CHAPITRE III
Il existe une thérapeutique morale qui peut nous fixer dans la croyance en Dieu. Mais quelle est cette sorte de croyance? Se fonde-t-elle uniquement et toujours sur les opérations discursives de la pensée? Ou bien finissons-nous par nous unir à l'Etre divin, par sentir sa présence, comme on sent celle d'un ami? Se produit-il à la longue, dans notre dme, une sorte de perception synthétique et vivante de l'Absolu ? « Imaginons, dit William James, un barreau de fer qui serait doué d'une conscience magnétique; sans aucune sensation tactile ou visuelle, sans aucune représentation, il sentirait pourtant les diverses modifications de son état magnétique sous l'influence des aimants qui se déplacent autour de lui ; ces impressions déter-
mineraient en lui, d'une façon consciente, diverses attitudes et diverses tendances. Impuissant à nous décrire l'aspect des objets dont 1 action ferait frémir ses molécules, il aurait néanmoins un vif sentiment de leur présence réelle et de leur souveraine importance pour tout son être ' . » Se passe-t-il quelque chose d'analogue dans la vie des âmes ? Leur arrive-t-il d'éprouver comme la touche de l'Infini, d'en faire l'expérience immédiate et de frémir sous le doigt divin?
Qu'il se produise de pareils états de conscience, la chose ne paraît pas douteuse. C'est ce qu'ont éprouvé la plupart des saints; et quelques-uns d'entre eux nous ont laissé à cet égard des paroles significatives.
« Dans l'oraison d'union, nous dit sainte Thérèse, l'âme est très éveillée au regard de Dieu, et endormie à toutes les choses de la terre, et à elle-même; durant le peu de temps