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sa l)Ourgeoisie, lui donner place dans ses assemblées à côté des classes souveraines, l'invesiir, comme on a investi les communes d'un mandat de contrôle sur les deniers publics, si, sans préoccupation de ses prolétaires et des peuples étrangers, elle n'avait voulu que livrer aux capitaux affranchis du tiers-état, à son activité redoutable, à l'exploitation de ses concurrences, le travail esclave de l'atelier et des champs , nul doute qu'elle n'eût fait fortune comme l'Angleterre. Elle n'aurait pas vu se lever contre elle les coalitions furieuses qui l'ont épuisée tant de fois.
Elle aurait pu librement mettre toutes voiles dehors, lutter sur tous les marchés par les bas prix de la main d''œuYre, et, grâce à la concentration du crédit, aux découvertes de la science, à la subalternisation des salaires, élever, constituer, comme sa rivale, une seconde aristocratie : celle des écus.
La France alors aurait non-seulement gardé ses lords de l'église et de la terre, mais elle aurait eu son olympe d'altesses industrielles ou marchandes, et les deux classes privilégiées — noblesse ou tiers-état — rayonnant au pied du trône, entre les évêques et les hautes courtisanes; elle aurait para grande, fastueuse, opulente, sauf à s'affaisser bientôt sur elle-même et sur ses prolétaires.
Mais la France a une autre mission dans f humanité, et elle ne voulut point, au dix-huiiièuie siècle, s'arrêter à celte évolution bâtarde, je dirai mieux :
elle ne le pouvait pas, car telle est la logique de son génie qu'elle est forcée d'aller jusqu'au bout quand l'idée la saisit, et tant qu'elle voit clair à l'horizon.
C'est là sa qualité distinctive, essentielle, et cette loi de sa nature est, partout, écrite à grands traits, dans la longue série de ses développements, dans les belles épopées de son histoire.
Ainsi, dès la première jeunesse de l'Europe chrétienne, elle apparaît déjà constituée, vivante au milieu des autres nations, qui se heurtent comme des vagues, et qui noiit encore pour s'abriter que leur chariot d'invasion ou leur bouclier de bataille.
A peine les nouveaux uiaîtres venus du Rhin et les débris de ia race vaincue se sont-ils touchés, qu'ils entrent en fusion, et que la patrie qui commence à poindre, aspire à Tunilé. Clovis écrase les dernières phalanges de la vieille Rome, endormie sous les roses de Pœstum. Il asseoit son camp, il groupe ses Leudes, fait de la Gaule un royaume et prend la bannière du Dieu nouveau, du Dieu qui rallie, du Dieu des vaincus.
Ses fils se partagent son domaine ; ils se déchirent comme des louveteaux, el l'unité, qui naissait, va se perdre en (ieîs morcelés, en clans sauvages.
Aussitôt apparaît et monte sur le pavois une seconde race, grande par le conseil et ibrle par l'épée. Pépin relevé le pouvoir, concenlreles forces éparses en mille intrigues, en mille mains. Char-
lemagne qui résume, en^n génie, toutes les facultés de l'aclion et de la pensée, fonde, d'une part, l'empire d'Occident, et, de l'autre, établit dans Rome, la nécropole des dieux, le grand arbitre du moyen-âge : la papauté.
La France a donc conquis son unité politique et son unité morale : elle a sa théologie que la foi défend, son armée, la terreur des barbares, et son gouvernement qui, sous le casque, est déjà inquiet de l'idée , quand les autres nations bégaient à peine.
Elle commence à parler la langue des arts qui, fuyant les hordes de l'invasion, se sont réfugiés dans Bysance, leur dernier sanctuaire; elle recherche, elle épèle les vieux manuscrits de la Grèce et de Rome qu'Omar voulait brûler : elle fonde même une espèce d'académie, rare primeur de civilisation qu'Alcuin savoure, et les Capitulaires lui donnent une législation fixe , comme aux sociétés que les siècles ont déjà mûries.
