‹ De la croyance en DieuChapitre 38 sur 74 · Newman, Univ. sermons, IV, le it déc. i83i · texte numérisé non relu

Newman, Univ. sermons, IV, le it déc. i83i

2. V. notre Socratc, [Collection des Grands Philosophes], p. 264. — Ail moment où nous corrigions les épreuves de ee travail, il nous est arrivé une brochure de M. E. Baudin, professeur au collège Stanislas, brochure qui s'intitule

Ce n'est pas, en tant qu'abstraite, que la déduction théologique manque d'influence pratique ; il faut chercher ailleurs le principe de son atonie. Et, voici, du moins à mon sens, conuneut on peut l'expliquer.

Non seulement je n'emprisonne pas la divinité dans le réseau de mes syllogismes; mais encore la voie symbolique par où j'y monte, a tant de bifurcations qu'arrivé au but, je me demande fatalement si j'ai toujours bien aiguillé. Je remarque aussi que les résultats obtenus sont absolument invérifiables. Je puis croire à Pékin, à Chicago et aux antipodes. D'autres les ont vus dont le témoignage est sûr; et il ne tient qu'à moi d'aller sur place contrôler leurs dires. Mais ce Dieu que je conclus au prix de tant d'efforts, échappe de tous points à toute épreuve expérimentale; il y échappe plus complètement qu'une étoile dont le calcul établirait l'existence à des profondeurs du ciel où nos instruments ne peuvent atteindre : c'est l'inaccessible par essence. Encore les chercheurs d'absolu ne sont-ils

La philosophie de la foi chez Newinan (Monlligeon, 1906). Nous sommes heureux de constater que Tauteur a senti le besoin de re'aj;;ir contre \e /idc'isiiip newnianien ; d'autant que la critique qu'il en fait est d'une vigueur et d'une péne'tralion remarquables (v. surtout p. 36-46).

- pas d'accord sur la question de savoir s'il existe réellement : il en est, et des plus autorisés, qu soutiennent que « les rayons réfractés » qui me viennent de ce lointain, ne suppposent point de soleil.

Et pourtant, c'est cet être si difficile à prouver et iné prouvable auquel il me faut croire ; c'est cet être dont il me faut reconnaître la volonté souveraine; c'est cet être qui me fait un devoir de rabattre ma superbe, d'immoler mes instincts et qui me menace de son jugement si j'enfreins sa loi. J'bésite alors en face de la sublime conquête dont j'étais d'abord si fier, je me sens pris d'une sorte de vertige; et, malgré moi, je me dis à moi-môme : est-ce bien vrai ? Je me le dis d'autant plus naturellement que mes inférences surabondent de difficultés. J'ai cru, sans doute, me défendre de ces ombres ; mais il me vient un sentiment vif, inexpugnable, que je n'ai pu et que personne ne pourra jamais les dissiper à fond : il reste, autour de la zone éclairée que je me suis faite, un amas de nuages sombres qui menacent à chaque instant de tout envahir.

Pascal disait de la raison humaine : « Ces grands efforts de l'esprit où l'âme touche quel-

qiiefois, sont choses ou elle ne se tient pas. Elle y saute, non comme sur un trône, pour toujours, mais pour un instant seulement, w Elle voit; « puis, une heure après », elle « craint de s'être trompée ». Ces paroles sont aussi remarquables de justesse que de vigueur. Mis en présence des preuves de l'existence de Dieu, nous sentons à la fois toute la faillibilltc de notre raison et toute la gravité des intérêts qui s'y jouent. Ces preuves sont terriblement et déliées et complexes; il y va pourtant du prix même de la vie : de là une fluctuation de la volonté qui est moralement inévitable.

Il faut donc que la raison, trop faible par elle-même, se trouve un auxiliaire; il faut qu'il v ait quelque part un principe qui l'élève d'abord jusqu'à la vérité, puis qui l'v fixe et l'attache pour ainsi dire à son char. En quoi peut-il consister? c'est là ce qu'on va chercher maintenant.

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