GI
enfant, une blennorrhagie à 24 ans. On ne retrouve pas chez lui de trace de syphilis. Il était complètement chauve à 30 ans.
Les parents de S... sont morts à un âge avancé. Il a trois enfants bien portants.
S... dit n’avoir jamais fait de grands excès de boisson, mais avant de tomber tout à fait malade, il eut, dit-il, une période de six mois où, ayant perdu l’appétit et étant dégoûté de la viande, il se faisait tous les jours de grandes soupes au vin pour se soutenir.
Il commença à se sentir malade en septembre 1884.
Depuis cinq ou six mois il avait perdu l’appétit, les digestions se faisaient mal et il avait des pituites fréquentes la nuit et le matin. 11 s’arrêta de travailler en septembre et on le soigna pour de l’anémie jusqu’au mois d’avril. Pendant cette période il n’eut ni vomissements ni hémorrhagies.
En avril 1885, il reprit son travail et, au mois de juin, resta sept jours à Necker où on le soigna pour une hydrocèle.
En juillet 1885, se sentant faible, il se lit envoyer à Vincennes, par une société à laquelle il appartient, et c’est à ce moment qu’il remarqua pour la première fois, que ses pieds étaient enflés. Trois semaines après le ventre était devenu gros.
En août 1885, S... entra dans le service de M. le D1' Siredey. Son ventre était gros, tendu ; ses urines étaient très rouges, dit-il, et on n’y trouva pas d’albumine. On lui dit qu'il avait une cirrhose, on lui donna du lait et de l’iodurc de potassium, et au mois d’octobre, on lui lit une ponction de l’abdomen qui donna issue à sept litres de liquide.
Le 8 janvier 1886, il sortit du service de M. Siredey, le ventre absolument désenflé; vers la lin du mois, l’ascite reparut, mais les jambes n’enflèrent pas.
S... entra le 17 mars 1886 à l’Hôtel-Dieu annexe. L’abdomen était volumineux, les urines n 'étaient pas rouges. M. le D1' Lelulle institua un traitement à l iodure de sodium, 2 grammes par jour, et au lait. On lit, sur le ventre du malade, des pointes de feu; on lui appliqua un vésicatoire au niveau du foie, et l’ascite disparut sans ponction.
Etat actuel (2 juillet 1886). — S... urine environ un litre et demi en vingt-quatre heures. Son ventre est souple ; on détermine un peu de douleur en pressant sur la paroi abdominale. En faisant coucher le malade sur un côté, on peut constater qu’il y a encore une très petite quantité de liquide dans son péritoine. Un peu d’œdème périmalléolaire des deux côtés ; le malade a des varices.
Le foie ne déborde pas les fausses côtes ; il paraît petit. On perçoit à peine un peu de matité au niveau de la région splénique.
Du côté des organes génitaux, on constate la présence d’une hydrocèle gauche, et de noyaux indurés de l’épididyme des deux côtés. La palpation du cordon est douloureuse du côté gauche.
On ne trouve rien d’anormal à l’examen de l’appareil pulmonaire.
L’auscultation du cœur fait percevoir à la pointe, un dédoublement du premier bruit. M. Siredey lui avait déjà dit qu’il avait un bruit de galop. Le cœur n’est pas hypertrophié. Les artères radiales sont un peu dures. S... n’a jamais eu de palpitations.
Depuis six ou sept ans, sa vue aurait baissé. Il n’a jamais eu d’œdème des paupières, il ne tousse pas et n’a pas de troubles de la sensibilité. Depuis son départ de Lariboisière, en janvier, il dit aussi être obligé de se lever plusieurs fois la nuit pour uriner peu à la fois. Les urines sont blanches, ont une odeur un peu forte, laissent déposer au fond du vase du muco-pus blanchâtre ; pas d’albumine.
Observation LXX
M. Legroux. Communication à la Société médicale des hôpitaux de Paris.
Séance du 9 juillet 1886.
Il est question ici d’un homme, ancien diabétique, atteint, depuis deux ans et demi, d’ascite avec diminution considérable de la matité hépatique, chez lequel il semble y avoir aussi suspension momentanée des troubles circulatoires de la veine porte, sous l’influence prolongée du régime lacté, des purgatifs drastiques et des décharges opérées l’année dernière par six ponctions, dont chacune a fourni 10 à 14 litres de sérosité limpide. Ce malade, qui pendant sa prospérité diabétique n’a pas pesé moins de 300 livres, dont la taille d’ailleurs était en rapport avec l’énorme corpulence, buvait dans des proportions étranges et supportait des doses de boissons alcooliques véritablement colossales. Il m’a dit avoir pu, sans arriver à l’ébriété complète, boire cinquante demi-bouteilles de vin de Bordeaux en une nuit d’orgie. En temps ordinaire, il ne consommait pas moins de deux bouteilles de vin par repas et buvait le soir force petits verres, qu'il noyait ensuite dans dix à quatorze chopes de bière. Le diabète, chez lui, durait depuis longtemps et semblait ne pas altérer ses forces, lorsqu’à la lin de 1884, le ventre, déjà énorme, commença à enfler ainsi que les jambes. Les urines devinrent peu après albumineuses. Le foie se rétracta et, au bout de peu de temps, je dus faire une première ponction, le 28 février 1885. Le régime du lait (4 à 5 litres par jour), les purgatifs, les sudations et d’autres paracentèses de l’abdomen, amenèrent une amélioration telle que le malade put se croire, à la fin de 1885 et pendant les premiers mois de 1886, en voie de guérison. L’ascite ne se reproduisit pas, ou tout au moins resta dans des limites des plus minimes ; le sucre disparut des urines, l albumine diminua considérablement. Si bien que M. X... reprit en partie ses occupations. Il y avait bien là une suspension, un arrêt dans les symptômes de l’atrophie du foie, dont la matité n’est que de 6 à 7 centimètres.
Depuis six semaines, l’ascite toutefois reparaît et nécessitera une prochaine évacuation.
Observation LXXI
M. Descout. Communication laite à la Société médicale des hôpitaux, séance du 23 juillet 1886, par M. Troisier.
M. X..., quarante ans, cafetier, était malade depuis trois semaines environ, lorsque M. le D1' Descout le vil pour la première fois, en février 1884.
Les principaux symptômes qui caractérisaient son affection étaient : une ascite considérable, de l’oedème des pieds et des jambes, de l’ictère. Les urines étaient rares et foncées : elles ne contenaient ni sucre, ni albumine. Le cœur était sain : l’abondance de l’épanchement ne permettait pas de se rendre compte de l’état du foie. Cependant, il ne pouvait y avoir doute, l’ensemble clinique était celui de la cirrhose atrophique du foie. D’ailleurs, M. X... s’était adonné depuis fort longtemps aux boissons alcooliques: bière, vermouth et vins fins. Il n’est pas syphilitique.
