Plan et jalonnement d'un drainage. — On distingue
le drainage complet du drainage partiel d'un champ. Ce dernier est indiqué dans les endroits qui ne souffrent que partiellement de l'humidité et où l'on ferait des dépenses inutiles en drainant tout le terrain. Mais il faut être prévoyant, afin que la surface qu'on laisse décote ne devienne pas trop humide à son tour.
La manière la plus certaine pour s'en assurer consiste à examiner le champ au printemps ou dans un automne humide.
Un drainage dans des terrains montagneux est beaucoup plus simple que dans les pays plats qui, offrant peu de pente, rendent l'écoulement difficile à établir.
242. On détermine d'abord dans le champ la place du drain collecteur et on la jalonne d'une façon visible; les autres parties s'ensuivent alors d'elles-mêmes. Dans des cas douteux, c'est le nivellement qui détermine la direction du drain principal et la profondeur à laquelle on doit l'enterrer.
La pose et la direction des petits drains résulte [221 et suivants] du jalonnement des lignes horizontales déterminées sur les surfaces à dessécher ; on marque ces lignes par des pieux placés de distance en distance, sur lesquels on taille ou on écrit les numéros correspondant à chaque ligne de drains.
On fait alors un plan général où tout est indiqué de manière à pouvoir calculer, d'après les règles détaillées plus haut [231 à 235j, le calibre des drains et la profondeur présumable des tranchées, suivant les lignes horizontales et l'ensemble du nivellement, quand on connaît les différents niveaux.
243. Il faut, autant que possible, en jalonnant, tracer les lignes de petits drains sur des plans horizontaux, et éviter de couper des points élevés et des dépressions du sol. Dans le premier cas les fossés sont trop profonds, et, dans le second, les tuyaux sont placés presque à fleur de terre. Le travail devient plus cher parce que la protondeur des fossés varie et qu'il faut les niveler continuellement, tandis que des piquets et une corde fortement tendue suffisent dans un terrain plat, en suivant la méthode que nous indiquons ici.
244. 11 ne faut jamais placer les drains dans le voisinage d'arbres, de buissons ou de plantations, car les racines pénètrent dans le> tuyaux, les remplissent et empêchent l'écoulement de l'eau. Le drainage dans les pièces de terre où se trouvent des arbres n'est possible que quand les rangées d'arbres se trouvent à une grande distance les unes des autres (50 mètres). Les drains peuvent alors être placés à 25 mètres de distance.
METHODES DE DESSECHEMENT. 183
D'après des expériences faites en France, le drainage est possible dans les vignes sans qu'on ait à craindre l'obstruction des tuyaux. On assure que le houblon est dans le môme cas.
Dans les champs drainés récemment, le colza a pour effet de boucher les tuyaux.
245. Frais du drainage. — Le devis du drainage d'un terrain comprend :
1° La construction et le remplissage des fossés ;
2° L'achat et la pose des tuyaux ;
3° Les frais de surveillance et de l'établissement du plan.
On trouve un avantage, au point de vue de l'exécution du travail et de la dépense, à faire entreprendre les fossés à forfait, y compris le remplissage à tant le mètre courant.
Dans le mesurage, on néglige les lignes horizontales pour ne calculer que l'inclinaison du sol.
Le prix du mètre courant résulte de l'évaluation des mètres cubes de terre à manier dans les mouvements de terrain, du prix des journées, de la constitution du sol et de la présence ou de l'absence de l'eau (1).
Les facteurs nécessaires à ce calcul sont exposés plus haut [191].
246. Les frais de transport varient suivant les lieux et doivent être évalués pour chaque cas particulier d'après le poids, la distance et les moyens de transport indiqués [225] (eau, voitures ou chemin de fer).
Pour 5 mètres de fossés on compte 18 tuyaux.
Il est facile de déterminer la longueur des fossés et la quantité de tuyaux, d'après l'étendue du champ, la direction et la distance des lignes de drains.
La pose des tuyaux se fait de la meilleure manière par un ouvrier exercé, travaillant à la journée; en dix heures de travail, il peut en poser de 150 à 250 mètres.
Les frais du plan et de la surveillance doivent être calculés suivant les localités ; ils diminuent avec l'augmentation de la surface.
D'après ce qui précède, les frais du drainage peuvent varier par hectare entre 130 francs et 230 francs, la journée d'ouvrier étant payée 2 fr. 15 à 2 fr. 50. Dans des cas favorables, lorsque le
(1) Un peu d'humidité dans le sol est favorable pour ce travail; mais, dès qu'elle dépasse une certaine mesure, elle devient nuisible, comme dans tous les autres travaux de terrassement.
drainage est partiel, que le travail est à bon marché et les prix de transports faibles, les frais peuvent être moindres.
L'attention de l'ingénieur doit être surtout dirigée sur le bon marché, sans que celui-ci nuise toutefois au travail.
247. Avantages du drainage. — L'expérience a montré que dans un champ offrant une pente uniforme, le dessèchement au moyen de drains était beaucoup plus efficace que le dessèchement par des fossés ouverts de grandes dimensions.
