POPULATION. FORCES DE TERRE ET DE MER
Il n'est point également de contrée destinée à être plus homogène? En effet, la namre n'a point oublié , en formant cet admirable bassin dans lequel se marient les productions des climals les plus divers, de pourvoir à sa défense. Elle a élevé les forteresses gigantesques qui protègent la France contre l'invasion et ne lui permettent pas de se faire raisonnablement conquérante. Les Alpes et les Pyrénées suppléent à la mer, complètent sa sécurité, en sauvegardant celle des peuples qui l'avoisinent. Au nord et à l'est, sa frontière est ouverte, mais, qu'a-t-elle à redouter? Une population guerrière est là pour boucher les trouées faites dans ses anciennes limites par les traités de 1815, et c'est par cette large échappée que passent les idées françaises, qui font de l'Allemagne notre sœur et noire alliée naturelle.
On a dit des nations insulaires qu'elles ont le bonheur de trouver, dans la mer qui les envi-
ronne, un inexpugnable rempart, mais cet avantage, — si diminué depuis que la vapeur surmonte tous les obstacles, — n'en a pas moins toujours eu un inconvénient immense. Ainsi, il est impossible que les habitants d'une île, considérés dans leur ensemble , s'associent, aussi promptement que les peuples continentaux, au mouvement général qui emporte l'humanité vers le progrès. Le fluide électrique, qui franchit les bornes posées par le caprice de la politique et de l'ambition, s'évapore avant d'arriver aux rivages défendus par l'Océan. L'isolement conduit à l'égoïsme, inspire les pratiques brutales ou cauteleuses, et fait voir, dans les hommes des autres nations, des étrangers, hostes , et non des frères.
Dans les veines de cette France si robustement assise, coule, comme pour la rajeunir sans cesse, le sang de deux races distinctes, celle du nord et celle du midi qui se croisent et se complètent l'une l'autre. Son génie est ainsi sorti de l'alliance vivace des deux grands éléments de la civilisation moderne. La spontanéité, l'activité pétillante de l'imagination méridionale, la fermeté, la profondeur, la persévérance de l'esprit du nord sont venues se combiner pour former ce que, dans l'Europe, on est convenu d'appeler l'esprit français, et ce qui, dans l'histoire, s'appellera la raison par excellence : le bon sens.
Et c'est cette population, douée de toutes les qualités de la vie, qui s'alimente incessamment à deux courants toujours nouveaux, qu'on accuse-
rail de dégénérer et de s'abâtardir ! Où les détracleurs systématiques de la France puisent-ils donc cette preuve de déclin? Ils la puisent dans la lenteur avec laquelle s'accroît, chez nous, le nombre des habitants.
En effet, de tous les États qui entourent la France, aucun , depuis trente-cinq ans , n'a vu moins promptement qu'elle multiplier sa population.
Mais faut-il en conclure que la France épuisée soit sur le chemin de l'abîme? La statistique ne voit que les chiffres, on le sait, et n'en recherche point la moralité. Que n'a-t-elle consulté, cependant, les registres de la mendicité? Elle eût vu que la population des misérables croît avec leur misère, et que c'est à la limite extrême du dénûmenl , que les êtres humains se pressent en plus grand nombre, pour se disputer le droit de souffrir. Que n'a-t-elle ouvert les tables où la mort inscrit sa proie? Elle eût vu que, partout où l'accroissement de la population a pris de considérables proportions, la durée de la vie nioyenne a, baissé. Doit-on alors envier à l'Angleterre ses légions de pauvres et de vagabonds? Non, non. Le nombre des naissances ne constitue de véritable richesse pour le pays, que lorsque l'enfant ne naît pas pour la mendicité ou les intolérables épreuves d'un travail abrutissant.
La statistique ajoiite encore que la race française perd, chaque jour, de sa vigueur, et que, dans certains cantons, malgré la réduction successive des conditions de taille, l'arguée ne peut
plus recruter d'hommes propres au service militaire. Mais, en France, c'est un accident ; dans la Grande-Bretagne, c'est la règle. Dans tous les lieux où l'industrie anglaise étend ses ateliers, c'est-à-dire sur tout son territoire , puisque l'agriculture ellemême devient manufacturière dans ce pays, l'appauvrissement du sang est un fait incontestable. C'est par millions qu'en Angleterre il faut compter les victimes de ce régime meurtrier qui,enFrance, commence à décimer la population de quatre ou cinq départements. Mais il est réservé à l'action réparatrice de la démocratie, h l'intervention de l'état entre le capital et le travail, de faire disparaître ces affligeants symptômes et de conserver à la race gallo-franque sa force et sa beauté natives.
Quelle nation, après tout, peut mettre en ligne une armée comparable à celle qui se lèverait, en France, au premier rappel? Ce n'est pas l'Angleterre qui, en cas d'agression, ne rallierait pas cent mille hommes sachant manier les armes. — Sans parler de notre armée régulière qui, demain, réunirait cinq cent mille baïonnettes, sans parler de ces deux cent mille hommes , formidable réserve, qui, après avoir fait la rude guerre d'Afrique, sont rentrés dans leurs foyers , et reprendraient le mousquet; quel peuple que celui qui peut compter, sous les drapeaux de la garde nationale, un million cinq cent mille hommes de dix-huit à quarante-cinq ans, prêts à entrer en campagne, pour repousser une invasion ! Oui, quel peuple que celui où tout homme naît soldat, comme en
Angleterre il naît marchand; où tout ouvrier, tout laboureur se redresse et se met au pas militaire, en voyant briller au soleil les éclairs d'une épée ! Demandez à l'Europe, si c'est là un signe de décadence ?
Ah! sans doute, la France ne possède point autant de navires que la Grande-Breiagne ; mais qui s'attendait à cette révélation tragique deVEnquèie démasquant tout-h-coup la position de l'Angleterre, et prouvant que sa mariiie marchande tonibe, que sa marine à vapeur est inférieure à la nôtre, comme moyen de transport et comme armement? (*)
La marine de la France, au contraire, augmente lentement, mais elle augmente. — Pourquoi diminuerait-elle ! Que faut -il pour une puissance navale que la France ne possède? N'a-t-elle point un immense et magnifique littoral ? Ses marins du Nord et du Pas-de-Calais, de la Normandie, de la Bretagne, de la Provence le cèdent-ils en rien aux meilleurs matelots de l'Amérique et de l'Angleterre? Ne se rappelle- l-on pas cet aveu de l'amiral Napier : «Dans les parages de l'Orient, nous aurions été battus en détail par la flotte française, »
Ses constructeurs ne sont-ils pas renonunés, entre tous, par leur habileté?
Est-ce que le fer, le bois, le chanvre et le charbon n'abondent pas sur notre sol ? Est-ce que nos ofliciers sont moins instruits, nos équipages moins disciplinés? A-t-on jamais vu nos patriotiques mail) Voyez tome 1", cliap. 9, pajçe 316.
telots de l'Armorique, de la Flandre ou du midi ériger la désertion en système, ou proférer celle parole impie : « Nous combattrons avec l'ennemi. » Ah ! cette communion de tous les cœurs dans le sentiment de l'honneur national, voilà la grande force de la France ! Les partis peuvent se disputer l'empire, mais le peuple n'a qu'une pensée : c'est l'honneur du drapeau, l'inviolabilité du territoire.