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BUT DE LA METHODE ET OUVRAGES QUI EN TRAITENT

252. Le succès obtenu sur les champs par le drainage portait naturellement à l'employer sur des prés humides et marécageux, mais on vit bientôt que cette application n'offrait pas tous les avantages désirés, et cela pour deux raisons :

1° Parce qu'il est difficile et même impossible de calculer le drainage de telle façon que la prairie ne soit ni trop sèche, ni trop humide, mais qu'elle conserve l'état de fraîcheur le plus favorable à la croissance des herbes.

2° Parce que l'humidité enlevée par les tuyaux aux prairies drainées ne peut être rendue par l'irrigation, attendu que l'eau d'irrigation est promptement reçue par les drains; car, au lieu de se répandre sur le gazon, elle pénètre dans le sous-sol.

253. Ces inconvénients ont été observés par M. Asmus Petersen à Witthiel, dans le Sleswig. Cet agronome a trouvé un procédé particulier de fermer les drains collecteurs en différents endroits, suivant les besoins, d'accumuler l'eau dans le sous-sol, d'humecter les couches inférieures, d'irriguer en même temps le gazon, et d'obtenir aussi un dessèchement complet des prairies en ouvrant les conduits, lorsque le besoin s'en fait sentir.

254. Par ce système, il est possible de travailler dans les prés comme dans les champs, avec la charrue, la herse, etc. Non-seulement on peut détruire les mauvais gazons et les mauvaises herbes, même le colchique ; mais on peut encore labourer le sous-sol, former un nouveau gazon par l'ensemencement, si cela devient nécessaire, et employer auparavant le terrain plus ou moins longtemps à la culture. On peut aussi placer dans le sol des engrais de

toute espèce, y cultiver des légumes, ameublir la terre pour la bien préparer à recevoir la semence, etc.

Beaucoup d'auteurs nient l'efficacité du procédé de Petersen ; mais les avantages que nous venons d'énumérer sont essentiels, car on obtient une exploitation aussi rationnelle du sol par les prairies que par la culture, et à côté de cela, on gagne en outre les engrais nécessaires à une riche croissance contenus dans l'eau d'irrigation, pour les faire entrer ensuite en circulation dans l'exploitation.

25o. Un autre avantage du procédé Petersen, en rapport avec le dessèchement rationnel par les tuyaux de drainage, est de rendre possible l'établissement des prairies irrigables en plan incliné , même avec une très-faible pente, et d'en écarter entièrement le système des ados avec ses nombreuses rigoles d'irrigation et de colature et ses coûteuses transformations du sol.

L'irrigation par le drainage, d'après Petersen, a pour avantage de permettre de drainer ou d'irriguer à volonté les prairies disposées en plan incliné, de manière que le dessèchement puisse être maintenu ou supprimé : en fermant les conduits du système de dessèchement, la prairie est irriguée par les eaux ramenées à la surface.

206. Ce système rentre dans la culture intensive. Là où cette culture n'est pas indiquée, on peut conserver les modes de dessèchement et d'irrigation propres aux prairies naturelles ; mais quand le prix des prairies et celui de leurs produits sont assez élevés pour que le capital rapporte bien ses intérêts, alors le procédé de Petersen doit être mis en usage ; il marque une époque nouvelle dans la culture des prairies. Bien que des ingénieurs soient opposés à cette méthode, beaucoup d'hommes éclairés se sont déclarés en sa faveur et ont affirmé l'utilité de son application. Le comité royal d'agriculture de Prusse lui a même décerné un prix, et il a envoyé ses ingénieurs à Witthiel pour étudier ce système dont l'application s'étend de jour en jour.

207. Comme le système de Petersen n'est connu que depuis 1860, il n'a pu se répandre plus promptement dans l'Allemagne du Centre et du Sud.

Les expériences faites sur le calibre des tuyaux suivant les masses d'eau et les différentes localités, ont été consignées dans des publications diverses, mais elles peuvent être déduites des §§ 22o à 23o du chapitre de cet ouvrage traitant du drainage.

La méthode d'irrigation par le drainage a fait l'objet de discussions prolongées dans les Annales de V agriculture prussienne de 1862.

Le travail le plus détaillé et le mieux raisonné sur l'irrigation par le drainage est une brochure sur la construction des prés, par Turretin, suivant la nouvelle méthode de Petersen (2e édition, Schleswig, 1864).

