INTRODUCTION
Affection fréquente, mais généralement bénigne, le varicocèle ne constitue dans la majorité des cas qu’une infirmité peu génante, souvent ignorée du malade, justiciable tout au plus d’un traitement orthopédique et de quelques prescriptions hygiéniques. Il existe cependant des complications, il se produit parfois des troubles graves pour la santé générale, et dans tels cas spéciaux, que nous aurons à déterminer, l’intervention opératoire s'impose.
La cure chirurgicale du varicocèle n’est pas une conquête nouvelle. Connue et pratiquée dès les temps les plus reculés, son histoire, jusqu’à nos jours, présente des vicissitudes curieuses. Tantôt préconisée avec ardeur, tantôt condamnée d’une facon absolue, puis vantée à nouveau, elle est le reflet fidèle des idées et des tendances de chacune des phases par où a passé la chirurgie.
Segond (1), Pichevin (2), ont décrit quatre périodes à l’évolution de la cure radicale du varicocèle.
La première s'étend jusque vers le milieu du XVIII siècle. Pendant toute cette période, les méthodes sanglantes sont en honneur. L
Celse (3), Paul (d’Egine) (4), Guy de Chauliac (5), conseillent
(1) SEGoND. Dictionnaire de médecine et de chrurgie pratique. Article : Varicocèle.
(2) PicHevin. Gazette des Hôpitaux, n'109, 10 sept. 1887.
(3) Cecse. Traduction de Védrènes, Paris 1876, p. 527.
(4) Pauz (d’Egine). Traduction par Briau, R. Paris 1855, p. 273.
(5, Guy DE CnauLraAc. Edition de Lyon, 1662, p. 171.
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de découvrir les veines par incision du scrotum, de les lier du côté de l’aine et du testicule, puis de couper entre les deux ligatures.
Vigier, de Castries (1), recommande d’user des astringents, mais en cas d’insuccès, l'opération doit être pratiquée :
« Il faut, dit-il, faire une incision au scrotum à l’endroit de « la varice, et que l’incision soit de la grandeur de deux doigts «ou environ. Après on passera par-dessous la veine vari- « queuse une aiguille enfilée d’un fil double, le plus haut de «la varice que l’on pourra, pour la lier en haut vers la racine. « De rechef, on passera l'aiguille, comme dessus, en l’autre « partie basse, laissant un doigt d'espace, peu plus ou moins, «entre les deux ligatures. Mais auparavant que serrer le fil « de la dernière ligature, on ouvrira la dite varice en l’espace « moyen, Comme si on voulait saigner, à fin d’évacuer le « Sang qui est contenu en cette partie ; puis on serrera le fil, «et on laissera tomber de soi-même les deux filets. »
Au XV® siècle, Arculanus, (2), chirurgien -italien, liait la veine en haut et en bas et l’excisait entre deux ligatures, puis suturait.
A. Paré (3) recommande la double ligature avec section intermédiaire.
J.-L. Petit (4), cite un cas de varicocèle de la grosseur d’une tête d'enfant qu'il opéra par incision du scrotum, isolement du cordon, puis ligature et résection du paquet variqueux.
Tous ces opérateurs citent des succès obtenus par leur méthode, et cependant vers le milieu du XVIII: siècle, leurs procédés sont abandonnés. La raison en est facile à trouver. A
(1) Vicier, de Castries. La grande chirurgie des tumeurs, Lyon 1657, p. 281.
(2) ARCULANUS, cité par Malgaigne. Œuvres d'A. Paré, t. I, p. XCI. Introduction.
(3) À. Paré. Œuvres d'A. Paré, Edit. Malgaigne, t. [, p. 117.
(4) J.-L. Perir. Œuvres posthumes de chirurgie, mises au jour par Lesne; t. IT, p. 498.
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cette époque, les précautions antiseptiques rigoureuses, de règle aujourd’hui, étaient ignorées : les accidents opératoires devaient être nombreux, la fréquence de la phlébite et des infecüons purulentes consécutives aux opérations sur les veines expliquent suffisamment le discrédit qui atteignit la cure radicale du varicocèle.