Cela vient en partie de la position plus profonde des drains, et d'autre part du peu de frottement de l'eau dans les tuyaux, comparé à celui de l'eau sur la terre des fossés, qui se laisse entamer.
Vn fossé creusé dans le sous- sol est bientôt ramolli et saturé d'eau au fond et sur les bords. La terre s'émiette sous l'influence de l'atmosphère, se délaye en limon, conserve plus d'eau et la transmet a ce qui l'environne par la capillarité. Ces modifications s'observent surtout dans l'argile que l'on retire en automne, en lui laissant subir l'action de la chaleur pour en faire des briques.
248. Les désavantages des fossés ouverts se montrent surtout lorsqu'on a affaire à des quantités d'eau telles que les petits drains doivent suffire à les enlever. L'effet des fossés peut être complètement détruit par la terre qui absorbe l'eau, tandis que, les pores des tuyaux une fois saturés, l'eau coule continuellement.
Le drainage enlève l'eau à des couches plus basses que ne le font les fossés ouverts; ceux-ci, pour conserver leurs bords, sont moins profondément creusés, et de plus, ils ne se maintiennent pas à une profondeur uniforme. Si toute l'eau qu'une surface peut contenir est enlevée d'une manière continue, les pluies persistantes ne peuvent plus alors occasionner cette humidité que l'on remarque si souvent près des fossés ouverts.
249. Les drains offrent encore un autre avantage important. Lorsqu'ils se remplissent à leur embouchure, ils agissent par absorption sur l'air des champs drainés, qui entre dans le sol, en prenant la place de l'eau qui s'en va, dans la même mesure.
L'air n'entre pas d'en haut dans les couches profondes lorsque les tuyaux ne sont pas remplis d'eau à l'embouchure, mais il passe par cette embouchure, et il s'établit de bas en haut un équilibre entre les deux courants d'air. Dans ce cas, le drain n'enlève pas une quantité d'eau aussi forte que dans le premier cas.
Il s'ensuit que le calibre des tuyaux doit être en général aussi
petit que possible au bout, et il faut s'arranger de telle sorte que, dans le cas d'écoulement intermittent, les bouches des collecteurs restent fermées lorsque les petits drains ne fonctionnent pas. On y arrive en plaçant à l'embouchure un tuyau un peu plus long et recourbé en haut, qui reste toujours rempli d'eau et empêche l'entrée de l'air.
Par ce moyen on évite en même temps les précipités d'oxyde de fer hydraté et de carbonate de chaux qui se produisent dans les tuyaux.
250. L'air qui pénètre d'en haut dans le sol agit très-favorablement sur la végétation comme conducteur de la chaleur ; il rend les couches situées sous la terre végétale friables par la gelée et par la chaleur, qui fait se fendre le sol desséché (i).
En même temps, l'action chimique décompose les matières fertilisantes du sol avec d'autant plus d'efficacité et de promptitude que l'agriculteur, en labourant profondément la terre et en la brisant, favorise davantage l'émiettement du sol.
C'est pourquoi Liebig dit avec raison : La charrue met en contact les molécules terreuses entre elles et avec les molécules de l'air ; le drainage produit un mouvement des molécules de l'air et augmente leur contact avec les molécules terreuses; de sorte que le travail mécanique et le drainage ont le même résultat et exercent le même effet sur les champs. Tous deux augmentent l'action de l'atmosphère sur un terrain.
Un champ drainé donne, quand le travail et les conditions sont les mêmes, plus de matières nutritives aux plantes qui y croissent que celui qui ne l'est pas.
251 . Analyse de l'eau de drainage, — On pourrait être tenté de croire que, par suite du drainage des champs, on prive le sol et le sous-sol des sels solubles qui y sont renfermés et qui favorisent la culture et la croissance des plantes. Mais l'expérience et l'analyse ont montré que l'eau de drainage enlève des sels solubles en si petites quantités qu'elles peuvent être regardées comme nulles.
Ainsi M. Way a trouvé dans 70000 grains (unité anglaise) d'eau de drainage, les quantités en poids suivantes :
(1) En hiver, la température de la terre, à une profondeur de 0m,90 à lm,20, est beaucoup plus forte que celle de l'air, et l'air qui monte dans les tuyaux de drainage peut contribuer à donner à la terre une température plus élevée que celle qu'elle aurait eue sans cela. L'air des drains est en général plus riche en acide carbonique que l'air atmosphérique. V. Lieeig.
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Ce tableau suffit pour montrer que la potasse et l'acide phosphorique, dont les plantes enlèvent la plus grande proportion, et qui par conséquent doivent être le plus remplacés par le fumier, ne sont entraînés par l'eau de pluie, en descendant dans les drains, que par quantités presque inappréciables. La raison de cet effet est la force d'absorption de la terre pour les solutions salines [33].
Pour ces causes, toute amélioration de prés fondée sur le drainage et l'irrigation peut être justifiée scientifiquement et être pratiquement recommandée, lorsque son exécution et son entretien n'offrent pas de difficultés.