PROCÉDÉS PHYSIQUES
influence de l'air. — Gay-Lussac a observé que quand une fois par jour ou tous les deux jours on chauffe à la température de plus de 100“ des liquides d’origine animale tels que du lait, de l’urine, des solutions de colle forte, etc., on peut les préserver pendant très-longtemps de la putréfaction. Il est probable que la chaleur coagule ou détruit les premiers produits de décomposition qui, formés sous l’influence de l’oxygène de l’air pourraient servir plus tard à décomposer la masse entière. Ces expériences sont intéressantes au point de vue théorique, mais on comprend bien qu’elles ne sauraient trouver leur application dans la pratique. En effet, il est beaucoup plus simple, pour détruire l’influence de l’air, d’opérer par des procédés qui le séparent complètement de la matière putrescible. C’est sur ce principe que sont
(1) Ann. de ch, et de ph,, 3* série , t. XXIII, p. 381.
fondées les méthodes de Sweeny et d’Appert pour la conservation des viandes. Dans l’économie domestique on arrive journellement au même résultat en soustrayant les aliments au contact de l’air par une couche A'huile, de saumure , de graisse fondue et quelquefois même de charbon végétal en poudre. Ce dernier agent de conservation a de plus l’avantage de protéger les matières organiques contre les changegements de température et les influences électriques des temps orageux.
Influence de la température. — L’observation de chaque jour démontre que la fermentation putride se développe d’autant plus facilement que la température ambiante n’oscille guère qu’entre 20 ou 25° centigrades. 11 en résulte qu’un moyen très-efficace de conservation consiste à s’éloigner beaucoup de ces limites. Aussi un corps organique maintenu à une température de plus de 60 à 70° centigrades ne fermentera-t-il jamais. Observons cependant qu’à ce degré de chaleur, l’aspect et le volume du corps sont complètement changés, et on en pourrait citer comme exemple les malheureux que l’on retrouve à moitié calcinés dans les sables brûlants de l’Égypte. De môme, la décomposition sera arrêtée pour toujours si l’animal est plongé dans un milieu dont la température ne dépasse pas celle de la glace fondante. Je n’ai besoin à ce sujet que de rappeler le nom de Velephas primigenius (Blumenb.), qu’on a retrouvé parfaitement conservé dans les régions glaciales (Cuvier, Dissertation sur les révolutions du globe). Dans nos climats, pendant l’hiver, rabaissement de la température est assez considérable pour que les sujets déposés dans les cimetières se conservent plusieurs semaines sans altération sensible. 11 existe même à Bordeaux des caveaux (situés au-dessous de l’église Saint-Michel) dont l’air se trouve dans des conditions de température telles que les cadavres qui y sont déposés depuis de longues années sont dans un état de conservation extraordinaire.
Influence de l'électricité. — Il est généralement reconnu qu’en été, à l’approche des orages, la tendance des substances animales à se putréfier est singulièrement accrue, et les fossoyeurs n’ont jamais vu ce fait se démentir. Néanmoins, conque la chaleur et l’humidité viennent
ajouter ici leur action à celle de l’électricité dont l’effet est tout à fait nul en hiver, quelle que soit sa tension, nous pensons que la question a besoin d’être de nouveau approfondie.
M. Maüeucci (h) a fait à ce sujet quelques expériences. Ayant placé sur deux plaques de cuivre et de zinc des morceaux de muscle, il vit que la putréfaction était ralentie dans sa marche et que les produits de décomposition étaient bien différents de ceux qui accompagnent les fermentations putrides ordinaires. Dans les fibres musculaires placées sur le zinc, M. Matteucci reconnut la présence de corps hydro-carbonés et de composés ammoniacaux tandis que sur la plaque de cuivre il était facile de constater la formation de l’acétate de cuivre et de l’acide acétique libre. Ces résultats prouvent seulement, si je ne me trompe, que l’électricité développée a formé sur la plaque de zinc de l’hydrogène, et sur la plaque de cuivre de l’oxygène qui, par leur état naissant, ont dû tous deux singulièrement modifier les réactions ; mais il serait difficile d’en conclure, avec l’auteur, que le fluide électrique est un antiseptique.
