‹ De la décadence de l'AngleterreChapitre 19 sur 75 · wi DE LA DÉCADENCE · texte numérisé non relu

wi DE LA DÉCADENCE

ses lois ; — ses monopoles, ses privilèges me ruinent ! —

J'ai traduit l'Angleterre industrielle et marchande qui faisait les deux tiers du commerce du monde, aux assises de ses travailleurs, et ses travailleurs ont répondu : Nous mourons de faim sous ses lois, — ses concurrences nous écrasent, sa liberté nous tue, c'est le vol de nos salaires.

D'autre part, j'ai pris à témoin les deux grands partis qui se partagent l'empire; — l'un contre l'autre, les deux partis ont répondu : Banqueroute universelle, — Ruine générale. —

Les statistiques, les enquêtes, les assemblées ont parlé dans le même sens : la tombe elle-même, au dire de M. Fox , a protesté par ses cadavres , squelettes de la faim tombés avant l'heure, et la misère a protesté par l'effrayante progression des crimes.

Or, que résulte-t-il de cette terrible accusation collective, de cet universel témoignage?

Que l'Angleterre est en décadence, que l'Angleterre est menacée de mort.

Et comment ne pas conclure ainsi, quand aucun système, — libre-échange ou protection, — ne peut donner au peuple son pain quotidien, quand fhypoihèque dépasse la valeur de la terre , quand le chancelier de l'échiquier lui-même, avoue que l'emprunt a seul équilibré les budgets, et qu'en vingt ans de paix profonde, malgré les amortissements, la dette publique s'est accrue de plus de 700 millions; quand l'état et la banque ne

vivent que de papier de complaisance , quand l'impôt exorbitant de la guerre est devenu l'impôt de la paix, quand toutes les cloches des gares sonnent la ruine des chemins de fer, quand la compagnie des Indes elle-même, ce magnifique gouvernement, en est à la banqueroute?

Comment ne pas conclure ainsi, lorsque depuis quinze ans, toutes les commissions parlementaires s'épuisent à fermer les voies d'eau qui s'ouvrent aux flancs du navire, passant de Tenquête agricole à l'enquête manufacturière, et de ces enquêtes éternelles à ces non moins éternels projets d'économie dans l'admi nistration, dans les forces de terre et de mer, dans les fmances, dans les colonies?

Comment ne pas conclure ainsi, quand le seul remède qu'apportent les hommes nouveaux, c'est l'abandon de toutes les possessions extérieures, la dissolution de T armée, la réduction des flottes^, c'est-à-dire le désarmement de l'Angleterre et son impuissance au milieu des peuples, — quand les débouchés ne s'entretiennent que par des sacrifices ruineux, — quand la marine dépérit, — quand l'homme des champs déclare qu'il ne se battrait pas pour le pays, et l'homme de la mer qu'il ne défendrait plus l'île?

Ah! lorsque j'ai entendu ces fiers matelots répudier ainsi le pavillon des marchands, lorsque j'ai vu passer, dans l'Enquête, ces profondes phalanges de travailleurs qui tremblaient la fièvre sous le haillon, et qui tous jetaient l'anathème à la patrie, j'ai compiis que l'Angleterre, malgré ses

n. la

ap[3arenles grandeurs, était sur son déclin, et ce n'est pas ma voix impuissante et perdue dans l'exil, c'est son peuple de l'atelier, son peuple des champs, son peuple de la mer, c'est son peuple affamé qui déclare solennellement sa décadence. — « Despair and die, » désespère et meurs, lui a dit, pendant des siècles, l'aristocratie britannique; désespère et meurs, répond le peuple à son tour.

Page 1