Les autres écrits qui en traitent sont :

Dr L. Meyn, Nouvelle Méthode générale de la culture intensive des prairies. Wismar, 1861.

R. Gartner, Description de la reconstruction des prairies, par Petersen. Berlin, 1861.

Description de la nouvelle méthode de construction des prés. Schleswig, 1863.

258. La base du système de Petersen est un drainage complet, et la disparition des marais dans les prés. Contrairement à la méthode précédemment décrite [221], Petersen n'emploie pas les petits drains dans la direction de la plus grande pente, mais les collec-

teurs xx' [fig. 90), et les petits drains z/, y y débouchent plus ou moins perpendiculairement.

La position des petits drains est déterminée par des lignes horizontales yoy, partant du drain collecteur, et qui sont jalonnées sur la prairie.

Un ingénieur prudent suivra non-seulement les petites courbes, mais il les coupera aussi au besoin par des lignes droites quand même il serait obligé de faire des déblais ou des remblais. Il doit avoir soin de rendre les rigoles aussi parallèles que possible.

Sur les lignes horizontales, on creuse les tranchées des petits drains avec une légère pente d'y en o, et on y introduit des tuyaux de drainage d'un calibre répondant à la quantité d'eau à écouler. Immédiatement au-dessus des petits drains, on établit des rigoles horizontales d'irrigation oy.

259. Tranchées de drainage. — La distance des petits drains est déterminée par les règles données [222 à 224]. Il faut encore prendre en considération, pour l'établissement des rigoles d'irrigation, les règles indiquées ci-dessus [94 et 158]. Il ne faut pas prendre la distance trop grande, parce que les petits drains n'agissent que sur un côté, et quand les pentes sont très-fortes, les eaux souterraines peuvent passer en dessous des drains et arriver à la surface.

Un sol lourd, peu friable et marécageux, exige un drainage plus rapproché qu'un sol perméable. Lorsque les petits drains sont distants de plus de lo mètres, on place une rigole d'irrigation dans l'intervalle de chaque ligne de drains.

La longueur des petits drains ne peut en général être déterminée que d'après les principes déjà énoncés [222 à 224]. Elle dépend spécialement de la distance au collecteur, et doit être calculée de telle sorte que l'eau soit toujours courante dans les drains. Plus les lignes de drains sont longues, plus le calibre doit être fort.

260. La position des drains collecteurs dépend principalement des pentes. On les place dans les endroits les plus bas de la prairie, ou, lorsqu'on a affaire à une plaine, dans les endroits où on peut le mieux rassembler l'eau dans le sous- sol.

Le nombre des lignes de drains collecteurs est d'autant plus grand que les lignes de petits drains sont courtes. Cependant le nombre ne peut pas en être arbitraire, parce que les dépressions de terrain le déterminent.

Plus on diminue le nombre des drains collecteurs, plus le diamètre des tuyaux doit être considérable.

D'après leur position, les drains collecteurs répondent aux rigoles

de répartition, et les petits drains aux rigoles qui se trouvent au sommet des ados.

261. Appareils de fermeture. — Dans les endroits o, o, où les petits drains y, y rencontrent les drains collecteurs xx [fig. 90), on place l'appareil représenté parla figure 91 .

Fig. 91.

Il se compose d'une caisse en bois de chêne, de mélèze ou d'aulne, à la partie inférieure de laquelle est placé le tampon qui bouche le drain collecteur. Le bois est épais de 0m,03 à 0m,042, et les caisses ont de 0m,20 à 0m,25 de largeur.

La forme du tampon se voit dans la figure 92. a est un levier coudé en tôle très-forte formé de deux plaques soudées ensemble ; son axe de rotation est en z. On peut le mouvoir de haut en bas et de bas en haut dans une rainure w, au moyen d'un fil de fer d.

La partie inférieure de ce levier coudé entre dans une entaille pratiquée dans la tète du clapet ou tampon v, et y forme charnière par le moyen d'une tige de fer. Le clapet i;, en forme d'étoile à trois pointes, est fait d'argile, ainsi que la soupape un; le rebord de sa tête s'ajuste exactement dans le bord de la soupape et vient ainsi la fermer hermétiquement. La soupape porte extérieurement un anneau ou gorge qui permet de la fixer dans la paroi de la caisse; c'est sur cette soupape que viennent se placer des tuyaux de fon-

taine m, m (fig. 91) en argile cuite, enduite à l'intérieur et à l'extérieur de ciment de Portland.

