RÈGLES PARTICULIÈRES
Devoirs de surveillance ou police,
§ 8. Le garde doit visiter souvent et régulièrement les prairies pour empêcher qu'on ne vole l'herbe, qu'on ne mène des animaux paître, qu'on ne les traverse à pied ou avec des voitures, et qu'on n'endommage les travaux faits; en cas de délit, il fait son rapport en dressant procès-verbal aux contrevenants.
§ 9. Il faut qu'il veille sévèrement à ce qu'on n'enlève pas l'eau, et, s'il y a lieu, qu'il fasse son rapport sans retard.
§ 10. Il mettra toute son attention à ce qu'aucun propriétaire ne détourne l'eau au profit de ses prairies, en dehors de l'ordre établi.
§ 11. Dans le cas d'une vente d'herbe de la commune ou des particuliers, il y assistera pour indiquer ce qui revient à chacun, et maintenir l'ordre pendant la récolte et les transports.
Entretien et exécution de V irrigation.
§ 12. Dans sa tournée des prairies, le gardien doit avoir constamment avec lui les ustensiles nécessaires aux travaux des fossés et des écluses, soit pour faire des réparations, soit pour régler les irrigations.
§ 13. 11 lui faut aplanir les taupinières et les fourmilières, et chasser les taupes au moyen de l'eau, ou bien les prendre ; il doit enlever les arbustes et les mauvaises herbes, ainsi que les bois et les pierres. Les feuillages et le bois qu'il ramasse sont à lui.
§ 14. Au printemps il réparera les canaux et les rigoles, aussitôt que le temps le permettra ; en automne, après la récol'e du regain,
il veillera à ce que les gens chargés du soin des digues remplissent leurs fondions sous sa direction particulière. Dans le cas où ses prescriptions ne seraient pas observées, il fera son rapport pour qu'on les exécute aux frais de ceux qui les ont négligées.
§ 15. Il doit posséder des instructions écrites, qui lui sont données par l'administration, au sujet des dispositions particulières relatives à l'irrigation pour chaque localité.
Elles comprennent :
1° Le mode des irrigations, ainsi que l'époque de leur cessation ;
2° La distribution de l'eau à chaque propriétaire, réglée au prorata de la surface qu'il possède ;
3° L'exécution des travaux spécifiés au paragraphe 14, à savoir : si le garde est obligé de faire lui-même et à ses frais le curage annuel des fossés, ou si on lui donnera des aides ;
4° Ce qui a rapport à l'entretien et au rétablissement des digues, des écluses, des chemins de récolte, des ponts, et ce qui regarde l'ordre à suivre pour la récolte ;
5° Les appointements du gardien en argent ou en nature. Ils sont fixés au prorata de son travail, ou d'après le nombre d'hectares, à tant par hectare, cette somme diminuant avec l'augmentation du nombre d'hectares à surveiller (1).
§ 16. Dans les prés où la récolte est vendue tous les ans, on peut donner au garde tant pour cent sur le produit brut après la coupe, comme récompense de son activité et de ses soins.
RÈGLES DE L'iRRIGATION.
(Appendice aux instructions des gardes de prairies.)
1. On distingue, suivant les saisons, les irrigations d'automne, d'hiver, de printemps et d'été.
2. Les irrigations d'automne sont la base des opérations qui garantissent la récolte de l'année suivante. De même que le laboureur ensemence et fume ses champs en automne pour l'année suivante, de même il faut, après le regain, préparer les prairies pour l'irrigation, en réparant les fossés et les écluses, sans cesser de répartir sur les prés l'eau dont on dispose. C'e&t surtout en automne que
(1) Cette somme, dans le cas où le garde doit accomplir tous les travaux, ne peut être au-dessous de 1 fr., 25 par hectare pour une surface de 30 hectares.
les pluies, en lavant les champs, les chemins et les rues des villages, apportent aux ruisseaux un limon fertilisant.