Il apprit à M. Descout qu’il avait eu, quatre ans auparavant, les mêmes accidents : ascite, œdème des membres inférieurs, ictère et que cette maladie avait disparu après dix mois de durée. Il était resté sobre pendant deux ans, mais depuis dix-huit mois, il avait recommencé ses excès. Traitement : drastiques, diurétiques, régime lacté.
Pendant quatre mois, l’état resta à peu près stationnaire : l’ascite qui, dès le début, avait été abondante, n’augmenta pas notablement. C’est alors que M. X..., très justement tourmenté de sa situation, demanda en consultation M. Vulpian. Celui-ci porta le pronostic le plus grave. Ces jours-ci, je lui ai rappelé ce malade et il m’a dit qu’il le considérait alors (fin mai 1884) comme arrivé à la dernière période de la cirrhose.
Peu de temps après cette consultation, M. X... prévint M. Descout qu’il partait pour la campagne et il ne lui donna plus de ses nouvelles. M. Descout avait tout lieu de supposer que son client était mort, quand il le vit revenir dans son cabinet en novembre 1885, un an et demi après la consultation. Je vous laisse à penser quelle fut sa surprise.
L’ascite avait disparu spontanément, et la santé paraissait rétablie depuis deux mois environ. M. X... est encore vivant et bien portant; il dirige toujours un café situé sur l’un des boulevards de Paris, mais il ne commet plus aucun excès alcoolique.
Observation LXX1I
Due à l’obligeance de M. Lancereaux, résumée dans sa communication à V Académie de médecine, 30 août 1887.
Ernest H..., âgé de 39 ans, garçon d’amphithéâtre, entre le 4 février 1886, salle Piorry, à la Pitié.
Antécédents personnels. — Excès alcooliques. Pendant 13 années, le malade, employé aux halles, buvait deux à trois litres de vin par jour, et plu-
sieurs petits verres d’eau-de-vie de marc; depuis 13 ans qu’il est garçon d’amphithéâtre, il dit être plus tempérant, mais a sans cesse des insomnies et des rcves.
A la fin de septembre 1885, le malade s’aperçoit que son ventre enfle, il l’attribue à un refroidissement ; le 4 novembre, il entre dans le service de M. Cornil. et en sort fort amélioré le 29, après avoir été traité par le régime lacté et l’iodure de potassium.
Il reprend son service et se porte assez bien pendant six semaines; puis son ventre grossit de nouveau, devient douloureux et un léger œdème paraît aux jambes.
Il entre salle Piorry, le 5 février 1886.
État actuel. — Le malade porte plus que son âge; il est très maigre, mais son ventre est volumineux, globuleux; l’ombilic n’est pas déplissé. Nombreuses veines dilatées à la surface de l’abdomen.
Jambes œdématiées, variqueuses.
Amaigrissement, myœdème des muscles thoraciques.
Rien au poumon, ni au cœur ; artères normales.
La fluctuation abdominale est très nette, le liquide remonte à deux travers de doigt sous l’ombilic.
Rate volumineuse ; on ne peut exactement déterminer le volume du foie.
Le malade rend par jour environ 750 gr. d’une urine épaisse, colorée, acide, albumineuse, d’une densité de 1012.
Régime lacté, purgation.
Le 7. Oppression du malade. On retire par la ponction 8 à 10 litres de liquide de la cavité abdominale.
L’oppression persiste ; quelques râles à la base droite. Ventouses sèches. Liqueur de Hoffmann, 4 gr.
Le 9. Râles plus nombreux, expectoration muco-sanguinolente, oppression. Scammonée; O gr. 75. Café.
Le 10. Insomnie la nuit précédente, étouffement; affaissement; pouls petit, 110. Submatité du sommet droit ; râles à droite, à l’angle des côtes.
Langue rouge; expectoration comme celle de la veille. Urines rares, foncées, très chargées, acides, albumineuses. Densité, 1026.
Le 12. Malade moins affaissé. Pouls, 110. Langue violacée, humide. Râles persistent, mais crachats moins nombreux.
Quinine, 0 gr. 75. Thé au rhum.
Le 16. Légère amélioration. Diminution de la toux et de l’expectoration. Insomnie avec rêves.
Le ventre est légèrement douloureux à la pression.
Cldoral, 3 gr. Suppression du sulfate de quinine.
Le 20. Douleurs dans l’hypoeondre droit et les lombes; réapparition de l’ascite.
Cataplasmes laudanisés.
Le 24. Après deux journées assez bonnes, réapparition de la douleur à la région hépatique.
Malade affaissé, langue rouge, pouls petit.
Vésicatoire sur Fhypocondre droit.
Bouillon, potage.
5 mars. Léger œdème des jambes et des pieds. Ventre peu tendu, dilatation veineuse diminuée.
Crachats muco-sanguinolenls.
Régime lacté.
Le 8. Augmentation de l’ascite et de la dilatation veineuse.
Le 10. Jambes œdématiées. Ventre tendu. L’ombilic commence à se déplisser. Mictions fréquentes et douloureuses. Urine albumineuse.
Quatre pilules diurétiques.
Le 14. Douleur de la miction augmentée ; œdème des jambes diminué. Ascite stationnaire.
Le 17. Hier, le malade a été pris de vives douleurs dans l’œil droit; la conjonctive est rouge, injectée. Ce matin, au réveil, les paupières sont collées des deux côtés. Céphalalgie frontale et sus orbitaire, avec sensation de constrietion violente. Le moindre mouvement cause des nausées au malade. Pas de lièvre. Peau sèche ; langue saburrale, dents fuligineuses. Urinés peu abondantes, chargées, albumineuses. Poids, 72 kilogr
Suppression des pilules diurétiques.
Le 18. Même état. Eau-de-vie allemande, 25 gr.
Le 19. État général, légèrement amélioré. Œdèmes des paupières, à droite.
Le 20. L’œil droit va mieux ; à gauche, œdème des paupières, conjonctivite intense. Mauvais état général. Point de côté à gauche ; douleur lombaire ; crachats hémorrhagiques; rien à l'auscultation. Urine albumineuse.
Le 22. Conjonctivite terminée. Céphalalgie moins violente ; miction fréquente, douloureuse. Albumine dans l’urine.
Le 24. Œdème des jambes et de la partie interne des cuisses. Ventre tendu et douloureux. Céphalalgie et insomnie. Langue rouge, crachats opaques, en partie hémoptoïques. Pas de signes pulmonaires. Miction fréquente et douloureuse. Albumine.
Le 26. Ponction : On retire sept litres de liquide citrin.
Le 28. Le liquide ne s’est pas reproduit ; miction moins frequente, non douloureuse; urine plus abondante, sans albumine. Crampes dans les jambes; sommeil troublé ; céphalalgie légère.
2 avril. L’ascite se reproduit ; dilatation des veines. Ombilic déplissé. Œdème du scrotum et des jambes, surtout à droite, ; langue rouge ; peau un peu sèche ; pas de fièvre. Quatre pilules diurétiques.