Malheureusement , ce premier essai ne pouvait aboutir; c'était la tentative prématurée de quelques intelligences d'élite ; les masses vassales y restaient étrangères, et les lèvres farouches des chefs barbares, habituées à la coupe du sang, ne pouvaient goûter cette ambroisie.
Aussi, le jeune arbre d'Alcuin et de Charlemagne s'éliola-t-il bientôt sous le rude vent des guerres, et la féodalité, du haut de ses mille tours, étendit partout sa main de fer, abritant sous ses créneaux les familles et les terres de la patrie, que guettaient
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de nouveaux barbares attardés sur le chemin de l'invasion.
Mais, lorsque la conquête eût enfoncé profondément ses pieux dans le sol gaulois , lorsque la famille et le travail furent acclimatés, la châtelaine ouvrit la fenêtre du manoir et, du haut de son balcon, parut aux tournois comme une messagère de civilisation. Le gantelet s'assouplit , les mœurs se policèrent, et la France eut un premier parfum de printemps, au milieu de ce long hiver du moyen-âge qui l'abritait sous ses neiges.
Bientôt, d'ailleurs, le clairon des croisades retentit : les chevaliers se mirent en selle pour le pèlerinage armé. Les luttes intestines et parricides cessèrent à la voix des prêcheurs, et le travail, chargé de remplir l'escarcelle de ses maîtres qui partaient pour si long voyage , le travail prit ses chartes, en payant rançon, et commença son affranchissement.
La commune venait de naître, timide encore, clair-semée et bien pauvre; mais, laissez faire, laissez aller le travail et le temps : avec Philippe- Auguste et Louis-le-Gros, elle saura bien grandir, accroître son trésor, étendre et féconder son domaine, jusqu'à ce que Louis XI rasant les têtes et les tours, la confie h Richelieu qui lui dira : travaille en paix, sans crainte du baron ni du routier ; la hache a fait son œuvre, tu n'as plus qu'une patrie : la France, lu n'as plus qu'un maître : le Roi!
Grande époque, après tout, avec ses violences et
malgré ses crimes, que celte dernière partie du moyen-âge où se cache au pied des forteresses, l'humble beiceau de celle bourgeoisie qui s'écriera si fièrement en 89 : « Le Tiers-État, c'est tout. »
Non-seulement, il y eut ce noble et saisissant spectacle de la commune et de la royauté se dégageant : celle-ci des servitudes féodales , celle-là des privilèges seigneuriaux qui pesaient sur la couronne; mais, à côté de ce drame politique intérieur et pour ainsi dire de famille, deux autres révolutions furent tentées et se développèrent au milieu des désastres. La première attaquait la société française dans sa nationahté, dans son indépendance, la seconde dans sa communion morale et religieuse.
L'Anglais-Normand commença d'abord. Inquiets dans leur île, qui ne suffisait pas à leur ambition, et n'ayant pas encore hissé la voile du long-cours, les héritiers de Guillaume se jetèrent sur nos côtes, sur nos villes, sur nos provinces ; leurs entreprises, quoique mêlées de revers, uiarchèrent si vite et si bien, au gré de leur convoitise, qu'il y eut un moment, dans cette sombre histoire de nos hontes et de nos malheurs, où le roi de France, le successeur de Charlemagne et de Philippe-Auguste s'appela le Roi de Chinon.
Le peuple n'avait point encore paru, et ces grandes levées qui devaient, quelques siècles plus tard, balayer l'éiranger, ces grandes levées de la patrie, se courbaient, vassales ignorées, sur lesillon rougi par le sang des Jacques.
La France n'avait donc que son droit et l'épëe de ses nobles, contre les lances de l' Anglo-Normand ; or, l'épée de ses nobles était brisée : seule tutrice armée de la patrie, la féodalité se trouvait impuissante à la couvrir, et la monarchie, qui laissait le peuple au chenil, avait à peine eu le temps d'ébaucher la commune des bourgeois ; la monarchie nationale semblait fatalement condamnée.
