SERRE
Mais, de toutes les statistiques, les plus impressionnantes sont celles des auteurs américains.
Kelly et Burnam, dès 1914, signalent qu'ils ont traité les hémorragies utérines par le radium. Ils les classent en quatre groupes, suivant leur provenance :
1° Les hémorragies utérines sans lésions démontrables ;
2° Les hémorragies utérines des jeunes filles, hémorragies qui peuvent encore entrer dans le premier groupe ;
3° Les hémorragies provenant de polypes ;
4° Les hémorragies d’utérus fibromateux.
Les auteurs ayant appliqué le radium dans tous ces cas, déclarent qu'il a arrêté complétement et d'une facon permanente les hémorragies utérines. Is ajoutent que le radium peut amener une aménorrhée complète à tout âge ; que les symptômes de ménopause qui suivent l’aménorrhée sont absents dans 50 % des cas, et peu marqués dans les autres. Kelly en a traité des centaines de cas à tout âge et se déclare éminemment satisfait.
Thomas Kennedy et C. Kennedy, en 1920, publient une étude où ils divisent les hémorragies utérines en deux classes : les cas. avec lésions minimes ; les cas avec lésions importantes. Les premiers surtout, récidivant malgré un traitement par cautérisation, par médication glandulaire, par curettage et justiciables de l’hystérectomie, sont des succès pour le traitement
par le radium. Ils emploient des. doses faibles chez les jeunes filles ; l’hémorragie disparaît, les règles cessent temporairement, pendant quelques mois, puis la menstruation revient normalement. Chez la femme et dans les cas graves, ils emploient des doses plus fortes et ils concluent, en affirmant « que, dans toutes les formes d’hémorragies utérines, le radium s’est montré un agent de valeur et à mesure que sa technique se précise, on obtiendra des résultats meilleurs. Titus étudie 39 cas de ménorragies et de métrorragies chez des femmes de moins de 40 ans; le dosage du radium était réglé par l’âge des malades. Il signale trois insuccès.
Harold, en 1921, dans son « Rapport des cas traités par le radium dans le service de gynécologie de hôpital Saint-Luc », fait un chapitre spécial pour les hémorragies utérines de causes autres que le fibrôme ou le cancer et qu’il dénomme : « Hémorragies ainsi appelées idiopathiques ». 81 % des cas sont restés guéris deupuis deux ans.
16 % sont restés aussi guéris de leurs symptômes, mais depuis trop peu de temps pour être sûr de l’efficacité du traitement.
Des résultats analogues ont été obtenus par W.-C. Danforth et C.-W. Hanford.
Miller, en 1922, publie 76 cas classés sous les dénominations diverses de myopathies hémorragiques, métrite chronique, hyperplasique, etc., et qui se rencontrent le plus souvent chez les femmes, à l’approche de la ménopause. Dans ces cas, le radium a prouvé qu'il était presque le spécifique idéal, plus qu'aucun autre agent thérapeutique.
Enfin, les résultats publiés par Clark sont de beaucoup les plus nombreux.
Après avoir déjà, en septembre 1919, signalé 35 cas, pour lesquels il n’avait eu qu’un insuccès, il publie un article sur l’« Emploi du radium dans 50 cas d’hémorragies utérines de causes autres que le carcinome ou le myome ». Il les divise en trois groupes cliniques : 2
1° 5 cas chez des femmes jeunes, sans lésions anatomiques spéciales : guérison ;
2° 2 cas chez des malades atteintes de dysménorrhée grave, ayant résisté aux traitements habituels : résultats satisfaisants ;
3° Les cas les plus nombreux peuvent être rapportés à une métrite chronique, englobant sous ce terme des lésions d’aspect très divers.
Sur 35 observations publiées, 1 échec relatif.
Et l’auteur, se résumant, déclare que le radium est un agent thérapeutique puissant contre l’hémorragie utérine.
Enfin, dans un travail plus récent, le même auteur, en collaboration avec Keene, publie les résultats portant sur 527 cas d’hémorragies utérines de cause bénigne.
Après avoir divisé leurs observations en quatre groupes, d’après l’âge des malades, ils donnent les résultats suivants :
Sur ces 527 cas, 476 ont été traités par la curiéthérapie ; un seul décès de cause indéterminée ; 91 % de succès. Chez 47 femmes, les métrorragies réapparurent, quelques semaines ou quelques mois après le
traitement ; il fallut faire une nouvelle application dans la moitié de ces cas.
Les résultats éloignés, de trois à Six ans, furent, en général, très bons. Une malade dut être opérée pour cancer du col, et chez dix-huit autres, il fallut intervenir à nouveau, soit pour réapparition des hémorragies, soit pour annexité inflammatoire.
En somme, on peut conclure de la lecture de tous les travaux signalés que les échecs furent rares et souvent explicables par un défaut de technique.
D'une façon générale ,on voit la réapparition du cycle menstruel normal, immédiatement, ou après une cessation temporaire. D’autres fois, la cessation est définitive.
On a signalé, mais d’une façon moins fréquente, qu'après l'application des rayons X, l’apparition d’une période cataméniale abondante après le traitement radique.
D’autres auteurs ont remarqué l'apparition d’un flux aqueux persistant qui, d’après Gray Ward, doit être évité par une filtration bi-métallique, et, d’après Degrais, céderait à une nouvelle application.
Quant aux phénomènes de ménopause, ils sont sensiblement pareils à ceux survenant après roentgenthérapie, mais très atténués comparés à ceux survenant après une intervention chirurgicale.
Les accidents sont rares ; on observe quelques malaises analogues à ceux qui suivent l’application des rayons X. Mais il est difficile de préciser la part qui revient à l’anesthésie, à la dilatation, au curettage, à
la présence d’un corps étranger dan sl’utérus et au radium lui-même.
Quels sont ces malaises ? Des nausées, des vomissements, de la fatigue, de l’insomnie, des maux de reins, etc., le tout cédant très vite. Les malades de Kœnig quittaient la clinique le lendemain ou le surlendemain de l'intervention. En somme, et cela se comprend, réaction beaucoup moindre qu'après une séance de curiéthérapie dans le cancer de l’utérus.
Les accidents locaux, et en particulier les brûlures, doivent être évités avec les procédés actuels.
Enfin, des accidents graves ont été signalés, par Samuel, Kelly, Kupperberg, dont quelques-uns suivis de mort. Il s’est agi, le plus souvent, du réveil d’anciennes affections annexielles, avec septicémie ascendante et péritonite diffuse. La plus grande réserve doit donc être employée en présence de pareils cas, envers toute intervention intra-utérine.