Le 6. Ascite considérable. Œdème augmenté. L’état général ne s’aggrave pas. Pas de toux ; crachats épais, quelquefois striés de sang. Constipation opiniâtre.
Le 15. Diminution de l’œdème. Ascite stationnaire. Epistaxis. Urine plus abondante, albumineuse.
3 mai. L’état général s'améliore; l’œdème diminue; l’ascite persiste, mais le ventre n’est plus douloureux. Constipation opiniâtre; parfois un peu de céphal-
algie cédant à un lavement des peintres. Urine abondante, claire, presque neutre, albumineuse.
Poids, 72 kilogr.
Régime lacté absolu.
Le 12. L’amélioration continue. Œdème limité aux jambes. Les veines sont moins dilatées ; le liquide ascitique s’arrête à quatre travers de doigt au-dessous de l’ombilic qui est complètement déplissé et forme une petite tumeur arrondie, transparente.
Le 26. L’amélioration continue. Parfois le malade mouche un peu de sang.
Poids, 73 kilogr.
Urine à peine albumineuse.
Régime lacté partiel.
4 juin. Le malade engraisse. Constipation opiniâtre.
Poids, 73 kilogr.
Le 9. Poids, 72 kilogr.
Le 17. Le malade est atteint de somnolence invincible. Lavement des peintres.
Le 18. Apparition d’une lymphangite à la jambe et à la cuisse droite, ayant pour point de départ une petite ulcération du quatrième orteil. Ganglions inguinaux engorgés.
Larges cataplasmes sur la jambe et la cuisse.
Le 23. La lymphangite a disparu ; les ganglions de l’aine restent un peu volumineux. Léger œdème du pied.
Le 28. L’état général s’améliore, plus d’œdème. Ascite diminué ; ombilic toujours déplissé, saillant. Le malade se promène chaque jour.
Urines abondantes, claires, presque neutres, non albumineuses. Densité, 1018.
Poids, 75 kilogr.
11 juillet. Amélioration persiste.
Encore un peu d’ascite, ombilic toujours saillant. Le foie, non douloureux, déborde les fausses côtes de trois travers de doigt.
Poids, 77 kilogr.
Le 15. Dans une quinte de toux il se produit une hernie ombilicale ; vomissements fécaloides, mais pas de réaction générale ; faciès non grippé.
Le 16. Opération, dont les suites sont bonnes. Urines très albumineuses.
Le 20. Premier pansement, suppression du drain.
Le malade est constipé, lavement.
Le 22. Suppression des fils de suture.
Le 27. Légère élévation de température, due à l’imprudence du malade qui s’est levé et est sorti.
Le 28. Le malade va bien.
2 août. Quatrième pansement ; la cicatrisation est complète.
Ventre souple, plus d’ascite, ni de dilatations veineuses.
Le foie, non douloureux, déborde à peine les fausses côtes.
Le 20. L’amélioration continue.
Le foie, non douloureux, déborde les fausses côtes de deux travers de doigt.
Toujours léger nuage d’albumine dans l’urine. Densité, 1018.
Le 31. Le malade part pour Vincennes.
Même état général.
Poids, 76 kilogr.
Depuis un an, le malade est admis à l’hospice de Bicêtre comme pensionnaire; il jouit d’une bonne santé quoiqu’il ail repris ses habitudes alcooliques.
Observation LXXIII
M. Brousse. Communication à la Société de médecine et de chirurgie pratiques de Montpellier, Montpellier médical, 1887, 1er octobre. — Guérison
de l'ascite dans la cirrhose atrophique du foie.
Il s’agit d’un malade atteint de cirrhose atrophique du foie, d’origine alcoolique, qu’il a observé, il y a dix ans, peu de temps après le début de sa maladie. Ce début s’annonce par des hématémèscs abondantes, qui nécessitent l’entrée du malade à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Eloi. Sous l’influence d’un traitement, approprié, tout rentra dans l’ordre; mais, au bout de quelques mois, apparurent des symptômes d’hydropisie du côté des membres inférieurs et de l’abdomen, et le malade dut entrer de nouveau à l’hôpital. Là, l’emploi des diurétiques, du régime lacté tout d’abord mis en usage, resta infructueux, et il fallut recourir à des ponctions successives de l’abdomen, qui donnèrent lieu à l’évacuation d’une grande quantité de liquide. Un examen méthodique, pratiqué à cette époque (mars 1878), permit de constater, outre l’ascite, une atrophie notable du foie avec hypertrophie considérable de la rate et un grand développement d’une circulation complémentaire. A la suite do ces ponctions, le malade ressentit un grand soulagement, put reprendre son travail et rester deux ans sans faire de nouveau séjour à l’hôpital.
Mais alors l’hydropisie revint; de nouvelles ponctions sont nécessaires et l’état du sujet parait singulièrement aggravé ; pourtant, sous l’influence d’un régime sévère par le lait, un mieux sensible se produit: l’ascite diminué considérablement et le malade quitte 1 hôpital le 15 novembre 1880.
Depuis lors, son ascite ne s’est plus reproduite, au moins dans des proportions notables ; sa santé est devenue assez bonne pour lui permettre de reprendre son travail, de se marier. 11 a aujourd’hui deux enfants bien portants. Les seuls accidents pathologiques qu’il ait présentés depuis cette époque sont des hématémèses abondantes, d’abord il y a trois ans, et enfin tout récemment. Actuellement, les signes physiques de la cirrhose du l'oie persistent toujours, car cet organe est presque réduit à la moitié de son volume normal ; les seuls symptômes révélateurs de celte lésion consistent, en dehors de ces hématémèscs, principalement en troubles digestifs variés.
Observation LXXIV
M Proust. In lh. de Marini, Paris, 1889. — Cirrhose alcoolique avec
conservation du volume du foie. — Traitement par le lait, Viodure , et
l'hydrothérapie. — Disparition rapide de l’ascite et des symptômes
pénibles. — Rechute après la cessation du traitement.
La nommée S..., Marie, âgée de 48 ans, marchande des quatre saisons, entre à l’Hôtel-Dieu le 7 janvier 1888, salle Sainte-Anne, n° 10, dans le service de M. le professeur Proust.
Cette femme, de bonne santé habituelle, a commencé à maigrir et à perdre scs forces, il y a 4 ou 5 mois ; son appétit est devenu capricieux, irrégulier : cependant elle n’a jamais vomi, elle n’a jamais eu de pituites. Il y a deux mois elle s’est sentie gênée dans ses vêtements, et s’est aperçue que son ventre grossissait, tandis que s’amaigrissait d’ailleurs tout le reste du corps.
Actuellement on constate un amaigrissement considérable des quatre membres, des muscles du tronc et des muscles de la paroi thoracique. Myœdème.