D'où vint le salut? Du chenil. Le peuple et la foi s'incarnèrent dans une jeune fille, le peuple et la foi, ces deux forces qui changent et font les destinées.
Que signifie la Vierge de Vauxcouleurs, cette fille de Tignorance et des champs, si ce n'est la France prolétaire, qui ne sait pas les habiles méthodes de la bataille, mais qui se sent vivre dans sa foi robuste, et s'affirme dans son fanatisme, au milieu des races illustres et des nobles épées défaillantes?
Le peuple esclave et mineur, n'ayant que le couteau , ne peut encore entrer dans l'arène des guerres, qui ne s'ouvre que pour les reîtres et les barons; alors, il sort de ses rangs un porte-bannière qui le représente dans sa foi profonde, et la France est sauvée ! Oui, le peuple et la foi dans une incarnation naïve et touchante, voilà Jeanne d'Arc! ïoui le reste n est que légende.
Mais, à peine la nationalité française échappaitelle au péril suprême, qu'elle était violemment atteinte dans son unité religieuse. L'esprit du libi«
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examen venait de naître, au milieu des bûchers, et la révolte des idées courait déjà TEurope comme une trombe. Un déchirement profond s'opérait ainsi dans la conscience humaine, révolution plus haute, plus redoutable mille fois que tous les jeux de la force, que toutes les invasions accomplies par les armes, schisme boiteux d'abord, mais qui grandira plus tard, à travers les supplices et les guerres, jusqu'à ce que ce vague rayon inonde le monde de ses clartés et qu'il s'appelle la philosophie.
A cette première aube de la civilisation moderne, que fera la France ?
L'étranger ne souille plus ses provinces : LouisXl a brisé les grands vassaux, les orgueilleux feudataires, et la Renaissance, fille des Médicis, s'épanouit dans toutes ses délicieuses fantaisies, sous François l"^. Mais l'unité n'est pas faite encore dans le pouvoir, et si la scission religieuse, — diversion fédéraliste, mère de toutes les anarchies, — l'emporte, la France, à peine constituée dans la i)ersonnification royale, et tiraillée de nouveau, la France peut y périr. Le dogme ancien, d'ailleurs, est toujours vivant dans les masses, dont l'esprit est asservi comme le corps; la science qui doit tirer les dernières conclusions n'est pas prête, et le peuple n'a réalisé, ni dans son intelligence ni dans les faits, cette double émancipation matérielle et morale, qui lui permettra, plus tard, de pousser si loin ses saintes audaces.
Il y a donc nécessité de résistance, au nom de la
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foi qui rallie, au nom de l'autorité qui sert d'égide, et qui s'en va incessamment, sous le nom de monarchie, réduisant et simplifiant à son profit, les servitudes intermédiaires, jusqu'à ce qu'elle se trouve seule, face à face, avec son esclave de dix siècles, avec le peuple souverain !
Aussi, le génie de la France ne s'y trompe pas. Il fait obstacle à toutes les hérésies religieuses, comme h toutes les invasions étrangères, et le schisme abdique enfin, dans Henri IV, qui rejette la bible de Luther pour la couronne des Valois.
Ce n'est pas que la (erre des Albigeois, la terre des Cévennes n'ait eu ses martyrs, comme la Bohême ou l'Allemagne, et que plus d'un sacrifice héroïque n'ait consacré, dans la patrie future de toutes les révolutions, ces deux gi-andes choses : liberté de la conscience et souveraineté de l'esprit humain. Non, certes, et dans cette sauvage et longue tragédie des guerres protestantes, nous n'avons laissé que trop de regrettables hécatombes. Mais l'esprit de secte, le droit même légitime de dissidence religieuse, n'aurait pu prévaloir dans l'Etat, sans ruiner funité française dans sa formation douloureuse, et voilà pourquoi la terre des Francs devait rester et resta catholique, après avoir payé par ses confesseurs un tribut de sang et de vaillants efforts à la réforme du seizième siècle, mère de la philosophie.
Si, du reste, la France ne se livra point au protestantisme comme nation, comme gouvernement.