Fig. 92,

Vis-à-vis du tampon, débouche le drain collecteur S {fig. 93), et sur les parois latérales, les petits drains secondaires.

262. La caisse se compose elle-même de deux parties (pour empêcher que l'action de la gelée ne la fasse se briser en la soulevant). La partie inférieure mesure 0m,4o environ de hauteur, et, sur celle-ci, s'applique la partie supérieure qui sort de 0m,30 au dessus du sol.

Dans cette partie supérieure de la caisse, en face des rigoles d'irrigation, sont pratiquées des ouvertures e (fig. 91). Un couvercle mobile fixé par une tringle à vis la protège contre les déprédations qu'on pourrait commettre. On y voit encore une grille en fil de fer étamé g, disposée pour empêcher l'eau de tomber d'en haut et d'y introduire des ordures.

Quand le couvercle est fermé, l'eau, qui arrive par les drains, s'élève dans la caisse, passe par les ouvertures pratiquées à droite et à gauche, se déverse dans les rigoles r, r (fig. 93), et arrose les surfaces qui sont au-dessous de ces rigoles.

263. Effets de la caisse. — Lorsque le niveau de l'eau dans la caisse est à lm,20, il s'y trouve alors une colonne d'eau de 1/8 de hauteur barométrique, qui exerce une pression de 29 kilo-

grammes et demi environ par décimètre carré ; sur la surface d'un tampon de 9 centimètres de diamètre , la pression latérale est donc à peu près de 18k,5.

La pression de l'eau dans le collecteur varie suivant la pente et fait partir avec force par les jours des tuyaux, dans les rigoles et de là dans les prairies, les dépôts qui pourraient obstruer les appareils de fermeture.

Il y a donc une saturation complète du sol ; la terre absorbe le maximum d'humidité qu'elle peut contenir, et l'eau dépose à la surface de la prairie les matières qui y sont en suspension. Par conséquent, des substances fertilisantes sont amenées de toutes parts aux herbes enracinées plus ou moins profondément.

Lorsque, vers la fin de l'irrigation, la caisse n'est pas complètement ouverte, mais que le tampon est un peu soulevé, l'eau coule alors à travers les tuyaux à jour, ainsi que par les soupapes en forme de pyramide triangulaire, et enlève les immondices qui peuvent y être entrées, parce que ce système demande des tuyaux d'un calibre plus fort que ceux usités pour le drainage des champs.

La quantité d'eau qui revient par les ouvertures des caisses dans les tuyaux est insignifiante, parce que les trous ne viennent pas jusqu'au niveau du fond des rigoles.

264. Avantages «lu système Pétersen. — C'est une erreur très-répandue de croire que toute eau qui vient du collecteur doit être dirigée sur la surface des prairies. Quand il est possible de conduire de l'eau d'irrigation venant de ruisseaux ou de sources sur une prairie où est établi le système d'irrigation par le drainage, cela s'effectue comme par les autres méthodes.

Il n'y a qu'à fermer les caisses, et l'irrigation commence. Cependant l'eau ne peut pas se déverser avant que tous les tuyaux et les drains soient remplis et que le sol soit saturé. Alors l'irrigation superficielle ne rencontre aucun obstacle; aussitôt que l'eau irrigante est détournée et que les caisses sont ouvertes, toute celle que le sol ne peut pas retenir s'écoule, et le sous-sol est, pour ainsi dire, purgé d'acides nuisibles et de sels de fer. La chaleur et l'air peuvent agir continuellement d'une manière salutaire sur la végétation. Enfin, on a amené un état qui favorise la croissance de l'herbe, ce qu'il est impossible d'obtenir sur les prairies irriguées par la méthode ordinaire des tranchées ouvertes, dans les prés marécageux contenant des sels de fer, etc.

26o. Le dessèchement obtenu complètement par le drainage dispense de tenir compte des pentes, ce qui est un point si important dans l'irrigation ordinaire des prairies.

Dans ce système, la pente peut n'avoir que 2 ou 1, et même moins pour 100. La ligne de plus grande pente n'a seule d'importance que lorsqu'il s'agit d'établir un écoulement pour le drain collecteur, aune profondeur correspondante à celle des petits drains, pour faire partir l'eau qui s'est accumulée dans les couches inférieures ; d'où il suit qu'on doit placer ce drain à une profondeur de lm,20, lm,50 et même 2m, 10.

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