Pas d’œdème des jambes ; ventre développé, étalé sur les flancs ; léger déplissement de la cicatrice ombilicale ; dilatation veineuse superficielle, également développée à droite et à gauche, se poursuivant sur la hase du thorax. Météorisme de la partie supérieure de l’abdomen ; ascite considérable.
La palpation et la percussion du foie sont également difficiles à cause de l’ampliation considérable de l’abdomen ; toutefois l’organe ne paraît pas augmenté de volume. La rate, au contraire, est manifestement tuméfiée.
Urines rares, foncées, non albumineuses ; urée, 12 gr. 50 dans les 24 heures.
Rien au cœur, rien aux poumons.
Acné rosacée du nez et des pommettes ; coloration bistre de la peau ; pas d’ictère.
Légère anesthésie des quatre extrémités ; diminution du réflexe patellaire. La malade a peu de cauchemars, mais elle est tourmentée habituellement la nuit par des crampes dans les jambes et des fourmillements : elle avoue du reste des habitudes anciennes de boisson, et elle prenait surtout du vin rouge (deux litres et 3 litres et demi par jour).
Diagnostic. — Cirrhose alcoolique commune.
Traitement. — Régime lacté absolu, iodure de potassium, 3 grammes ; lotions vinaigrées suivies de frictions sèches.
Très rapidement amélioration, arrivant en 20 jours aux apparences d’une guérison complète ; disparition presque absolue de l’ascite (la palpation du foie, faite à ce moment, paraît indiquer que le volume de l’organe est à peu près normal). La malade reprend des forces et de l'appétit : elle sort sur sa demande le 27 janvier, c’est-à-dire après 20 jours de séjour à l’hôpital, on promettant de continuer dehors son traitement.
Nous avons revu la malade à la consultation de l’IIôtel-Dieu 5 mois plus tard, en juillet 1888 : elle ne s’était pas soignée et se présentait dans un état tout
à fait pareil à celui qui avait motivé sa première entrée à l’hôpital : elle était de nouveau très amaigrie et Vascite s’était reproduite.
Observation LXXV M. FERNET. lll tll. COUTRAY DE PlIADEL.
A..., Marie, blanchisseuse, âgée de 38 ans, entre le 22 avril 1885, salle Sainte-Hélène, lit n° 9, à l’hôpital Beaujon, dans le service de M. le DrFernet.
Réglée à 11 ans 1/2. Vers 8 à 10, elle a eu une fluxion de poitrine et une fièvre typhoïde ; depuis, sa santé a toujours été parfaite.
Quelques habitudes alcooliques (café, vulnéraire, liqueurs).
Elle n’a pas de tremblement, mais assez souvent elle aurait des pituites le matin.
Elle nie avoir jamais eu d’accidents syphilitiques, et aujourd’hui on n’en trouve aucune trace.
Elle est malade depuis onze jours seulement: elle avait à ce moment ses règles qui n’ont duré que deux jours.
Elle se rappelle avoir eu froid en lavant, et le lendemain matin, en se réveillant elle s’est aperçue qu’elle avait les pieds enllés. Elle affirme que jamais auparavant elle n’avait jamais remarqué rien de semblable. Le soir, l’œdème avait gagné les jambes, les cuisses et le tronc jusqu’à la partie moyenne de la poitrine; son ventre avait acquis très rapidement un volume assez considérable.
Depuis, l’œdème a persisté, diminuant la nuit, réapparaissant le soir, et quand la malade se fatigue ; à aucun moment, elle n’a eu de douleur dans l’hypocondre droit. Pas d’épistaxis, pas d’ictère, pas de troubles digestifs (en dehors des pituites).
Etat actuel. — Température 38°. Pas d’œdème de la face, pas de troubles de la vue. Anorexie, constipation habituelle. La miction est facile, les urines sont peu abondantes, assez foncées et riches en urates. Elles présenteraient ces caractères depuis une huitaine de jours, au dire de la malade. Elles ne contiennent pas d’albumine.
Œdème considérable des membres inférieurs, de la paroi abdominale, et même de la partie inférieure de la paroi thoracique.
Ventre très volumineux, 88 centimètres de circonférence, circulation veineuse collatérale, matité à la percussion, sensation de (lot très nette.
L’ascite empêche qu’on se rende compte de l’état du foie. Pas de dyspnée ; on trouve seulement quelques râles disséminés dans la poitrine. Rien au cœur.
Traitement. — Régime lacté. Eau-de-vie allemande.
26 avril. Ventre moins tendu. On continue l’eau-de-vie allemande (1/2 cuiller tous les deux jours).
16 mai. Le ventre mesure 91 centimètres de circonférence. Un peu de dyspnée. Ponction donnant isssue à six litres 1/2 de liquide clairet citrin.
Le 17. Le liquide de la ponction contient un chevelu de fibrine des plus apparents. Analyse, 0,10 centigr. de fibrine par litre.
La palpation de l’abdomen est maintenant très facile. Le foie est très volumineux, descend sous forme de languette jusque dans la fosse iliaque ; il est dur ; la surface paraît régulière.
Le 25. Le liquide s’est reproduit ; le ventre a repris le volume qu’il avait au moment de la première ponction ; il est peut-être un peu moins tendu.
En l’absence d’un diagnostic précis, on commence à donner à la malade de l’iodure de potassium à la dose de 3 grammes par jour.
2 juin. Nouvelle ponction. On retire 6 litres 1/2 de liquide. Le foie qui, après la première ponction, descendait jusqu’à la crête iliaque, répond maintenant à une ligne transversale passant un peu au-dessus de l’ombilic. Il est toujours dur et lisse.
On continue l'iodure de potassium.
Le 20. Le ventre est souple; le liquide ne s’est plus reproduit.
Le 30. L’amélioration continue : le foie a encore diminué. La malade se sent mieux.
3 juillet. Cette amélioration notable, à la suite du traitement par l’iodure de potassium, fait incliner de plus en plus vers le diagnostic de syphilis hépatique. On réinterroge de nouveau la malade en ce sens. En examinant la gorge, examen qui n’avait pas été fait au début, on découvre en ce point des lésions très accusées; les piliers sont presque complètement détruits : la luette déchiquetée est déviée et accolée ail côté droit. Il y a eu là certainement une affection grave avec ulcérations profondes. La malade cependant ne se rappelle de rien ; il s’agit donc d’une lésion très ancienne, peut-être congénitale et probablement syphilitique.
Le 10. Le foie diminue toujours: les fonctions digestives sont bonnes; les forces sont revenues.
Le ventre est un peu volumineux, mais très souple: la circulation collatérale a disparu presque complètement.
Le foie est encore gros ; il déborde de quatre travers de doigt les fausses côtes; mais en somme son volume s’est considérablement réduit, depuis que la malade a été soumise à l’iodure de potassium.
20 janvier 1886. La malade vient à la consultation et demande à entrera l’hôpital. Depuis quinze jours son ventre a augmenté de volume : il est dur, volumineux; la circulation collatérale est développée.
