‹ De la création des prairies irrigueésChapitre 71 sur 91 · D'APRÈS PETERSEN · texte numérisé non relu

D'APRÈS PETERSEN

Dans les chapitres précédents, l'utilité de l'eau dans la culture des prés n'a été démontrée que là où le sol manque d'humidité, afin de lui donner la fraîcheur nécessaire à la croissance des bonnes plantes.

A l'irrigation doit s'associer un dessèchement correspondant à l'humidité du sol et à la quantité d'eau amenée par les canaux.

L'eau vient de l'atmosphère; elle tombe sur le sol sous forme de rosée, de gelée, de brouillard, de pluie ou de neige, et elle s'amasse en nappes souterraines. Ces nappes se font jour par des sources qui se réunissent en lacs, ruisseaux, rivières ou fleuves, et finalement s'écoulent dans la mer, d'où revient en grande partie l'eau que la chaleur solaire vaporise et condense en nuages. Cette évaporation continue entretient la circulation de l'eau ; si, dans un lieu quelconque, elle est inférieure à la quantité de pluie qui tombe, et surtout si les propriétés et la composition du sol empochent l'écoulement, l'eau alors s'accumule plus ou moins à certaines époques sur quelques points, le sol devient humide, marécageux et impropre à la culture des plantes. >

Pour mesurer la quantité d'eau fournie parla pluie, on se sert de vases gradués d'avance, avec lesquels il suffit d'une simple lecture pour avoir la hauteur d'eau tombée. Le plus souvent on emploie des vases à double fond, dans lesquels l'eau s'emmagasine. On pèse l'eau recueillie ; en divisant ce poids exprimé en millimètres cubes par la surface de réception du vase, on obtient la hauteur d'eau tombée ; le millimètre est l'unité d'appréciation généralement adoptée.

La quantité d'eau évaporée peut être calculée par une méthode analogue. On apprécie, au moyen de pesées, le gain et la perte de chaque jour, dans un vase contenant une quantité d'eau fixe et

dont on connaît la surface d'évaporation. Pour avoir l'évaporation produite pendant un temps donné, on ajoute à la perte totale la différence entre le gain total et la pluie tombée pendant ce même laps de temps, toutes ces données étant réduites en millimètres, comme nous l'avons indiqué plus haut.

La puissance absorbante du sol et sa faculté de retenir l'eau se manifestent après saturation par l'humidité plus ou moins constante, mais on les estime toujours au-dessous de la réalité. La quantité d'eau des rivières et des fleuves est toujours inférieure à celle qui est tombée sur leurs bassins; la différence est absorbée et évaporée.

Les contrées montagneuses reçoivent plus d'eau que les plaines, mais elles ne rendent aux cours d'eau que la moitié à peine de l'eau tombée ; il en est de même pour les pays boisés par rapport à ceux qui ne le sont pas.

Ce qui exerce encore une grande influence sur la quantité de pluie reçue dans un lieu, c'est sa distance plus ou moins rapprochée de la mer. Les contrées maritimes en reçoivent plus que les régions continentales.

La quantité d'eau qui tombe varie encore suivant l'état de l'atmosphère, et aussi avec les années et les mois.

L'eau qui s'infiltre rencontre dans le sol des couches perméables et imperméables. Souvent il n'y a pas d'eau à la surface du sol, mais elle se trouve à une certaine profondeur d'où on la tire au moyen de puits.

On reconnaît par la végétation des herbes aigres et des plantes marécageuses les terrains qui renferment de l'eau à une petite profondeur.

Lorsque l'eau rencontre des couches imperméables ou inclinées, elle descend dans les vallées suivant les lois de la pesanteur ; elle se rassemble aune certaine profondeur au pied des montagnes et des collines et elle suinte ou sort sous forme de sources.

Quand elle vient de lieux élevés en s'infiltrant dans des couches perméables entourées de couches imperméables, elle exerce une grande pression hydrostatique, ce que l'on reconnaît dans les sables mouvants et dans les marnes argileuses. Lorsque cette pression est détruite par une ouverture naturelle ou artificielle, la colonne d'eau s'élève au-dessus du sol à une hauteur en rapport avec la pression.

C'est sur ce principe que reposent les puits artésiens ou jaillissants (fig. 64) et les puits absorbants destinés à faire disparaître les

abc

Fig. G4

eaux nuisibles (fig. 65) dans des couches perméables plus profondes.

Fig. 65. — GAG, coupe des fosses de dessèchement qui débouchent dans une fosse à talus de 3 à 5 mètres de diamètre, et de 5 à G mètres de profondeur. A cette profondeur, on creuse avec la sonde jusqu'à une couche perméable et on y introduit un tuyau C en bois. Pour empêcher le irou de se bouche *, on l'emplit de broussailles et on le couvre de pierres plates D. La fosse supérieure est comblée avec des pierres plus ou moins grosses.

Dans les plaines situées près des fleuves les eaux souterraines montent et descendent avec le niveau des crues.

Les rives de cours d'eau formées d'alluvions se composent de graviers, de sables, d'argile et de terres glaises. On rencontre aussi ces terrains d'alluvion très-loin des cours d'eau, comme dans les plaines du nord de l'Allemagne, et en couches plus petites dans les montagnes.

Dans ces formations récentes dominent les substances provenant de la désagrégation de pierres ou de rochers.

Ces terrains diffèrent des autres par la position horizontale de

leurs couches, tandis que les couches de formation des montagnes sont inclinées.

Il est très-important, dans l'étude d'un plan de dessèchement, de considérer la perméabilité des couches, à cause de la direction des eaux et de la naissance des sources.

On peut faire ces observations en ouvrant des fossés dans les couches supérieures ; mais, pour les couches plus profondes, il faut employer la sonde.

La composition géologique d'une contrée, c'est-à-dire l'examen des roches, de leurs couches, de leur âge et de l'époque de leur formation, sert aux ingénieurs à déterminer sûrement le point où ils trouveront de l'eau, à quelle profondeur et en quelle quantité.

C'est sur ces principes que reposent, entre autres, la méthode de dessèchement d'Elkington et les méthodes de découverte des sources de l'abbé Paramelle, de l'ingénieur No^erath et de l'abbé Richard, dans des contrées et des endroits inconnus.

La connaissance de la formation géologique des sols a aussi une grande valeur pour l'agriculteur qui entreprend la création des prés.

C'est sur des observations scientifiques ainsi que sur l'étude de la météorologie qu'est basé notre enseignement. Il s'ensuit que le dessèchement des terrains demande beaucoup de circonspection, surtout quand il s'agit de grandes surfaces et de localités qui diffèrent les unes des autres par la constitution géologique.

L'exécution d'un système rationnel de dessèchement exige de la part de l'ingénieur agricole les connaissances nécessaires pour savoir adapter à chaque contrée une agriculture intensive ou extensive.

Toutes ces considérations ont une grande influence sur le prix d'achat et par suite sur le revenu des propriétés.

Avec l'amélioration de la culture, le drainage des champs s'est répandu et perfectionné.

L'inveution et le développement du drainage, qui a remplacé les fossés ouverts, ont fait entrer l'agriculture dans une ère nouvelle.

Si le drainage a eu d'abord une utilité bien marquée pour le dessèchement des champs cultivés, il a exercé aussi une grande influence amélioratrice sur les prairies, lorsqu'il a été complété par les modifications de Petersen, de Witthiel, qui permettent la culture la plus intensive des prés. La méthode de Petersen est encore applicable à l'irrigation et on peut l'employer aussi bien pour les terres labourées que pour la production des fourrages.

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