Les auteurs de cette nouvelle période jusque vers 1830, proscrivent toute intervention sanglante. Citons seulement ici l'opinion de Boyer (1). IL déclare le varicocèle une affection incurable qu’on doit traiter exclusivement par des soins hygiéniques et des bandages :
« On à conseillé, dit-il, on a pratiqué même l’extirpation « des veines Gilatées; mais cette opération fort difficile à « exécuter, n'a pas toujours eu iles résultats heureux, la maladie « d’ailleurs peut se reproduire. La castration serait un moyen « sûr de guérir le varicocèle, mais on ne doit se déterminer « à cette opération que lorsqu'il est compliqué d'une affection « squirrheuse ou cancéreuse du testicule. »
Bientôt cependant de nouvelles théories se font jour ; c’est au bistouri, aux opérations pratiquées à ciel ouvert qu'on attribue tous les échecs observés: par lPabandon de l’instrument tranchant, par l'emploi des méthodes préservatrices et oblitérantes, les chirurgiens se flattent d’avoir désormais écarté tout danger. Cette évolution dans les idées, la sécurité qui devait être assurée à toute intervention, impriment un nouvel essor à la cure chirurgicale du varicocèle. On vit surgir alors une quantité de procédés, tour à tour préconisés ; une foule d’auteurs s'occupent de la question et s'ingénient à trouver des moyens nouveaux. Les uns détruisent les veines par la galvanopuncture, la compression, la cautérisation ; d’autres emploient la ligature sous-cutanée, l’écrasement, l’enroulement, l'isolement. Le nombre des varicocèles opérés
(1) Boyer. Traité des maladies chirurgicales, t. X. p. 243.
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à cette époque est considérable. Vidal de Cassis (1) seul, déclare avoir opéré plus de 300 malades par son procédé de l’énroulement; on arriverait à un total énorme en additionnant les chiffres de chacun des opérateurs.
Il y avait eu abus, il yeut réaction. On s’aperçut que la méthode préservatrice ne donnait qu'une sécurité relative, Comme autrefois on eut des cas de phlébite, des phlegmons, des septicémies; aussi, malgré les nombreux succès obtenus, les accidents opératoires, les récidives observées découragent les opérateurs ; l’engouement général créé par les nouvelles méthodes cesse, et la cure radicale du varicocèle tombe de nouveau dans l'oubli.
Cette fois la condamnation semblait définitive, quand la méthode antiseptique fit son apparition. Il en fut de la cure radicale du varicocèle comme de tant d’autres opérations; les brillants succès obtenus, la sécurité enfin assurée leur ouvrirent un nouvel avenir. Chose curieuse, c’est aux procédés primitifs de la chirurgie qu'on revint. Aujourd’hui la ligature des veines pratiquée à ciel ouvert se partage avec la résection du scrotum la faveur des opérateurs.
Pour la facilité de notre étude, nous rattacherons à deux grandes classes les différents procédés mis en œuvre pour la cure radicale du varicocèle, et nous étudierons successivement ceux qui relèvent de la #néthode non sanglante et ceux qui appartiennent à la #7éthode sanglante.
Nous passerons rapidement en revue les premiers ; la plupart d’entre eux ne présentent plus qu’un intérêt historique, la chirurgie offrant aujourd’hui des moyens à la fois plus sûrs et plus simples. Nous étudierons plus spécialement la méthode sanglante, seule en cause aujourd’hui ; nous examinerons en détail les différents procédés en usage; nous en rechercherons les avantages et les inconvénients, et de cette
(1) Vipaz DE Cassis. Pathologie externe, t. V, p. 233.
étude comparative nous essayerons de faire ressortir quelle doit être l'opération de choix. Dans un dernier chapitre, nous nous efforcerons d'établir les indications et les contre-indieations de l'opération.
Mais avant d'aborder notre sujet, nous tenons à remercier M. le Professeur Heydenreich de l'honneur qu’il a bien voulu nous faire en acceptant la présidence de notre thèse.
L'idée de ce travail nous a été fournie par M. le Professeur agrégé Vautrin. Nous sommes heureux de pouvoir lui témoigner ici notre reconnaissance, tant pour les savants conseils qu'il nous à prodigués, que pour la bienveillance dont il ne s'est jamais départi à notre égard.
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