La matité hépatique descend, sur la ligne mamelonnaire, à cinq travers de doigt sous les fausses côtes.
Iodure de potassium, 3 grammes.
12 février. Ventre assoupli. Le foie ne déborde plus que de quatre travers de doigt.
Le 14. Le foie ne déborde plus que de deux travers de doigt.
15 mai. Le ventre est très souple. Le foie ne déborde que d’un travers de doit et demi.
10 août. La malade demande à quitter l’hôpital. Le ventre est toujours un peu volumineux, mais cette tuméfaction tient au tympanisme et non à l’ascite.
Le foie ne déborde plus que d’un travers de doigt le rebord des fausses côtes.
L'état général est excellent.
Observation LXXVI
M. Bucquoy. In th. de Marini, p. 45. — Cirrhose chez un buveur de
vin. — Guérison apparente après plusieurs ponctions. — Persistance de l'amélioration , au bout de dix-huit mois.
Le nommé D... (Alexandre), âgé de 59 ans, tonnelier, entre à l’Hôtel-Dieu, le 9 mars 1888, salle Saint-Augustin, n° 14 bis, dans le service de M. le Dr Bucquoy. C’est un homme de constitution robuste qui n’a jamais été malade jusqu’en 1884. Il ne s’enivrait pas, mais avoue qu’il faisait une consommation quotidienne exagérée de vin, ce à quoi le disposait sa profession. Il en buvait, en moyenne, cinq litres par jour.
En 1886, il commença à perdre ses forces, à maigrir: il était tourmenté par des pituites fréquentes et son appétit avait considérablement diminué. Son ventre augmenta de volume et il entra à l’Hôlel-Dieu, dans le service de M. Gallard où on porta le diagnostic de cirrhose atrophique du foie.
Le malade nous raconte qu’à son entrée, il avait un peu d’enflure des jambes : il était très amaigri et son ventre était énorme. On lui fit trois ponctions qui donnèrent issue chacune à six ou sept litres de liquide. Comme traitement, il prenait des purgatifs fréquents et il était soumis au régime lacté. Il resta six mois dans le service de M. Gallard, s’améliorant progressivement. Après chacune de ces ponctions, l’ascite se reproduisait plus lentement: après la troisième ponction, elle cessa île se reproduire. Quand il sortit, il avait repris ses forces et son embonpoint: il reprit son ancien métier et se remit à son régime ordinaire, ne buvant plus désormais que deux à trois litres par jour. Depuis cette époque, c’est-à-dire depuis un an et demi, sa santé restait parfaite, et il se plaignait uniquement d’une atonie génitale complète.
Depuis deux ou Irois mois, il a de nouveau légèrement maigri et son ventre a recommencé à enfler.
Sans la connaissance de ses habitudes alcooliques et sans les commémoratifs dont il nous lait part, il serait difficile d’établir actuellement, chez ce malade, l’existence d’une cirrhose du foie.
A part un léger tremblement des mains, il n’a que des symptômes insignifiants d’alcoolisme. Son sommeil est bon, sa sensibilité intacte et non exagérée. Ses fonctions digestives sont languissantes, mais il n’a pas de pituites.
Le ventre est développé, météorisé légèrement à sa partie supérieure, mais son développement paraît tenir surtout à la surcharge graisseuse de l’épiploon et de la paroi abdominale: on ne trouve pas de signes positifs d’ascite; le réseau veineux sous-cutané de la paroi de l’abdomen est légèrement plus apparent qu’à l’état normal.
L’examen clinique du foie permet d’assigner à cet organe ses dimensions habituelles; la rate semble, en revanche, manifestement augmentée de volume.
Les urines sont rendues en faible quantité, mais sont d’apparence normale : la quantité durée des vingt-quatre heures approche de vingt grammes : l’épreuve de la glycosurie alimentaire, exercée sur col homme, n’a pas permis de déceler la présence de sucre dansd’urine.
Au bout d’une quinzaine de jours de traitement par le repos et le régime lacté partiel, il sort de l’hôpital en bon état de santé pour repreudre son travail (23 mars).
Observation LXXVII
M. Richard. Communication faite par son frère, M. Richard, à la Société médicale des hôpitaux de Paris. Séance du 28 janvier 1887.
Mmc X..., âgée de 44 ans, a pris des habitudes d’alcoolisme à la suite d’une angine diphtérique, pendant le cours et la convalescence de laquelle le médecin lui avait prescrit de l’alcool.
Au commencement de 1884, elle présente les premiers symptômes d’une cirrhose atrophique du foie qui nécessite, le 14 août de la même année, une première ponction produisant 11 litres de liquide. Le 4 septembre suivant, nouvelle ponction amenant 13 litres. Le 11 octobre autre ponction, 11 litres. Le 15 novembre 1884, quatrième ponction, 10 litres. L’ascite se reproduit rapidement, le mari s’oppose à une nouvelle ponction. La maigreur est effrayante et la mort semble imminente. Les jambes sont fortement œdématiées ; des mouchetures sont suivies d’un écoulement très abondant de sérosité. L’ascite diminue peu à peu, et au printemps de 1885, la malade, considérée comme guérie par son entourage, reprend ses occupations et bientôt, hélas! ses habitudes alcooliques.
L’ascite reparaît, la malade entre dans le service de M. Rendu qui lui fait une nouvelle et dernière ponction.
La femme X... rentre chez elle et se remet à boire ; le mari, fatigué de ses habitudes d’intempérance, la met à la porte.
Depuis lors, c’est-à-dire depuis plus d’une année, elle travaille comme femme de journée, elle ne boit que rarement, les moyens lui faisant défaut ; mais la guérison, au moins apparente, ne s’est pas démentie depuis.
Observation LXXVIII
M. Dieulafoy. Communication à la Société médicale des hôpitaux,
23 juillet 1886.
M. Dieulafoy cite trois observations de malades qui virent leur ascite disparaître pendant un temps plus ou moins long. Le premier était atteint de cirrhose au cours du mal de Bright. Le second de cirrhose atrophique dont la nature n’est pas relatée; il mourut de tuberculose peu de mois après. Le t roi-
sieme avait été ponctionné à l’hôpital Tenon ; quand il entra clans le service de M. Dieulafoy, l’épanchement abdominal s’était reformé abondant, i! n’y avait pas de dilatation veineuse cutanée, le malade était un alcoolique avéré, on porta le diagnostic de cirrhose atrophique de Laënnec; la ponction retira 8 litres de liquide, et l’épanchement ne se reproduisit pas.
V. — Cas de disparition des accidents hépatiques chez des sujets morts au bout d’un certain temps, sans autopsie.
Observation LXXIX
Murchison (Obs. CLXII). — Alcoolisme, cirrhose hépatique. — Rate grosse. — Ascite. — Gastro-entérite. — Épistaxis et hématémèses. — Guérison de l'ascite à trois reprises, par les diurétiques et autres médicaments.
