheresse et de l'humidité du sol dans l'application des nombres suivants.
192. Classement des terres. — D'après Haarmann, 2 mètres cubes étant regardés comme tache journalière pour la classe III, les taches seraient dans les classes :
D'après les expériences faites sur les soldats du génie prussien, le plus grand travail de terrassement que puisse produire un homme en une heure est, d'après le tableau A ci-dessous :