La croissance des plantes s'arrête en automne : si, par suite d'une irrigation antérieure, l'herbe pousse encore, elle reste trop petite pour pouvoir être coupée ; mais elle protège les racines contre la gelée, et garantit déjà le rapport de l'année suivante.
C'est donc une faute très-grande, et malheureusement trèsrépandue, de ne pas utiliser l'eau en automne, quand on en possède.
L'irrigation d'automne a pour but principal de fumer les prairies ; il faut pour cela que l'eau coule abondamment pendant quatre à six semaines, et soit réglée autant que possible de manière à arroser le même endroit pendant quatre à six jours par semaine.
La prairie prend alors un aspect foncé venant du limon apporté par l'eau, ce qui prouve qu'elle a reçu le fumier nécessaire.
Une forte irrigation en automne chasse aussi les souris des prairies, et le colchique ne peut pas prendre le dessus dans un gazon couvert par l'eau.
L'irrigation d'automne est donc la partie la plus importante de la direction des prairies, et elle ne devrait être négligée sous aucun prétexte, quand même on ne pourrait la faire qu'avec de l'eau limpide.
Précautions à prendre :
Moins le pré a de pente, plus il faut apporter de soin à l'arrosement ; on doit laisser pendant plusieurs jours une forte couche d'eau, et ensuite mettre à sec pendant un certain temps.
Avec une pente faible et de l'eau chargée de limon, on arrose facilement la prairie par places isolées, surtout le long des canaux de hauteur inégale ; si l'on a de l'eau claire, on doit en employer une plus grande quantité pour ces derniers.
Dans les prés à forte pente, cette précaution est moins nécessaire, et les prés marécageux même peuvent être améliorés par l'eau qui charrie du sable et une vase épaisse.
Quand le sol des prés est argileux, il faut le laisser à sec plus souvent et plus longtemps que quand le sol est léger et friable.
Cependant il ne faut pas irriguer toutes les prairies jusqu'à l'entrée de l'hiver. Avant que le froid arrive, les prés doivent être déjà livrés au sommeil de l'hiver, c'est-à-dire mis à sec, pour que la glace ne puisse s'y former.
C'est pourquoi il faut faire l'irrigation d'automne' le plus tôt
possible (commencement d'octobre) ; mais le pâturage est le plus grand obstacle à tous ces soins, et cause un très-grand préjudice aux propriétaires de prés.
3. L'irrigation d'hiver a lieu si l'eau coule sur la prairie pendant les froids, quel que soit le mois.
A cette époque, l'irrigation est nuisible quand la'glace s'applique sur un bon gazon ; cependant cette couche de glace est inoffensive, lorsque l'eau coule en dessous jusqu'au moment du dégel, ou quand la glace se forme sur un gazon très-moussu, car alors la mousse pourrit et fait place à de meilleures plantes.
Pour de bons prés l'irrigation d'hiver peut donc devenir nuisible en cas de manque d'eau ou de perte de temps, tandis qu'elle est utile pour détruire dans de mauvais prés les mousses et les plantes de marais (à l'aide toutefois du dessèchement convenable), ou encore pour transformer des bruyères sèches en un bon gazon. Dans ces différentes circonstances, on fait usage de l'action destructive de l'eau, et l'irrigation d'hiver remplit son but réel.
C'est tout à fait par exception qu'on peut prolonger en cette saison l'irrigation fertilisante proprement dite ; mais il faut qu'elle agisse sur de bons prés, pendant des hivers doux, et qu'on y mette toujours une grande prudence.
On ne doit jamais employer l'eau des neiges pour l'irrigation.
Lorsqu'on irrigue en hiver pour une raison quelconque, il faut que l'eau soit toujours abondante, surtout quand il s'agit de débarrasser des prés aigres de substances nuisibles, comme par exemple d'eau chargée de cuivre, ou de transformer en prairies des terrains secs et remplis de mousses.
Un travail très-utile en hiver est de recouvrir les prés de composts, de boues, de marnes (pour les marais on emploie même le sable), ou d'autres fumiers friables; d'y répandre des fanes de pommes de terre, les émondes des haies, etc.