E. D..., 39 ans, fabricant de papier, entre le 23 avril 1868, à l’hôpital Middlesex. Un père et un frère morts d’excès de boisson. Depuis longtemps lui-même boit de la bière et des spiritueux, surtout de l’eau-de-vie et du rhum dans les dernières années.
Troubles digestifs depuis trois ans, vomissements, diarrhée, etc. Au moment de son entrée, faiblesse générale. Ventre volumineux, ascite, matité hépatique difficile à déterminer. Rate hypertrophiée. Diurétiques, frictions mercurielles belladonées, régime lacté. Diminution de l’ascite, de la matité hépatique et splénique. Amélioration. Le malade sortait le 22 juin.
Nouveau séjour, à partir du 30 juin 1870, avec les mêmes symptômes. Au bout d’un mois il demandait à sortir.
Troisième séjour, en mars 1873, pour les mêmes phénomènes.
11 resta jusqu’au mois de mai, et il succomba quelque temps après sa sortie. Il n’y eut pas d’autopsie.
Observation LXXX .
M. Raymond. In Th. de Ribeton, p. 12. — Cirrhose atrophique. — Hématémèses. — Ascite. — Deux ponctions. — Guérison par des sueurs copieuses spontanées et une diurèse abondante. (Service de M. le Dr Raymond, à l’hôpital d’Ivry; observation recueillie par M. Florand, interne des hôpitaux.)
Le nommé M..., âgé de 46 ans, demeurant à Ivry, est vu en consultation par M. le Dr Raymond, au mois de juin 1884. Le malade n’ofTre rien de particulier dans ses antécédents héréditaires. Il est profondément alcoolique, mais il n’a jamais soullert d’aucune maladie jusqu’au mois d’octobre 1883. A cette époque, et depuis lors, il a eu plusieurs crises de délirium tremens.
Au mois d’avril 1884, survinrent des hématémèses abondantes, se répétant
plusieurs fois par jour, et pendant huit jours consécutifs, du 27 avril au 4 niai.
A la même époque, apparition d’une ascite à développement rapide, avec œdème consécutif des deux jambes.
Lorsque M. Raymond voit le malade pour la première fois, cet homme a un foie petit, une rate volumineuse ; il existe un épanchement ascitique assez considérable et une dilatation très marquée des veines sous-cutanées abdominales.
Le cœur est absolument normal. 11 n'y a pas d’ictère.
En face des antécédents, de la marche de l’affection et de l’état du malade, M. Raymond porte le diagnostic de cirrhose atrophique, et fait quelques jours après une ponction qui donne issue à treize litres de liquide clairet citrin.
L’ascite se reforme rapidement et l’infiliration s’étend non seulement aux jambes, mais encore à la paroi abdominale.
Le 21 août, deuxième ponction, qui donne issue à neuf litres d’un liquide plus trouble que celui de la première ponction.
L’état général du malade reste bon. Pas d’amaigrissement ou de perte des forces. Selles régulières, 400 grammes d’urine par jour. Elles sont bonnes et ne contiennent pas d’albumine.
L’ascite reparaît plus rapidement encore qu’après la première ponction.
Au commencement de septembre, les bourses sont tellement infiltrées et si volumineuses que l’on est forcé de faire des mouchetures.
Le 20 septembre, la respiration est très gênée. L’auscultation permet de constater qu’il existe aux deux bases des râles fins d’œdème pulmonaire. Le malade est très affaibli, et on n’ose pas tenter une nouvelle ponction, d’autant qu’il existe surtout de l’infiltration des jambes, des cuisses, des bourses et des parois de l’abdomen.
Depuis un mois, le malade est soumis au régime lacté et prend du vin diurétique. Depuis huit jours, il prend, en outre, du raisin en assez grande abondance.
L’état du malade était ainsi à peu près stationnaire, lorsque le 4 octobre apparaissent des sueurs très abondantes, qui durent pendant trois semaines; il survient en même temps une diurèse exagérée.
Les urines devinrent claires et atteignirent le chiffre de 1,500 à 2,000 grammes par jour.
A partir de ce moment, on observe une amélioration progressive dans l’état du malade.
Le 1er novembre, l’œdème et l’ascite ont complètement disparu. Le malade reprend son régime et ses occupations habituelles.
Son médecin, le D1' Courgey, à l’obligeance duquel est due cette observation, écrit qu’à l’époque actuelle, le malade continue à jouir d’une santé parfaite. Celui-ci prétend même ne s’èlre jamais mieux porté.
Voici les renseignements qui nous ont été fournis par son médecin, le docteur Courgey, d’Ivry, au mois de février 1888.
Cet alcoolique, complètement guéri, a repris ses occupations et ses petits verres jusqu’en septembre 1887 ; à cette époque, il fut repris d’une ascite aussi considérable que celle de 1884. Elle disparut d’elle-mème sans aucun traitement
ni ponclion, ni méüicainout, cl le malatle se rétabli L encore. En janvier 1888, il eut tout à coup des hématémèses abondantes et mourut en quelquesjours. On ne fit pas son autopsie.
Observation LXXXI
M. Chrétien. Archives générales de médecine, p. 332, 1831, t. XXVII.
— Ascite due a des causes irritantes. — Emploi de la diète lactée.
— Urines abondantes. — Guérison complète en quatre mois.
Un ascitique, sans enflure de ses extrémités, qui étaient au contraire très amaigries, vint me consulter. (Il habitait une ville à quelques lieues de Montpellier.) Son tempérament était nerveux et son caractère irascible. Il avait soixante ans. Sur l’historique qu’il me fit, j’attribuai sa maladie à l'abus du vin, des liqueurs alcooliques, et à des mouvements de colère auxquels il se livrait fréquemment. Les urines étaient rares et ardentes ; le ventre était paresseux ; la soif vive. Tout concourait à me faire espérer du succès de la diète lactée, et je la prescrivis avec confiance.
Le malade étant retourné chez lui me fit savoir, vingt-cinq jours après qu’il eut commencé son traitement, qu’il en éprouvait un mieux marqué, qu’il urinait beaucoup, que les urines n’étaient plus aussi foncées, que le ventre plus souple était diminué de volume, et que les selles se rétablissaient ; mais qu’il était ennuyé de la boisson exclusive du lait, et il me demandait avec instance d’apporter quelques modifications à son régime. Dans la visite qu’il m’avait faite, je m’étais aperçu que je ne devais pas lui ménager les expressions ; aussi ma réponse futelle courte et forte : le lait ou la mort.
Le malade se décida pour la diète lactée (naturellement) qu’il continua rigoureusement pendant quatre mois, et il lui dut le retour d’une bonne santé qui se soutint six ans. Il mourut d’une pneumonie.
