PREFACE
J'ai déjà fait connaître ma méthode opératoire pour la cure radicale du varicocèle. Un premier travail, sur ce sujet, fut présenté à Y Académie de médecine et devint la matière d’une brochure aujourd’hui épuisée et' qui date de 1844. Depuis cette époque, le nombre de mes opérés est allé croissant, soit en ville, soit à l’hôpital du Midi. Je possède donc aujourd’hui beaucoup plus de faits à l’appui de ma méthode , et il me sera moins difficile de détruire les arguments qu’on a fait valoir contre l’intervention de la médecine opératoire dans le traitement du varicocèle.
On objecte : 1° le peu d’inconvénient, le peu de danger de la maladie; 2° les dangers de l’opération ; 5° l’insuffisance de celle-ci accusée par les récidives de la maladie.
Ces trois objections ont une telle connexité qu’il faut les lever toutes, ou se déclarer vaincu et conseiller la cure palliative , c’est-à-dire la résignation, procédé très philosophique, mais qui ne va pas à tous les caractères. Il est cependant une de ces objections qui est plus puissante que les autres, car elle porte sur les dangers de l’opération ; eh bien , c’est précisément l’innocuité de celle-ci que je puis surtout établir, puisque j’ai déjà opéré plus de deux cent cinquante fois, sans avoir observé un accident sérieux. Or, quand dans un problème de médecine opératoire, on peut tout d’abord éloigner
b J’HÉFACE.
l’idée du danger de l'opération, les dangers de la maladie n’ont pas besoin d’ôlre ni aussi directs ni aussi physiques, pour qu’on se décide à agir. Reste la troisième objection, qui porte sur l’insuffisance de l’opération trop souvent prouvée par les procédés opératoires de mes prédécesseurs. Pourmoi, j’ai la conviction quecetledernièrc objection est détruite par les succès que j’ai déjà obtenus à la laveur de ma méthode. Mais il faudrait de plus, je le sais, que la même conviction passât dans l’esprit de mes confrères, et c’est pour cela que je reprends la plume, Déjà, d’ailleurs, outre mon expérience personnelle, je puis invoquer celle de plusieurs praticiens haut placés dans la hiérarchie chirurgicale. En effet, M. le professeur Roux , MM. Joberl , Maisonneuve, Giraldès , Huguier, J. Roux (de Toulon), ont plusieurs fois opéré avec succès par la méthode de V enroulement, ce que j’ai appris, avec satisfaction, de leur bouche ou par des notes, des observations que j’ai mises à profit dans ce travail. Je compte bien plus sur le concours de ces chirurgiens que sur mes efforts, pour détruire complètement les préventions que partagent encore quelques médecins consciencieux contre une opération qui peut guérir une infirmité dont l’homme moral souffre autant que l’homme physique.
DU VARICOCÈLE.
J’appelle varicocèle la dilatation variqueuse des veines des bourses, du cordon spermatique et du testicule (1).
Causes.
J’ai constaté plusieurs fois l'hérédité du varicocèle : ainsi j’ai opéré T..., sertisseur, âgé de seize ans, dont le père et le grand-père avaient également des tumeurs variqueuses des bourses. Je dois dire que ce jeune homme avait d’ailleurs fait abus de la masturbation, et de très bonne heure.
C’est ordinairement de dix à trente ans qu’on voit apparaître les premières varices des bourses. Avant dix ans, les organes générateurs sont trop peu développés pour que les causes organiques puissent seconder l'action des causes dites occasionnelles. Après trente-cinq ans , ces causes provocatrices devenant moins fréquentes, le varicocèle doit être aussi beaucoup plus rare. De!pecb,en disant que le varicocèle était rare chez les jeunes gens, faisait l’aveu de la négligence qu’il avait mise dans l’examen des faits et accusait son ignorance de l’iiisloire de celle affection. Le plus grand nombre de mes opérés avait de vingt à vingt-quatre ans;
(1) Les classiques appelaient varicocèle seulement les dilatations anormales des veines du scrotum ; ils appelaient cirsoccle les varices du cordon spermatique du testicule et de l’épididyme.
DU VARICOCELE.
un d’eux avait treize ans, un autre cinquante-cinq.
Parmi les circonstances anatomiques qui prédisposent au varicocèle, les unes sont, en même temps, des deux côtés, les autres n’existent qu’à gauche. Les premières sont : la position déclive des veines spermatiques, leur longueur , la faiblesse des parois relativement à leur trajet, l’absence des valvules, les alternatives fréquentes de réplétion et de vacuité auxquelles ces vaisseaux sont soumis suivant les diverses altitudes du corps, la température à laquelle il est exposé, suivant les passions. On peut considérer comme disposition organique la plus favorable cette très grande quantité de veines qui, sous le nom de plexus pampiniforme, constituent l’origine des veines testiculaires. On noiera la longue colonne de sang représentée par la veine spermatique, et qui , des environs de la deuxième vertèbre, pèse sur la pyramide vasculaire formant le plexus pampiniforme. L’explication suivante, qui appartient à J.-L. Petit, a eu, dans un temps, un certain succès, que je n’ai jamais compris. « Les vaisseaux, dit l’illustre chirurgien, en passant sous l’anneau des muscles du bas-ventre, sont appuyés sur l’os pubis comme la corde d’un puits l’est sur la poulie, de manière que le testicule, auquel ces vaisseaux parviennent , peut bien être
comparé au seau qui se trouve à l’extrémité de la corde du puits. Comme le seau agit sur celle corde à proportion de son poids, le testicule agit également sur le cordon spermatique et celle-ci sur l’os pubis aussi à proportion de son poids; ce poids, quel qu’il soit, tend à oblitérer les vaisseaux et à rendre le pas; âge des liq ueurs plus difficile. » Il faut ajouter à cette cause, pour la rendre sérieuse, les anneaux du canal inguinal,