DE LA DÉCADE!1CE
et les dieux étaient encore debout, mais la flamme invisible les avait calcinés, et quand le peuple leva sur eux la main, ils croulèrent.
Ainsi la France qui n'avait pas voulu se jeter dans les aventures protestantes, dans les petites réformes religieuses du seizième siècle, la France, ent:'37oyant un idéal supérieur : celui du droit absolu, s'en tît l'apôtre, l'ardent missionnaire, et préluda, par une discussion passionnée et sans trêve à ces terribles batailles qu'elle a soutenues depuis, de toutes ses intelligences et de tous ses glaives.
Dans cette croisade mémorable ouverte par les libres penseurs, ode, chanson, poëme, histoire, tragédie, épigramme et dictionnaire, on fit arme de tout, on entassa les fascines au pied des vieilles murailles, on y planta toutes les échelles, et jamais dans l'histoire, il n'y eut spectacle pareil à cette grande guerre de Pesprit humain, si ce n'est Tassaut lui-même donné, plus tard, par le droit armé, par le peuple en révolution.
Voltaire, Jean-Jacques et Diderot furent les trois plus puissants lutteurs dans ces mêlées orageuses, et le principal monument que la fin de ce siècle laissa, c'est une machine de guerre : TEncyclopédie.
Vérification incomplète, sans doute, mais supérieure en ses critiques et ses aperçus à tous les dogmes antérieurs , l'Encyclopédie marque la borne du vieux temps, et si elle n'est pas le phare de l'avenir, elle restera du moins sur la route de
l'humanité, comiiie une de ces pyramides élevées par la main d'un peuple entier.
Lorsque toutes ces clartés qu'elle répandait au loin, lorsque toutes ces idées, qu'elle lançait comme la mitraille, furent tombées dans la bourgeoisie, dans les masses, elles les échauffèrent et la révolution naquit : elle avait son droit, ses chefs et son armée.
La Révolution ! c'est-à-dire le peuple, c'est-àdire le droit qui va prendre la Sorbonne, la Bastille et Versailles, et qui se déclare souverain.
Les temps sont donc enfin venus : ce n'est plus rhumble commune du moyen âge qui s'organise derrière ses portes fortifiées, sous le bon plaisir du seigneur et les lettres-patentes du roi; ce n'est plus le vieux parlement qui s'épuise en remontrances, tour à tour menaçantes ou serviles, pour disputer un dernier lambeau de ses privilèges; ce ne sont plus les états-généraux, avec leurs barons insolents et leur tiers-état agenouillé; c'est la démocratie, c'est la France, c'est l'unité vivante, le peuple ! Et tout disparaît sous la main redoutable du Jacques ressuscité : clergé, noblesse et monarchie.
En vain les vieux tronçons épars de la féodalité se rejoignent et se coalisent, à l'étranger, avec les rois dont les armées courent à nos frontières ; en vain, ils suscitent, au dedans, d'infâmes trahisons et des guerres civiles implacables , toutes ces parricides entreprises échouent comme les diversions tentées par la bourgeoisie, qui voulait retenir la
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souveraineté pour elle-mênie, et la Révolution, dans son indomptable énergie, fait face à toutes les ligues, à tous les périls.
C'est qu'elle est fille de Rousseau, l'apôtre de l'égalité; c'est qu'elle a conscience de sa mission dans l'univers, et que sa logique est une religion.
Elle aurait pu, comme je l'ai dit, s'arrêter aux prolégomènes de 89, à ces demi-principes de liberté civile, commerciale, politique et religieuse que nous voyons prédominer si bien en Angleterre, au milieu des plus monstrueux privilèges : sa gloire fut de comprendre que, le droit une fois découvert , c'était non - seulement dans les couches moyennes, mais dans toutes les profondeurs de la société qu'il devait pénétrer.
Tel est le caractère essentiel, le caractère sacré de la révolution, qui ne lutta pas uniquement pour la défense de la patrie, mais pour réaliser la justice sociale sur la terre, la justice des frères entre les citoyens, entre les peuples.
Elle succomba sous l'impuissance des moyens et sous la ligue des intérêts et des peurs , pour renaître plus tard, par unnouvel effort de son peuple, avec ses deux immortels principes qui sont tout l'évangile moderne : — Egalité des citoyens, — Solidarité des nations.
Avant de tomber, d'ailleurs, dans le sang de ses martyrs, elle avait tué son vieil ennemi : le principe du droit divin et d'autorité , car tout ce qu'on a vu depuis n'est que jeu de l'intrigue ou de la force,
sans puissance morale, sans idéal, et, parlant, sans durée.
De plus, elle laisse dans les lois civiles une si forte empreinte, que ses institutions, ses codes, ses souvenirs promenés , pendant quinze ans, dans toute l'Europe avec ses drapeaux par la dictature armée de l'empire, ont dissous le camp de ses ennemis et lui ont créé des alliés par toute la terre.
Ce n'est plus, en effet, comme jadis, par son goût dans les arts , par sa langue même qu'elle rayonne et domine au milieu des nations : son influence est plus radicale, plus profonde, car elle repose sur sa propagande, sur ses idées , sur son double rôle si grand, mais si douloureux de prêtresse des initiations et de grand-juge armé.
Quel est le peuple qui ne l'aimerait pas, et pour son caractère'et pour ses sacrifices?
A-t-elle , comme l'Angleterre, asservi des empires, dévasté des continents et pillé le monde pour entretenir les prodigalités de ses lords?
Quel est le crime commis par ses gouvernements, — aux heures de sa servitude, — contre les peuples, ses frères, quelle n'ait désavoué, flétri, racheté de son sang?
J'ai fait, dans ce livre, le résumé des vols, des guet-à-pens et des assassinais de peuples accumulés, par la Grande-Bretagne, dans sa longue histoire. Où sont les assassinais, les guet-h-pens, les vols de la révolution française au dehors?
Aussi, pas une nation ne viendrait lever la main