Observation LXXXII
M. Satjcerotte. Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie,
Le capitaine du génie H..., âgé de 40 ans, vient en septembre 1849, consulter à Paris le professeur Fouquier et son médecin ordinaire, qui diagnostiquent une cirrhose; il retourne en octobre à Lunéville dans l’état suivant : infiltration générale très prononcée surtout à la face ; épanchement assez considérable dans le péritoine. Sonorité très grande de la région hépatique, laquelle n’est ni tendue, ni douloureuse à la pression, bien que le malade accuse un sentiment de gène ou de douleur obtuse de ce côté. On ne sent pas le foie sous les côtes. La langue est pâle, peu de soif. L’appétit n’est pas aboli entièrement, mais la digestion est lente, accompagnée de pesanteur à l’épigastre et de borborygmes incommodes. Constipation opiniâtre, urines albumineuses. Le pouls, extrêmement faible, ne donne que 40 à 50 pulsations à la minute. La peau sècbe
tend toujours à se refroidit*. Larmoiement des yeux et affaiblissement de la vue. Emaciation extrême, chute des cheveux, atrophie des testicules. Le sang qui sort quelquefois du nez par gouttes, ne donne au linge qu'une tache rosée. Les ongles ne poussent plus. La faiblesse est telle que le malade ne peut tendre le bras, pour tirer le cordon de sa sonnette, ni déplacer ses jambes sans un aide.
Suivent les détails d'un traitement qui dura quatre mois. Un an après, M. H... jouissait d’une santé qu’il ne connaissait pasdepuis longtemps. Il poursuivit sa carrière, parvint au grade de colonel, prit sa retraite en 1869 et mourut en 1880, à l’âge de soixante et onze ans, d’une affection gastro-intestinale compliquée d’ictère.
Observation LXXXIII
Chrestien. Archives générales de médecine, p. 338, année 1831, tome XXVII. — Ascite fort ancienne. — Diète lactée employée plusieurs fois dans l’espace de dix ans avec le plus grand avantage, mais sans opérer de guérison complète.
Il s’agit d’un homme de tempérament nerveux, d’un caractère ardent, ayant peu d'embonpoint et depuis longtemps entaché d’un vice dartreux très prononcé. Son âge était de 50 ans.
Il y avait plus de deux ans que le sujet n’avait pas eu besoin de mes conseils, quand il vint me les demander. Ayant palpé l’abdomen, j’y découvris un épanchement qui s’était formé sans avoir été annoncé ni par la diminution des urines, ni par l’enflure des extrémités. La quantité de liquide, à en juger parle flot, me parut équivaloir à six pintes environ. Quoique le volume du ventre fût augmenté, le malade ne s’en était pas aperçu, tant à cause de sa taille élevée, que parce qu’il n’éprouvait aucune incommodité par suite de la collection que j’avais découverte.
Il était venu réclamer des moyens propres à le soulager des inquiétudes fortes que lui procurait une éruption dartreuse très étendue.
Motivant les indications à remplir sur la nécessité de calmer les démangeaisons pénibles qui le tourmentaient, je proposai le lait à titre d’aliment et de remède. Le malade qui, négligeant le régime que je lui avais déjà prescrit, se nourrissait de mets de haut goût, buvait du vin et des liqueurs alcooliques, quelquefois en grande quantité, rejeta ma proposition, en se soumettant néanmoins à prendre du lait matin et soir et à se nourrir plus sobrement. Plusieurs mois s’écoulèrent sans que le volume du ventre parût augmenté; mais au bout d’un an, à dater de l’époque où j’avais conseillé le lait, l'ascite ne put plus être méconnue. La quantité de liquide paraissait triple de ce qu’elle était lors de la première exploration, et le malade épouvanté adopta la diète lactée. Quarante jours de son emploi ayant ramené le ventre au volume qu’il avait lorsqu'on l’avait commencé, le sujet ne voulut user du lait que matin et soir.
Il serait ennuyeux de suivre pas à pas l’individu qui, plusieurs fois dans dix
ans, ramena par la diète lactée la collection à la quantité que j’appellerai primitive, pour désigner celle que je découvris la première fois.
Avait-elle atteint le point qui avait donné réveil ! la diète lui était opposée avec le même succès, mais abandonnée après quarante ou cinquante jours.
Le malade ne mourut pas d’hydropisie ; il périt âgé de plus de soixante ans, d’un tétanos dû à l’impression brusque d’un froid très vif auquel il fut exposé au moment d'une forte sueur.
VI. — Cas de disparition des accidents hépatiques chez des sujets morts au bout d’un certain temps, avec autopsie.
Observation LXXXIV
M. Leudet. Clinique médicale de V Hôtel-Dieu de Rouen, 1874, p. 59.
— Abus des boissons alcooliques, accidents du côté du foie, ascite nécessitant la ponction, rémission des accidents pendant trois ans.
— Nouvelle ascite. — Ponction. — Mort. — Inflammation interstitielle du foie avec augmentation de volume de l'organe.
Cavé (Nicolas), 60 ans, entre en 1860, à l’Hôtel-Dieu de Rouen, dans ma division. Usant depuis longtemps, avec excès, des boissons alcooliques, Cavé a commencé à éprouver, en 1857, des douleurs dans l’hypocondre droit, accompagnées d’une ascite, pour laquelle on pratiqua une ponction qui donna issue à une vingtaine de litres de sérosité. A la suite de cette ponction, l’état général s’améliora et la santé fut assez bonne pendant trois années.
Au commencement de 1860, récidive de l’ascite, deux ponctions à deux semaines d’intervalle; hémorrhagie dans la cavité du péritoine et par l’intestin Mort.
Autopsie. — Coloration sanguinolente d’un épanchement séreux dans la cavité de la plèvre droite et dans le péritoine. Le foie était d’un tiers au moins plus volumineux que dans l’état normal; son tissu présentait des bandes cellulofibreuses en grand nombre, circonscrivant des granulations cirrhotiques formées de cellules du foie volumineuses, infiltrées de matière grasse.
Observation LXXXV
M. Leudet. Clinique médicale de L’Hôtel-Dieu de Rouen, 1874, p. 50.
— Abus alcooliques. — Ictère de trois mois de durée. — Rémission des accidents pendant trois ans. — Ascite. — Ponction. — Mort. — Inflammation interstitielle atrophique du foie.
Bertrand, 56 ans, apprêteur, entre le 12 août 1862 à l’Hôtel-Dieu de Rouen. Il abuse depuis longtemps des boissons alcooliques et éprouve des symptômes de gastrite chronique. Il y a trois ans, il a été atteint d’un ictère avec coloration intense de la peau et malaise considérable.
Cette maladie ne cessa qu’au bout de trois mois environ. B... assure qu’il reprit ensuite un état de santé assez bon.
II continua à abuser des boissons alcooliques. Six mois avant son entrée à l’Hôtcl-Dieu, B... remarqua une augmentation du ventre. Je constatai une ascite considérable. Deux ponctions, pratiquées à un mois d’intervalle, furent suivies d’une adynamie mortelle.