MOCÉDÉS CHIMIQUES.
Parmi t les composés chimiques minéraux jouissant de vertus antiseptiques, nous choisirons de préférence le chlorure de calcium desséché , la chaux vive , le sulfate de fer, le sublimé corrosif et le chlorure de sodium.
Le chlorure de calcium paraît agir par la rapidité avec laquelle il absorbe l’eau des cadavres et détruit par conséquent une des conditions nécessaires à leur décomposition.
La chaux vive s’empare également de l’eau, mais elle paraît en même temps se combiner aux tissus et former des espèces de sels calcalcaires insolubles et imputrescibles. Dans une fouille pratiquée en 1835 au cimetière Saint-André-des-Arts, à une grande profondeur, les cadavres les mieux conservés appartenaient à la première rangée qui était placée sur l’argile et toute recouverte de chaux.
(1) Ann. de ch. et de ph 2* série, t. XLII, p. 310.
Le bichlorure de mercure et le sulfate ferrique en solution sont trèsefficaces, parce qu’ils se combinent chimiquement aux corps protéiques, c’est-à-dire à l’élément môme de la putréfaction animale. Ces dissolutions garantissent non-seulement les pièces qui y restent constamment plongées, mais encore celles qui n’y séjournent que quelques heures.
Le sel marin est souvent employé dans l’économie domestique pour la conservation des aliments. Berzèlius s’est assuré que ce composé ne se combine à aucun principe de l’organisme des animaux, et je ne crois pas qu’on ait jamais expliqué la nature de son action conservatrice.
Parmi les composés organiques, nous devons citer en première ligne : l’ alcool, la créosote , qui agissent en coagulant les corps albumineux , le vinaigre de bois et le tannin. Enfin, tout récemment, M. Robin ( Comptes rendus de l'Académie des sciences , t. XXXI11 ) a constaté les propriétés anti-putrides des poisons les plus violents, tels que la
Nicotine, la Morphine, la Strychnine, l'acide Cyanhydrique . et.
il a cherché à établir entre le pouvoir conservateur et l’action toxique de ces substances certaines analogies que nous avouons n’avoir pas très-bien comprises. Le même savant a constaté aussi que l’huile de goudron de houille rectifiée l’emportait de beaucoup comme antiseptique sur toutes les substances employées jusqu’à ce jour, et il cite à l’appui de sa manière de voir les expériences les plus concluantes. Nous partageons à cet égard les idées de l’auteur, nous espérons môme pouvoir dire bientôt à quel composé chimique l’essence de houille doit ses propriétés.
Embaumements. — Dès la plus haute antiquité différents peuples se sont occupés de la conservation des cadavres, et les momies encore très-bien conservées qui nous viennent des Égyptiens en sont une preuve frappante. Leurs procédés nous sont très-mal connus: cependant Hérodote décrit les opérations avec détail, mais le sens précis des noms donnés aux substances et aux composés chimiques employés est certainement perdu. L’historien de ces âges reculés rapporte, par exemple , que l’on commençait par plonger les corps dans une soin-
tion de., puis suit un mot que des commentateurs différents tra¬
duisent par : nitre , carbonate de sonde, miel ou cire.
Sans nous arrêter à décrire les divers procédés suivis de nos jours, nous signalerons seulement les noms des composés chimiques le plus en usage,. On a successivement préconisé le Sublimé (Procédé du docteur Chaussier), des solutions complexes contenant tantôt, comme le conseillait Clauderus , du sel ammoniac et du chlorure de potassium , tantôt du carbonate de soude et de Y alun (Procédé Pelletan). Gannal a proposé une méthode à l’aide de laquelle il prétendait conserver les cadavres toujours frais avec l'apparence du sommeil. Cette méthode était basée sur l’ingestion dans les veines de solutions concentrées à'acétate et de chlorhydrate d'alumine souvent additionnés d 'acide arsénieux. Enfin M. Sucquet préfère employer des solutions de sulfite de soude et de chlorure de zinc. Le premier de ces sels agit par la facilité avec laquelle il absorbe l’oxygène, et le second par la propriété qu’il possède de coaguler les matières albuminoïdes de l’économie et de former avec elles des combinaisons imputrescibles.