II
contre elle, et c'est son génie, ce sont ses armes, qu'appellent, qu'invoquent, dans leurs marlyres, toutes les patries opprimées.
On a pratiqué sur elle, après ses grands revers, deux dernières expériences; l'une, celle de la légitimité, du droit divin des races, sous la Restauration, — greffant, d'ailleurs, sur ce droit, les libertés constitutionnelles et les institutions bâtardes de l'Angleterre.
Qu'eti est-il advenu?
Le vieux tronc était mort, il n'a pas pris racine, et le premier choc l'emporta.
L'autre régime tempéré, — qui faisait la bourgeoisie souveraine, — est tombé, quelques années plus tard, sur le fumier de ses hontes.
Aujourd'hui, tous les partis du passé, que la victoire de Février avait^ un instant, frappés d'épouvante, se sont rapprochés, sous les miséricordes du peuple, pour tenter, en commun, par l'hypocrisie légale, à défaut de la violence, un dernier et suprême effort contre la république naissante. Ils ont d'abord désarmé la révolution de ses droits, et ils cherchent ensuite à mutiler le suffrage universel lui-même, qui fut leur tente de ralliement, pour destituer le peuple de sa souveraineté.
Où le niveau de Tégalité avait passé, effaçant dans une fraternelle union les envies et les haines, ils essayent de reconstituer les distinctions de classes.
Troisième tentative. — Qu'en adviendra-t-il?
L'arrêt est écrit sur toutes les feuilles de l'his-
loire, la France ne recule pas; on ne refait pas les siècles.
Tandis qu'ils travaillent péniblement à poser au fleuve révolutionnaire une digue nouvelle, moi, j'ai remonté, à travers les âges, jusqu'à sa source, pour en mieux reconnaître l'intarissable puissance.
Et maintenant, du rivage où je suis jeté, je contemple, avec confiance, son cours irrésistible, calculant combien d'heures il mettra pour entraîner ensemble la digue et les pygmées.