Autopsie. — Intégrité absolue des deux poumons et du cœur. Ascite avec quelques dépôts pseudo-membraneux. Le foie, réduit d’un tiers de son volume, présentait un épaississement marqué de la capsule fibreuse d’enveloppe et des trabécules interstitiels. Granulations cirrhotiques très distinctes avec dégénérescence granuleuse des cellules hépatiques. Rate doublée de volume, ferme et saine.
Observation LXXXVI
M. Legroux. Communication à la Soc. méd. des hôp. de Paris. Séance du
9 juillet 1886.
II s’agit d’un alcoolique atteint de cirrhose atrophique du foie, avec ascite considérable. Le régime lacté et l’emploi répété des pilules de Bontius (4 à 6, 2 ou 3 fois par semaine) avaient amené la disparition de l’ascite, et le malade se considérant comme guéri, demandait sa sortie.
Quatre ou cinq mois après, cet homme entrait dans le service avec lesmêmes symptômes que la première fois. Le traitement lui fut de nouveau prescrit et eut encore le même résultat.
Pendant deux ans, ce malade, chez lequel le repos, le lait, les drastiques et probablement aussi la suppression des alcooliques enrayaient la marche des accidents de la cirrhose, reparut dans le service à plusieurs reprises, reprenant ensuite son travail, mais aussi ses excès de boisson.
Une dernière fois, l’ascite dut être ponctionnée, en raison de l’insuccès du traitement précédemment institué, et dès lors, il n’y eut plus d’arrêt dans les symptômes de la cirrhose. L’autopsie confirma le diagnostic.
Cette observation vient confirmer la possibilité de l’arrêt de la cirrhose hépatique, ou tout au moins de la suppression plus ou moins prolongée des phénomènes ascitiques chez certains malades de cet ordre.
Observation LXXXVII
M. Dujardin-Beaumetz. Communication à la Société médicale des hôpitaux de Paris. Séance du 13 aoôt 1886. — Cirrhose alcoolique. —
Ponction. — Disparition de l’épanchement. — Pneumonie. — Mort.
— Autopsie.
Le 17 février 1886, le nommé Y..., âgé de trente-huit ans, exerçant la profession de garçon marchand de vin, entra à la salle Chauffard, lit n° 24, à l’hôpital Cochin, service de M. le Dr Dujardin-Beaumetz. Rien à signaler dans les antécédents héréditaires ou personnels. Pas de syphilis ni de maladies anté-
rieures. Le malade est un alcoolique, avec tremblement léger des mains, cauchemars et pituites matinales. Il avoue se livrer à la boisson d’autant plus facilement qu’il est employé chez un marchand de vin.
Le début de sa maladie remonte au mois de décembre 1885. A cette époque il perdit l’appétit et eut quelques vomissements alimentaires.
Dans le courant de janvier 1885, il vit son ventre augmenter progressivement de volume : l’anorexie s’accentua et il s'y ajouta une difficulté de plus en plus grande pour respirer.
A son entrée à l’hôpital, on constate que cet homme a l’aspect d’un cachectique : la figure est maigre, les joues creuses, le nez couperosé.
Son thorax et ses jambes sont également émaciés, contrastant par leur maigreur avec la distension de l’abdomen, qui est globuleux, lisse, laissant voiràsa surface une dilatation très notable du réseau veineux sous-cutané.
On obtient très nettement la sensation de Ilot. L’ascite masque la matité hépatique, cependant la palpation permet de reconnaître que le bord du foie déborde de plusieurs centimètres le bord inférieur des fausses côtes.
Léger souffle au premier temps à la pointe du cœur.
Rien aux autres organes.
On pose le diagnostic : cirrhose alcoolique du foie. On met le malade au régime lacté intégral et de plus on lui fait prendre par jour 4 grammes d’hippurate de chaux.
10 mars. L’ascite a notablement augmenté, la cachexie a fait des progrès ; le malade peut à peine respirer; les urines sont rares.
On fait une ponction qui donne issue à 5 litres 1/2 de liquide ascitique clair et cilrin.
Le 12. Le liquide s’est un peu reproduit, mais le malade accuse un mieux sensible, il urine davantage.
On continue le lait et l’hippurate de chaux.
15 avril. L’ascite a complètement disparu; le malade se lève et demande à manger.
26 mai. Le malade est complètement guéri, cependant le foie reste gros. Il demande une permission de sortir pour terminer quelques affaires avant de retourner dans son pays, où il doit achever sa guérison.
Le 27. Le malade fut pris d’un frisson violent. En l’interrogeant, il raconte que la veille il s’est grisé et s’est endormi à l’humidité dans le bois de Meudon. En l’examinant le soir, à dix heures, submatité à la base du poumon gauche. Râles crépitants dans la moitié inférieure de la poitrine de ce côté. Température, 40°, 5.
Le 28. Souflle tubaire dans presque toute la hauteur de la poitrine. Température, 40°.
Le 29. Le malade succombe à sa pneumonie.
Autopsie. — Le poumon gauche est hépatisé dans les deux tiers de sa hauteur, à partir de sa base ; un fragment placé dans l’eau va au fond du vase. Rien au cœur, si ce n’est une plaque d’athérome sur la valvule mitrale.
Dans l’abdomen, il y a une quantité de liquide qu’on peut évaluer à un litre environ.
Le foie pèse 2 kilogr. 700. Il est lisse à sa surface, il crie sous le couteau qui le sectionne ; sur la surlace de la coupe on voit la substance hépatique sous forme des granulations classiques de la cirrhose.
La rate est volumineuse et pèse 800 grammes ; elle est couverte de dépôts pseudo-membraneux de périsplénite. Les reins sont congestionnés; leur surface est lisse et ils se laissent facilement décortiquer.
L’examen histologique du foie montre une cirrhose un peu avancée. Les espaces de Kiernan sont très notablement agrandis au point d’occuper presque la moitié de la surface de la coupe. Chaque lobule est entouré d’une large bande de tissu conjonctif adulte de laquelle partent des tractus plus minces qui pénètrent dans l’intérieur même du lobule à travers les cellules hépatiques.
Outre ce tissu conjonctif adulte, les espaces de Kiernan sont remplis d’une grande quantité de cellules embryonnaires diffusées dans l’espace, mais nombreuses surtout autour des ramifications veineuses.
Les cellules hépatiques sont normales dans la plupart des lobules, mais dans un certain nombre, il existe une dégénérescence graisseuse manifeste.
Observation LXXXVIII
M. Guyot. Soc. mèd. des hôpitaux de Paris. Séance du 14 janvier 1887.
Il s’agissait d’une femme exerçant la profession de jardinière, manifestement alcoolique et qui avait présenté une cirrhose du foie très nette avec ascite et anasarque généralisée.
Les accidents disparurent et cette femme put être considérée, pendant deux ans, comme guérie. Elle entra alors de nouveau dans mon service et succomba ; nous pûmes constater à l’autopsie qu’il existait bien une cirrhose atrophique du foie absolument typique.