‹ De la Curabilité des Cirrhoses Atrophiques de LaënnecChapitre 28 sur 31 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

THERAPEUTIQUE

A quels facteurs thérapeutiques peut-on attribuer le mérite de ces guérisons apparentes des cirrhoses atrophiques ?

Une impression ressort de la lecture des observations, c'est que ces guérisons furent obtenues ainsi que le disent RIBIERRE et PARAF « sans grands frais thérapeutiques, le régime et le repos constituant les fondements de la guérison clinique des cirrhoses ».

Nous voyons en effet les résultats qu’obtiennent avec la seule diète lactée les anciens auteurs. Plus que sur le lait, on insiste aujourd’hui sur le repos absolu au lit.

Celui-ci est en effet indispensable lorsqu'on veut obtenir la résorption de l’épanchement et des œdèmes chez des hépatiques.

Ayant surtout en vue ce but, le traitement par ponctions répétées semblerait être le moyen le plus direct et le plus efficace. Mais il convient de conserver à celle pratique le caractère de nécessité qu’elle a toujours eu, car les décharges énormes d’albumine qu’elle provoque favorisent les déséquilibres physico-chimiques des protéides sanguines et tissulaires et l’évolution vers la cachexie séreuse. C’est pourquoi tous les auteurs ont cherché d’autres voies d’élimination des sérosités.

D'abord par la réduction des apports en chlorures de sodium, et le régime lacté représente à ce point de vue le plus simple des régimes déchlorurés (1 gr. 2 à 2 gr. par litre).

MENTU I res

Le régime déchloruré complet permit à ACHARD d’obtenir quelques beaux résultats. CHAUFFARD mit en évidence l'influence heureuse qu’il eut dans un cas sur les œdèmes propres, sans action notable sur l’ascite. Il est cependant difficile, en raison des troubles digestifs qu’il occasionne, à supporter longtemps, et ne peut être prescrit que par courtes périodes au cours desquelles on peut remplacer le chlorure de calcium. Cette méthode préconisée surtout par BLuM et VON CAULAERT ne donna pas de résultats décisifs à FIESSINGER, à E. CHABROL et COTTET qui soumirent pendant 5 mois leur jeune malade à des cures espacées de Ca CI2 (10 à 12 gr. par jour) concurremment avec lopothérapie hépatique : la diurèse ne fut guère influencée par cette thérapeutique et se maintint entre 500 et 1.000 gr.

C’est pourquoi les vieilles médications drastiques et diurétiques conservent toute leur valeur.

Nous avons vu les beaux succès obtenus par les purgations hydragogues telles que eau-de-vie allemande, gomme-gutte dans les mains de LEUDET, LEGROUX, COUTRAY DE PRADEL, FOLLET et par les diurétiques comme la digitale, la scille (même sous forme de vin diurétique).

Nous retrouvons dans une observation de FOLLET l’emploi de sucre que M. LOEPER cite au premier rang des diurétiques. Prescrit à la dose de 150 gr. par jour, avec un régime lacté, il parut influencer heureusement l’évolution de la maladie. Dans le même ordre d’idées, citons la cure de raisin que Raymond fit suivre à son malade.

Nous avons fait remarquer cependant, à propos de l'étude des grandes diurèses critiques, que régime et diurétiques végétaux avaient pu demeurer longtemps sans effet, de sorte que la polyurie avait semblé survenir d’une façon spontanée.

D'une wtilité plus grande et d’une efficacité plus immédiate sont les diurétiques mercuriels.

Quelle que soit l'opinion qu’on adopte sur son mode d'action, antisyphilitique, diurétique ou hépato-poïétique, il faut mettre en évidence les résultats qu’obtinrent avec le cyanure de mercure COURTOIS-SUFFIT et E. CHA-

BROL avec leurs malades à la fois cirrhotiques et spécifiques.

L'effet de 5 séries de 12 injections intraveineuses de cyanure de mercure complétées chacune par 3 injections de novarsénobenzol fut remarquable sur la diurèse chez le malade de CHABROL et COTTET. Les piqûres étaient faites à raison d’une ampoule d’un centigr. tous les deux jours avec administration de carbonate de bismuth par la bouche à la dose d’un gramme, selon la méthode de MILIAN.

Plus tard, chez ce même sujet, des séries de sels bismuthiques vinrent compléter la guérison.

Les malades de COURTOIS-SUFFIT bénéficièrent d’une guérison rapide par un traitement mixte d’iodure de potassium à doses fortes de 4 gr. par jour et d’injections de cyanure à raison de 10 par mois. On doit insister usr la prudence avec laquelle doit être conduit ce traitement, qui peut d’ailleurs être pratiqué chez des sujets non syphilitiques, mais qui nécessite l’observation quotidienne du taux des urines et des signes d’intolérance, surtout diarrhée et oligurie.

Une place importante parmi les diurétiques mercuriels doit être réservée au Neptal. Si ce sel mercuriel provoque des diurèses importantes (3 à 5 litres chez le malade de CHABROL), elles ne sont cependant que passagères, la courbe urinaire revenant rapidement dans les jours qui suivent à son niveau habituel et les infiltrations séreuses reparaissent. De plus, il épuise assez vite son action diurétique après des injections répétées.

Il faut savoir aussi qu’il se montre inefficace et dangereux parfois quand le rein est atteint ou s1 ie foie est profondément touché. Ce médicament ne rend comme la montré LOEPER, qu’en raison de la résistance du parenchyme hépatique. Aussi ne fut-il employé par CHABROL et COTTET qu'après plusieurs mois de maladie quand le taux des urines de leur malade fut suffisamment élevé (1.500 à 2.000 gr.), alors que les lésions hépatiques s'étaient en majeure partie réparées par le repos, le régime lacté et l’opothérapie. Le Neptal fut alors injecté à

Ut

5 reprises à des intervalles espacés de 15 jours et les auteurs obtinrent des polyuries remarquables qui permirent de différer l’échéance des ponctions et de les voir enfin disparaitre.

Le traitement mercuriel ne fut point seul à provoquer une diurèse élevée chez le malade cirrhotique et syphilitique de CHABROL et COTTET puisque avant sa mise en œuvre ce dernier présentait par périodes des polyuries atteignant 2 et 3 litres. Il était soumis, outre le repos et le régime lacté, à des cures espacées de poudre de foie à la dose d’un gramme par jour pendant un mois.

De même lopothérapie fut pratiquée chez leur second malade pendant un an sans interruption sous forme de piqûres aux doses de 0,20 à 0,50 gr. d'extrait, journellement. Les auteurs attachent une grosse importance à cette prolongation de la cure.

Rappelons que le malade de RIBIERRE et PARAF n’avait pas bénéficié de l’opothérapie, de même que la généralité des cas de cirrhoses atrophiques cliniquement guéris.

On doit cependant accorder une certaine créance à cette thérapeutique qui, d’après FIESSINGER, se montrerait plus active chez les cirrhotiques par voie digestive que par voie sous-cutanée, principalement sous la forme d’organe frais, préférable aux extraits secs.

VILLARET, Justin BESANÇON et DESOILLE pensent que son mode d'action est quasi nul sur les symptômes cirrhotiques sous la dépendance de l'hypertension portale et en particulier l’ascite, mais qu’il s’exerce d’une facon particulièrement favorable sur l'appétit, la force musculaire, l’état intellectuel et la tendance aux hémorragies.

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