4. L'irrigation du printemps est la plus difficile de toutes; elle ne peut être commencée que quand la neige a complètement disparu, et que le sol est tout à fait dégelé.
Cette irrigation ne peut avoir pour but de fumer les prairies, puisque l'irrigation fertilisante doit avoir lieu en automne ; ni de leur donner de l'humidité, vu que l'hiver en laisse suffisamment. 11 n'arrivera que par exception qu'on soit obligé d'irriguer au printemps pour fumer ou mouiller les prairies.
L'irrigation de printemps a pour but principal de garder des
gelées tardives et de toute froide température les jeunes herbes qui apparaissent luxuriantes dans les prairies bien préparées par l'irrigation d'automne.
Si l'air est plus chaud que l'eau, une irrigation ne peut être que nuisible, parce que l'herbe et le sol en sont refroidis ; mais si le contraire a lieu, l'irrigation du printemps devient conservatrice en équilibrant les changements trop prompts de température si nuisibles aux plantes. Quand la gelée blanche a atteint les herbes tendres, il faut arroser les prairies à la pointe du jour, et ne faire partir l'eau que quand les froids ne sont plus à craindre. Par des temps clairs, on ne doit irriguer que le matin et le soir; mais il faut de l'eau continuellement quand le ciel est couvert.
Comme la température est très-variable au printemps, une irrigation protectrice est très-difficile et prouve, lorsqu'elle réussit, le savoir et l'habileté de l'irrigateur.
Vu cette difficulté d'irriguer convenablement au printemps, c'est commettre la plus grande faute pour l'entretien des prairies que de remettre au printemps, comme par malheur cela arrive si souvent, l'irrigation principale de Tannée, celle qui doit apporter la fertilité, en un mot celle de l'automne.
Les mesures de précautions suivantes sont surtout bonnes à prendre pendant cette saison :
1. Il faut que l'eau des prairies ait un prompt écoulement, pour que le sol ne se refroidisse pas et que l'action de l'air et du soleil sur les plantes ne soit pas interceptée.
2. Les prairies dont le sol est léger et poreux et qui ont une forte pente souffrent moins d'une irrigation de printemps défectueuse, tandis que les prairies argileuses peu inclinées demandent à être irriguées avec le plus grand soin.
3. En tous cas, un faible arrosement est plus désavantageux qu'une forte irrigation, et celle-ci n'est applicable, avec de grandes précautions d'ailleurs, qu'à un sol tourbeux qui s'échauffe déjà difficilement.
4. Vers le milieu et à la fin d'avril, dans les régions élevées au mois de mai, la croissance des graminées et des autres plantes peut être essentiellement activée par la force dissolvante de l'irrigation, pourvu que cette dernière agisse modérément.
§ 5. L'irrigation d'été a pour but de donner l'humidité nécessaire à la croissance de l'herbe.
Une irrigation proprement dite ne doit avoir lieu que par un temps très-sec, pour empêcher les plantes de périr.
Pour rhumectation, il suffit d'ordinaire d'irriguer faiblement ou de remplir les rigoles d'eau qu'on laisse s'infiltrer.
Une forte irrigation avant la fenaison produit de l'herbe aigre et remplie de vase, qui donne un foin malsain pour les animaux.
L'irrigation ne doit se faire que le matin, le soir ou pendant la nuit, parce que l'eau, quand le soleil brille, est généralement plus froide que l'air, et qu'en se refroidissant promptement, elle pourrait avoir un effet nuisible.
Un jour avant le fauchage, on arrose pour la dernière fois.
Après la fenaison, les fossés doivent être réparés de manière à rendre possible une irrigation régulière.
11 est bon que cet arrosement, même sur un sol humide et par une température humide, se fasse tout de suite après la fenaison ; le produit du regain en est accru. Dans des endroits secs où l'eau manque, il faut irriguer immédiatement après la fenaison. Plus les mois de juillet et d'août sont humides, moins on a besoin d'irriguer et surtout d'accélérer la croissance de la dernière coupe; et on laissera un certain temps entre les irrigations.